Imaginez un instant : nous sommes en février 2026, Bitcoin oscille péniblement autour des 69 000 dollars après avoir frôlé les sommets historiques il y a quelques mois à peine. Les réseaux sociaux s’enflamment, les portefeuilles tremblent, et une question lancinante revient sans cesse : le meilleur est-il déjà derrière nous ? Ou bien assistons-nous simplement à une longue pause avant le prochain chapitre haussier ?
Quand Ari Paul, cofondateur de BlockTower Capital et l’une des voix les plus écoutées de l’écosystème, publie un thread tranchant sur X, tout le monde tend l’oreille. Sa conclusion ? Cinquante pour cent de chances que le pic soit définitivement atteint pour cette génération d’actifs numériques… et cinquante pour cent que nous soyons au contraire à l’aube d’un nouveau cycle explosif. Deux scénarios diamétralement opposés. Deux réalités possibles. Et vous, dans quel camp vous situez-vous ?
Bitcoin à la croisée des chemins : deux futurs radicalement différents
Avant d’aller plus loin, posons les bases. Le marché crypto traverse actuellement une phase de consolidation profonde. Après l’euphorie post-halving et l’arrivée massive d’ETF spot aux États-Unis, l’élan semble s’être essoufflé. Les volumes chutent, la volatilité s’endort, et même les memecoins les plus délirants peinent à retrouver leur souffle d’antan. Dans ce contexte morose, Ari Paul propose une grille de lecture limpide et terrifiante à la fois.
Scénario A : le sommet est déjà derrière nous
Pour défendre cette thèse sombre, plusieurs arguments solides s’alignent.
Premièrement, l’adoption réelle patine. Oui, Bitcoin est connu dans le monde entier. Oui, des politiciens en parlent. Oui, des ETF facilitent l’accès institutionnel. Mais dans la vraie vie ? Combien de commerçants acceptent BTC au quotidien ? Combien de salariés se font payer en satoshis ? Très peu.
- El Salvador, pionnier autoproclamé du Bitcoin comme monnaie légale, accumule aujourd’hui des pertes latentes importantes sur ses réserves malgré les discours triomphants.
- Les grandes entreprises qui ont inscrit BTC à leur bilan (MicroStrategy mis à part) restent rares et prudentes.
- Les solutions de paiement Lightning Network, bien qu’impressionnantes techniquement, n’ont toujours pas déclenché l’effet réseau escompté.
Ensuite, les vents favorables structurels qui ont porté le marché durant les cinq dernières années commencent à s’affaiblir :
- La prise de conscience grand public est déjà faite.
- Les régulations se durcissent dans plusieurs juridictions clés.
- L’effet de rareté post-halving s’estompe avec le temps.
Si l’on ajoute à cela le risque de liquidations massives en cascade (notamment sur les positions surendettées des whales et des fonds), on comprend pourquoi certains analystes envisagent sérieusement un plancher situé entre 15 000 $ et 40 000 $ dans les mois ou années à venir.
« Cette vague était peut-être la dernière d’adoption organique massive. Tout le monde a entendu parler de Bitcoin… et pourtant presque personne ne l’utilise vraiment au quotidien. »
Ari Paul – février 2026
Dans ce scénario noir, Bitcoin ne disparaîtrait pas, mais deviendrait un actif de niche, une sorte de « or numérique » réservé à une élite spéculative et idéologique, avec une valorisation bien inférieure aux attentes les plus optimistes.
Scénario B : simple correction avant l’explosion suivante
De l’autre côté du miroir, les arguments haussiers restent nombreux et puissants.
D’abord, le contexte macroéconomique mondial n’a jamais été aussi favorable au récit Bitcoin :
- Inflation persistante dans de nombreux pays développés.
- Crise de confiance croissante envers les monnaies fiat et les banques centrales.
- Dette publique record un peu partout sur la planète.
- Géopolitique instable et multiplication des sanctions financières.
Bitcoin, en tant qu’actif décentralisé, sans contrepartie et limité à 21 millions d’unités, incarne toujours la meilleure réponse philosophique et technique à ces problèmes systémiques.
Ensuite, le travail de fond se poursuit :
- Le nombre de développeurs actifs sur Bitcoin Core reste élevé.
- Des améliorations protocolaires (Ark, BitVM, covenants) avancent rapidement.
- L’adoption niche progresse : paiements transfrontaliers, préservation de valeur dans les pays en hyperinflation, réserves stratégiques de certains États.
Enfin, le marché vient de purger une quantité phénoménale d’excès de levier et d’optimisme irrationnel. Historiquement, ces phases de purge précèdent souvent les plus beaux mouvements haussiers.
Arguments haussiers clés en 2026 selon les observateurs les plus confiants :
- ETF Bitcoin continuent d’accumuler malgré la faiblesse des prix.
- Institutions et family offices augmentent discrètement leurs allocations.
- Nouvelles narrations prêtes à émerger : Bitcoin comme actif de réserve stratégique, intégration accrue dans les bilans d’entreprises souveraines.
- Potentiel catalyseur géopolitique majeur (exemple : un grand pays annonce publiquement une réserve Bitcoin).
Ari Paul lui-même reconnaît qu’il reste long sur le marché pendant ce rebond technique et qu’il réévaluera sa position autour des 90 000 $. Preuve que même les plus prudents gardent une porte ouverte à l’optimisme.
Le talon d’Achille : la soutenabilité économique de Bitcoin
Peu importe le scénario qui se réalise, une question structurelle inquiète de plus en plus : comment Bitcoin financera-t-il sa sécurité dans 10, 20 ou 50 ans ?
Aujourd’hui, les mineurs reçoivent environ 3,125 BTC par bloc + les frais de transaction. Dans quatre ans, ce sera 1,5625 BTC… puis 0,78125… et ainsi de suite jusqu’à atteindre des récompenses infinitésimales vers 2140.
Si le prix stagne durablement (disons entre 50 000 $ et 100 000 $ pendant une décennie), le budget de sécurité du réseau risque de devenir insuffisant face à la puissance de calcul nécessaire pour le protéger contre une attaque 51 %.
« Sans hausse significative du prix ou explosion des frais de transaction, le modèle de sécurité de Bitcoin pourrait être menacé à long terme. »
Ari Paul – février 2026
Certains experts estiment qu’il faudrait que Bitcoin atteigne et maintienne plusieurs centaines de milliers, voire millions de dollars, pour que les seuls frais de transaction suffisent à sécuriser le réseau une fois les récompenses de bloc devenues négligeables.
Dans le cas contraire, le réseau pourrait :
- devenir vulnérable à des attaques coordonnées par des États ou des consortiums industriels ;
- voir sa décentralisation diminuer fortement (centralisation chez quelques gros mineurs rentables) ;
- perdre progressivement de son attractivité spéculative et donc de sa liquidité.
Et les altcoins dans tout ça ?
Si Bitcoin entre dans une phase de stagnation longue ou de déclin relatif, la plupart des altcoins risquent de subir des sorts bien pires. Historiquement, quand BTC saigne, les altcoins saignent beaucoup plus fort. Quand BTC stagne, les altcoins meurent lentement.
Quelques exceptions notables pourraient subsister :
- les Layer 1 performants avec une vraie utilité (Solana, Sui, Aptos…)
- les protocoles DeFi qui génèrent des frais conséquents
- les stablecoins algorithmiques ou institutionnels
- quelques memecoins portés par des communautés ultra-résilientes
Mais globalement, l’écosystème dans son ensemble reste extrêmement dépendant de la santé du prix de Bitcoin. C’est à la fois sa force et sa faiblesse structurelle.
Quelle stratégie adopter en 2026 ?
Face à une telle incertitude, la sagesse semble résider dans la modération et la flexibilité.
Recommandations pragmatiques pour naviguer 2026 :
- Allocation maximale de 5 à 15 % de son portefeuille selon sa tolérance au risque.
- Préférer le DCA (dollar-cost averaging) plutôt que d’essayer de timer le marché.
- Garder une poche de liquidités (stablecoins ou fiat) pour profiter des grosses corrections.
- Se concentrer sur Bitcoin et une poignée d’actifs de très haute conviction.
- Ne jamais investir plus que ce qu’on peut se permettre de perdre complètement.
- Revoir sa position tous les 3 à 6 mois en fonction des catalyseurs macro et on-chain.
Ari Paul le dit lui-même : même s’il envisage sérieusement le scénario catastrophe, il reste positionné à l’achat lors des rebonds et conserve une exposition significative. Preuve que, malgré tout, l’asymétrie reste intéressante : le risque de perte est élevé, mais le gain potentiel en cas de scénario haussier explosif est colossal.
Conclusion : personne ne sait, et c’est normal
En février 2026, Bitcoin se trouve à un véritable carrefour existentiel. Personne – pas même les esprits les plus brillants du secteur – ne peut prédire avec certitude si nous venons d’assister au chant du cygne ou au calme avant la tempête haussière.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’histoire n’est pas terminée. Les cycles crypto ont toujours surpris, déçu, puis émerveillé à nouveau. Peut-être que 2026 marquera le début d’une longue stagnation… ou au contraire le lancement d’un supercycle encore plus violent que les précédents.
Une seule certitude : ceux qui abandonneront trop tôt risquent de le regretter amèrement. Et ceux qui resteront trop confiants sans gestion de risque pourraient tout perdre.
Entre ces deux extrêmes se trouve probablement la voie la plus sage : rester lucide, rester humble, rester investi… mais jamais aveuglément.
Et vous, lecteur, dans quel scénario vous projetez-vous le plus ? Le pic est-il derrière nous… ou le meilleur reste-t-il à venir ?

