Imaginez une journée où le Bitcoin, cette icône de la finance décentralisée, perd soudainement 15 % de sa valeur en quelques heures seulement. Le 5 février 2026, c’est exactement ce qui s’est produit. Les écrans virent au rouge sang, les alertes fusent, et au milieu de ce chaos, un produit financier traditionnel réalise le plus gros volume d’échanges de toute son histoire : l’ETF Bitcoin de BlackRock, IBIT.
Comment un actif censé incarner la révolution peut-il provoquer un tel afflux d’argent sur un véhicule d’investissement institutionnel ? Pourquoi cette chute violente survient-elle maintenant ? Et surtout, que nous réserve la suite ? Plongeons ensemble dans les détails de cette journée historique pour le marché crypto.
Une chute brutale qui marque les esprits
Le Bitcoin a ouvert la séance aux alentours de 73 100 $ avant d’entamer une descente vertigineuse. En l’espace de quelques heures, le prix a plongé jusqu’à un point bas proche de 62 400 $. Une perte de plus de 10 700 $ en une seule journée, soit environ 15 % de décote instantanée. Même les plus aguerris ont eu du mal à garder leur calme.
Ce mouvement n’est pas isolé. Depuis son sommet historique d’octobre à 126 080 $, la reine des cryptomonnaies a déjà perdu plus de 49 % de sa valeur. Mais cette séance du 5 février restera gravée comme l’une des plus violentes corrections intraday depuis plusieurs années.
« C’est le genre de journée où même les HODLers de longue date se demandent s’ils n’ont pas fait une énorme erreur de timing. »
Un trader anonyme sur X
Derrière cette chute spectaculaire se cachent plusieurs facteurs qui se sont combinés pour créer une tempête parfaite.
Les déclencheurs macroéconomiques immédiats
Les chiffres de l’emploi américain publiés récemment ont déçu les attentes. Moins d’emplois créés que prévu, une croissance qui ralentit : les marchés traditionnels ont déjà commencé à vendre. Les indices boursiers ont reculé, le dollar s’est renforcé, et les actifs risqués – dont fait partie le Bitcoin – ont subi de plein fouet cette vague de dé-risque.
A cela s’ajoutent les craintes récurrentes autour des dépenses massives dans l’intelligence artificielle. Les géants technologiques continuent d’investir des dizaines de milliards dans des data centers énergivores, ce qui renforce l’idée d’une bulle spéculative prête à éclater. Le Bitcoin, souvent comparé à un actif technologique spéculatif, en paye le prix fort.
Facteurs macro qui ont accéléré la vente :
- Données emploi US décevantes
- Renforcement du dollar américain
- Craintes sur les dépenses IA excessives
- Tensions géopolitiques persistantes
- Liquidations en cascade sur les marchés dérivés crypto
Quand tous ces éléments se combinent, le marché crypto – qui reste très sensible aux flux de capitaux risqués – amplifie les mouvements observés ailleurs.
L’ETF IBIT de BlackRock bat tous les records
Pendant que le Bitcoin s’effondrait, l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock vivait une journée complètement hors norme. Selon les données compilées par Bloomberg, le volume d’échanges a frôlé les 10 milliards de dollars sur une seule séance. Du jamais vu pour cet ETF lancé en janvier 2024.
Pour mettre ce chiffre en perspective : le précédent record datait du 21 novembre 2025 avec environ 8 milliards de dollars échangés. Les jours précédents tournaient plutôt autour de 5 à 6 milliards. Le 5 février 2026 marque donc un nouveau palier historique, et de très loin.
Mais attention : volume ne signifie pas forcément inflows massifs. En réalité, l’ETF a enregistré des sorties nettes importantes ces derniers jours. Au 4 février, on parlait déjà de 373 millions de dollars sortis après deux petites journées d’entrées positives. La volatilité actuelle rend les investisseurs institutionnels très nerveux.
« Beaucoup d’institutionnels achètent la baisse… mais encore plus vendent la panique. »
Commentaire d’un gérant de fonds crypto
Le volume énorme observé reflète donc surtout une activité frénétique : prises de bénéfices, stop-loss déclenchés, arbitrageurs à l’œuvre, hedging de positions… tout le monde bouge en même temps.
Les ETF Bitcoin sous pression depuis l’ATH
Depuis le record absolu d’octobre 2025, les flux sur les ETF spot Bitcoin américains sont devenus chaotiques. Après des mois d’entrées records, le momentum s’est inversé. IBIT, qui avait capté des dizaines de milliards depuis son lancement, affiche désormais des périodes prolongées de sorties nettes.
Selon Bob Elliot, directeur des investissements chez Unlimited Funds, fin janvier 2026, le prix moyen d’acquisition sur IBIT était déjà supérieur au cours du marché. En clair : une très large partie des investisseurs institutionnels qui sont entrés tard sont désormais en perte latente.
Chiffres clés sur IBIT (début février 2026) :
- Volume record 5 février : ~10 milliards $
- Précédent record : 8 milliards $ (nov. 2025)
- Sorties nettes récentes : -373 M$ (au 4 fév.)
- Performance journalière 5 fév. : -13 %
- Deuxième plus forte baisse quotidienne depuis lancement
Cette situation crée un cercle vicieux : les sorties augmentent la pression vendeuse, ce qui fait baisser encore plus le prix, ce qui génère encore plus de sorties…
Jusqu’où peut aller la correction ?
Les analystes les plus pessimistes n’hésitent plus à avancer des scénarios très sombres. Certains chez Bloomberg ont même évoqué un possible retour vers les 10 000 $ si la situation macroéconomique se dégrade fortement, en comparant la période actuelle aux crises de 2008 et de la bulle internet de 2000-2001.
Plus réalistement, plusieurs niveaux techniques importants ont déjà été cassés :
- la zone des 68 000 $ (ancien support majeur)
- la moyenne mobile 200 jours
- le retracement Fibonacci 0.618 du dernier bull run
Le Bitcoin se retrouve désormais dans une zone très dangereuse, juste au-dessus des 64 000 $. Une cassure franche sous les 62 000 $ pourrait ouvrir la voie vers 55 000 $, puis potentiellement 48 000 $ où se trouve un gros amas de liquidités.
Liquidations massives et effet domino
Les marchés dérivés ont eux aussi payé un lourd tribut. Les liquidations totales sur 24 heures ont dépassé les 2,5 milliards de dollars selon les données agrégées. Des positions long massives ont été balayées, renforçant la dynamique baissière.
Quand des leviers x50 ou x100 sont utilisés, une baisse de 5 % suffit souvent à liquider entièrement la position. Cela crée alors des ordres de vente automatiques qui accentuent la chute. C’est exactement ce mécanisme qui a transformé une correction normale en véritable capitulation.
« Les liquidations en cascade sont le carburant des vrais bear markets crypto. »
Analyste technique indépendant
Le Fear & Greed Index, baromètre du sentiment, est d’ailleurs retombé à des niveaux très proches de ceux observés en 2022 lors du bear market précédent.
Que faire dans un tel environnement ?
Face à une telle volatilité, plusieurs stratégies coexistent sur le marché :
- Attendre patiemment un signal clair de retournement (très difficile psychologiquement)
- Scalper les zones de survente sur des timeframes courts
- Accumuler progressivement à mesure que le prix descend (dollar cost averaging agressif)
- Se protéger via des options put ou des positions short (pour les plus avancés)
- Sortir complètement du marché et attendre un vrai bottom
Aucune stratégie n’est infaillible. Le plus important reste de respecter son plan de gestion du risque et de ne jamais investir plus que ce qu’on peut se permettre de perdre.
Le paradoxe des ETF institutionnels
Ce qui frappe dans cette crise, c’est le rôle central désormais joué par les ETF Bitcoin. Alors qu’en 2018 ou 2022 les baisses étaient principalement le fait des particuliers et des traders retail, aujourd’hui ce sont les flux institutionnels qui dictent une grande partie de la direction.
BlackRock, Fidelity, Grayscale et les autres géants de la gestion d’actifs ont apporté une légitimité inédite au Bitcoin… mais aussi une corrélation beaucoup plus forte avec les marchés traditionnels. Le BTC n’est plus vraiment un actif décorrélé ; il bouge souvent en tandem avec le Nasdaq et le S&P 500.
Évolution du rôle des ETF Bitcoin :
- 2021-2023 : produits à terme uniquement, volumes limités
- 2024 : lancement des ETF spot → afflux massif
- 2025 : records d’entrées puis inversion brutale
- 2026 : les ETF influencent directement le spot market
Cette institutionnalisation a deux faces : elle apporte de la stabilité à long terme, mais elle amplifie aussi les mouvements de panique à court terme quand les allocataires traditionnels dé-risquent en même temps.
Perspectives à moyen et long terme
Malgré la violence de la correction actuelle, plusieurs éléments fondamentaux restent inchangés :
- Offre de Bitcoin toujours plafonnée à 21 millions
- Halving suivant prévu en 2028
- Adoption croissante dans certains pays émergents
- Intégration progressive dans les portefeuilles institutionnels
- Perte de confiance dans certaines monnaies fiat
Ces piliers ne disparaissent pas en quelques semaines de baisse. Beaucoup d’observateurs considèrent donc qu’il s’agit d’une capitulation saine dans un cycle haussier encore jeune. D’autres, plus prudents, estiment que nous sommes peut-être entrés dans une phase de bear market prolongé si la récession mondiale se matérialise.
Une chose est sûre : le marché crypto adore surprendre. Après avoir atteint 126 000 $ il y a seulement quelques mois, puis chuté de moitié, il pourrait très bien nous offrir un rebond violent… ou continuer sa descente aux enfers. Personne ne possède la boule de cristal.
Conclusion : restez lucides
Le 5 février 2026 restera comme une journée charnière : record absolu de volume sur l’ETF le plus important du marché… au milieu d’une des pires séances du Bitcoin depuis des années. Cette ambivalence résume parfaitement l’état actuel du secteur : maturité institutionnelle d’un côté, volatilité extrême de l’autre.
Pour traverser cette tempête, une seule certitude : la discipline, la gestion du risque et la patience seront les meilleures alliées. Le marché récompense rarement ceux qui paniquent… mais il adore punir ceux qui refusent de voir la réalité en face.
Et vous, comment vivez-vous cette phase ? Toujours HODL, en train d’acheter la baisse, ou plutôt en cash en attendant un meilleur point d’entrée ?
