Imaginez un instant : le 19 février 2026, alors que le soleil se lève à peine sur Washington, les portes de la Maison-Blanche s’ouvrent pour accueillir, côte à côte, les dirigeants des plus grandes plateformes crypto et les représentants des banques traditionnelles les plus puissantes du pays. Ce face-à-face n’est pas une simple réunion de courtoisie. Il s’agit d’un tournant potentiellement historique pour l’ensemble de l’écosystème des cryptomonnaies, et surtout pour Bitcoin qui observe la scène depuis les hauteurs de son cycle haussier.
Pourquoi tant d’agitation autour d’un sujet qui semble technique : les rendements sur stablecoins ? Parce que derrière cette question se joue rien de moins que l’avenir de la concurrence entre finance traditionnelle et finance décentralisée aux États-Unis. Et le marché attend, suspendu aux lèvres des décideurs, un signal clair qui pourrait propulser – ou freiner – la prochaine vague haussière.
Un sommet sous haute tension à la Maison-Blanche
La rencontre du 19 février n’avait rien d’anodin. Organisée à l’initiative de conseillers proches de l’administration, elle visait à dénouer une crise larvée qui empoisonne les relations entre les deux mondes depuis plusieurs mois. D’un côté, les géants de la blockchain comme Coinbase et Ripple, soutenus par la Blockchain Association et le Crypto Council for Innovation. De l’autre, les lobbyistes des grandes banques commerciales qui voient d’un très mauvais œil l’émergence de produits crypto offrant des rendements attractifs.
Le ton était décrit comme « constructif » par plusieurs participants, mais personne ne se voile la face : les intérêts en jeu sont colossaux. Des centaines de milliards de dollars de dépôts bancaires pourraient migrer vers les portefeuilles crypto si les rendements passifs devenaient légalement autorisés sans restriction. C’est précisément ce scénario que les banques veulent à tout prix empêcher.
« Le dialogue a été constructif et le ton coopératif. Plus à venir. »
Paul Grewal, directeur juridique de Coinbase
Cette phrase sobre postée sur X par Paul Grewal résume parfaitement l’état d’esprit actuel : on avance, mais rien n’est encore acté. Et pourtant, le marché semble déjà intégrer une issue favorable.
La loi GENIUS au cœur du conflit
Adoptée durant l’été 2025, la loi GENIUS (Global Economic Nexus for Innovation in U.S. Stablecoins) avait pour ambition de poser un cadre clair autour des stablecoins aux États-Unis. Elle interdit formellement aux émetteurs directs (Circle, Paxos, Tether…) de verser des intérêts sur les USDC, USDP ou USDT détenus par les utilisateurs.
Mais – et c’est là toute la subtilité – la loi n’interdit pas aux plateformes tierces (Coinbase, Kraken, Gemini, etc.) de proposer des récompenses ou des rendements sur les stablecoins qu’elles conservent pour leurs clients. Cette zone grise est devenue un véritable champ de bataille.
Les banques traditionnelles dénoncent un « loophole » dangereux qui permettrait indirectement de contourner l’interdiction. Coinbase propose déjà des rendements allant jusqu’à 4-5 % sur USDC dans certains programmes. Ripple, de son côté, travaille sur des solutions institutionnelles qui pourraient offrir encore plus. Pour les banques, c’est une concurrence déloyale qui menace directement leurs livrets d’épargne et comptes à terme.
Ce que craignent réellement les banques traditionnelles :
- Une fuite massive des dépôts vers les comptes crypto rémunérés
- Une perte de contrôle sur la création monétaire indirecte
- Une érosion de leur modèle économique historique
- Une difficulté accrue à respecter les ratios prudentiels
- Une perte de clientèle jeune et technophile
En face, les acteurs crypto plaident pour le droit à l’innovation et pour la compétitivité internationale. L’Europe, avec MiCA, autorise déjà certains rendements encadrés sur stablecoins. Singapour et Hong Kong vont encore plus loin. Si les États-Unis se montrent trop restrictifs, ils risquent de voir les flux de capitaux et les talents partir ailleurs.
Vers un amendement limitant les rendements passifs ?
Selon plusieurs sources proches du dossier, le Sénat planche actuellement sur un amendement qui pourrait trancher dans le vif. L’idée principale : autoriser les rendements uniquement lorsque l’utilisateur réalise une action active (achat, vente, staking temporaire, utilisation dans DeFi, etc.), mais interdire strictement l’accumulation passive d’intérêts simplement en laissant dormir ses stablecoins sur la plateforme.
Cette distinction entre rendement actif et rendement passif semble être le compromis qui pourrait contenter tout le monde… ou presque. Les banques conserveraient une forme de protection sur leurs produits d’épargne classiques, tandis que les plateformes crypto garderaient une marge de manœuvre pour innover.
Mais rien n’est encore joué. Les lobbys bancaires poussent pour une interdiction totale, y compris sur les récompenses conditionnelles. Les acteurs crypto, eux, refusent toute mesure qui tuerait dans l’œuf leur compétitivité face aux juridictions étrangères.
Brad Garlinghouse : « 90 % de chances d’accord d’ici fin avril »
Dans une interview accordée à Fox Business le lendemain du sommet, le PDG de Ripple s’est montré particulièrement optimiste. Selon lui, la pression exercée par la Maison-Blanche est telle que les deux camps n’auront d’autre choix que de trouver un terrain d’entente d’ici la fin du premier trimestre 2026.
« Je donne 90 % de chances pour qu’un accord global soit trouvé avant la fin avril. »
Brad Garlinghouse, PDG de Ripple
Cette déclaration n’est pas passée inaperçue. Sur Polymarket, la probabilité qu’un projet de loi ou amendement stablecoin soit adopté avant le 30 avril 2026 est passée de 54 % à 72 % en moins de 24 heures après les déclarations de Garlinghouse. Les marchés prédictifs, souvent plus fiables que les sondages traditionnels, envoient donc un signal fort : le consensus penche désormais pour une résolution rapide et plutôt favorable au secteur crypto.
Et Bitcoin dans tout ça ?
Bitcoin n’est pas directement concerné par les rendements sur stablecoins. Pourtant, son cours semble retenir son souffle en attendant l’issue de ce bras de fer. Pourquoi ? Parce qu’un cadre réglementaire clair et favorable aux stablecoins aux États-Unis serait perçu comme le feu vert ultime pour l’institutionnalisation massive des cryptomonnaies.
Les stablecoins servent de rampe d’entrée et de sortie principale pour les investisseurs institutionnels. Ils permettent de se positionner rapidement sur Bitcoin et Ethereum sans passer par les lenteurs des virements bancaires traditionnels. Un assouplissement des règles sur les rendements rendrait ces instruments encore plus attractifs, augmentant mécaniquement les flux entrants vers l’écosystème crypto dans son ensemble.
Scénarios probables pour Bitcoin selon l’issue du dossier :
- Accord favorable (rendements actifs autorisés) → forte hausse attendue, potentiellement nouveau ATH en Q2 2026
- Statu quo (zone grise maintenue) → poursuite du range actuel avec volatilité modérée
- Interdiction totale → correction significative à court terme, possible bear trap
Le marché semble majoritairement parier sur le premier scénario. Depuis le sommet, le volume sur les ETF Bitcoin spot a légèrement augmenté et les adresses actives suivent la même tendance. Les institutionnels accumulent discrètement en attendant le catalyseur législatif.
Compétition internationale : l’argument massue du secteur crypto
L’un des arguments les plus puissants avancés par Coinbase, Ripple et leurs alliés est simple : si les États-Unis ne bougent pas, le reste du monde le fera à leur place. L’Union européenne a déjà mis en place MiCA, qui autorise explicitement certains rendements encadrés sur stablecoins. Dubaï, Singapour, Hong Kong et même certaines juridictions latino-américaines proposent des cadres attractifs.
Les États-Unis risquent donc de se retrouver marginalisés dans la course à l’innovation financière. Les capitaux, les développeurs et les entreprises pourraient contourner le pays via des filiales offshore ou des structures décentralisées. C’est précisément cet argument de compétitivité internationale qui semble faire mouche auprès des conseillers de la Maison-Blanche.
Les prochains jalons à surveiller
Le calendrier s’annonce chargé dans les prochaines semaines. Voici les dates et événements clés à garder en tête :
- Fin février 2026 : publication probable du premier draft d’amendement au Sénat
- Mars 2026 : auditions complémentaires et lobbying intensif des deux camps
- Début avril 2026 : vote potentiel en commission
- Fin avril 2026 : objectif affiché pour un accord global
Chaque étape sera scrutée à la loupe par les traders et les investisseurs long terme. Le moindre signe de durcissement fera probablement vendre ; le moindre signe d’assouplissement fera acheter.
Conclusion : le calme avant la tempête ?
Le sommet du 19 février 2026 pourrait bien être retenu dans les livres d’histoire comme le moment où la finance traditionnelle et la finance décentralisée ont commencé à négocier sérieusement leur coexistence plutôt que leur affrontement. Bitcoin, fidèle à lui-même, se tient en embuscade : il n’a pas besoin de rendements passifs pour exister, mais il bénéficie directement de chaque avancée réglementaire favorable aux stablecoins.
Le marché attend désormais un catalyseur. Et ce catalyseur pourrait bien prendre la forme d’un amendement signé avant la fin du printemps. Si Brad Garlinghouse voit juste et que les 90 % de probabilité se concrétisent, 2026 pourrait marquer le véritable début de l’adoption institutionnelle de masse aux États-Unis.
Reste une question essentielle : les banques sauront-elles transformer la menace en opportunité, ou continueront-elles à défendre un modèle qui semble chaque jour un peu plus daté ? La réponse arrivera probablement plus vite qu’on ne le pense.
À suivre de très près.
