Imaginez : vous dirigez une banque 100 % crypto, vous gérez des milliards en stablecoins et en bitcoins, vous proposez de la garde institutionnelle ultra-sécurisée… mais aux yeux du régulateur américain, vous restez un ovni. Jusqu’à présent, obtenir une charte bancaire fédérale relevait du parcours du combattant. Et puis, un beau matin de décembre 2025, le grand patron de l’OCC monte à la tribune et déclare calmement qu’il n’existe aucune justification à traiter ces établissements différemment des autres. Le silence dans la salle est total. Le vent est en train de tourner.
Les banques crypto bientôt traitées à égalité avec la finance traditionnelle ?
Cette phrase, prononcée par Jonathan Gould lors d’une grande conférence blockchain à Washington, pourrait marquer un tournant historique. Le Bureau du Contrôleur de la Monnaie (Office of the Comptroller of the Currency, OCC) est l’organisme qui délivre les précieuses chartes bancaires nationales aux États-Unis. Sans cette charte, une banque crypto reste coincée dans un no man’s land réglementaire : elle ne peut pas accéder directement au système FedWire, ni proposer certains services réservés aux banques « normales ».
Jusqu’à très récemment, seules deux institutions purement crypto avaient réussi l’exploit : Anchorage Digital en janvier 2021 et Erebor en octobre 2025. Deux. En presque cinq ans. Pendant ce temps, des centaines de fintech traditionnelles obtenaient leur agrément sans trop de difficultés. L’asymétrie était flagrante.
« Il n’existe aucune justification à traiter les actifs numériques différemment des autres actifs. Les banques ne doivent pas être confinées à des technologies du passé. »
Jonathan Gould, Comptroller of the Currency – Décembre 2025
14 demandes en 2025 : un record absolu
Pour appuyer son discours, Jonathan Gould a sorti les chiffres. En 2025, l’OCC a reçu pas moins de 14 demandes de création de nouvelles banques nationales, dont une part significative provient d’acteurs de la finance numérique. C’est autant que sur les quatre années précédentes réunies. Le message est clair : le secteur explose, et le régulateur ne peut plus fermer les yeux.
Ces demandes émanent à la fois de néo-banques spécialisées dans la garde d’actifs numériques, de plateformes DeFi cherchant à se structurer légalement et même de certaines filiales de géants traditionnels qui veulent créer des entités dédiées crypto.
Ce que change concrètement pour les banques crypto ?
- Accès direct au système de paiement fédéral (FedWire et FedNow)
- Possibilité d’émettre des stablecoins sous supervision bancaire
- Capacité à proposer des services de custody institutionnelle sans passer par des tiers
- Protection FDIC jusqu’à 250 000 $ par déposant (sous conditions)
- Fin de la dépendance aux partenariats bancaires parfois fragiles (Signature, Silvergate…)
Pourquoi maintenant ? Les dessous d’un revirement
Plusieurs facteurs convergent pour expliquer ce changement de posture.
D’abord, l’arrivée de l’administration Trump 2.0 en janvier 2025 a complètement modifié l’équilibre des forces. Là où l’ère Biden-Gensler était marquée par l’opération « Choke Point 2.0 (fermeture forcée des comptes bancaires crypto), la nouvelle équipe affiche une volonté claire de faire des États-Unis la « capitale mondiale des cryptomonnaies ».
Ensuite, le lobbying du secteur a porté ses fruits. La Crypto Council for Innovation, la Blockchain Association et même certains grands noms comme Coinbase ou Kraken ont multiplié les rencontres avec les régulateurs. Résultat : les discours évoluent.
Enfin, la réalité économique rattrape tout le monde. Les actifs numériques représentent désormais plus de 3 000 milliards de dollars de capitalisation. Ignorer ce marché n’est plus tenable.
Anchorage et Erebor : les deux pionnières qui ont ouvert la voie
Revenons un instant sur les deux seules banques crypto à avoir décroché la timbale jusqu’ici.
Anchorage Digital a été la première en janvier 2021. Spécialisée dans la custody institutionnelle, elle gère aujourd’hui plus de 30 milliards de dollars d’actifs numériques pour des hedge funds, des family offices et même certains États. Son statut de banque nationale lui permet d’offrir une assurance FDIC sur certains produits, un argument commercial décisif.
Erebor, approuvée en octobre 2025, adopte un modèle légèrement différent : elle combine custody, services de paiement en stablecoins et même prêt adossé à des collatéraux crypto. Son arrivée a été perçue comme le signal que l’OCC était prêt à aller plus loin.
Quelles conséquences pour le marché en 2026 ?
Si l’OCC tient parole, on pourrait assister à une véritable explosion du nombre de banques crypto aux États-Unis dès l’année prochaine.
Cela signifierait :
- Une concurrence accrue sur les services de custody (baisse des frais)
- Une légitimation définitive des stablecoins bancarisés
- L’émergence de véritables « ponts » réglementés entre finance traditionnelle et DeFi
- Une attractivité renforcée des États-Unis face à Dubaï, Singapour ou la Suisse
Certaines sources bien informées parlent déjà d’une dizaine d’approbations possibles dès le premier semestre 2026. Parmi les candidats probables : Paxos, BitGo (qui a déjà une trust company dans plusieurs États), Gemini, et peut-être même une entité ad hoc créée par Circle ou Tether.
Et l’Europe dans tout ça ?
Pendant que les États-Unis accélèrent, l’Europe reste engluée dans la complexité de MiCA. Si le cadre est théoriquement plus clair depuis 2024, la réalité est que très peu d’établissements ont obtenu le statut PSAN complet avec services bancaires. L’Allemagne et la France traînent, l’ESMA veut centraliser encore plus… Résultat : de nombreux acteurs regardent désormais outre-Atlantique avec envie.
« Les États-Unis sont en train de reprendre le leadership qu’ils avaient perdu entre 2022 et 2024. »
Un responsable d’une grande banque crypto européenne, décembre 2025
Ce que cela change pour vous, investisseur ou utilisateur
Concrètement, plus de banques crypto régulées = plus de sécurité pour vos fonds. Aujourd’hui, quand vous déposez des USDC sur Coinbase ou Kraken, vos fonds sont souvent placés chez des partenaires bancaires parfois fragiles. Demain, une banque comme une future « Paxos Bank » pourrait vous offrir une garantie directe, une traçabilité parfaite et une interface 100 % crypto-native.
À plus long terme, cela pourrait aussi ouvrir la voie à des produits hybrides : compte courant en dollars + wallet Bitcoin auto-hébergé avec carte de paiement, le tout sous le même toit et avec protection FDIC partielle.
En résumé, les déclarations de Jonathan Gould ne sont pas une simple politesse de fin d’année. Elles marquent le début d’une nouvelle ère où la banque crypto ne sera plus une exception, mais une norme parmi d’autres. Et ça, c’est probablement la meilleure nouvelle de cette fin 2025.
Le compte à rebours est lancé. 2026 s’annonce explosive.
