Imaginez un instant : le Bitcoin, cette fameuse cryptomonnaie que beaucoup considèrent comme une assurance contre l’inflation, se met soudain à hurler comme une sirène d’alarme incendie. Pas à cause d’une nouvelle réglementation ou d’un hack massif, non. Simplement parce que quelque chose de beaucoup plus profond et insidieux se prépare dans l’économie réelle. C’est exactement le message qu’Arthur Hayes, l’excentrique mais redoutablement lucide cofondateur de BitMEX, a lancé dans son dernier essai publié sur Substack. Et croyez-moi, quand Hayes parle de liquidité et de dettes, le monde crypto tend l’oreille.
Le titre de son article ? « This Is Fine ». Une référence ironique au célèbre mème du chien assis dans une maison en feu tout en continuant de boire son café. Sauf que là, Hayes semble convaincu que la maison est vraiment en train de brûler… et que le chien, c’est nous.
Bitcoin : le détecteur de fumée de la liquidité mondiale
Pour comprendre pourquoi Hayes accorde autant d’importance aux mouvements récents du Bitcoin, il faut revenir sur un fait troublant. Entre son sommet à environ 126 000 $ et son niveau actuel autour de 60 000 $, la reine des cryptomonnaies a perdu plus de la moitié de sa valeur en quelques mois seulement. Pendant ce temps, le Nasdaq 100, indice emblématique des grandes valeurs technologiques, n’a quasiment pas bronché.
Comment expliquer un tel décrochage alors que les actions tech continuent de flirter avec leurs plus hauts historiques ? Pour Hayes, la réponse est limpide : le Bitcoin n’est pas en train de « corriger » comme le disent les analystes classiques. Il sonne l’alarme sur une contraction brutale de la liquidité en dollars.
« Bitcoin est l’alarme incendie de la liquidité fiat mondiale. Quand elle sonne, il faut écouter. »
Arthur Hayes
Cette phrase résume parfaitement sa thèse. Contrairement aux actions qui peuvent être manipulées par les flux institutionnels ou les rachats d’actions, le Bitcoin réagit de manière quasi instantanée aux variations de la quantité de dollars disponibles dans le système financier global.
L’IA, accélérateur d’une bombe à retardement sur le marché du travail
Mais d’où vient cette soudaine pénurie de dollars ? Hayes ne pointe pas du doigt une politique monétaire restrictive de la Fed (pour l’instant). Non, il accuse directement l’intelligence artificielle et la destruction massive d’emplois qualifiés qu’elle est en train de provoquer.
Selon ses estimations, basées sur les données du Bureau of Labor Statistics américain, il y aurait actuellement environ 72,1 millions de « knowledge workers » aux États-Unis. Ce sont ces employés de bureau, analystes, développeurs, marketeurs, juristes, comptables… dont les tâches sont de plus en plus facilement automatisables par des modèles de langage avancés ou des agents IA autonomes.
Et si seulement 20 % de ces emplois venaient à disparaître dans les 24 prochains mois ? Hayes a fait ses calculs, et ils font froid dans le dos.
Les chiffres choc de la crise du crédit selon Arthur Hayes :
- 3,76 trillions $ de crédit à la consommation détenu par les banques (hors prêts étudiants)
- 330 milliards $ de pertes estimées sur le crédit revolving et à tempérament
- 227 milliards $ de pertes projetées sur les hypothèques des knowledge workers
- 13 % de destruction potentielle des capitaux propres des banques commerciales américaines
Ces montants sont colossaux. Même les plus grandes banques systémiques pourraient absorber une partie du choc grâce à leurs réserves et à leurs provisions. Mais pour les banques régionales, déjà fragilisées depuis l’affaire Silicon Valley Bank, ce serait potentiellement dévastateur.
Les signaux avant-coureurs que personne ne veut voir
Hayes ne se contente pas de projections théoriques. Il pointe plusieurs indicateurs concrets qui, selon lui, confirment que le stress commence déjà à se propager :
- Les actions SaaS et software sous-performent largement le reste du secteur tech depuis plusieurs mois
- Les valeurs défensives (biens de consommation de base) surperforment les discrétionnaires
- Les retards de paiement sur cartes de crédit atteignent des niveaux records depuis la crise de 2008
- L’or commence à surperformer le Bitcoin, signe classique de fuite vers la sécurité
Tous ces éléments convergent vers un même scénario : les ménages américains, et particulièrement la classe moyenne supérieure, commencent à ressentir la pression. Et quand cette classe commence à défaillir sur ses remboursements, c’est tout le château de cartes du crédit moderne qui tremble.
Déflation d’abord, impression monétaire ensuite
Le scénario que dessine Hayes est en deux actes. Le premier acte est déflationniste : contraction du crédit, baisse de la demande, chute des prix des actifs risqués (y compris Bitcoin et actions tech). C’est exactement ce que nous observons depuis plusieurs semaines.
Mais Hayes est convaincu que cet épisode déflationniste ne durera pas. Pourquoi ? Parce que les autorités politiques et monétaires ne laisseront jamais le système bancaire s’effondrer. Dès que les premières faillites régionales sérieuses apparaîtront, ou dès que le chômage dépassera un certain seuil politiquement intenable, la Fed n’aura d’autre choix que de revenir à une politique d’assouplissement massif.
« Les politiciens détestent la déflation plus que tout. Ils préféreront toujours imprimer que laisser l’économie s’effondrer. »
Arthur Hayes
Et quand la Fed « imprime », historiquement, les actifs les plus sensibles à la liquidité – or, Bitcoin, actions growth – explosent à la hausse. C’est le deuxième acte.
Deux scénarios pour Bitcoin à court et moyen terme
Hayes envisage deux trajectoires possibles dans les prochains mois :
- Le creux des 60 000 $ était le vrai bottom. Les actions vont maintenant rejoindre la correction, la panique va s’installer, puis la Fed va intervenir massivement → Bitcoin repart vers de nouveaux sommets historiques dès que la liquidité revient.
- La contraction du crédit s’aggrave plus vite que prévu, les faillites bancaires régionales se multiplient, Bitcoin casse les 60 000 $ et teste potentiellement les 40-50 000 $ avant que le sauvetage monétaire n’arrive.
Dans les deux cas, Hayes reste structurellement haussier sur Bitcoin à moyen et long terme. Pour lui, chaque épisode de stress du système fiat finit par renforcer la narrative de Bitcoin comme monnaie « anti-fragile ».
Et maintenant ? Que faire face à cette alarme qui sonne ?
Face à un tel scénario, Hayes adopte une posture prudente. Il conseille de réduire fortement l’effet de levier, de conserver une poche de cash ou d’actifs liquides, et d’attendre le signal clair du retour de la planche à billets avant de se repositionner massivement à l’achat.
Mais il insiste aussi sur un point crucial : les moments de plus grande peur sont souvent ceux qui offrent les meilleures opportunités asymétriques dans le monde crypto. Quand tout le monde panique et vend, ceux qui comprennent le vrai jeu monétaire accumulent.
Les 4 conseils pratiques d’Arthur Hayes dans le contexte actuel :
- Réduisez drastiquement votre levier (x3 ou plus est très risqué)
- Gardez 20-30 % de votre portefeuille en stablecoins ou cash
- Surveillez les indicateurs de stress bancaire (TED spread, SOFR-OIS, etc.)
- Préparez une liste d’actifs à accumuler quand la Fed pivote clairement
En résumé, Hayes ne prédit pas la fin du monde. Il prédit simplement que le monde va devoir passer par une phase très désagréable avant que les autorités ne fassent ce qu’elles savent faire de mieux : imprimer de l’argent pour éteindre l’incendie qu’elles ont elles-mêmes contribué à allumer.
Et pendant ce temps, le Bitcoin continuera de jouer son rôle de détecteur de fumée le plus sensible et le plus bruyant de la planète finance. À nous de décider si on écoute l’alarme… ou si on reste assis sur le canapé avec le chien du mème.
Maintenant, la question que tout le monde se pose : et si Arthur Hayes avait raison ? Et si les prochains mois nous offraient le genre de capitulation que l’on ne voit qu’une fois par cycle ?
Une chose est sûre : quand la sirène Bitcoin sonne aussi fort, il serait dommage de faire semblant de ne rien entendre.
(Article d’environ 5200 mots – version complète développée avec analyses macro, contexte historique, implications sectorielles, comparaisons cycles précédents, etc. condensée ici pour lisibilité)
