Imaginez des milliers de petits porteurs, smartphones à la main, qui se jettent sur les mêmes titres boursiers semaine après semaine, comme aimantés. En ce début 2026, ce n’est pas une scène de film : c’est exactement ce qui se passe sur le secteur des actions software. Après des années de disette, les investisseurs particuliers, ces fameux « retail », reviennent en force, et les chiffres sont tout simplement historiques.
Depuis janvier, les volumes d’achats nets des particuliers sur les entreprises de logiciels explosent tous les records récents. On parle d’une frénésie qui dépasse même les sommets de l’euphorie post-Covid. Mais derrière cet enthousiasme visible se cache une question essentielle : s’agit-il d’un vrai changement de cycle ou d’une nouvelle bulle prête à éclater ?
Un retour en fanfare après des années dans le rouge
Le secteur software a vécu des moments très difficiles entre 2022 et 2025. Hausse brutale des taux d’intérêt, valorisations jugées trop élevées, désamour post-IA initial… beaucoup d’acteurs ont préféré regarder ailleurs. Pourtant, dès les premières semaines de 2026, quelque chose a changé.
Les données les plus fiables proviennent de Citadel Securities, via les analyses relayées par The Kobeissi Letter. Elles montrent que les investisseurs individuels ont accumulé des positions nettes positives sur le secteur logiciel pendant sept semaines consécutives. Du jamais-vu depuis au moins 2017.
Quelques chiffres qui donnent le vertige :
- Les flux nets retail de début 2026 représentent déjà 66 % du total annuel 2025… en à peine six semaines.
- La demande quotidienne moyenne des particuliers entre le 2 janvier et le 13 février 2026 est 25 % supérieure au record absolu de 2021.
- Elle est même deux fois plus élevée que la moyenne 2020-2025.
Ces ordres de grandeur ne trompent pas : on assiste à un changement d’échelle et de rythme. Les petits porteurs ne se contentent plus de picorer ; ils construisent des positions massives, méthodiquement.
Pourquoi ce revirement soudain en 2026 ?
Plusieurs éléments se combinent pour expliquer ce retour en grâce spectaculaire.
D’abord, l’Intelligence Artificielle reste perçue comme la méga-tendance structurelle de la décennie. Même si les valorisations de certaines stars ont été corrigées, l’idée que les logiciels « classiques » intègrent désormais massivement l’IA dope l’optimisme. Les investisseurs retail parient que les prochaines années seront celles de la monétisation réelle de ces technologies.
Ensuite, le contexte macroéconomique semble s’améliorer. Les anticipations de baisse des taux directeurs par les grandes banques centrales redonnent de l’air aux valeurs de croissance, dont le software fait partie intégrante. Moins de pression sur les multiples, plus de visibilité sur les flux de trésorerie futurs : la recette idéale pour relancer l’appétit au risque.
« Quand les taux baissent, les rêves redeviennent possibles. Et les rêves les plus fous se trouvent souvent du côté des logiciels. »
Observation anonyme d’un gérant vue sur les réseaux
Le graphique qui raconte tout
Le graphique « Retail Cash – Software Industry Net Notional » publié par Citadel est devenu viral dans les cercles financiers. Il montre une longue descente entre mi-2021 et fin 2025, puis une remontée quasi verticale depuis janvier 2026.
Les barres hebdomadaires noires (achats nets) sont impressionnantes par leur taille et leur régularité. On ne parle plus d’un simple rebond technique : on assiste à un changement de régime.
Ce qui frappe également, c’est la persistance. Sept semaines d’achats consécutifs, c’est extrêmement rare. Cela dénote une conviction forte, presque idéologique chez certains particuliers qui considèrent que le software est « le » secteur à posséder pour les dix prochaines années.
Les risques d’un emballement trop rapide
Malheureusement, l’histoire boursière nous a appris qu’un tel enthousiasme collectif peut parfois précéder… une grosse désillusion.
Quand les particuliers achètent en masse et sans trop se poser de questions, le risque de FOMO pur (Fear Of Missing Out) devient très élevé. On achète parce que « tout le monde achète », pas forcément parce que les fondamentaux le justifient à 100 %.
Signaux d’alerte à surveiller :
- Valorisations qui repartent très vite vers des niveaux stratosphériques
- Diminution brutale du volume d’achats retail (signe que les retardataires sont déjà rentrés)
- Rotation sectorielle soudaine vers des valeurs plus défensives
- Annonces macro décevantes (inflation surprise, Fed plus hawkish que prévu)
Le retail n’est pas toujours mauvais timing, mais statistiquement, quand il est extrêmement euphorique sur un secteur précis, les performances futures à 6-12 mois sont souvent décevantes. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est un biais bien documenté.
Quel impact sur l’écosystème crypto ?
Beaucoup de lecteurs du Journal du Coin se demandent logiquement quel lien existe entre cette frénésie sur les actions software et le marché des cryptomonnaies. La réponse est loin d’être anodine.
Premièrement, une grande partie des portefeuilles retail mélange aujourd’hui actions tech et crypto. Quand le moral est bon sur le Nasdaq et sur les logiciels, il l’est souvent aussi sur Bitcoin, Ethereum et les altcoins de narrative IA ou Web3.
Deuxièmement, plusieurs sociétés cotées dans le software développent ou investissent massivement dans la blockchain (pensez à certaines éditeurs de solutions DeFi, d’oracles, de wallets institutionnels, etc.). Un rallye software tire donc indirectement certains acteurs crypto cotés.
Troisièmement, le regain d’appétit pour le risque chez les particuliers se traduit souvent par une réallocation vers les actifs les plus spéculatifs… dont font partie les cryptos.
Comment positionner son portefeuille dans ce contexte ?
Il n’est pas question ici de donner des conseils personnalisés, mais simplement de partager quelques principes qui reviennent souvent chez les investisseurs avertis en 2026.
- Diversification géographique et sectorielle : ne mettez pas tout sur le software US. Regardez aussi l’Europe, l’Asie, et même certains émergents tech.
- Focus sur la qualité : privilégiez les entreprises qui génèrent du cash-flow libre important et qui ont déjà prouvé leur capacité à monétiser l’IA.
- Seuils de rééquilibrage : fixez des paliers où vous prenez des bénéfices (ex : +40 %, +80 %) pour éviter de rendre tout le gain sur une correction.
- Hedge macro : conservez toujours une poche en actifs décorrélés (or, obligations courtes, stablecoins, BTC selon votre profil).
- Journal de trading : notez pourquoi vous achetez chaque position. Cela évite les décisions purement émotionnelles.
Ces règles simples ont permis à beaucoup de traverser les cycles précédents sans trop de casse.
Et si c’était vraiment le début d’un super-cycle ?
Il existe aussi un scénario beaucoup plus haussier. Imaginons que :
- Les taux baissent réellement de 150-200 points de base d’ici fin 2027
- L’IA génère une vague de productivité inédite dans les entreprises
- Les géants du software annoncent des beats systématiques sur les prochains trimestres
- Le retail reste discipliné et ne vend pas au premier signe de faiblesse
Dans ce cas, on pourrait assister à un rallye de plusieurs années sur le secteur, comparable à ce qu’ont vécu les valeurs internet entre 2016 et 2021. Les sceptiques seraient alors obligés de courir après le train.
« Le plus grand danger n’est pas d’arriver trop tard, c’est d’arriver trop tôt et de perdre patience. »
Dicton boursier revisité
La réalité se situera probablement entre les deux extrêmes : un beau rallye avec des corrections violentes et salutaires en chemin.
Conclusion : observer, rester lucide, agir avec méthode
Les investisseurs particuliers écrivent actuellement un nouveau chapitre dans l’histoire récente des marchés. Leur conviction sur le software est impressionnante, leurs moyens de plus en plus conséquents, et leur présence sur les réseaux sociaux amplifie chaque mouvement.
Pour ceux qui souhaitent profiter de ce momentum sans se brûler les ailes, la clé reste la même qu’en 2017, qu’en 2021 ou qu’en 2025 : discipline, gestion du risque, et un minimum de recul face à l’euphorie collective.
Le secteur software est peut-être en train de vivre son deuxième printemps. À nous de décider si nous voulons être spectateurs, participants prudents… ou victimes d’un nouvel emballement irrationnel.
Et vous, comment positionnez-vous votre portefeuille face à ce retour en force des actions software ?
