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    Crypto Et Midterms : Les Courses Qui Comptent Vraiment

    Steven SoarezDe Steven Soarez02/11/2026Aucun commentaire11 Mins de Lecture
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    Imaginez un secteur qui, en moins de deux ans, a transformé des dizaines de millions de dollars en une machine politique capable d’influencer des élections nationales. C’est exactement ce que l’industrie des cryptomonnaies est en train de réaliser à l’approche des midterms américaines du 3 novembre. Les chiffres sont vertigineux, les stratégies minutieusement calibrées, et les enjeux dépassent largement le simple financement de campagnes. Derrière les bulletins de vote se joue une partie d’échecs dont l’issue pourrait redéfinir durablement le cadre réglementaire des actifs numériques aux États-Unis.

    L’argent crypto s’invite massivement dans la bataille électorale

    Les données fédérales ne laissent place à aucun doute. Le réseau de comités soutenu par l’industrie crypto a déjà dépensé des sommes impressionnantes pour peser sur le prochain Congrès. Fairshake, le super PAC principal, a enregistré 169,512 millions de dollars de décaissements au 14 octobre. Sur ce total, 139 millions ont été transférés à ses deux affiliés : Defend American Jobs et Protect Progress. Ces derniers ont, de leur côté, engagé respectivement 88,319 millions et 29,197 millions de dollars en dépenses indépendantes.

    En additionnant uniquement les lignes d’expenditures indépendantes des trois structures, on atteint 136,929 millions de dollars. Ce montant ne représente encore que la partie visible de l’iceberg. Les dernières semaines de campagne, soumises à des déclarations accélérées de 24 ou 48 heures, viendront encore alourdir la facture. L’argent ne circule pas de manière chaotique. Il suit une logique précise : soutenir les élus qui ont déjà voté en faveur d’un cadre de marché clair pour les actifs numériques, et freiner ceux qui ont historiquement freiné cette évolution.

    Les chiffres clés à retenir avant le 3 novembre

    • Fairshake : 169,512 M$ de décaissements, dont 139 M$ de transferts internes
    • Dépenses indépendantes cumulées du réseau : 136,929 M$
    • Defend American Jobs concentre environ 75 % des dépenses indépendantes des affiliés
    • Première allocation publique : 6 M$ pour six élus de la Chambre

    Pourquoi l’Ohio concentre toutes les attentions

    Parmi toutes les courses, celle de l’Ohio se détache nettement. L’ancien sénateur démocrate Sherrod Brown, qui a présidé le comité bancaire du Sénat entre 2021 et début 2025, tente un retour face au républicain Jon Husted. Ce dernier a été nommé après le départ de JD Vance pour la vice-présidence. Brown a longtemps incarné une ligne critique envers les cryptomonnaies, multipliant les interrogations sur les risques pour les consommateurs et les liens possibles avec la finance illicite.

    Le réseau crypto a répondu par une campagne d’opposition massive. Le plan initial de 30 millions de dollars a été largement dépassé. Des estimations plus récentes évoquent déjà plus de 52 millions, voire plus de 68 millions lorsque l’on élargit le périmètre à l’ensemble des groupes liés à l’industrie. Cette concentration de moyens n’est pas anodine. Elle vise à empêcher le retour d’une figure qui a longtemps pesé sur les discussions législatives au Sénat.

    Les publicités ne se limitent pas aux questions crypto. Elles abordent d’autres thèmes, mais le message sous-jacent reste le même : empêcher le retour d’un adversaire structurel de l’industrie.

    Husted, de son côté, a voté pour avancer la considération du projet de loi CLARITY le 15 septembre. Ce détail compte. Il montre qu’un sénateur en place a déjà pris position en faveur d’un cadre plus clair. Brown, absent du Sénat à ce moment-là, n’a pas pu participer à ce vote. Le contraste est volontairement mis en avant par les comités pro-crypto.

    La Chambre des représentants, un terrain plus bipartisan

    À la Chambre, la stratégie de Fairshake se révèle plus nuancée. Le 5 octobre, le comité a annoncé un soutien initial à 32 élus sortants : 19 républicains et 13 démocrates. Tous ont en commun d’avoir voté en faveur de l’avancement du projet CLARITY. Parmi les six premiers bénéficiaires d’une allocation d’un million de dollars chacun figurent des figures clés.

    Côté républicain, on retrouve French Hill, président du comité des services financiers, Bill Huizenga, son vice-président, et Bryan Steil, président de la sous-commission sur les actifs numériques. Côté démocrate, Janelle Bynum, Derek Tran et Steven Horsford reçoivent le même montant. Ces six noms illustrent parfaitement la volonté affichée de dépasser les clivages partisans dès lors que la position sur les actifs numériques est jugée compatible.

    Il est important de rappeler que ces millions ne sont pas versés directement sur les comptes de campagne des candidats. Il s’agit de dépenses indépendantes : le comité paie les publicités, contrôle le message et le diffuse sans coordination avec les équipes de campagne. Cette distinction juridique est essentielle. Elle permet d’injecter des sommes illimitées tout en respectant le cadre légal des super PAC.

    De nouveaux visages au Sénat pourraient redessiner les équilibres

    Au-delà de l’Ohio, Fairshake a soutenu plusieurs candidats républicains lors des primaires : Barry Moore en Alabama, Andy Barr dans le Kentucky, Kevin Hern en Oklahoma et Harriet Hageman dans le Wyoming. Cette dernière postule pour le siège laissé vacant par la retraite de Cynthia Lummis, figure très engagée sur les questions crypto. Un changement de titulaire sur ce siège pourrait modifier la dynamique des discussions législatives.

    Andy Barr, actuellement président d’une sous-commission importante à la Chambre, pourrait passer au Sénat. Ce type de transfert d’expérience entre les deux chambres n’est pas anodin. Les comités du Sénat et de la Chambre n’ont ni les mêmes procédures ni le même poids dans la rédaction des textes. Chaque nouveau sénateur favorable à un cadre clair augmente les chances de voir aboutir des projets comme CLARITY.

    Le bilan des primaires avancé par Fairshake est flatteur : 53 des 58 candidats soutenus auraient remporté leur primaire ou leur élection spéciale. Ce taux de réussite de plus de 91 % doit toutefois être interprété avec prudence. De nombreux candidats partaient déjà favoris ou évoluaient dans des circonscriptions favorables. L’argent n’explique pas à lui seul tous les succès, pas plus qu’il n’explique les échecs.

    Deux affiliés, deux philosophies de déploiement

    Defend American Jobs et Protect Progress ne jouent pas le même rôle. Le premier se concentre majoritairement sur les courses républicaines. Le second intervient plutôt dans les primaires et les courses démocrates. Le déséquilibre est net : environ 75 % des dépenses indépendantes des deux affiliés passent par Defend American Jobs. Cette asymétrie ne contredit pas le discours bipartisan de Fairshake. Elle reflète simplement la réalité des opportunités électorales et des positions des candidats.

    Le porte-parole de Fairshake, Geoff Vetter, insiste régulièrement sur le fait que le comité soutient l’innovation dans les deux partis. Les allocations à des démocrates de la Chambre et les interventions dans certaines primaires démocrates en sont la preuve. Dans ces primaires, l’objectif n’est pas forcément de faire basculer un siège d’un parti à l’autre, mais de faire émerger le candidat le plus ouvert aux actifs numériques.

    Contributions d’entreprises et dépenses de campagne : deux réalités distinctes

    Une analyse de Public Citizen a estimé les contributions des entreprises crypto à 206 millions de dollars sur le cycle. Ce chiffre mesure l’argent entrant dans les structures politiques. Il ne doit pas être confondu avec les dépenses effectivement engagées dans les courses. Un comité peut disposer d’un solde de trésorerie antérieur, recevoir de nouvelles contributions, transférer des fonds à un affilié, puis dépenser une partie seulement de ce qui lui reste.

    Les grands contributeurs connus du réseau incluent Coinbase, Ripple et Andreessen Horowitz. Leur soutien financier ne signifie pas que chaque dollar dépensé par un affilié est une nouvelle donation d’entreprise. Les règles des super PAC autorisent les contributions illimitées de la part d’individus, de sociétés et d’autres comités, sous réserve des interdictions classiques (nationaux étrangers, contractants fédéraux, etc.).

    Cette distinction entre contributions et dépenses est souvent mal comprise. Elle explique pourquoi les chiffres avancés par différents observateurs peuvent varier sans se contredire. L’important reste de comparer des montants mesurés au même moment, sur les mêmes catégories et pour les mêmes structures.

    Ce que le vote de septembre révèle réellement

    Le 15 septembre, le Sénat a rejeté la motion de clôture visant à passer à l’examen du projet CLARITY. Le score a été de 49 voix pour, 50 contre, avec un sénateur n’ayant pas voté. Soixante voix étaient nécessaires. Ce n’était pas un vote sur le fond du texte, mais sur la possibilité de l’examiner. L’échec de cette procédure a freiné l’avancée d’un projet central pour l’industrie.

    Tim Scott, président du comité bancaire du Sénat, a reproché aux démocrates cet échec tout en indiquant que les agences devaient clarifier les règles avec leurs pouvoirs existants en attendant une loi. Plusieurs républicains ont également voté contre l’avancement. Ce détail montre que le camp pro-crypto n’est pas monolithique, même au sein d’un même parti.

    L’élection de novembre ne changera pas le résultat de ce vote passé. Elle peut en revanche modifier la composition du Sénat et de la Chambre, et donc les rapports de force pour les prochaines tentatives. C’est précisément sur ce levier que mise le réseau Fairshake.

    Les limites de l’argent en politique

    L’histoire récente offre plusieurs contre-exemples. Plus de 10 millions de dollars ont été dépensés contre Juliana Stratton en Illinois sans empêcher sa victoire en primaire démocrate pour le Sénat. La Shawn Ford a également résisté à environ 2,5 millions de dollars d’opposition. Ces cas rappellent qu’un budget publicitaire, même colossal, ne garantit rien.

    Un candidat soutenu peut déjà disposer d’une notoriété solide, d’un avantage de financement traditionnel ou d’une circonscription structurellement favorable. À l’inverse, un adversaire peut capitaliser sur le rejet de « l’argent des lobbies ». Les comités pro-crypto le savent. Leur stratégie ne consiste pas à gagner toutes les courses, mais à constituer un noyau d’élus suffisamment large et stable pour faire avancer un agenda législatif sur le long terme.

    Ce qu’il faudra surveiller après le 3 novembre

    Plusieurs points méritent une attention particulière dans les jours et semaines qui suivront le scrutin. Les résultats certifiés en Ohio et dans les circonscriptions ayant reçu les premières allocations de un million de dollars. L’entrée éventuelle de nouveaux sénateurs issus des listes soutenues en primaire, et les affectations de comités qui en découleront. Les déclarations rapides de dépenses des derniers jours, qui devront être rapprochées des rapports réguliers et des éventuelles corrections.

    Il faudra également observer les votes enregistrés et les textes réellement déposés, bien plus que les labels « pro-crypto » ou les promesses de campagne. Enfin, les soldes de trésorerie restants dans les différents comités indiqueront si le réseau conserve des moyens pour les cycles suivants.

    Points de vigilance post-électoraux

    • Résultat définitif de la course Ohio Brown-Husted
    • Composition exacte de la Chambre et du Sénat
    • Nouvelles affectations de comités clés
    • Montants finaux après les déclarations de dernière minute
    • Capacité de relance législative sur CLARITY et textes similaires

    Une stratégie de long terme plutôt qu’un coup d’éclat

    Fairshake et ses affiliés ne cherchent pas uniquement à gagner une élection. Ils construisent, cycle après cycle, un ensemble d’élus familiers avec les enjeux des actifs numériques et favorables à un cadre de marché clair. Cette approche s’inscrit dans la durée. Les succès et les échecs de 2024 ont servi de laboratoire. Les montants engagés en 2026 montrent une montée en puissance.

    L’industrie des cryptomonnaies a compris que la régulation ne se gagnerait pas seulement dans les salles de réunion de Washington, mais aussi dans les urnes. En injectant des ressources massives dans des courses ciblées, elle tente d’accélérer l’arrivée d’un environnement juridique plus prévisible. Les électeurs décideront le 3 novembre. Les prochains mois diront si l’argent investi se transforme effectivement en textes de loi.

    En attendant, une chose est certaine : le secteur crypto n’est plus un simple observateur de la vie politique américaine. Il en est devenu un acteur financier de premier plan, capable de mobiliser des centaines de millions de dollars sur un cycle électoral. Les courses qui comptent réellement pour son agenda ne sont pas toujours celles qui font la une. Elles se trouvent dans des circonscriptions précises, autour de quelques comités stratégiques, et derrière des montants qui, pour la première fois, rivalisent avec ceux des industries traditionnelles les plus influentes.

    Le 3 novembre, chaque bulletin dépouillé dans l’Ohio, dans l’Arkansas, le Michigan, le Wisconsin ou le Nevada pourra avoir des répercussions bien au-delà des frontières de ces États. Pour l’industrie des actifs numériques, il ne s’agit plus seulement de défendre un modèle économique. Il s’agit de façonner les règles du jeu pour la décennie à venir. Et cette fois, elle a mis les moyens.

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    Steven Soarez
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