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    Qui Possède Vraiment Le Bitcoin Aujourd’Hui

    Steven SoarezDe Steven Soarez26/10/2026Aucun commentaire11 Mins de Lecture
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    Plus de la moitié des bitcoins existants échappent encore à toute identification précise. Galaxy Research vient de publier un cliché d’octobre qui laisse songeur : environ 11,1 millions de BTC, soit 55 % de l’offre circulante, ne peuvent être rattachés à aucun individu ou institution connu. Dans un univers où les ETF, les banques et les géants de la finance accumulent les réserves à vue d’œil, cette part d’ombre soulève une question essentielle. Qui contrôle réellement le Bitcoin aujourd’hui ?

    Une majorite encore invisible sur la chaine

    Alex Thorn, responsable de la recherche chez Galaxy, a souligné sur X que cette proportion élevée d’adresses non attribuées persiste malgré des années d’adoption institutionnelle. Les entreprises de custody se multiplient, les produits d’investissement se démocratisent, et pourtant une large fraction de la masse monétaire reste hors des radars des analystes on-chain. Cette situation n’est pas anodine. Elle redéfinit la notion même de concentration du pouvoir dans l’écosystème.

    Sur le papier, la blockchain Bitcoin est transparente. Chaque transaction, chaque solde, chaque mouvement est public. Mais la transparence des adresses ne signifie pas transparence des identités. Relier une adresse à une personne physique ou morale demande un travail d’investigation considérable. Les firmes spécialisées croisent les historiques de transactions, les dépôts sur exchanges, les déclarations réglementaires et les fuites d’information. Même avec ces outils, plus de la moitié de l’offre échappe encore à l’attribution.

    Ce que représente réellement ces 55 %

    Les 11,1 millions de bitcoins non identifiés ne forment pas un bloc homogène. Ils regroupent plusieurs réalités distinctes. Une partie appartient très probablement à des investisseurs individuels qui pratiquent l’auto-garde depuis des années. Une autre tranche correspond à des adresses institutionnelles ou de trading desks privés que les chercheurs n’ont pas encore pu étiqueter. Enfin, une fraction non négligeable est sans doute perdue à jamais : clés privées égarées, disques durs jetés, propriétaires décédés sans transmission des accès.

    Les principales catégories d’offre non attribuée selon les analyses actuelles :

    • Wallets individuels en auto-garde non reliés à des exchanges
    • Adresses institutionnelles ou de fonds non déclarés publiquement
    • Bitcoins minés aux origines et jamais déplacés
    • Coins réellement perdus par perte de clés privées

    Galaxy précise bien que son étude ne permet pas de quantifier exactement la part de chaque catégorie. L’idée que les particuliers détiennent encore une masse considérable reste toutefois crédible. Beaucoup d’investisseurs de la première heure n’ont jamais déposé leurs bitcoins sur une plateforme centralisée. Ils préfèrent conserver le contrôle total de leurs clés privées.

    Les 45 % déjà cartographiés

    À l’inverse, 45 % de l’offre minée a pu être attribuée à des acteurs identifiables. Parmi eux figurent les grands exchanges, les ETF spot américains, certains gouvernements qui ont saisi des bitcoins, et les adresses liées aux tout premiers mineurs de l’ère Satoshi. BlackRock, via son iShares Bitcoin Trust, détient à lui seul plus de 814 000 BTC selon les données de fin octobre. L’ensemble des ETF suivis par les analystes on-chain dépasse le million de bitcoins. Ces chiffres évoluent chaque jour au gré des flux entrants et sortants, mais ils illustrent l’ampleur de la présence institutionnelle.

    Les gouvernements apparaissent aussi dans le tableau. Les saisies judiciaires, notamment aux États-Unis, ont placé d’importantes quantités sous contrôle public. Les plateformes d’échange, quant à elles, gèrent les dépôts de millions d’utilisateurs. Même si ces bitcoins appartiennent en théorie aux clients, ils restent concentrés dans un nombre limité d’adresses connues, ce qui facilite leur identification.

    Plus de la moitié de l’offre de Bitcoin n’a toujours aucune attribution d’identité connue, même après des années d’adoption institutionnelle massive.

    Alex Thorn, Galaxy Research

    L’auto-garde face a la custodie institutionnelle

    Le débat entre auto-garde et custody professionnelle n’a jamais été aussi vif. D’un côté, les partisans de la souveraineté individuelle rappellent que Bitcoin a été conçu pour permettre à chacun d’être sa propre banque. Xapo Bank a d’ailleurs réagi aux observations de Galaxy en soulignant que les particuliers ont participé à l’écosystème bien avant l’arrivée des institutions financières traditionnelles. Pour eux, la part non identifiée représente précisément cette liberté de ne dépendre d’aucun intermédiaire.

    De l’autre côté, la responsabilité technique de l’auto-garde pèse lourd. Perdre ses clés privées revient à perdre définitivement ses fonds. Les compromissions de hardware wallets et les vols récents ont rappelé les risques. Jameson Lopp, figure reconnue de la sécurité Bitcoin, a récemment mis en garde contre un abandon trop rapide de l’auto-garde tout en reconnaissant la complexité de la tâche. Il recommande les solutions multi-signatures et la répartition géographique des clés pour limiter les points de défaillance uniques.

    Les ETF offrent quant à eux une exposition purement financière. L’investisseur gagne ou perd avec le prix du Bitcoin sans jamais toucher aux clés privées. La custody est déléguée à des acteurs réglementés comme Coinbase Custody ou BNY Mellon. Cette facilité attire les capitaux institutionnels et les particuliers peu enclins à gérer la technique. Elle concentre cependant le risque opérationnel et réglementaire sur un nombre restreint d’entités.

    Les pieces perdues, un mystere permanent

    Parmi les 11,1 millions de BTC non attribués, une part significative ne circulera probablement jamais. Les estimations sur les bitcoins perdus varient selon les méthodologies, mais le consensus tourne autour de plusieurs millions d’unités. Certains mineurs des premières années ont simplement abandonné leurs machines sans sauvegarder les clés. D’autres ont jeté des disques durs contenant des wallets. Des héritages n’ont jamais été transmis correctement. Ces coins dorment dans des adresses qui ne bougeront plus.

    Galaxy a récemment suivi six wallets dormants qui se sont activés après douze à quinze ans d’inactivité. Ils ont déplacé 553,59 BTC, soit plus de 40 millions de dollars au moment du mouvement. Les adresses dataient de 2011, 2012 et 2014. Les chercheurs n’ont pas réussi à identifier les propriétaires ni les motivations du déplacement. Ces épisodes rappellent que certaines pièces longtemps considérées comme perdues peuvent soudainement revenir en circulation, créant des surprises sur le marché.

    Le cas particulier des adresses Satoshi

    Galaxy isole également environ 1,12 million de BTC associés au pattern de minage Patoshi. Ces bitcoins sont traditionnellement attribués à Satoshi Nakamoto ou à son entourage très proche. Leur identification repose sur des analyses de comportements de minage des premiers mois du réseau. Aucune preuve formelle n’existe quant à l’identité réelle du créateur, et ces coins n’ont jamais bougé. Leur simple existence pèse sur l’offre disponible et nourrit les spéculations depuis plus de quinze ans.

    Si ces bitcoins devaient un jour se déplacer, l’impact psychologique sur le marché serait considérable. Pour l’instant, ils restent dans la catégorie des coins identifiés mais inactifs, distincts de la masse véritablement non attribuée.

    Pourquoi cette opacité continue d’exister

    Plusieurs facteurs expliquent la persistance d’une telle proportion d’adresses anonymes. Premièrement, Bitcoin n’impose aucune KYC au niveau du protocole. Toute personne peut générer une adresse et recevoir des fonds sans jamais se déclarer. Deuxièmement, de nombreux détenteurs historiques ont adopté dès le départ une posture de discrétion maximale. Troisièmement, les techniques de mélange et de coinjoin rendent le traçage plus complexe, même si elles ne sont pas utilisées par tous. Enfin, les institutions elles-mêmes multiplient parfois les adresses pour des raisons de sécurité opérationnelle, ce qui complique le travail d’attribution.

    Les progrès des outils d’analyse on-chain sont indéniables. Les firmes spécialisées améliorent constamment leurs algorithmes et enrichissent leurs bases de données. Pourtant, chaque nouveau détenteur qui choisit l’auto-garde et évite les plateformes régulées augmente le volume non identifié. Le phénomène n’est donc pas uniquement lié au passé. Il se renouvelle en permanence.

    Les implications pour le marche

    Cette structure de propriété a des conséquences concrètes. Une offre majoritairement détenue par des acteurs patientés et non identifiés réduit la liquidité disponible à court terme. Les bitcoins qui dorment depuis des années ne participent pas aux mouvements de prix quotidiens. Lorsqu’ils se réveillent, comme dans le cas des six wallets mentionnés, ils peuvent créer des flux inattendus.

    Par ailleurs, la présence d’une large base d’auto-gardeurs limite le pouvoir de contrôle des régulateurs. Les autorités peuvent pressurer les exchanges et les ETF, mais elles peinent à atteindre les détenteurs individuels qui gèrent leurs propres clés. Cette caractéristique renforce la résilience du réseau face à d’éventuelles pressions politiques ou financières.

    Les institutions, de leur côté, continuent d’augmenter leurs positions. Les banques traditionnelles développent des services de custody. Citigroup a annoncé des ambitions dans ce domaine. BNY Mellon travaille déjà avec plusieurs émetteurs d’ETF. Coinbase Custody reste un acteur majeur. Cette dualité entre une base décentralisée d’individus et une couche institutionnelle croissante définit le Bitcoin d’aujourd’hui.

    Auto-garde : avantages et exigences

    Pratiquer l’auto-garde procure une indépendance totale. Aucun tiers ne peut geler les fonds, imposer des restrictions ou faire faillite en emportant les actifs. Cette liberté s’accompagne toutefois d’une responsabilité absolue. La sécurité repose entièrement sur le détenteur. Les bonnes pratiques incluent l’utilisation de hardware wallets de qualité, la création de seeds de récupération stockées hors ligne, et idéalement le recours à des configurations multi-signatures.

    Jameson Lopp insiste sur la nécessité d’anticiper les situations où le propriétaire ne serait plus en mesure de gérer ses bitcoins. Décès, incapacité, accident : sans planification successorale adaptée, les fonds risquent de disparaître définitivement. Les solutions de recovery et les testaments crypto deviennent des sujets de plus en plus sérieux au sein de la communauté.

    Bonnes pratiques essentielles pour l’auto-garde :

    • Utiliser un hardware wallet reconnu et vérifier l’intégrité du firmware
    • Créer et stocker la seed phrase de manière sécurisée et hors ligne
    • Préférer les configurations multi-signatures pour les montants importants
    • Planifier la transmission des accès en cas d’incapacité
    • Éviter de laisser des fonds significatifs sur des exchanges

    Ce que l’avenir pourrait changer

    Plusieurs évolutions pourraient modifier le tableau de propriété dans les années à venir. L’amélioration continue des outils d’attribution on-chain réduira progressivement le pourcentage non identifié. Les institutions continueront d’accumuler, ce qui augmentera la part cartographiée. Dans le même temps, une nouvelle génération d’investisseurs pourrait choisir massivement l’auto-garde, freinant cette tendance.

    Les régulations joueront également un rôle. Si les exigences de déclaration se durcissent pour les détenteurs privés, certains pourraient être tentés de sortir du radar encore davantage. À l’inverse, des cadres clairs pourraient encourager davantage d’acteurs à se faire connaître via des structures réglementées.

    Les mouvements de wallets dormants resteront des événements à surveiller. Chaque réveil d’adresses anciennes rappelle que l’offre « perdue » n’est jamais totalement figée. Ces flux peuvent influencer la perception de la rareté à court terme.

    Une photographie qui dit beaucoup sur Bitcoin

    Le constat de Galaxy Research dépasse le simple chiffre de 55 %. Il révèle la nature profonde du réseau. Bitcoin n’est ni entièrement institutionnalisé ni entièrement détenu par une poignée d’acteurs visibles. Une majorité silencieuse et discrète continue d’exister en dehors des structures traditionnelles. Cette réalité constitue à la fois une force et une source d’incertitude.

    Pour les investisseurs, comprendre cette structure aide à mieux apprécier la liquidité réelle, les risques de concentration et le potentiel de résilience du système. Pour les régulateurs, elle rappelle les limites de leur portée. Pour les défenseurs de la décentralisation, elle confirme que l’esprit originel n’a pas disparu malgré l’arrivée des grands acteurs financiers.

    L’offre de Bitcoin restera probablement longtemps partagée entre une partie visible et une partie opaque. Les outils d’analyse progressent, les institutions s’installent, mais la possibilité de détenir des bitcoins en toute discrétion demeure au cœur du protocole. C’est peut-être précisément cette dualité qui explique la capacité du réseau à traverser les cycles et les pressions depuis plus de quinze ans.

    En définitive, la question « qui possède le Bitcoin » n’a pas de réponse unique et définitive. Une large fraction échappe encore aux regards. Et tant que le protocole restera ouvert et sans permission, cette part d’ombre continuera d’exister. Elle fait partie intégrante de ce qui rend Bitcoin unique dans le paysage monétaire contemporain.

    Les prochaines publications de Galaxy et des autres firmes d’analyse on-chain permettront de suivre l’évolution de ce ratio. En attendant, les 11,1 millions de bitcoins non identifiés rappellent une vérité simple : dans Bitcoin, la transparence des transactions n’équivaut jamais à la transparence des détenteurs. Et c’est sans doute l’une des caractéristiques les plus précieuses du système.

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    Steven Soarez
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