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    Trump Attaqué En Justice Pour 2 Milliards De Deals Crypto

    Steven SoarezDe Steven Soarez23/10/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Imaginez un instant que l’argent d’un État du Golfe se glisse dans les comptes d’une entreprise liée au président des États-Unis, via des stablecoins et des prises de participation stratosphériques. C’est exactement le scénario qui vient d’éclater devant la justice fédérale américaine. Un actionnaire de Circle, l’émetteur de l’USDC, a décidé de ne plus regarder passer les affaires. Il traîne Donald Trump, World Liberty Financial et l’envoyé spécial Steve Witkoff devant les tribunaux pour des opérations crypto émiraties dépassant les deux milliards de dollars. La plainte, déposée le 22 octobre, soulève une question aussi vieille que la Constitution américaine : peut-on accepter des fonds étrangers sans l’aval du Congrès ?

    La Plainte Qui Secoue Washington Et La Crypto

    Le dossier porte le numéro 26-cv-03686. Il a été enregistré au tribunal fédéral du district de Columbia. Le plaignant, J. Benjamin Greenberg, détient environ dix mille actions de Circle. Selon plusieurs sources, il a également travaillé par le passé pour l’émetteur de l’USDC. Il n’agit pas en son nom personnel. Il utilise une procédure particulière appelée action dérivée. En clair, il plaide au nom de Circle elle-même, estimant que la société a subi un préjudice concurrentiel.

    L’argument central est simple et brutal. L’argent en provenance des Émirats arabes unis aurait dopé artificiellement l’USD1, le stablecoin de World Liberty Financial. Résultat : Circle se retrouverait « incapable de rivaliser » sur certains segments du marché. Greenberg affirme que le président et ses entreprises ont détourné des affaires en acceptant des centaines de millions de dollars d’un gouvernement étranger. Les demandes formulées dans la plainte vont loin. Le plaignant veut une injonction pour empêcher toute nouvelle violation de la clause des émoluments. Il réclame aussi la restitution des gains jugés illicites, des dommages et intérêts non chiffrés, et surtout la liste complète de tous les autres paiements crypto d’origine étrangère.

    Nous attaquons en justice pour stopper la corruption et forcer le président Trump à rendre les profits aux contribuables américains.

    Matt Pelikan, avocat d’Evergreen Legal

    Circle a immédiatement pris ses distances. L’entreprise a déclaré n’avoir ni initié, ni dirigé, ni autorisé, ni rejoint cette procédure. Du côté de la Maison Blanche, la porte-parole Anna Kelly a qualifié la plainte de « frivole ». Chez World Liberty, David Wachsman a jugé les accusations « sans fondement » et a rappelé qu’aucun membre de l’équipe n’occupe de poste au sein du gouvernement fédéral.

    Deux Opérations Émiraties Sous Les Projecteurs

    La plainte s’appuie sur deux deals déjà connus du public. Le premier date de janvier 2025. Un véhicule d’investissement a acquis 49 % de World Liberty Financial pour 500 millions de dollars, quelques jours seulement avant l’investiture. Derrière cette structure se trouve le cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis. Selon la déclaration financière du président pour 2025, la part reversée aux entités de la famille Trump s’élève à 263 millions de dollars.

    Le second montage pèse beaucoup plus lourd. Le fonds MGX, également présidé par Tahnoon, a annoncé en mars 2025 un investissement de deux milliards de dollars dans Binance. World Liberty a confirmé en mai que le règlement s’effectuerait en USD1. Pour le plaignant, ce choix a fait gonfler la circulation du stablecoin et généré des millions de dollars d’intérêts pour ses propriétaires. Au total, la plainte parle de plus de deux milliards de dollars de paiements étrangers. Trump lui-même a déclaré plus de 1,4 milliard de dollars de revenus liés à la crypto pour l’année 2025. L’USD1 affiche aujourd’hui une capitalisation d’environ quatre milliards de dollars.

    Ce que la plainte met en avant :

    • Acquisition de 49 % de World Liberty pour 500 millions de dollars par un véhicule lié à un cheikh d’Abu Dhabi
    • Investissement de 2 milliards de dollars du fonds MGX réglé en USD1 chez Binance
    • Part reversée à la famille Trump estimée à 263 millions de dollars sur le premier deal
    • Demande de restitution des profits et d’injonction contre toute nouvelle violation

    La Clause Des Émoluments Étrangers Sous Le Microscope

    Tout repose sur un passage précis de la Constitution américaine. L’article I, section 9, interdit à tout titulaire d’une fonction fédérale d’accepter sans l’accord du Congrès « un présent, un émolument, une charge ou un titre de quelque sorte que ce soit, d’un roi, d’un prince ou d’un État étranger ». Cette disposition, rédigée à la fin du XVIIIe siècle, visait à protéger la jeune république contre les influences extérieures. Elle n’avait presque jamais été testée en justice avant le premier mandat de Donald Trump.

    Entre 2017 et 2021, trois recours majeurs ont tenté d’invoquer cette clause. Aucun n’a abouti à un jugement sur le fond. Le plus médiatique réunissait environ deux cents parlementaires démocrates derrière le sénateur Richard Blumenthal. La cour d’appel fédérale de Washington l’a rejeté en février 2020, estimant que des élus minoritaires dans les deux chambres n’avaient pas d’intérêt à agir. La Cour suprême a refusé de se saisir de l’affaire.

    Les deux autres procédures ont progressé un peu plus loin. L’ONG CREW a obtenu la relance de son dossier en appel en 2019. Le district de Columbia et le Maryland ont gagné devant la cour d’appel du 4e circuit en mai 2020, par neuf voix contre six. Mais la Cour suprême a classé les deux affaires le 25 janvier 2021. Le mandat étant terminé, les juges ont estimé qu’elles n’avaient plus d’objet. Ces précédents pèsent lourd contre Greenberg.

    Les Obstacles Juridiques Qui Attendent Le Plaignant

    Au-delà de l’historique, Greenberg doit franchir plusieurs barrières techniques. En droit américain des sociétés, l’actionnaire qui agit au nom de l’entreprise doit prouver que le conseil d’administration a refusé d’agir ou ne pouvait pas trancher de façon impartiale. C’est une condition préalable difficile à remplir. Il devra aussi démontrer un lien de causalité clair : que l’argent émirati a réellement privé Circle de clients. Or, l’USDC reste aujourd’hui largement dominant face à l’USD1.

    La question la plus délicate reste celle de la définition d’un « émolument ». Un achat de stablecoin au prix du marché ou une prise de participation ordinaire constitue-t-elle un avantage interdit ? Aucun juge n’a jamais tranché ce point de manière définitive. Dès 2017, le ministère de la Justice de l’époque soutenait que les transactions commerciales classiques échappaient à la clause. Ce raisonnement pourrait revenir en force dans le dossier actuel.

    En acceptant des centaines de millions de dollars d’un gouvernement étranger, le président et ses entreprises ont détourné des affaires de Circle.

    Extrait de la plainte Greenberg v. Trump

    World Liberty Financial se bat déjà sur un autre front judiciaire. Justin Sun l’accuse d’extorsion et d’avoir gelé illégalement ses jetons WLFI. La société a répondu par une plainte en diffamation. Ces procédures parallèles montrent à quel point l’écosystème autour de l’entreprise familiale est devenu conflictuel.

    Pourquoi Ce Dossier Résonne Dans Le Monde Crypto

    Au-delà de la bataille juridique, l’affaire met en lumière un phénomène plus large. Depuis plusieurs années, les stablecoins sont devenus des outils de soft power. Un investissement de deux milliards de dollars réglé en USD1 n’est pas anodin. Il apporte de la liquidité, de la visibilité et des revenus d’intérêts potentiels aux détenteurs des réserves. Quand ces détenteurs sont liés au président en exercice, la frontière entre affaires privées et intérêt public devient floue.

    Les Émirats arabes unis jouent un rôle croissant dans l’écosystème crypto mondial. Abu Dhabi et Dubaï multiplient les partenariats, les licences et les investissements. Le fonds MGX s’inscrit dans cette stratégie d’influence. En choisissant de régler une partie de ses opérations via l’USD1, il a donné un coup de projecteur massif à un stablecoin encore jeune. Circle, de son côté, a bâti sa position dominante grâce à une régulation plus stricte et à des partenariats bancaires solides. Voir un concurrent bénéficier d’un tel flux d’argent étranger peut légitimement inquiéter ses actionnaires.

    La plainte de Greenberg force aussi à reposer une question politique. Pendant son premier mandat, Donald Trump avait déjà été accusé d’utiliser ses hôtels et ses clubs pour recevoir des paiements étrangers. Les procédures n’avaient pas abouti. Aujourd’hui, le véhicule a changé. Ce ne sont plus des suites présidentielles, mais des tokens et des stablecoins. La technologie évolue, les enjeux de conflit d’intérêts restent identiques.

    Les Réactions Officielles Et Le Silence Relatif De Certaines Parties

    Circle a choisi la voie de la désolidarisation totale. L’entreprise a insisté sur le fait qu’elle n’avait aucun lien avec l’initiative judiciaire. Cette position est compréhensible. S’associer publiquement à une action contre le président en exercice pourrait compliquer ses relations avec les régulateurs américains. World Liberty et la Maison Blanche ont, de leur côté, adopté un ton dismissif. « Frivole », « sans fondement » : les mots sont choisis pour minimiser l’impact médiatique.

    Steve Witkoff, l’envoyé spécial pour le Moyen-Orient, se retrouve dans une position particulière. Il est le père de Zach Witkoff, cofondateur de World Liberty. La plainte le vise explicitement. Même s’il n’occupe pas de poste opérationnel dans l’entreprise, le lien familial suffit à alimenter les soupçons de conflit d’intérêts. Dans le monde de la diplomatie et de la finance crypto, ces connexions familiales sont rarement anodines.

    Les acteurs principaux du dossier :

    • J. Benjamin Greenberg : actionnaire de Circle et ancien salarié de l’émetteur de l’USDC
    • World Liberty Financial : société liée à la famille Trump et émettrice de l’USD1
    • Steve Witkoff : envoyé spécial pour le Moyen-Orient et père d’un cofondateur
    • Cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan : figure centrale derrière les deux opérations émiraties
    • Fonds MGX : véhicule d’investissement ayant injecté 2 milliards de dollars

    Ce Que L’Histoire Nous Enseigne Sur Ces Procédures

    Les trois précédents du premier mandat montrent une constante. Les tribunaux sont réticents à entrer dans le vif du sujet tant que le président est en fonction. Les questions de standing, d’intérêt à agir et de justiciabilité servent souvent de filtre. Une fois le mandat terminé, les affaires deviennent sans objet. Greenberg tente de contourner cet écueil en agissant au nom d’une société privée et en invoquant un préjudice commercial concret. Reste à savoir si les juges accepteront cette voie.

    Le droit des sociétés ajoute une couche de complexité. Les actions dérivées sont conçues pour permettre aux actionnaires minoritaires de forcer l’entreprise à défendre ses intérêts quand les dirigeants refusent de le faire. Elles exigent cependant une démonstration rigoureuse. Greenberg devra prouver que le conseil d’administration de Circle était incapable d’agir de manière indépendante. C’est un obstacle élevé, surtout si Circle continue de s’en distancier publiquement.

    Sur le fond, la définition d’un émolument reste ouverte. Les tribunaux n’ont jamais eu à trancher si une transaction de marché libre, même avec un acteur étatique étranger, tombait sous le coup de l’interdiction constitutionnelle. Le ministère de la Justice a toujours défendu une interprétation restrictive. Cette position pourrait être reprise par les avocats de la défense.

    Les Implications Pour Le Marché Des Stablecoins

    L’USD1 a connu une croissance rapide grâce à ces flux. Une capitalisation de quatre milliards de dollars n’est pas négligeable, même si elle reste très inférieure à celle de l’USDC ou de l’USDT. Chaque milliard de dollars qui circule dans un stablecoin génère des revenus potentiels pour les gestionnaires des réserves. Quand ces revenus bénéficient à des personnes liées au pouvoir exécutif, la question de l’équité concurrentielle se pose légitimement.

    Circle a bâti sa réputation sur la transparence et la conformité réglementaire. L’USDC est souvent présenté comme le stablecoin « institutionnel » par excellence. Voir un concurrent bénéficier d’un soutien financier massif d’un État étranger peut créer un sentiment d’injustice chez ses actionnaires. Même si le lien de causalité reste difficile à prouver, le signal envoyé au marché est clair : les connexions politiques peuvent devenir un avantage concurrentiel dans la crypto.

    Cette affaire intervient dans un contexte où les régulateurs américains renforcent leur vigilance sur les stablecoins. Les débats autour d’une législation fédérale se poursuivent. Une décision de justice qui clarifierait la notion d’émolument dans le domaine crypto aurait des répercussions bien au-delà de ce dossier précis.

    Le Rôle Des Émirats Dans L’Écosystème Crypto Mondial

    Les Émirats arabes unis ne se contentent plus d’attirer les entreprises crypto avec des cadres réglementaires favorables. Ils deviennent des acteurs financiers de premier plan. Le fonds MGX et les véhicules liés à la famille régnante d’Abu Dhabi illustrent cette montée en puissance. Investir deux milliards de dollars dans Binance via un stablecoin américain lié à la famille Trump n’est pas un geste anodin. C’est un acte politique autant que financier.

    Abu Dhabi et Dubaï se positionnent comme des hubs crypto de premier plan. Ils accueillent des conférences majeures, délivrent des licences et investissent massivement. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de diversification économique. Le pétrole ne sera pas éternel. Les actifs numériques offrent une nouvelle voie d’influence. Quand ces investissements croisent les intérêts d’un président américain, les frontières entre diplomatie, business et politique s’estompent.

    Le cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan occupe une position unique. Conseiller à la sécurité nationale, il dispose d’une influence considérable. Son implication dans les deux opérations citées par la plainte renforce le caractère sensible du dossier. Il ne s’agit pas d’un investisseur privé ordinaire, mais d’un haut responsable d’un État allié.

    Les Demandes Concrètes De La Plainte Et Leur Portée

    Greenberg ne se contente pas de dénoncer. Il formule des demandes précises. Une injonction interdisant au président de violer la clause des émoluments. La restitution des gains jugés illicites. Des dommages et intérêts. Et surtout, la communication de la liste de tous les autres paiements crypto d’origine étrangère. Cette dernière demande est particulièrement ambitieuse. Si elle était acceptée, elle obligerait la partie adverse à révéler l’étendue exacte des flux financiers.

    La stratégie est claire. Même si le plaignant sait que les chances d’obtenir un jugement sur le fond sont faibles, le simple fait de forcer la transparence peut avoir un impact politique et médiatique. Les procédures de découverte, si elles sont autorisées, pourraient mettre au jour des documents sensibles. C’est souvent là que réside la véritable force de ce type d’actions en justice.

    L’avocat Matt Pelikan a résumé l’ambition de son client avec des mots forts. Il s’agit de « stopper la corruption » et de faire rendre les profits aux contribuables américains. Le langage est volontairement politique. Il vise à placer le débat sur le terrain de l’éthique publique plutôt que sur celui du droit commercial pur.

    Pourquoi Les Précédents Jouent Contre Le Plaignant

    Les trois affaires du premier mandat ont toutes buté sur des questions de procédure. Les juges ont évité de se prononcer sur le fond. Cette jurisprudence crée un précédent difficile à contourner. Greenberg tente une approche différente en passant par le droit des sociétés. Mais les tribunaux fédéraux restent généralement prudents lorsqu’il s’agit d’affaires touchant le président en exercice.

    La fin du mandat a permis de classer les affaires précédentes pour absence d’objet. Ici, le président est encore en fonction. Cela change la donne, mais pas nécessairement en faveur du plaignant. Les arguments d’immunité et de séparation des pouvoirs pourraient être mobilisés. Le ministère de la Justice, s’il intervient, défendra sans doute une interprétation restrictive de la clause des émoluments.

    Même si Greenberg parvient à franchir les obstacles procéduraux, il devra encore prouver le préjudice. Montrer que l’USD1 a capté des parts de marché au détriment de l’USDC grâce à l’argent émirati n’est pas évident. Les marchés des stablecoins sont influencés par de nombreux facteurs : régulation, partenariats bancaires, liquidité, confiance des utilisateurs. Isoler l’impact d’un seul flux d’investissement reste un exercice délicat.

    Le Contexte Politique Plus Large

    Cette plainte s’inscrit dans un climat de polarisation extrême. Chaque action en justice contre Donald Trump est immédiatement interprétée à travers le prisme partisan. Les défenseurs du président y verront une nouvelle tentative de lawfare. Les critiques y verront une tentative légitime de faire respecter la Constitution. Le fond du dossier risque d’être noyé sous les discours politiques.

    Pourtant, la question posée dépasse les clivages. Peut-on accepter que des fonds souverains étrangers financent des entreprises liées au président sans contrôle du Congrès ? La réponse conditionne en partie la crédibilité des institutions américaines. Dans un monde où les stablecoins et les actifs numériques deviennent des instruments de puissance, les anciennes règles constitutionnelles doivent être réexaminées.

    Les revenus crypto déclarés par Trump pour 2025, plus de 1,4 milliard de dollars, montrent l’ampleur du phénomène. La famille Trump a clairement décidé de faire de la crypto un pilier de ses activités économiques. World Liberty Financial en est le symbole le plus visible. Cette stratégie entrepreneuriale entre en collision frontale avec les exigences de neutralité que la Constitution impose aux détenteurs de charges publiques.

    Les Scénarios Possibles Pour La Suite

    Plusieurs chemins s’ouvrent. Le tribunal peut rejeter purement et simplement la plainte pour défaut d’intérêt à agir ou pour non-respect des conditions de l’action dérivée. Il peut aussi accepter d’examiner le dossier et ouvrir une phase de découverte. Dans ce second cas, les documents échangés pourraient devenir publics et alimenter le débat politique pendant des mois.

    Une troisième possibilité existe. Les parties pourraient chercher un arrangement discret. World Liberty et la Maison Blanche ont intérêt à étouffer l’affaire rapidement. Greenberg, de son côté, pourrait se contenter d’une reconnaissance partielle ou d’engagements de transparence. Les actions en justice de ce type se terminent parfois par des accords confidentiels plutôt que par des jugements retentissants.

    Quoi qu’il arrive, le simple dépôt de la plainte a déjà produit un effet. Il force les acteurs concernés à se justifier publiquement. Il remet sur la table la question des conflits d’intérêts dans la crypto. Et il rappelle que la Constitution américaine, même vieille de plus de deux siècles, peut encore servir de levier contre des pratiques jugées excessives.

    Ce Que Cette Affaire Révèle Sur L’État De La Crypto Politique

    La crypto n’est plus un univers parallèle. Elle est entrée de plain-pied dans les affaires d’État. Les stablecoins circulent par milliards. Les fonds souverains y voient des opportunités. Les dirigeants politiques et leurs proches y trouvent des sources de revenus. Cette convergence crée des zones grises que le droit n’a pas encore pleinement cartographiées.

    World Liberty Financial incarne cette nouvelle réalité. Entreprise privée, liée à une famille politique, émettrice d’un stablecoin, bénéficiaire d’investissements souverains. Chaque élément pris isolément peut sembler acceptable. Ensemble, ils forment un cocktail potentiellement explosif. La plainte de Greenberg force à regarder ce cocktail en face.

    Circle, de son côté, se retrouve malgré elle au centre du jeu. En refusant d’être associée à la procédure, l’entreprise tente de protéger sa neutralité. Mais le simple fait qu’un de ses actionnaires ait jugé nécessaire d’agir en son nom montre que des tensions existent en interne. Les actionnaires de sociétés crypto cotées ou privées commencent à scruter de près les avantages concurrentiels liés à la politique.

    Les Limites De L’Action Dérivée Dans Ce Contexte

    L’action dérivée est un outil puissant mais fragile. Elle permet à un actionnaire minoritaire de forcer une société à défendre ses droits. Elle exige cependant une démonstration rigoureuse. Greenberg doit prouver que le conseil d’administration de Circle a refusé d’agir ou était dans l’incapacité de le faire de manière impartiale. Or, Circle a publiquement pris ses distances. Cela complique considérablement la tâche du plaignant.

    De plus, prouver le préjudice concurrentiel reste ardu. L’USDC reste le leader incontesté des stablecoins régulés. L’USD1, malgré ses quatre milliards de capitalisation, ne représente encore qu’une fraction du marché. Attribuer une perte de parts de marché spécifique à l’argent émirati relève de la prouesse. Les juges pourraient estimer que le lien de causalité n’est pas suffisamment établi.

    Ces obstacles techniques expliquent pourquoi de nombreux observateurs jugent les chances de succès limitées. Pourtant, même une procédure vouée à l’échec peut produire des effets collatéraux importants. Elle oblige les parties à produire des documents, à s’expliquer, à clarifier leurs positions. Dans le domaine politique, l’exposition médiatique compte parfois autant que le résultat judiciaire.

    Une Affaire Qui Dépassera Sans Doute Le Cadre Strictement Juridique

    Quel que soit le sort réservé à la plainte Greenberg v. Trump, le débat est lancé. Les relations entre les entreprises crypto liées au pouvoir politique et les fonds souverains étrangers ne pourront plus être ignorées. Les régulateurs, les législateurs et les actionnaires vont devoir se positionner. La crypto a gagné en maturité. Elle doit maintenant accepter les règles de transparence et d’éthique qui s’imposent aux autres secteurs sensibles.

    Donald Trump a fait de la crypto un élément central de son discours économique. Les revenus déclarés en 2025 montrent que ce n’était pas qu’une posture. World Liberty Financial et l’USD1 incarnent cette ambition. Mais chaque milliard qui entre par cette porte soulève des questions constitutionnelles. La plainte déposée le 22 octobre force simplement à les poser à voix haute.

    Dans les semaines et les mois qui viennent, le tribunal fédéral du district de Columbia va devoir trancher des questions procédurales complexes. Les avocats des deux camps s’affronteront sur le standing, sur la définition d’un émolument, sur le préjudice allégué. Pendant ce temps, le marché des stablecoins continuera d’évoluer. L’USD1 tentera de consolider ses positions. L’USDC défendra son leadership. Et les Émirats poursuivront leur stratégie d’investissement dans les actifs numériques.

    Cette affaire n’est pas seulement une bataille entre un actionnaire et un président. Elle symbolise la rencontre entre deux mondes qui se sont longtemps ignorés : celui de la Constitution américaine du XVIIIe siècle et celui des stablecoins du XXIe siècle. Leur collision était inévitable. Elle vient de se produire. La suite dira si les anciennes règles sont encore capables de réguler les nouvelles réalités financières.

    En attendant, un point reste acquis. Les deals crypto de plusieurs milliards de dollars avec des acteurs souverains étrangers ne passeront plus inaperçus. Chaque opération de cette ampleur sera désormais scrutée sous l’angle des conflits d’intérêts potentiels. C’est peut-être là le véritable héritage de cette plainte, quel que soit son destin judiciaire.

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    Steven Soarez
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