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    LaWriting the comprehensive blog article Cftc Pose Deux Règles Crypto Sans Le Congrès

    Steven SoarezDe Steven Soarez05/10/2026Aucun commentaire28 Mins de Lecture
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    Quarante-neuf voix pour, cinquante contre. Le 15 septembre, le Sénat américain a refermé le Clarity Act d’un vote aussi étroit que symbolique. Deux jours plus tard, la Commodity Futures Trading Commission transmettait à la Maison-Blanche un dossier intitulé en deux volets, sans attendre une nouvelle loi. Le 5 octobre, le régulateur des produits dérivés a rendu public un avis préalable. Le marché y cherche déjà des articles de règlement. Il n’y en a aucun. Ce décalage, entre l’annonce politique et le papier administratif, mérite qu’on le lise de près.

    Depuis des années, la crypto américaine avance moins par des textes votés que par des procédures, des accords transactionnels et des communiqués. Le rejet du Clarity Act n’a pas créé ce vide. Il l’a rendu visible. Michael Selig, président de la CFTC, avait demandé dès le 20 août à ses équipes de préparer un cadre fondé sur les pouvoirs déjà détenus par l’agence, au cas où le Congrès calerait. Le calendrier a tenu. Le contenu, lui, reste au stade des questions.

    Un régulateur qui écrit sans attendre le vote

    Le dossier transmis le 17 septembre à l’Office of Information and Regulatory Affairs porte la référence RIN 3038-AF80. Son intitulé annonce deux chantiers distincts. Le premier, Regulation Crypto Asset Transactions, vise les transactions. Le second, Regulation Crypto Asset Markets, vise les plateformes. En interne, la CFTC les abrège en CTX et CAM. Cette séparation n’est pas un détail de rédaction. Elle prépare une architecture où le produit et le lieu d’échange ne suivent pas exactement le même régime.

    Le second volet est le plus structurant. Il esquisserait une nouvelle catégorie de plateforme, dérivée des marchés à terme que l’agence supervise déjà. L’idée n’est pas d’inventer un gendarme de toutes les cryptos. Elle consiste à étendre, par analogie, un savoir-faire déjà exercé sur les contrats à terme, les options et certains produits à effet de levier. Le périmètre affiché concerne surtout le trading sur marge, financé ou à levier, proposé aux particuliers américains.

    Ces particuliers ne pratiquent pas ce levier dans un désert. Ils le trouvent surtout sur des plateformes installées hors des États-Unis, parfois accessibles par un simple compte, parfois via des structures intermédiaires. Le discours officiel assume cette cible. Des propos de Michael Selig, repris par PYMNTS le 18 septembre, résument la méthode. Le président Trump a promis une structure de marché pour les crypto-actifs, et l’agence aidera à la livrer si le Congrès ne le fait pas.

    Le président Trump a promis une structure de marché pour les crypto-actifs, et nous l’aiderons à la livrer si le Congrès ne le fait pas.

    Michael Selig, propos rapportés le 18 septembre

    Cette phrase politique ne transforme pas un avis préalable en loi. Elle fixe toutefois une intention. L’agence ne se présente plus comme un simple poursuivant de fraudes. Elle se place en architecte de secours, prête à combler un trou laissé par les élus. Le geste est rare dans l’histoire récente de la CFTC, habituée à négocier son périmètre avec le Congrès plutôt qu’à le revendiquer en public après un échec législatif.

    Ce que le vote du 15 septembre a réellement fermé

    Le Clarity Act devait répartir les rôles entre les gendarmes des marchés crypto. Son échec au Sénat, par une voix, n’efface pas les débats qui l’ont précédé. Il prive surtout le pays d’un texte unique capable de dire qui surveille le marché au comptant, qui surveille les dérivés, et selon quelles licences. Quarante-neuf sénateurs ont soutenu le texte. Cinquante l’ont rejeté. Une marge aussi mince laisse croire à un simple accident de calendrier. Elle révèle plutôt un blocage durable sur la frontière entre valeurs mobilières et matières premières numériques.

    Sans cette loi, la CFTC ne reçoit pas la supervision complète du marché au comptant, celui où l’on achète un bitcoin livré immédiatement. Elle conserve le pouvoir de poursuivre la fraude et la manipulation sur ce segment. Elle ne peut ni délivrer une licence générale d’échange au comptant, ni imposer un régime d’enregistrement à toutes les plateformes qui croisent des ordres spot. Cette limite n’est pas une interprétation militante. C’est le cœur du mandat actuel.

    Ce qui est acté, et ce qui ne l’est pas, au 5 octobre.

    • Le Sénat a rejeté le Clarity Act le 15 septembre, 49 voix contre 50.
    • La CFTC a transmis le dossier RIN 3038-AF80 à l’OIRA le 17 septembre.
    • L’avis publié le 5 octobre est étiqueté prerule et ouvre 60 jours de consultation après parution au Federal Register.
    • Aucune plateforme n’a, à ce stade, d’obligation nouvelle à respecter.
    • Une règle contraignante n’est pas attendue avant fin 2027 selon plusieurs analyses juridiques.

    Le mot prerule collé sur le dossier change la lecture de toute la séquence. Il désigne une étape préparatoire, antérieure à la proposition formelle. L’avis préalable de réglementation pose des questions au marché. Il ne contient aucun article opposable. Confondre cette publication avec une règle en vigueur, c’est prendre une consultation pour un décret.

    CTX et CAM, deux chantiers qui ne disent pas la même chose

    Le volet transactions, CTX, s’intéresse à la nature de l’opération. Achat, vente, financement, levier, marge : le régulateur cherche à qualifier des gestes que les plateformes présentent souvent comme un simple produit. Sur un écran, le levier ressemble à un curseur. En droit des marchés, il ressemble davantage à un crédit, à un contrat ou à un dérivé, selon la manière dont le risque est porté et liquidé.

    Le volet marchés, CAM, s’intéresse au lieu. Qui tient le carnet d’ordres ? Qui garde les marges ? Qui déclenche la liquidation ? Qui a accès aux données de prix utilisées pour clôturer une position ? Une plateforme dérivée des marchés à terme ne se résume pas à une interface. Elle suppose des règles de marché, une surveillance des abus, des seuils de capital et une capacité à suspendre un contrat lorsque le sous-jacent devient illisible.

    Cette double entrée évite un piège classique. Réguler seulement le produit laisse les places libres d’organiser la course au levier. Réguler seulement la place laisse passer des contrats déguisés, vendus depuis l’étranger à des résidents américains. En annonçant les deux volets ensemble, la CFTC signale qu’elle ne veut pas choisir entre l’un et l’autre. Elle n’a pas encore écrit la frontière.

    Le public américain du levier crypto est difficile à compter avec précision. Les volumes offshore publiés par les grandes places mélangent résidents et non-résidents. Les enquêtes de la CFTC, ces dernières années, ont toutefois montré un schéma récurrent. Une interface en anglais, un support client accessible, un dépôt en stablecoin, puis une liquidation rapide lorsque le prix bouge de quelques pourcents. Le particulier croit utiliser un courtier. Il utilise souvent une chambre de compensation improvisée, dont les règles de faillite ne sont pas celles d’un marché à terme enregistré.

    Pourquoi le levier est devenu le premier terrain

    Le choix du levier n’est pas un hasard de communication. C’est le segment où le mandat actuel de la CFTC est le plus crédible. L’agence sait déjà encadrer des contrats dont la valeur dépend d’un sous-jacent, avec appels de marge, limites de position et obligations de déclaration. Étendre cette logique à certains crypto-actifs à levier demande moins d’invention législative qu’une supervision générale du spot.

    Le spot, lui, reste le angle mort. Acheter un bitcoin et le retirer vers un portefeuille personnel ne ressemble pas à un contrat à terme. Sans loi, la CFTC peut sanctionner une manipulation de prix qui fausse ce marché. Elle ne peut pas, à elle seule, créer le permis d’exercer de toutes les bourses au comptant. Le Clarity Act devait précisément combler ce manque. Son rejet renvoie l’agence vers le terrain qu’elle connaît le mieux, quitte à laisser le comptant dans un entre-deux partagé avec la Securities and Exchange Commission.

    Cette spécialisation a un coût politique. Les électeurs et les entreprises attendent souvent une réponse unique à la question « qui est le gendarme du bitcoin ». La réponse administrative sera plus étroite. Elle parlera de marge, de financement, de plateforme dérivée, de fraude. Elle parlera moins d’un régime complet d’échange au comptant. Les commentateurs qui présentent le 5 octobre comme un basculement historique mélangent donc deux plans. Le virage d’intention est réel. Le virage de droit positif ne l’est pas encore.

    Le long couloir administratif qui reste à franchir

    Une règle fédérale américaine ne naît pas d’un communiqué. Après l’avis préalable viennent une proposition officielle, une période de commentaires, une version finale, puis deux nouveaux passages devant la Maison-Blanche. Chaque revue par l’OIRA peut durer jusqu’à 90 jours. Le cabinet Troutman Pepper Locke, dans son analyse de l’après-Clarity, table sur une règle contraignante pas avant fin 2027. Ce délai n’est pas une promesse. C’est un ordre de grandeur issu du parcours ordinaire, allongé par la sensibilité politique du dossier.

    Les 60 jours de consultation ouverts à compter de la parution au Federal Register servent à recueillir des faits, pas à figer un texte. Plateformes, courtiers, associations de consommateurs, universitaires et États peuvent répondre. Les questions porteront vraisemblablement sur la définition du levier, le traitement des résidents américains chez un opérateur étranger, la garde des marges et la frontière avec les produits déjà enregistrés. Une réponse bien documentée pèse plus qu’une pétition. L’agence peut ensuite ignorer une partie des commentaires, mais elle doit expliquer pourquoi.

    Ce formalisme protège aussi la future règle contre les recours. Un tribunal américain n’annule pas un règlement parce qu’il déplaît à une industrie. Il l’annule lorsque l’agence a dépassé son mandat, ignoré un commentaire substantiel ou bâti son raisonnement sur des faits trop minces. Partir d’un prerule, c’est constituer le dossier avant d’écrire l’obligation. C’est lent. C’est aussi la seule voie solide lorsqu’une seule signature politique porte le projet.

    Une commission à un seul commissaire en poste

    La CFTC compte cinq sièges. Un seul est occupé, celui de Michael Selig. Un règlement signé dans cette configuration a une valeur juridique. Il n’a pas la même épaisseur politique qu’un texte adopté par une commission complète, encore moins qu’une loi. Un tribunal, une future majorité ou une nouvelle composition de l’agence pourra le défaire plus facilement. Cette fragilité interne est moins spectaculaire que le vote du Sénat. Elle pèse autant sur la durée de vie du projet.

    Les nominations manquantes ne sont pas un détail de couloir. Elles déterminent la couleur des délibérations, la capacité à résister à une pression de la Maison-Blanche et la crédibilité du texte devant les juges. Une agence monocéphale peut aller vite sur la consultation. Elle avance avec une cible plus large dans le dos. Les opposants au cadre n’auront pas besoin d’attendre une alternance complète du Congrès. Il leur suffira parfois d’un changement de majorité au sein de la commission.

    Cette situation explique aussi le ton de l’avis. Poser des questions plutôt qu’imposer des articles, c’est gagner du temps politique autant que juridique. L’agence montre qu’elle occupe le terrain. Elle évite, dans le même mouvement, de cristalliser un texte qu’une commission incomplète aurait du mal à défendre pendant deux ans de contentieux.

    La SEC suit un calendrier parallèle, pas identique

    La CFTC n’avance pas seule. La SEC a mis en consultation en août son propre projet, Regulation Crypto Assets, avec des exemptions de levée de fonds allant jusqu’à 75 millions de dollars par an. Son plan de repli face au blocage du Clarity Act emprunte le même couloir administratif, sans copier le même objet. La SEC regarde surtout l’émission, la qualification et certaines offres. La CFTC regarde le levier et les marchés dérivés. Les deux textes peuvent se frôler sur les tokens qui servent à la fois de sous-jacent et d’instrument de financement.

    La prochaine échéance datée côté SEC tombe le 20 octobre, clôture des commentaires, deux semaines avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Ce voisinage de dates n’est pas une coïncidence de pure forme. Un Congrès renouvelé peut relancer un texte de structure de marché, geler les nominations ou, au contraire, laisser les agences écrire pendant encore deux ans. Les commentaires déposés avant le 20 octobre nourriront un dossier que la prochaine législature lira avec d’autres lunettes.

    Pour les entreprises, cette double consultation est un exercice de précision. Répondre seulement à la SEC, c’est oublier le levier. Répondre seulement à la CFTC, c’est oublier l’émission. Un même token peut être, selon le contrat, un sous-jacent de marge, un titre ou aucun des deux. Les avocats qui traitent les deux dossiers comme un seul paquet risquent de proposer des définitions incompatibles. Les régulateurs, eux, n’ont pas l’obligation de s’aligner mot pour mot.

    Ce que l’agence peut déjà faire sans nouvelle règle

    Même sans CTX ni CAM, la CFTC n’est pas désarmée. Elle peut poursuivre la fraude, la manipulation et certaines offres de produits dérivés non enregistrés. Plusieurs affaires des années passées ont visé des plateformes qui proposaient aux Américains des contrats à levier sur crypto sans être des marchés désignés. Ces procédures ont produit des amendes et des interdictions. Elles n’ont pas produit un régime stable, lisible à l’avance, dans lequel une entreprise sait quels contrôles passer avant d’ouvrir un carnet.

    C’est tout l’écart entre la régulation par la sanction et la régulation par la règle. La première punit après coup. La seconde dit à l’avance ce qui est permis. Le discours de Selig revendique le second modèle, faute de loi du Congrès. Le document du 5 octobre n’accomplit pas encore ce passage. Il l’annonce. Les plateformes offshore qui servent des particuliers américains restent, jusqu’à une règle finale, dans une zone grise faite de risques contentieux plutôt que de licences refusées ou accordées.

    Cette zone grise a un effet concret sur le prix du risque. Un fonds qui veut exposer des clients américains au bitcoin à levier doit aujourd’hui choisir entre un produit listé sur un marché enregistré, souvent plus étroit, et une place étrangère plus liquide mais juridiquement fragile. Le futur CAM, s’il aboutit, chercherait à rapprocher ces deux options. Il ne les fusionnera pas du jour au lendemain. La liquidité offshore ne migre pas parce qu’un avis préalable a été publié.

    Le précédent d’une décennie de sanctions

    Pour comprendre le ton du 5 octobre, il faut revenir sur la décennie précédente. Les agences américaines ont souvent préféré l’affaire individuelle au texte général. Une plateforme était poursuivie, un accord était signé, un communiqué listait les manquements. Le marché en tirait des leçons partielles, parfois contradictoires d’une procédure à l’autre. Les avocats reconstruisaient le droit à partir de transactions, pas à partir d’articles numérotés.

    Cette méthode a un avantage pour le régulateur. Elle évite un vote du Congrès et un long commentaire public. Elle a un défaut pour l’entreprise honnête. Nul ne sait exactement où s’arrête l’interdit avant la mise en demeure. Le rejet du Clarity Act a rendu ce défaut intenable aux yeux de l’actuelle direction de la CFTC. D’où le choix d’un dossier OIRA, même incomplet, plutôt qu’une nouvelle salve d’enquêtes sans cadre.

    Les acteurs qui ont bâti leur conformité sur la lecture des seules affaires passées devront donc changer de méthode. Un prerule ne se conteste pas comme une inculpation. Il se commente. Les faits apportés maintenant, sur les liquidations, les écarts de prix ou la part de clientèle américaine, peuvent devenir le socle chiffré de la proposition future. Silence vaut parfois acceptation, dans ce type de procédure, moins par magie juridique que par absence de contre-preuve au dossier.

    Ce que les plateformes étrangères doivent déjà surveiller

    Aucune obligation nouvelle ne naît le 5 octobre. L’absence d’article ne signifie pas l’absence de signal. Une place installée hors des États-Unis, qui accepte des dépôts de résidents américains sur des produits à marge, sait désormais que ce flux est au centre du chantier. Géobloquer plus strictement, filtrer les moyens de paiement, revoir les conditions de liquidation : ces choix opérationnels peuvent être pris avant la règle, précisément parce que la règle mettra des années à arriver.

    Le risque n’est pas seulement américain. Un opérateur qui sert plusieurs régions doit aussi tenir compte du règlement européen MiCA, des régimes de certains centres financiers asiatiques et des règles locales sur le démarchage. Empiler les filtres sans carte claire produit des clients mal classés et des rapports incohérents. Le dossier CFTC ajoute une couche, il ne remplace pas les autres.

    Les places déjà enregistrées aux États-Unis sur les contrats à terme crypto liront CAM autrement. Pour elles, une nouvelle catégorie de plateforme peut être une concurrente ou une extension de leur propre licence. Si le futur régime reprend trop largement leurs obligations sans leur ouvrir de nouveaux sous-jacents, elles n’ont aucun intérêt à applaudir. Si, au contraire, il rapproche les produits de détail offshore d’un statut qu’elles savent déjà tenir, elles peuvent y voir un rééquilibrage de la liquidité.

    Particuliers, marge et fausse impression de protection

    Le particulier qui utilise un levier de dix ou vingt sur un exchange étranger ne devient pas protégé parce qu’un avis américain a été publié. Aucun fonds de garantie nouveau n’est créé. Aucune limite de position n’entre en vigueur. La consultation peut même produire un effet inverse à court terme. Certains opérateurs, anticipant un futur filtre, peuvent durcir l’accès américain et pousser les plus déterminés vers des interfaces encore moins surveillées.

    La pédagogie du levier reste donc inchangée. Une variation de quelques pourcents sur le sous-jacent peut effacer la marge. La liquidation n’est pas une pénalité morale. C’est un mécanisme de place, parfois exécuté contre un prix interne, parfois contre un indice. Sans règle CAM, ces mécanismes demeurent ceux du contrat d’adhésion, pas ceux d’un marché désigné. Lire l’avis du 5 octobre comme une interdiction du levier serait une erreur symétrique à celle qui y verrait déjà une licence.

    Les associations de consommateurs auront, pendant les 60 jours, une fenêtre pour documenter ces mécaniques. Récits de liquidations en cascade, écarts entre prix affiché et prix d’exécution, difficultés à retirer une marge résiduelle : ce matériau factuel intéresse davantage l’agence qu’un slogan. Il peut justifier, plus tard, des obligations de transparence sur les moteurs de liquidation. Il peut aussi rester lettre morte si les réponses restent trop générales.

    Élections de mi-mandat et durée de vie du dossier

    Le 3 novembre approche. Les mi-mandat ne réécrivent pas un RIN déjà transmis. Elles peuvent changer le Congrès qui décidera, en 2027, s’il faut une loi pour consolider ou pour contredire la règle. Un Sénat plus favorable à un texte de structure de marché pourrait reprendre le Clarity Act sous un autre nom. Un Sénat hostile pourrait couper des crédits ou bloquer des nominations, sans annuler d’un trait un règlement déjà final.

    Entre les deux, l’agence a intérêt à avancer assez pour occuper le terrain, pas assez pour offrir une cible parfaite avant le scrutin. L’avis préalable remplit cette fonction. Il est daté, citée, commentable. Il n’oblige personne avant l’hiver électoral. Les équipes de campagne qui promettent une « structure de marché crypto » pourront s’y référer sans avoir à défendre un article précis sur la garde des marges.

    Pour les investisseurs de long terme, cette politicisation n’est pas un bruit de fond. Elle est un facteur de calendrier. Un produit lancé en 2026 sur l’hypothèse d’une règle 2027 peut se retrouver face à un texte modifié, retardé ou judiciairement suspendu. Les business plans qui traitent CTX et CAM comme acquis confondent une intention de président d’agence et un droit opposable.

    Comparer avec l’Europe sans copier MiCA

    Le règlement européen MiCA offre un contraste utile, pas un modèle transposable mot à mot. L’Europe a choisi une loi unique, avec des catégories de prestataires, des agréments et un calendrier d’application. Les États-Unis, après l’échec du Clarity Act, explorent une voie d’agences. La CFTC écrit sur le levier. La SEC écrit sur certains actifs et certaines levées. Le Trésor et d’autres administrations gardent leurs propres chantiers, notamment sur les portefeuilles et les stablecoins.

    Une entreprise qui opère des deux côtés de l’Atlantique ne peut donc pas plaquer son dossier MiCA sur le prerule américain. L’agrément européen ne vaut pas licence CFTC. L’absence de licence CFTC ne dispense pas des obligations européennes. Le 5 octobre rappelle surtout que Washington n’a pas, à cette date, l’équivalent d’un texte-cadre voté. Il a une consultation et un mandat historique sur les dérivés.

    Cette différence de méthode explique une partie du discours des places régulées en Europe. Elles peuvent vanter un cadre déjà écrit, pendant que leurs concurrentes américaines attendent des articles qui n’existent pas. Le avantage n’est pas éternel. Une règle CAM aboutie pourrait, à terme, offrir aux opérateurs américains un statut plus proche de ce qu’ils connaissent sur les futures. D’ici là, l’écart documentaire reste large.

    Stablecoins, marge et sous-jacents qui glissent

    Le levier crypto ne porte pas seulement sur le bitcoin ou l’ether. Il porte souvent sur des paires contre stablecoin, parfois sur des jetons à faible liquidité. Une règle centrée sur les transactions à marge devra dire si le stablecoin est un simple numéraire, une garantie ou un produit à part. Le prerule ne tranche pas. Il ouvre la question au moment où d’autres administrations américaines rediscutent aussi le traitement de ces jetons de paiement.

    Si CAM traite le stablecoin comme une simple unité de compte de la marge, le régime restera proche des futures classiques. S’il le traite comme un sous-jacent risqué, les appels de marge et les décotes changeront. Les plateformes qui utilisent un stablecoin unique comme collatéral universel ont donc intérêt à documenter leurs décotes, leurs réserves et leurs scénarios de découplage. Un commentaire vague sur « l’innovation » sera moins utile qu’un tableau de stress.

    Le même raisonnement vaut pour les tokens à faible profondeur. Un levier sur un actif qui s’échange peu peut transformer une liquidation en manipulation involontaire du prix. Les marchés à terme traditionnels connaissent des limites de position et des interruptions. Rien n’indique encore que CAM les reprendra telles quelles. Rien n’indique non plus qu’il les écartera. C’est précisément le type de point qu’une consultation sert à chiffrer.

    Ce que les commentaires peuvent encore changer

    Un avis préalable n’est pas une négociation secrète. C’est une invitation à verser des faits au dossier. Les commentaires les plus efficaces décrivent des marchés réels. Quelle part du levier de détail est aujourd’hui offshore ? Quels contrats ressemblent déjà à des futures enregistrés ? Quelles données de prix servent aux liquidations ? Quelles pertes de particuliers sont documentées sur douze mois ? Sans ces éléments, l’agence écrira à partir de ses propres enquêtes, nécessairement partielles.

    Les commentaires les plus faibles répètent des principes. Demander « moins de régulation » ou « plus de protection » sans seuil, sans définition et sans coût ne déplace pas un article futur. L’OIRA, lors des revues ultérieures, regardera aussi le fardeau administratif. Une obligation de reporting quotidien n’a pas le même poids qu’une obligation annuelle. Les acteurs qui chiffrent ce fardeau ont une prise que les autres n’ont pas.

    Il reste possible que la proposition formelle, dans un an ou plus, ressemble peu à l’intuition du 5 octobre. Le prerule sert à cela. Il peut rétrécir CAM à quelques contrats, ou l’élargir à tout financement crypto proposé à un résident. Il peut exclure le spot de manière explicite, pour éviter un recours immédiat sur le mandat. Chaque scénario est encore ouvert. C’est inconfortable pour qui veut une certitude commerciale. C’est cohérent avec l’étiquette collée sur le dossier.

    Scénarios plausibles d’ici fin 2027

    Le premier scénario est celui du cabinet qui table sur fin 2027. Consultation, proposition, commentaires, finale, deux revues de la Maison-Blanche. Une règle étroite sur le levier de détail voit le jour. Le spot reste hors licence CFTC. Les contentieux testent la signature d’une commission incomplète. Le marché s’adapte lentement, surtout sur les produits les plus proches des futures existants.

    Le deuxième scénario voit le Congrès issu des mi-mandat relancer un texte de répartition des compétences. La règle CFTC devient alors un brouillon que la loi absorbe, corrige ou rend inutile. Les mois passés à commenter CTX et CAM ne sont pas perdus. Ils ont fixé un vocabulaire que les élus reprendront, parfois sans le dire.

    Le troisième scénario est celui de l’enlisement. Nominations bloquées, recours précoces, priorités changées après une alternance. Le prerule reste une archive. La régulation par la sanction reprend le dessus. Ce scénario n’est pas le plus cité dans les communiqués. Il est pourtant familier à quiconque a suivi les projets de structure de marché depuis plusieurs législatures.

    Trois lectures possibles du même dossier.

    • Une règle étroite sur le levier, au mieux fin 2027, sans licence générale du spot.
    • Une loi du Congrès qui reprend, élargit ou contredit CTX et CAM.
    • Un enlisement, et le retour des procédures au cas par cas.

    Aucun de ces scénarios ne justifie d’annoncer, dès aujourd’hui, que les États-Unis ont leur cadre crypto. Ils justifient de suivre la parution au Federal Register, la clôture des 60 jours, puis le silence ou la proposition. Le marché crypto a l’habitude des dates symboliques. Celle du 5 octobre est une date de procédure. Elle compte parce qu’elle ouvre un dossier, pas parce qu’elle ferme un débat.

    Impact sur les prix, moins direct qu’on ne le dit

    Les réactions de cours à ce type d’annonce sont souvent brèves. Un titre qui promet des règles peut soutenir un récit de normalisation. Le détail du prerule, une fois lu, retire une partie de ce soutien. Pas d’obligation nouvelle, pas de licence nouvelle, horizon 2027. Les desks qui traitent l’actualité réglementaire comme un catalyseur immédiat risquent de surinterpréter un document qui, par construction, ne change pas le droit du jour.

    L’effet plus durable est sur la structure des flux. Si les places offshore anticipent un filtre américain sur le levier, une partie du volume de détail peut se déplacer, se réduire ou se fragmenter. Les marchés enregistrés de futures crypto, plus petits mais plus lisibles, peuvent capter une fraction de cette demande. Rien, dans l’avis du 5 octobre, ne force ce déplacement. L’anticipation suffit parfois à modifier des conditions commerciales, des programmes d’affiliation ou des restrictions géographiques.

    Les émetteurs de produits cotés, fonds et contrats déjà listés, liront surtout la frontière. Un cadre qui reste cantonné au levier de détail ne réécrit pas le régime des produits déjà approuvés. Un cadre qui glisse vers une définition large du financement crypto pourrait, plus tard, poser des questions de chevauchement. Là encore, le texte actuel ne tranche pas. Il oblige seulement à surveiller les définitions qui sortiront de la proposition formelle.

    Le rôle discret de l’OIRA

    L’Office of Information and Regulatory Affairs relit les projets de règlement fédéral avant publication. Le passage du 17 septembre n’est donc pas une formalité de courrier. Il inscrit CTX et CAM dans la machine de la Maison-Blanche. Cette inscription donne une date, une référence, une existence administrative. Elle ne donne pas un blanc-seing sur le fond. L’OIRA pourra, aux étapes suivantes, demander des analyses de coût, des alternatives moins lourdes ou des délais supplémentaires.

    Pour le public crypto, ce bureau est souvent invisible. Il l’est moins pour les juristes de marché. Un projet qui sort de l’OIRA avec une analyse d’impact faible sera plus facile à attaquer. Un projet qui documente le levier offshore, les pertes de détail et les trous de mandat sera plus difficile à présenter comme une lubie. Le prerule est aussi un moyen de collecter, sous le regard de ce bureau, la matière qui manquait.

    La référence RIN 3038-AF80 mérite d’être conservée. C’est elle qui permettra de suivre les versions, pas le seul intitulé médiatique. Les titres de presse raccourciront. Le numéro, lui, relie l’avis d’octobre à la transmission de septembre et aux textes futurs. Dans un dossier qui durera plusieurs années, cette continuité documentaire évite de confondre deux consultations homonymes.

    Ce que les élus n’ont pas bouclé, et pourquoi cela compte

    Le Clarity Act portait une promesse de clarté, jusque dans son nom. Répartir les rôles, dire qui fait quoi, sortir du chevauchement entre agences. Son rejet par une voix montre que cette promesse n’avait pas de majorité sénatoriale au 15 septembre. Les raisons précises du vote appartiennent à chaque élu. Le résultat, lui, est public. Pas de loi de structure. Retour aux mandats existants.

    Ce retour n’est pas neutre pour l’innovation revendiquée par l’industrie. Une entreprise qui veut un carnet d’ordres spot aux États-Unis ne trouve toujours pas, dans le droit fédéral, le permis unique qu’elle demandait. Elle trouve des procédures anti-fraude, des débats de qualification et, désormais, une consultation sur le levier. Le décalage entre la demande politique et l’offre administrative restera le sujet des deux prochaines années.

    Il serait inexact d’en conclure que le Congrès a disparu du dossier. Il peut revenir par une loi, par le budget, par les nominations. L’agence elle-même le sait. D’où la formule de Selig, qui conditionne l’action de la CFTC à l’inaction des élus. Si les élus bougent, le plan B administratif peut devenir un simple appui. S’ils ne bougent pas, il devient le texte principal, avec toutes les fragilités d’un règlement d’agence.

    Une méthode assumée, un papier encore vide d’articles

    La séquence août-octobre est cohérente. Demande interne le 20 août. Transmission OIRA le 17 septembre. Avis public le 5 octobre. Étiquette prerule. Soixante jours. Horizon juridique lointain. Commission incomplète. Périmètre centré sur le levier, pas sur le spot. SEC en parallèle, commentaires jusqu’au 20 octobre. Mi-mandat le 3 novembre. Tout cela peut tenir dans une page. Le marché a pourtant besoin du détail, parce que le détail contredit les raccourcis.

    Le raccourci le plus répandu consiste à dire que la CFTC a proposé deux règles. Elle a proposé un cadre de questions, en deux volets, en vue de règles. La nuance n’est pas académique. Une règle oblige. Un avis interroge. Entre les deux, des mois de commentaires, une proposition, une finale, des revues, d’éventuels recours. Présenter l’étape comme l’aboutissement, c’est offrir au lecteur une protection qui n’existe pas et une interdiction qui n’existe pas davantage.

    L’autre raccourci consiste à dire que rien ne s’est passé. Quelque chose s’est passé. Une agence a occupé, par la procédure, un espace laissé vide par le Sénat. Elle l’a fait avec un mandat incomplet, une commission incomplète et un papier sans article. C’est précisément pour cela que le document du 5 octobre interroge le marché plus qu’il ne le rassure. La suite se lira dans le Federal Register, pas dans les titres du jour.

    Comment suivre la suite sans se perdre

    Le premier jalon utile est la parution officielle au Federal Register, qui fait courir le délai de 60 jours. Le deuxième est la nature des questions posées. Si elles restent larges, le chantier est encore exploratoire. Si elles citent des contrats, des seuils ou des statuts de plateforme, la future proposition est déjà dessinée. Le troisième jalon est la clôture SEC du 20 octobre, utile pour voir si les deux agences emploient les mêmes mots pour les mêmes tokens.

    Ensuite, le silence peut durer. L’absence de proposition formelle pendant plusieurs trimestres ne sera pas une anomalie. Elle sera le rythme normal d’un texte qui doit repasser par la Maison-Blanche et survivre à une commission à géométrie variable. Les annonces politiques, elles, continueront. Les distinguer du RIN 3038-AF80 évitera de prendre chaque discours pour une nouvelle règle.

    Les entreprises qui servent des résidents américains sur marge ont, elles, un travail qui ne dépend pas du prochain communiqué. Cartographier les clients, les produits à levier, les lieux de garde et les règles de liquidation. Ce travail ne crée pas une conformité à une règle inexistante. Il prépare une réponse crédible le jour où la proposition paraîtra, et une défense le jour où une procédure viserait l’ancien modèle.

    Le mot de la fin, provisoire par nature

    Le 15 septembre a fermé une loi. Le 17 septembre a ouvert un dossier. Le 5 octobre a publié des questions. Entre ces trois dates, la régulation crypto américaine a changé de méthode plus que de droit. La CFTC veut un cadre de marché sur le levier, dérivé de ce qu’elle sait déjà faire. Elle ne peut pas, sans le Congrès, devenir le superviseur général du comptant. Elle le fait savoir avec un seul commissaire en poste, un prerule et un horizon qui glisse vers 2027.

    Appeler cela historique est une affaire de récit. Appeler cela une règle en vigueur est une erreur de lecture. Le papier du 5 octobre mérite mieux que ces deux extrêmes. Il mérite d’être lu comme ce qu’il est. Un acte politique et administratif, réel, daté, encore vide d’obligations, et déjà assez précis pour dire où l’agence compte chercher sa légitimité si les élus ne reviennent pas au texte.

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    Steven Soarez
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