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    Sanctions Ofac : Crypto Au Cœur Du Financement Hamas

    Steven SoarezDe Steven Soarez03/10/2026Aucun commentaire26 Mins de Lecture
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    Un compte ouvert en France, deux structures associatives, trois interpellations de la DGSI et une adresse de dépôt crypto attribuée par une grande plateforme : voilà, selon Washington, les pièces d’un circuit qui aurait fait voyager plus de deux millions de dollars vers la branche armée du Hamas. Vendredi 2 octobre 2026, le Trésor américain a sanctionné ce réseau. L’annonce ne tombe pas dans un vide. Elle s’appuie sur des arrestations aux États-Unis, sur un travail de traçage publié par Chainalysis, et sur un précédent déjà connu : en mars 2025, la justice américaine avait saisi environ 200 000 dollars en USDT présentés comme destinés au même mouvement. La question n’est plus de savoir si la cryptomonnaie peut servir de rail. Elle est de comprendre comment un don affiché comme humanitaire peut, selon l’accusation, changer de nature entre la Gironde, Saint-Étienne et Gaza.

    Ce que Washington affirme avoir démonté

    Le récit officiel tient en une bascule. Des appels aux dons pour l’aide humanitaire à Gaza auraient servi, d’après le Trésor, à alimenter les Brigades al-Qassam. Au centre du dispositif décrit par les autorités américaines se trouve Saleem al-Zaq, 45 ans, présenté comme adjoint de bataillon au sein de cette branche armée et comme photographe du bureau média du Hamas. Sur les réseaux sociaux, il aurait sollicité des contributions. Selon l’accusation, l’argent n’aurait pas suivi la destination affichée.

    Le relais français, tel que le décrit l’OFAC, repose sur deux noms et deux structures. Faouzi Barika aurait cofondé avec al-Zaq l’Association Baraka, installée à Saint-André-de-Cubzac, en Gironde, depuis octobre 2023. Amel Oualid aurait lancé Ensemble C Mieux à Saint-Étienne en juillet 2024. Les deux associations et leurs fondateurs figurent désormais sur la liste des personnes et entités sanctionnées. Nordine Barika compte parmi les personnes interpellées en France. Tous trois restent présumés innocents. Une sanction administrative américaine ne vaut pas condamnation.

    Les repères chiffrés, tels que les sources les formulent.

    • Plus de 2 millions de dollars collectés entre 2020 et 2026, selon l’OFAC, dont 1,5 million après l’attaque du 7 octobre 2023.
    • 1,7 million de dollars retenus par le ministère américain de la Justice, sur un périmètre qui ne coïncide pas exactement avec celui du Trésor.
    • Des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies versés à al-Zaq, d’après l’OFAC.
    • Environ 94 000 dollars attribués à Abdel Adhami, 11 000 à son frère Omar, près de 50 000 à Raed Yousef.
    • Environ 200 000 dollars en USDT saisis en mars 2025 dans une affaire distincte visant des cryptos destinées au Hamas.

    Ces écarts de montants ne sont pas un détail. Ils rappellent qu’une même affaire peut être découpée autrement selon qu’on parle de collecte totale, de période postérieure au 7 octobre, de seuls flux crypto, ou de versements individuels imputés à des donateurs américains. Lire « deux millions » comme une somme unique, déjà jugée et déjà retrouvée en entier sur une blockchain, serait une erreur de lecture.

    Deux associations, deux villes, une même qualification américaine

    Saint-André-de-Cubzac n’est pas un centre financier. Saint-Étienne non plus. C’est pourtant là que Washington situe les structures désormais gelées côté américain. L’Association Baraka aurait été créée dans le sillage immédiat de la guerre ouverte après le 7 octobre 2023. Ensemble C Mieux serait plus récente, née à l’été 2024. Le calendrier importe, parce que l’OFAC fait de la période postérieure à l’attaque le cœur de la collecte : 1,5 million de dollars sur un total supérieur à 2 millions.

    La qualification retenue n’est pas celle d’une simple irrégularité comptable. Le Trésor présente ces entités comme des relais d’un réseau de financement du Hamas, sous couvert d’aide à Gaza. Concrètement, une inscription sur la liste de l’OFAC gèle les avoirs situés sous juridiction américaine et interdit aux personnes et entreprises des États-Unis de traiter avec les désignés. Une association française n’est pas dissoute par ce seul geste. Elle devient, en revanche, toxique pour toute banque, plateforme ou prestataire qui craint une exposition au droit américain.

    Faouzi Barika, Amel Oualid et Nordine Barika ont été interpellés par la DGSI. L’information, à ce stade, s’arrête là dans les éléments publics repris par la presse spécialisée. Interpeller n’est pas condamner. Le principe reste entier : tant qu’une juridiction française n’a pas statué, la présomption d’innocence s’applique aux personnes poursuivies ou simplement placées en garde à vue puis mises en cause. Les sanctions de Washington visent al-Zaq, Faouzi Barika, Amel Oualid et les deux associations. Elles ne constituent pas un jugement pénal français.

    Une mesure de l’OFAC ferme des portes bancaires. Elle ne remplace pas un procès, et elle ne dit pas à elle seule ce qu’un juge français retiendra.

    Le personnage central, selon l’accusation

    Saleem al-Zaq est décrit à la fois comme cadre militaire des Brigades al-Qassam et comme photographe de l’appareil média. Cette double casquette, si elle est confirmée, éclaire la mécanique reprochée : une visibilité publique au service d’appels aux dons, et une fonction au sein de la branche armée qui, pour Washington, disqualifie la destination humanitaire affichée. Il est inculpé, mais demeurerait à Gaza. La violation des sanctions américaines le vise en premier lieu.

    Les enquêteurs américains affirment que les participants échangeaient sur des messageries en langage codé. Al-Zaq y aurait glissé directement ses adresses de dépôt crypto. Le détail est précieux pour qui suit les dossiers de financement illicite. Un wallet privé, généré hors plateforme et jamais relié à une identité, complique le travail. Une adresse de dépôt ouverte chez un exchange est autre chose : la plateforme connaît, en principe, le client qui l’a demandée. Le registre public, lui, conserve le mouvement.

    De la Louisiane à la Floride, le versant américain

    Les donateurs américains n’ont pas été laissés hors du champ. Le ministère de la Justice a fait arrêter les frères Omar et Abdel Adhami, installés à Covington, en Louisiane, ainsi que Raed Yousef, 56 ans, résident de Lutz, en Floride. Abdel Adhami aurait versé environ 94 000 dollars au réseau, son frère environ 11 000, Raed Yousef près de 50 000. Les montants restent modestes au regard du total évoqué par l’OFAC. Ils suffisent, aux yeux des procureurs, à caractériser une participation.

    Les charges ne sont pas identiques d’un dossier à l’autre. Les frères Adhami sont poursuivis pour soutien matériel au Hamas, complot, fraude électronique et blanchiment. Raed Yousef répond aussi de fraude au passeport et de versements à une personne sanctionnée. Là encore, il s’agit de poursuites, pas de verdicts. La géographie du dossier est néanmoins parlante : un appel lancé depuis Gaza, des structures en Gironde et dans la Loire, des versements depuis le sud des États-Unis, puis une conversion qui, selon Chainalysis, fait passer l’argent d’un compte bancaire français vers des wallets contrôlés par al-Zaq.

    La tuyauterie, du compte français au wallet

    Chainalysis décrit une séquence simple en apparence. Les dons auraient d’abord été regroupés sur un compte bancaire français. Ils auraient ensuite été convertis en cryptomonnaies, puis envoyés vers des portefeuilles contrôlés par al-Zaq. L’OFAC, de son côté, parle de centaines de milliers de dollars en crypto versés à ce dernier. Le reste du circuit, si l’on en croit les deux lectures, n’était pas crypto : virements bancaires et services de transfert d’argent coexistaient avec le rail numérique.

    Cette coexistence mérite d’être soulignée, parce qu’elle corrige un réflexe médiatique. Présenter l’affaire comme « un financement Hamas en Bitcoin » serait inexact, et pas seulement parce que l’actif précis n’est pas, dans ce dossier d’octobre 2026, le cœur du récit public. La cryptomonnaie y apparaît comme un segment de tuyauterie, pas comme l’unique canal. Les enquêteurs ont exploité un point faible connu : l’exchange identifie ses clients, et la blockchain garde la mémoire des transferts.

    L’adresse liée à al-Zaq n’aurait pas été un wallet froid dissimulé sur un support hors ligne. Il se serait agi d’une adresse de dépôt, celle qu’une plateforme attribue à un client pour recevoir des fonds. Chainalysis a publié son analyse sur X. Un même wallet aurait échangé des fonds avec l’adresse d’al-Zaq, puis envoyé vers d’autres adresses de dépôt. Celles-ci auraient reçu des sommes importantes depuis des adresses liées au Hamas, déjà visées par des ordres de saisie du NBCTF israélien, le bureau national de lutte contre le financement du terrorisme. Dans le jargon du traçage, on parle de contrepartie commune.

    Ce que la blockchain a permis de relier, selon Chainalysis.

    • Une adresse de dépôt sur un grand exchange, et non un coffre privé invisible.
    • Un wallet intermédiaire ayant à la fois traité avec al-Zaq et avec d’autres adresses de dépôt.
    • Des adresses déjà citées dans des ordres de saisie israéliens depuis le suivi ouvert en 2021.
    • 84 adresses visées par le NBCTF dès juillet 2021, devenues en octobre 2026 un repère de rattachement.
    • Des échanges en langage codé, avec transmission directe d’adresses de dépôt.

    Pourquoi une adresse de dépôt change la donne

    Une adresse blockchain n’est qu’une chaîne de caractères. Elle ne porte pas, en elle-même, un nom, une ville ou une intention. Ce qui la rend exploitable, c’est le contexte. Lorsqu’elle est délivrée par une plateforme régulée, elle est rattachée à un dossier client : pièce d’identité, justificatif, parfois origine des fonds. Lorsque cette même adresse reçoit des fonds depuis un compte dont la banque a déjà identifié le titulaire, les deux mondes se rejoignent. Le mythe du transfert intraçable ne survit pas longtemps à ce croisement.

    Le précédent de mars 2025 éclaire la continuité. La justice américaine avait alors saisi des cryptomonnaies destinées au Hamas, pour environ 200 000 dollars en USDT. Le stablecoin de Tether n’est pas anonyme par construction dès lors qu’il circule vers des plateformes qui appliquent des règles de connaissance du client. Il peut l’être davantage sur des segments pair-à-pair ou via des mélangeurs, mais le dossier décrit ici ne repose pas sur cette sophistication. Il repose sur des adresses de dépôt et sur une contrepartie commune avec des wallets déjà saisis.

    Israël n’a pas attendu l’annonce du 2 octobre 2026. Son bureau antiterroriste traque des portefeuilles attribués au Hamas depuis 2021. Les 84 adresses visées dès juillet de cette année-là ont servi, quatre ans plus tard, de balises. Ce n’est pas la blockchain qui « dénonce ». Ce sont des analystes qui confrontent un nouvel identifiant à un corpus déjà constitué d’ordres de saisie.

    Dons affichés, destination contestée

    Le couvert humanitaire est l’élément le plus sensible du dossier, et le plus facile à caricaturer. Gaza a connu, depuis octobre 2023, une destruction massive, des déplacements de population et un effondrement des services essentiels. Des millions de personnes ont donné, en France comme ailleurs, à des structures qu’elles croyaient vouées au secours. Rien, dans l’annonce américaine, ne permet de traiter chaque donateur de l’Association Baraka ou d’Ensemble C Mieux comme un financier conscient d’une branche armée.

    L’accusation vise le détournement allégué du circuit, pas la compassion des particuliers. C’est une distinction que les rédactions sérieuses doivent tenir, sous peine de transformer une enquête financière en soupçon collectif. Les montants imputés aux trois Américains arrêtés sont individualisés. Le reste de la collecte, supérieur à deux millions de dollars selon l’OFAC, agrège des flux dont la connaissance de cause, donateur par donateur, n’est pas établie dans les éléments publics.

    Le procédé, lui, n’a rien d’inédit dans l’histoire du financement politique violent. Une cause populaire, une caisse associative, un récit de détresse, puis une redirection vers une structure armée : le schéma existe bien avant Bitcoin. La nouveauté relative tient à la trace. Un virement peut être décrit dans un relevé bancaire que seules les autorités obtiennent. Une transaction crypto, une fois sortie vers une adresse publique, reste consultable des années plus tard par quiconque sait lire un explorateur de blocs.

    La crypto n’a pas inventé le détournement de dons. Elle a rendu certains de ses segments relisibles après coup.

    OFAC, DGSI, Justice : trois registres à ne pas confondre

    Le public mêle souvent trois décisions qui n’ont ni le même auteur, ni le même effet. L’OFAC désigne. Le gel et l’interdiction de commercer valent pour le monde américain et pour quiconque dépend d’un prestataire exposé au dollar. La DGSI interpelle sur le territoire français, dans un cadre pénal national dont l’issue n’est pas connue à la date de l’annonce. Le ministère américain de la Justice poursuit des résidents des États-Unis et inculpe al-Zaq, toujours hors d’atteinte selon les éléments publics.

    Confondre ces registres produit de fausses certitudes. On peut être sanctionné administrativement sans être condamné. On peut être interpellé sans être renvoyé devant un tribunal. On peut être inculpé aux États-Unis sans comparaître. À l’inverse, l’absence de condamnation française au 3 octobre 2026 ne vide pas l’intérêt du traçage : elle fixe seulement le statut juridique des personnes visées en France.

    Pour les banques françaises, l’effet pratique peut précéder le juge. Une désignation OFAC déclenche des revues de conformité, des gels préventifs, des déclarations de soupçon. Une association sanctionnée découvre souvent que son compte devient inutilisable bien avant qu’un tribunal ait tranché le fond. C’est la force, et la brutalité, du droit des sanctions extraterritorial dès qu’un flux touche le système du dollar.

    Ce que les chiffres ne disent pas encore

    Plus de deux millions d’un côté, 1,7 million de l’autre, des centaines de milliers en crypto, 94 000, 11 000, 50 000 : la precision apparente masque des périmètres différents. L’OFAC agrège une collecte de 2020 à 2026. Le chiffre de 1,5 million isole l’après-7 octobre. Le ministère de la Justice retient 1,7 million sans que les deux ensembles se recouvrent mot pour mot. Les versements individuels des Adhami et de Yousef sont des parts, pas le total.

    Il manque, dans le matériau public, le détail actif par actif. Quelle part en virement, quelle part en mandat, quelle part en USDT ou en un autre jeton ? Quelles plateformes ont hébergé les adresses de dépôt ? Quels volumes ont été saisis, gelés ou simplement identifiés ? Chainalysis parle d’une contrepartie commune et d’adresses croisant les ordres du NBCTF. Cela suffit à étayer une piste. Cela ne suffit pas à publier un bilan comptable définitif.

    Cette retenue n’affaiblit pas l’info. Elle la rend utilisable. Un lecteur peut retenir le fait central : Washington désigne deux associations françaises et leurs fondateurs, affirme qu’une partie des fonds a été convertie en cryptomonnaies après un passage bancaire français, et s’appuie sur un rattachement blockchain à des wallets déjà visés en Israël. Le reste relève de l’instruction.

    Le langage codé et la fausse discrétion

    Selon Chainalysis, les participants communiquaient en langage codé sur des messageries. Al-Zaq y aurait transmis ses adresses de dépôt. Le contraste est presque pédagogique. On chiffre ses phrases, on évite les mots trop explicites, puis on colle une adresse publique que n’importe quel analyste peut ensuite suivre. La discrétion du canal de discussion ne protège pas le canal de paiement dès lors que celui-ci est un registre ouvert.

    C’est un classique des dossiers de contournement de sanctions. Les opérateurs les plus exposés croient que l’opacité d’une application de messagerie compense la transparence d’une blockchain. L’inverse est souvent vrai. Une messagerie peut être saisie sur un téléphone. Une adresse, une fois diffusée à des donateurs, vit sur des milliers de nœuds. Le geste qui semblait pratique, envoyer son identifiant de dépôt dans une conversation, devient la pièce qui relie une personne à un flux.

    Les enquêteurs n’ont donc pas eu besoin d’une faille cryptographique. Ils ont eu besoin d’une corrélation : messagerie, identité plateforme, historique on-chain, listes de saisie déjà publiées. C’est moins spectaculaire qu’un « hack de wallet ». C’est beaucoup plus reproductible.

    Un rail parmi d’autres, pas une exception crypto

    Réduire l’affaire à la cryptomonnaie arrangerait deux camps opposés. L’un y verrait la preuve que Bitcoin et les stablecoins sont des outils de terrorisme. L’autre y verrait une instrumentalisation politique destinée à durcir la régulation. Les faits décrits résistent aux deux raccourcis. Les dons auraient d’abord été regroupés sur un compte bancaire français. La conversion en crypto viendrait ensuite. Les services de transfert d’argent sont cités comme canaux parallèles. La crypto est un tronçon, pas le réseau entier.

    Ce tronçon a toutefois une propriété que le virement n’a pas : il est relisible par des tiers équipés. Chainalysis n’est pas une autorité. C’est une entreprise d’analyse dont les travaux sont utilisés par des services publics et par la presse. Son apport, ici, est de montrer le croisement entre l’adresse attribuée à al-Zaq et des portefeuilles déjà dans le viseur du NBCTF. Sans ce croisement, le récit resterait un affrontement de communiqués.

    Pour le secteur, la leçon opérationnelle est connue des compliance officers. Une plateforme qui délivre des adresses de dépôt hérite d’une responsabilité de surveillance. Un client qui reçoit des fonds depuis des associations bientôt désignées, ou qui envoie vers une adresse déjà corrélée à des saisies, déclenche des alertes. Le dossier d’octobre 2026 ne révèle pas un angle mort technique. Il rappelle un angle mort humain : l’habitude de traiter un don comme un flux anodin parce que l’objet social affiché est humanitaire.

    Gironde, Saint-Étienne, le maillage local

    L’Association Baraka est située à Saint-André-de-Cubzac. Ensemble C Mieux l’est à Saint-Étienne. Deux bassins, deux dates de création, octobre 2023 et juillet 2024, et une même désignation le 2 octobre 2026. Le choix de villes moyennes plutôt que de places financières n’a rien d’étonnant dans ce type de dossier. Une association loi 1901 se crée vite. Elle ouvre un compte. Elle publie un appel. Elle collecte auprès d’un réseau de connaissances avant même d’être visible des grands médias.

    Rien n’indique, dans les éléments publics, que les municipalités ou les préfectures concernées aient été parties au circuit. Les situer sert seulement à ancrer le récit : le relais décrit par Washington n’est pas une holding offshore immatriculée dans un paradis fiscal lointain. C’est, selon l’OFAC, deux structures françaises dont les fondateurs sont désormais désignés, et dont trois personnes liées ont été interpellées par la DGSI.

    Cette proximité géographique change la perception du risque. Le financement illicite n’a pas besoin d’une salle de marché. Il a besoin d’une caisse, d’un récit et d’un point de sortie. Ici, le point de sortie allégué est une conversion vers des wallets contrôlés par un cadre présenté comme membre des Brigades al-Qassam. Le point d’entrée est un appel au don pour Gaza.

    Les trois Américains et la matérialité des versements

    Covington, en Louisiane, et Lutz, en Floride, paraissent loin de Saint-André-de-Cubzac. Les procureurs américains estiment pourtant que les versements d’Omar Adhami, d’Abdel Adhami et de Raed Yousef ont alimenté le même réseau. Environ 155 000 dollars à eux trois, si l’on additionne les chiffres publics : 94 000, 11 000 et près de 50 000. Ce total partiel ne explique pas les deux millions. Il donne des noms, des villes et des qualifications pénales précises.

    Soutien matériel, complot, fraude électronique, blanchiment : le faisceau visant les frères Adhami est lourd sur le papier. Fraude au passeport et paiement à une personne sanctionnée s’ajoutent pour Yousef. Ces chefs n’ont pas été jugés dans les éléments disponibles au 3 octobre 2026. Ils indiquent toutefois la théorie du dossier américain. Il ne s’agirait pas d’un malentendu sur la destination d’un don, mais d’un soutien caractérisé, accompagné pour certains de manœuvres documentaires.

    Al-Zaq, inculpé et présenté comme toujours à Gaza, reste la pièce que Washington ne peut pas déplacer. Les sanctions servent alors de substitut : geler, interdire, désigner, documenter. Le droit pénal américain atteint les résidents arrêtés. Il n’atteint pas, pour l’instant, l’homme que le Trésor place au centre.

    Mars 2025, l’antécédent USDT

    L’affaire d’octobre 2026 ne surgit pas isolée. En mars 2025, la justice américaine avait saisi des cryptomonnaies destinées au Hamas, environ 200 000 dollars en USDT. Le montant est sans commune mesure avec la collecte évoquée ici. Le symbole, lui, est le même : un stablecoin adossé au dollar, largement utilisé pour les transferts rapides, devenu pièce à conviction.

    USDT circule sur plusieurs réseaux. Sa traçabilité dépend moins du jeton que du chemin. Passé par un exchange qui coopère, un transfert se rattache à un client. Passé de wallet à wallet sans plateforme, il reste visible mais anonyme, sauf corrélation externe. Le dossier Baraka et Ensemble C Mieux, tel que Chainalysis le résume, penche vers le premier cas : adresses de dépôt, donc plateformes, donc identités potentielles.

    Tether a, ces dernières années, multiplié les gels d’adresses sur requête d’autorités. Rien dans le matériau du 2 octobre 2026 ne détaille un gel précis lié à al-Zaq. L’antécédent de mars 2025 suffit à rappeler que le stablecoin le plus utilisé du marché est aussi l’un des plus surveillés dès qu’il touche une plateforme centrale. Le fantasme d’un dollar numérique hors de tout contrôle ne résiste pas à ces saisies répétées.

    Le NBCTF, quatre ans de balises

    Le bureau israélien de lutte contre le financement du terrorisme a commencé à viser des portefeuilles crypto attribués au Hamas en 2021. Dès juillet cette année-là, 84 adresses figuraient dans ses ordres. En octobre 2026, ces listes ont servi de repère pour rattacher l’adresse d’al-Zaq au reste du réseau, via une contrepartie commune. Autrement dit, le travail de 2026 s’adosse à un corpus ouvert bien avant la guerre déclenchée par l’attaque du 7 octobre 2023.

    Cette antériorité compte dans le débat public. On ne peut pas réduire le traçage à une réaction de circonstance. Des adresses étaient déjà désignées. De nouveaux flux sont venus les croiser. L’analyse de contrepartie commune est une méthode standard : si A a traité avec B, et si B a traité avec des adresses déjà saisies, A mérite un examen. Ce n’est pas une preuve automatique de culpabilité. C’est un indice structuré, du type de ceux que les services présentent ensuite à un juge ou à un bureau de sanctions.

    Le risque méthodologique existe. Une adresse peut recevoir des fonds mixtes. Une contrepartie commune peut être une plateforme, un service de swap ou un dépositaire, pas un complice. Chainalysis présente toutefois le croisement comme parlant, parce que les adresses en cause avaient reçu des sommes importantes depuis des identifiants liés au Hamas et figurant sur des ordres de saisie. Le lecteur avisé retient l’indice, pas le verdict.

    Ce que change une désignation pour une association

    Être inscrit par l’OFAC ne dissout pas une association française. Le droit français a ses propres voies : contrôle administratif, enquête judiciaire, éventuelle dissolution si les conditions légales sont réunies. La désignation américaine produit un autre effet, souvent plus rapide. Les banques qui correspondent en dollars, les prestataires de paiement, les plateformes crypto régulées aux États-Unis ou simplement prudentes coupent le lien. Les avoirs sous juridiction américaine sont gelés. Toute entreprise américaine a interdiction de traiter avec les désignés.

    Pour des fondateurs interpellés, la conséquence personnelle peut être immédiate : comptes bloqués, réputation atteinte, voyages compliqués, partenaires qui se retirent. Ces effets précèdent le jugement. C’est pourquoi la présomption d’innocence doit être répétée sans naïveté. Elle protège contre l’affirmation de culpabilité. Elle n’empêche pas de rapporter qu’une autorité étrangère a désigné, ni qu’une police nationale a interpellé.

    Les donateurs, eux, se retrouvent dans un entre-deux inconfortable. Certains ont pu croire financer des colis, des soins, un acheminement. D’autres, si l’accusation américaine prospère, auraient su. Le matériau public ne trie pas les intentions une par une. Il décrit un circuit et des responsables désignés. La prudence journalistique consiste à ne pas étendre la désignation à chaque nom figurant sur une liste de collecte.

    Compliance : ce que les plateformes vont relire

    Chaque affaire de ce type devient un cas d’école pour les équipes de conformité. Le scénario à surveiller n’est pas le transfert isolé d’un montant rond. C’est l’enchaînement : association récente, objet humanitaire lié à une zone de conflit, regroupement sur un compte, conversion rapide en stablecoins, envoi vers une adresse de dépôt déjà corrélée à des listes de sanctions ou de saisie. Aucun de ces signaux n’est décisif seul. Ensemble, ils justifient un gel préventif et une déclaration.

    Les exchanges européens soumis à MiCA et aux règles anti-blanchiment ne sont pas hors jeu parce que la désignation vient de Washington. Un client français qui reçoit l’ordre de payer une personne listée par l’OFAC expose la plateforme à un risque de correspondant bancaire. Les équipes relisent donc les dépôts, les retraits et les carnets d’adresses favoris. L’adresse de dépôt, précisément parce qu’elle est nominative côté plateforme, est le point de contrôle le plus simple.

    Il serait faux d’en conclure que le secteur a « échoué ». Une partie des fonds a circulé, selon l’accusation, avant la désignation. La surveillance se durcit souvent après coup, quand les listes se mettent à jour. Le vrai test sera de savoir quelles plateformes ont détecté les flux avant le 2 octobre 2026, et lesquelles ne les ont vus qu’une fois les noms publiés. Ce test n’est pas dans le communiqué.

    Humanitaire et branche armée, la ligne que l’accusation trace

    Le Hamas dispose d’une branche politique, d’un appareil social et d’une branche armée, les Brigades al-Qassam. Les États-Unis le considèrent dans son ensemble comme une organisation terroriste. Cette qualification n’est pas universelle dans tous les ordres juridiques, mais elle structure l’action de l’OFAC. Dès lors, un versement dont le bénéficiaire effectif serait un adjoint de bataillon de cette branche est, pour Washington, un soutien matériel, quelle que soit l’étiquette du bulletin de don.

    L’affaire repose sur cette requalification. Les appels publics parlaient d’aide à Gaza. L’argent, selon le Trésor, prenait une autre direction. Prouver cette bascule demandera des relevés, des messages, des identifications de wallets et, côté français, une instruction capable de confronter l’objet social déclaré à l’usage réel des fonds. Tant que ces pièces ne sont pas débattues devant un juge, le conditionnel s’impose pour la culpabilité des interpellés.

    Il s’impose moins pour les faits procéduraux. La désignation a eu lieu. Les interpellations ont eu lieu. Les arrestations en Louisiane et en Floride ont eu lieu. Les montants cités par l’OFAC, le ministère de la Justice et Chainalysis ont été rendus publics. Rapporter ces faits n’est pas trancher le procès qui n’a pas encore eu lieu en France.

    Ce que le lecteur crypto doit retenir sans se raconter d’histoire

    Premier réflexe à abandonner : « la blockchain protège les coupables ». Dans ce dossier, elle a fourni le fil. Deuxième réflexe à abandonner : « la blockchain prouve à elle seule ». Elle montre des mouvements. L’intention, la connaissance et la qualification pénale viennent d’ailleurs, des messages, des statuts associatifs, des identités plateforme, des témoignages. Troisième réflexe : croire que seuls des réseaux occultes lointains sont concernés. Le compte décrit est français. Les associations sont françaises. Les interpellations sont françaises.

    Le secteur en sort avec une démonstration ambivalente. Les outils de traçage fonctionnent lorsque les flux touchent des plateformes et des adresses déjà listées. Ils fonctionnent moins lorsque l’argent reste en espèces, en hawala ou en réseaux de change informels. Présenter la crypto comme le problème unique reviendrait à ignorer le compte bancaire qui, selon Chainalysis, servait de bassin de regroupement. Présenter la crypto comme hors de cause reviendrait à ignorer les centaines de milliers de dollars que l’OFAC attribue à des versements en actifs numériques vers al-Zaq.

    Entre les deux, il y a une description plus juste. La cryptomonnaie a été un rail. Le registre public a été une archive. L’exchange a été un point d’identité. Les listes israéliennes de 2021 ont été une carte. L’OFAC a transformé cette carte en désignation. La DGSI a transformé une partie du dossier en interpellations. Le reste appartient aux tribunaux.

    Chronologie utile pour suivre la suite

    2020 marque, selon l’OFAC, le début de la fenêtre de collecte. Juillet 2021, le NBCTF vise déjà 84 adresses. Octobre 2023, l’attaque du Hamas en Israël ouvre une guerre dont le coût humain à Gaza devient le motif public des appels aux dons, et l’Association Baraka est installée à Saint-André-de-Cubzac. Juillet 2024, Ensemble C Mieux est lancée à Saint-Étienne. Mars 2025, saisie américaine d’environ 200 000 dollars en USDT dans un dossier lié. Vendredi 2 octobre 2026, sanctions OFAC, arrestations américaines, interpellations françaises rendues publiques. Le 3 octobre, la presse crypto française en fait sa une.

    La suite prévisible est procédurale. Côté américain, les mis en cause de Louisiane et de Floride vont plaider, contester les qualifications, peut-être négocier. Al-Zaq restera vraisemblablement hors d’atteinte tant qu’il demeure à Gaza. Côté français, l’enjeu sera de savoir si les interpellations débouchent sur des mises en examen, et pour quels chefs. Côté associatif, la question sera celle de la continuité ou de la fermeture des structures, indépendamment du gel américain.

    Côté blockchain, d’autres adresses peuvent encore être rattachées. Les analyses de contrepartie commune ont ceci de particulier qu’elles s’enrichissent avec le temps. Un wallet silencieux en octobre peut bouger en novembre et croiser une adresse déjà connue. Les dossiers de sanctions vivent souvent une seconde vie dans les explorateurs de blocs, longtemps après le communiqué.

    À suivre sans confondre les plans.

    • Le sort judiciaire de Faouzi Barika, Amel Oualid et Nordine Barika en France, sous présomption d’innocence.
    • Les audiences américaines visant les frères Adhami et Raed Yousef.
    • D’éventuelles saisies complémentaires d’adresses corrélées à al-Zaq.
    • La réaction des banques et des plateformes face aux deux associations désignées.
    • L’écart persistant entre le chiffre OFAC, le chiffre du ministère de la Justice et la part strictement crypto.

    Une affaire de preuves, pas de slogan

    Le financement du Hamas par des dons détournés est une accusation grave. Elle mérite mieux qu’un titre choc sur « la crypto des terroristes ». Les éléments rendus publics le 2 octobre 2026 décrivent un homme présenté comme cadre des Brigades al-Qassam, deux associations françaises, un compte bancaire, une conversion en actifs numériques, des donateurs américains arrêtés et un rattachement on-chain à des wallets déjà saisis. Ils décrivent aussi des personnes interpellées qui n’ont pas été condamnées, et des chiffres qui ne mesurent pas exactement la même chose.

    C’est assez pour informer. Ce n’est pas assez pour conclure à la place des juges. La blockchain a, cette fois, rendu une partie du circuit lisible. Le droit, lui, prendra le temps qu’il prend. Entre un appel au don publié sur un réseau social et un wallet de dépôt croisé avec une liste du NBCTF, il y a désormais un dossier. Son issue ne se lit pas encore sur un explorateur de blocs.

    Pour qui suit les cryptomonnaies, l’enseignement tient en une phrase simple. Le registre public n’absout pas et n’accuse pas tout seul. Il conserve. Dans cette affaire, cette mémoire a suffi à relier une adresse de dépôt, un wallet intermédiaire et des ordres de saisie vieux de plusieurs années. Le reste, la volonté, la connaissance, la part exacte des fonds, reste à établir devant ceux qui ont le pouvoir de condamner ou de relaxer.

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    Steven Soarez
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    Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

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