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    Sequans Vend Ses Derniers Bitcoin Et Quitte La Trésorerie

    Steven SoarezDe Steven Soarez25/09/2026Aucun commentaire14 Mins de Lecture
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    Quand une entreprise publique annonce qu’elle n’a plus un seul bitcoin au bilan, ce n’est jamais un détail comptable. C’est un signal. Sequans Communications vient de vendre ses 314 derniers BTC, de refermer une stratégie de trésorerie lancée avec conviction, et de dire clairement que l’avenir de la société se joue désormais dans les puces, pas dans les réserves numériques. Moins d’un an après avoir juré que sa foi dans le bitcoin restait intacte, le fabricant de semi-conducteurs a choisi la sortie complète.

    Pourquoi Sequans ferme sa trésorerie Bitcoin

    Le 24 septembre, Sequans a indiqué que la vente concernait l’intégralité des bitcoins encore présents au 30 juin. Plus aucune cryptomonnaie ne figure désormais au bilan. Cette décision clôt une séquence commencée dès 2025, lorsque la société a commencé à monétiser une partie de ses réserves pour alléger une dette convertible trop lourde.

    Le mouvement n’est pas apparu du jour au lendemain. Il s’est construit trimestre après trimestre, au rythme des besoins de trésorerie, des pertes opérationnelles et d’un recentrage industriel de plus en plus explicite. L’histoire de Sequans n’est donc pas seulement celle d’une vente. C’est celle d’un pari corporate qui a servi de levier financier avant de devenir un poids.

    Une conviction affichée, puis un recul méthodique

    En novembre 2025, Sequans détenait encore une position importante. La société a alors cédé 970 BTC pour faire passer sa dette de 189 millions de dollars à 94,5 millions. Le directeur général, Georges Karam, avait alors présenté l’opération comme un geste tactique. Selon lui, alléger le passif devait même permettre, plus tard, d’acheter davantage de bitcoin.

    Cette transition est désormais achevée. Nous concentrons nos ressources sur la dynamique réelle de notre activité semi-conducteurs.

    Georges Karam

    Le discours a changé à mesure que 2026 avançait. Au premier trimestre, Sequans a encore vendu 1 025 BTC alors que le chiffre d’affaires reculait et que les pertes s’élargissaient. Les avoirs sont passés de 2 139 BTC fin 2025 à 1 114 BTC au 30 avril. Sur ce reliquat, 817 BTC étaient encore nantis en garantie d’une dette convertible de 39,9 millions de dollars, puis 35,9 millions selon les derniers états publiés.

    La société a aussi inscrit 11,7 millions de dollars de pertes réalisées sur ces cessions. L’argent n’est pas resté en réserve spéculative. Il a servi à racheter de la dette convertible et à financer un programme de rachat d’American depositary shares.

    Ce que la chronologie dit vraiment

    • Novembre 2025 : vente de 970 BTC et division de la dette par deux.
    • Premier trimestre 2026 : nouvelle cession de 1 025 BTC et pertes réalisées de 11,7 millions de dollars.
    • Mai 2026 : remboursement du reliquat de dette convertible et annonce d’un arrêt progressif de la stratégie bitcoin.
    • Septembre 2026 : vente des 314 BTC restants et sortie totale.

    Un bilan assaini, une exposition crypto à zéro

    Sequans affirme aujourd’hui n’avoir plus de dette significative, hors engagements liés à des projets de recherche et développement financés par la puissance publique. Le bilan se compose désormais d’une trésorerie plus classique, sans volatilité liée au bitcoin. Pour une société de semi-conducteurs, ce choix n’est pas anodin. Il réduit le bruit de marché autour du titre et replace le récit financier sur le produit, les commandes et les parts de marché.

    Georges Karam a résumé l’opération en deux temps. D’abord, éliminer la dette convertible. Ensuite, monétiser le reliquat de bitcoin de façon « mesurée et opportuniste ». Une fois ce basculement achevé, le management dit vouloir capter l’élan de son activité cellulaire IoT et de ses puces pour radio définie par logiciel.

    Ce que Sequans a réellement gagné et perdu

    La lecture comptable est ambivalente. D’un côté, la société a transformé un actif volatile en levier de désendettement. De l’autre, elle a encaissé des moins-values et abandonné l’option d’une appréciation future de ses réserves. C’est précisément ce dilemme qui traverse aujourd’hui une partie du marché des trésoreries d’entreprise.

    Au plus haut de sa position, Sequans détenait 3 234 BTC avant la première grande cession de novembre 2025. Le stock est ensuite tombé à 2 264 BTC, puis à 2 139 BTC en fin d’année, puis à 1 114 BTC au printemps, et enfin à zéro. Cette descente n’est pas un accident de parcours. Elle dessine une stratégie de liquidation par étapes, calée sur le calendrier de la dette.

    Le bitcoin a donc joué, chez Sequans, un rôle de coussin de liquidité plus que de réserve stratégique pérenne. L’actif a servi à racheter du passif, à soutenir le cours via des rachats d’actions et à lisser une période de tension opérationnelle. Quand cette fonction a été remplie, la thèse d’accumulation a disparu.

    Le contexte 2026 des trésoreries d’entreprise

    Sequans n’est pas un cas isolé. Plusieurs sociétés cotées ont vendu du bitcoin en 2026, le plus souvent pour rembourser de la dette, honorer des coupons ou reconstituer du cash. La différence, c’est que beaucoup d’entre elles ont conservé une part significative de leurs réserves. Sequans, lui, a choisi la porte de sortie.

    Empery Digital a cédé 1 400 BTC entre le 7 mai et le 10 juillet, pour environ 87,1 millions de dollars. Sur les six premiers mois de l’année, 1 167 BTC ont été vendus pour 80,1 millions, avec une perte réalisée de 56,8 millions par rapport au coût d’acquisition. Après la clôture du trimestre, la société a encore cédé 1 635 BTC entre le 1er juillet et le 6 août, encaissant 102,2 millions. Dans le même temps, elle a remboursé 20 millions d’emprunts et récupéré 585 BTC précédemment nantis chez un prêteur.

    Nakamoto a suivi une logique voisine au deuxième trimestre. Environ 600 BTC et certaines positions dérivées ont généré près de 48 millions de dollars de produit net. L’essentiel a servi à rembourser 45 millions d’USDT d’un prêt adossé au bitcoin. À la fin juin, Nakamoto détenait encore 4 467 BTC, valorisés autour de 261,5 millions. Autrement dit, la société a réduit l’exposition, pas la stratégie.

    The Smarter Web Company a utilisé 177,89 BTC pour rembourser un instrument convertible de 11,7 millions de dollars en juillet. Le prix moyen de cession s’est établi à 65 762 dollars. L’opération a été close environ deux semaines avant l’échéance. Après cette vente, Smarter Web conservait 2 700 BTC et réaffirmait sa stratégie de long terme.

    Deux familles de comportements en 2026

    • Les sorties totales, comme Sequans, qui referment le chapitre crypto pour revenir au métier historique.
    • Les cessions partielles, comme Empery, Nakamoto ou Smarter Web, qui vendent pour refinancer sans abandonner la thèse.
    • Les allers-retours, comme Strategy, qui vendent pour servir des obligations puis rachètent dès que la trésorerie le permet.

    Strategy vend, puis rachète : un contre-modèle

    Strategy, le plus gros détenteur corporate de bitcoin, a rompu à plusieurs reprises avec sa cadence d’accumulation quasi continue. Plus tôt dans l’année, la société a vendu environ 218 millions de dollars de BTC pour servir des dividendes de titres préférentiels et reconstituer des réserves en dollars. Reuters a ensuite indiqué qu’un programme pouvant aller jusqu’à 1,25 milliard de dollars de ventes avait été autorisé, dans un plan qui incluait aussi des rachats d’actions.

    Les cessions se sont poursuivies pendant quatre semaines consécutives jusqu’au début d’août, dont 1 638 BTC pour environ 104,7 millions de dollars entre le 27 juillet et le 2 août. Malgré cela, Strategy n’a pas quitté le bitcoin. Après ces ventes, les avoirs restaient au-dessus de 840 000 BTC. En septembre, la société a racheté 950 BTC pour 75,7 millions de dollars, portant le stock à 846 000 BTC.

    Ce va-et-vient montre qu’une vente n’est pas forcément un abandon de thèse. Chez Strategy, le bitcoin reste l’actif central du récit boursier. Chez Sequans, il n’était qu’un levier temporaire. La nuance est essentielle pour les investisseurs qui lisent trop vite un titre du type « telle société vend du bitcoin ».

    MARA et la logique minière de la liquidité

    MARA Holdings a emprunté une autre voie. Le mineur a vendu environ 23 093 BTC au premier semestre 2026, pour près de 1,63 milliard de dollars, afin de financer l’exploitation, des investissements et des besoins de liquidité. Fin juin, il détenait encore 35 577 BTC. Ici encore, la cession n’équivaut pas à une sortie. Elle s’inscrit dans le modèle économique d’un producteur qui transforme une partie de sa production ou de ses stocks en cash opérationnel.

    Comparer MARA et Sequans permet de voir la différence de nature. Un mineur vend parce que le bitcoin est son produit. Un fabricant de puces vend parce que le bitcoin n’est plus compatible avec son besoin de visibilité financière. L’un monétise une production. L’autre referme une parenthèse patrimoniale.

    Pourquoi le métier semi-conducteurs a repris le dessus

    Une fois le stock de bitcoin ramené à zéro, Sequans dit vouloir flécher l’ensemble de ses ressources vers deux lignes : la connectivité cellulaire IoT et la radio définie par logiciel. Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires produits a progressé de plus de 80 % sur un an. Le carnet de commandes à six mois représentait plus du triple du niveau observé un an plus tôt.

    La société poursuit le développement de sa plateforme 5G eRedCap, au moment où l’industrie IoT cellulaire bascule progressivement de la 4G vers la 5G. Elle a aussi lancé un émetteur-récepteur radiofréquence destiné aux applications de radio définie par logiciel. Au deuxième trimestre, Sequans a annoncé une première conception gagnante dans le drone et évoque un intérêt client dans la défense, les drones et l’espace.

    Ce recentrage n’est pas cosmétique. Il change le profil de risque de l’entreprise. Tant que le bitcoin occupait une place visible au bilan, le titre pouvait être lu comme un hybride entre une valeur technologique et une exposition crypto. Désormais, le marché est invité à juger Sequans comme un acteur de semi-conducteurs, point.

    Ce que révèle cette sortie sur le modèle « treasury company »

    Depuis deux ans, un récit s’est imposé : une entreprise cotée peut transformer son bilan en véhicule d’accumulation de bitcoin, attirer une base d’actionnaires crypto-natifs et faire du cours de Bourse un proxy du BTC. Ce modèle a fonctionné tant que le coût du capital, la liquidité et la communication restaient alignés. Il se fissure dès que la dette, les coupons ou le besoin de cash opérationnel reprennent le dessus.

    Sequans illustre la version la plus nette de cette fissure. La société a utilisé le bitcoin pour se désendetter, puis a constaté que conserver une réserve volatile n’apportait plus d’avantage stratégique face à un métier industriel en accélération. La trésorerie crypto n’était plus un différenciateur. Elle était devenue une distraction.

    Cette lecture ne condamne pas le modèle. Elle le range dans une catégorie plus réaliste : un outil de financement et de communication, utile dans certaines phases de marché, fragile dès que l’activité historique exige de la prévisibilité. Les investisseurs qui avaient acheté Sequans pour son stock de BTC perdent ce prisme. Ceux qui suivaient la société pour ses puces retrouvent un récit plus lisible.

    Dette convertible, nantissement et cercle vicieux

    Le point le plus technique de l’affaire est aussi le plus instructif. Une partie des bitcoins de Sequans servait de collatéral à de la dette convertible. Tant que le cours du BTC tenait, le montage tenait. Dès que l’entreprise avait besoin de cash ou devait rassurer les créanciers, la vente devenait presque mécanique.

    C’est le talon d’Achille de nombreuses trésoreries d’entreprise. On présente le bitcoin comme une réserve de valeur. On l’utilise ensuite comme garantie, comme source de liquidité et comme variable d’ajustement du passif. À ce stade, l’actif n’est plus seulement un pari de long terme. Il est enchâssé dans la structure financière. Le vendre n’est plus une opinion de marché. C’est une contrainte de bilan.

    Sequans a choisi de casser ce cercle. En remboursant la dette convertible, la société a retiré le principal motif de conservation forcée ou de cession forcée. Le dernier bloc de 314 BTC n’avait plus de rôle structurel. Il restait un reliquat à monétiser.

    Comment lire le message envoyé au marché crypto

    Une sortie totale pèse davantage qu’une vente partielle dans le débat public. Elle nourrit le récit d’un reflux des trésoreries d’entreprise. Pourtant, les chiffres agrégés restent plus nuancés. Strategy continue d’accumuler après avoir vendu. Nakamoto, Smarter Web et MARA conservent des stocks importants. Sequans, de son côté, n’avait jamais atteint la taille critique qui transforme une réserve en identité de marché.

    Le signal le plus juste n’est donc pas « les entreprises fuient le bitcoin ». Il est plutôt : les entreprises vendent quand le bitcoin n’est plus aligné avec leur contrainte de capital. Celles dont le récit boursier dépend du BTC restent. Celles dont le métier historique redémarre s’en éloignent.

    Le bitcoin d’entreprise n’est pas une religion. C’est un instrument de bilan. On le garde tant qu’il sert. On le cède dès qu’il coûte trop cher en clarté.

    Cette phrase, brutale, résume mieux la séquence 2026 que n’importe quel communiqué triomphal. Les trésoreries crypto ne disparaissent pas. Elles se hiérarchisent. Les unes restent des piliers. Les autres redeviennent des parenthèses.

    Ce que les actionnaires doivent maintenant surveiller

    Le dossier Sequans bascule vers des indicateurs plus classiques. La croissance du chiffre d’affaires produits, la conversion du carnet de commandes, l’adoption de la plateforme 5G eRedCap et les premières retombées commerciales du transceiver RF deviennent les vrais moteurs de valorisation. Le bitcoin ne pourra plus servir de variable d’explication quand le titre s’agite.

    Il faudra aussi regarder la discipline du bilan. La société sort d’une période où l’actif numérique masquait une partie de la structure financière. Un cash plus simple, sans exposition crypto, réduit le risque de recapitalisation improvisée. Il augmente en revanche l’exigence de preuve industrielle. Sans le récit bitcoin, les résultats devront parler seuls.

    • Carnet de commandes : déjà plus de trois fois supérieur au niveau d’il y a un an.
    • Mix produits : IoT cellulaire d’un côté, radio définie par logiciel de l’autre.
    • Premiers contrats drones : un signal d’ouverture vers la défense et l’espace.
    • Absence de dette convertible : moins de pression à vendre des actifs pour tenir un échéancier.

    Une leçon plus large pour les trésoreries d’entreprise

    Le cas Sequans devrait faire école, non pas comme un modèle à copier, mais comme un test de cohérence. Avant d’inscrire du bitcoin au bilan, une entreprise doit répondre à trois questions. L’actif sert-il le métier ? Peut-il être conservé sans être nanti ? Le management est-il prêt à vivre avec une volatilité qui rejaillit sur le multiple boursier ?

    Si la réponse à l’une de ces questions est non, la réserve crypto devient un outil de court terme. Elle peut aider à refinancer. Elle peut séduire une partie du marché. Elle peut aussi contraindre l’entreprise à vendre au plus mauvais moment, puis à expliquer pourquoi la « conviction de long terme » n’a pas survécu au prochain coupon.

    Sequans a tranché. Le bitcoin a rempli sa fonction de levier. Il n’a pas convaincu comme actif permanent. La société remet désormais son capital, son temps de direction et son récit investisseurs au service de puces destinées à l’IoT, aux drones et aux communications avancées. Le marché jugera ce recentrage sur les commandes, pas sur le halving.

    Ce qu’il faut retenir de la séquence Sequans

    La vente des 314 derniers BTC n’est que la dernière ligne d’un processus commencé un an plus tôt. Entre-temps, Sequans a divisé sa dette, encaissé des moins-values, racheté des titres et préparé un retour à son métier d’origine. D’autres sociétés ont vendu sans quitter le bitcoin. Celle-ci a choisi de refermer le livre.

    Pour le marché crypto, l’épisode rappelle qu’une trésorerie d’entreprise n’est jamais un coffre-fort passif. C’est un instrument soumis aux créanciers, aux résultats trimestriels et à la patience des actionnaires. Pour le marché des semi-conducteurs, il rappelle qu’une société peut utiliser un actif à la mode pour gagner du temps, puis le rendre dès que le carnet de commandes redevient le vrai sujet.

    Sequans n’a plus de bitcoin. Il lui reste une industrie à convaincre, des plateformes 5G à livrer et un bilan plus lisible. Dans un cycle où beaucoup de sociétés avaient transformé leur trésorerie en manifeste, cette sortie complète a au moins le mérite de la clarté.

    Brexit crypto dette convertible expansion trésorerie Bitcoin revente BTC semi-conducteurs IoT
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    Steven Soarez
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