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    MiCA Stablecoins La Bce Veut Supprimer Les Dépôts Bancaires

    Steven SoarezDe Steven Soarez24/09/2026Aucun commentaire15 Mins de Lecture
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    Et si la règle conçue pour rassurer les banques finissait par les fragiliser ? Le 22 septembre 2026, la Banque centrale européenne et le Système européen de banques centrales ont demandé à la Commission européenne d’abandonner une disposition centrale du règlement MiCA : l’obligation, pour les émetteurs de stablecoins, de loger une part importante de leurs réserves dans des dépôts bancaires. Ce n’est pas un détail technique. C’est un basculement possible dans la manière dont l’Europe entend encadrer l’argent numérique adossé à une monnaie fiduciaire.

    Pourquoi La Bce Veut Casser Cette Règle MiCA

    Le règlement sur les marchés de crypto-actifs, plus connu sous le nom de MiCA, a été pensé comme un filet de sécurité. Pour les jetons se référant à un actif, il impose des réserves, des audits, une gouvernance et surtout une composition précise de ces réserves. Jusqu’ici, une part non négligeable devait rester sous forme de dépôts auprès d’établissements de crédit. Trente pour cent pour les jetons dits non significatifs. Soixante pour cent pour ceux classés significatifs. L’idée paraissait simple : un dépôt bancaire, c’est liquide, c’est supervisé, c’est familier.

    Sauf que les banques centrales européennes voient désormais le contraire. Dans leur réponse à la consultation sur la révision de MiCA, elles estiment que cette obligation crée un lien direct entre émetteurs de stablecoins et banques commerciales. Un lien qui, en cas de ruée, peut transmettre le choc dans les deux sens. Autrement dit, ce qui devait protéger le système pourrait devenir un canal de contagion.

    La règle actuelle établit un lien direct entre les émetteurs et les établissements de crédit et pourrait exposer les banques à des problèmes de liquidité si une vague de rachats forçait un émetteur à retirer ses dépôts rapidement.

    Système européen de banques centrales

    Le souvenir encore vif de Silicon Valley Bank

    Les institutions monétaires ne raisonnent pas dans l’abstraction. Elles citent un épisode précis : mars 2023 et la chute de Silicon Valley Bank. Circle, émetteur de l’USDC, avait alors indiqué qu’environ 3,3 milliards de dollars de réserves se trouvaient dans cet établissement. L’information a suffi à déclencher une vague de rachats. Le stablecoin a temporairement perdu son ancrage. Le marché a compris, en quelques heures, qu’un problème bancaire pouvait devenir un problème de jeton, et inversement.

    Ce n’est pas un cas d’école isolé. C’est une leçon de transmission du risque. Quand une réserve est un dépôt à vue dans une banque commerciale, le destin du jeton dépend de la santé de cette banque. Et la banque, de son côté, peut se retrouver à devoir honorer un retrait massif au pire moment. La liquidité disparaît des deux côtés de la relation.

    Ce que retiennent les banques centrales de 2023

    • Un dépôt concentré dans une seule banque commerciale peut devenir un point de bascule.
    • La ruée sur le stablecoin précède parfois la ruée sur la banque, parfois elle la suit.
    • La transparence tardive aggrave la défiance plus vite que le montant réel des pertes.
    • Le risque n’est pas seulement crypto vers banque : il circule aussi de la banque vers le jeton.

    Des seuils figés qui ne disent rien de la liquidité réelle

    Trente pour cent. Soixante pour cent. Ces chiffres ont le mérite d’être clairs. Ils ont le défaut d’être aveugles à la maturité. Un dépôt bancaire n’est pas automatiquement plus sûr qu’une obligation souveraine qui arrive à échéance demain. Un titre d’État à très court terme peut se monétiser plus vite, avec moins de friction, qu’un encours bloqué dans un bilan bancaire sous stress.

    L’ESCB propose donc de remplacer les quotas de dépôts par des exigences de liquidité fondées sur la maturité. Les actifs devraient arriver à échéance dans un délai d’un à cinq jours ouvrés. La logique change : on ne demande plus « où est l’argent », on demande « en combien de temps peut-il redevenir cash sans casser le marché ».

    Cette approche n’est pas sortie de nulle part. Elle s’appuie sur des règles provisoires publiées par l’Autorité bancaire européenne en 2024. Pour les stablecoins significatifs, quarante pour cent des réserves dans des actifs arrivant à échéance sous un jour ouvré, soixante pour cent sous cinq jours. Pour les jetons non significatifs, les curseurs descendent à vingt et trente pour cent. Moins de dogmatisme institutionnel, plus de calendrier de trésorerie.

    Pensions livrées et titres souverains : la nouvelle boussole

    Quels instruments les banques centrales mettent-elles en avant ? Les pensions livrées au jour le jour et les obligations souveraines à court terme. Ces outils appartiennent au langage quotidien de la politique monétaire. Ils sont négociés, collatéralisés, habitués aux chocs de fin de journée. Ils peuvent être déroulés sans attendre qu’une banque commerciale ouvre son guichet interne.

    Un repo overnight n’est pas magique. Il suppose un collatéral de qualité, une contrepartie solide, un marché profond. Mais il a une vertu que le dépôt simple n’a pas : il sépare, au moins en partie, le destin de l’émetteur de celui d’une seule banque. L’argent n’est plus seulement « chez » un établissement. Il est dans un contrat de marché, avec une échéance explicite.

    Les titres d’État de très courte durée jouent un rôle voisin. Ils se vendent, en principe, même quand le crédit privé se contracte. Ils offrent une ancre que les dépôts bancaires, eux, ne garantissent pas dès que la confiance dans le secteur se fissure. C’est précisément ce que les superviseurs européens veulent désormais prioriser.

    Tether avait déjà refusé le cadre européen pour cette clause

    La demande de l’ESCB ne tombe pas dans un vide politique. Elle rejoint un argument défendu depuis 2024 par Paolo Ardoino, dirigeant de Tether. Sur X, il a rappelé que les banques centrales européennes veulent que Bruxelles supprime une règle MiCA sur les réserves. Cette règle oblige les grands émetteurs à conserver soixante pour cent de l’argent dans des banques commerciales. Tether a refusé une licence dans l’Union précisément à cause de cette clause.

    Les banques centrales européennes veulent que Bruxelles supprime une règle MiCA sur les réserves de stablecoins. Elle oblige les grands émetteurs à conserver 60 % de cet argent dans des banques commerciales. Tether a refusé une licence UE à cause de cette même clause.

    Paolo Ardoino

    On peut lire cette convergence de deux façons. Soit comme la confirmation qu’un acteur majeur du marché avait vu un risque structurel avant les institutions. Soit comme le signe que la révision de MiCA pourrait rouvrir un dialogue avec des émetteurs restés hors du périmètre européen. Dans les deux cas, le débat n’est plus seulement prudentiel. Il devient un enjeu d’attractivité réglementaire.

    Tether n’est pas un détail dans cette histoire. C’est l’émetteur le plus important du marché mondial des jetons adossés au dollar. Son absence du cadre MiCA a laissé l’Europe avec un paradoxe : un règlement ambitieux, mais un marché réel qui continue de vivre, en grande partie, en dehors de ses licences. La clause des dépôts n’explique pas tout. Elle en explique une part suffisamment visible pour que les banques centrales la nomment maintenant.

    Le problème des acteurs hors Union qui servent quand même l’Europe

    Dans la même réponse, l’ESCB alerte sur des difficultés matérielles à faire appliquer MiCA. Des entreprises de crypto non conformes, installées hors des frontières de l’Union, peuvent toujours atteindre des clients européens. Le règlement existe. L’accès au marché, lui, n’est pas étanche.

    Cette faille n’est pas nouvelle. Elle pèse davantage dès que les exigences internes deviennent plus coûteuses que les circuits externes. Si un émetteur européen doit immobiliser une part élevée de réserves dans des banques locales, pendant qu’un concurrent offshore propose le même service avec une autre architecture de trésorerie, l’arbitrage est immédiat. Les utilisateurs suivent la liquidité, pas le communiqué officiel.

    Les banques centrales ne demandent pas l’abandon de MiCA. Elles demandent que le texte ne fabrique pas, par une règle trop rigide, un avantage comparatif pour ceux qui restent dehors. C’est une critique de calibrage, pas une critique d’intention.

    Ce que change vraiment une réserve « mature » plutôt qu’une réserve « bancaire »

    Derrière le jargon, la question est concrète. Un émetteur doit pouvoir rembourser, le même jour ou presque, des millions de jetons présentés au rachat. Pour cela, il lui faut des actifs qui se transforment en monnaie banque centrale ou en dépôts utilisables sans délai excessif. Le dépôt commercial semblait répondre à ce besoin. Il y répond tant que la banque tient. Il cesse d’y répondre dès que la banque hésite.

    Une obligation souveraine qui arrive à échéance dans vingt-quatre ou quarante-huit heures offre une autre mécanique. L’émetteur n’a pas à vendre dans la panique. Il attend le remboursement. Un repo overnight fonctionne sur le même principe temporel : l’horizon est connu, le collatéral est identifié, le dénouement est standardisé. La liquidité n’est plus un espoir de bilan. Elle devient un calendrier.

    Cela n’élimine pas le risque de marché. Un titre peut se déprécier. Un repo peut se renchérir. Mais le risque change de nature. Il quitte le crédit idiosyncratique d’une banque pour rejoindre le marché des taux courts, que les banques centrales connaissent mieux et peuvent, le cas échéant, influencer.

    Les deux philosophies de réserve en présence

    • Ancienne logique MiCA : quota de dépôts dans des établissements de crédit, selon la taille du jeton.
    • Logique proposée par l’ESCB : part minimale d’actifs échéant en un à cinq jours ouvrés.
    • Ancienne logique : confiance dans le bilan bancaire commercial.
    • Nouvelle logique : confiance dans la profondeur des marchés monétaires souverains.

    Une recommandation, pas encore une réforme votée

    Il faut garder la mesure. La réponse de la BCE, publiée le 22 septembre 2026, reste une recommandation. Aucun calendrier d’adoption n’a été annoncé. La Commission européenne peut reprendre l’idée, la modifier, la diluer ou la laisser dans une annexe. Le Parlement et le Conseil auront, le moment venu, leur mot à dire.

    Cette prudence institutionnelle n’enlève rien au signal. Quand l’autorité monétaire de la zone euro écrit noir sur blanc que la règle des dépôts peut menacer la stabilité financière, le débat réglementaire bascule. Les cabinets, les émetteurs, les banques dépositaires et les associations professionnelles vont s’engouffrer dans cette brèche. C’est ainsi que les révisions de textes européens commencent souvent : par une note technique qui devient, six mois plus tard, un article de loi.

    Les banques commerciales ne sortent pas forcément gagnantes

    On pourrait croire que les banques se réjouissent d’une obligation qui leur amène des dépôts massifs. La réalité est plus ambiguë. Ces encours sont volatils. Ils peuvent entrer vite et sortir plus vite encore. Pour un établissement, un dépôt d’émetteur de stablecoin ressemble parfois à un passif de gros, sensible à la moindre alerte. Ce n’est pas l’épargne tranquille d’un ménage.

    Les banques centrales le disent à leur manière : si l’émetteur doit retirer brutalement, la banque se retrouve avec un trou de liquidité. Le lien qui devait sécuriser devient un accélérateur. Dans un système déjà attentif aux ratios de liquidité à court terme, ce n’est pas un détail de back-office. C’est un risque de run interne.

    Supprimer l’obligation ne signifie pas interdire les dépôts. Cela signifie cesser de les imposer comme pierre angulaire. Une banque pourra toujours conserver une relation commerciale avec un émetteur. Elle ne sera plus le réceptacle forcé d’une fraction réglementaire du marché.

    Ce que cela implique pour Circle, les euros numériques privés et les jetons « significatifs »

    Les émetteurs déjà engagés dans le cadre européen devront recalibrer leurs modèles. Un jeton classé significatif supportait jusqu’ici une contrainte plus lourde : soixante pour cent en dépôts. Si Bruxelles suit l’ESCB, la distinction ne disparaîtra pas, mais elle se déplacera vers la maturité des actifs plutôt que vers le type de contrepartie.

    Pour un émetteur d’euro numérique privé, la question est encore plus politique. L’Europe veut des stablecoins en euro crédibles. Elle ne veut pas qu’ils reposent sur un oligopole bancaire fragile. Elle ne veut pas non plus qu’ils deviennent des fonds monétaires déguisés sans les règles des fonds monétaires. D’où cette recherche d’un entre-deux : des actifs très courts, souverains ou quasi souverains, négociables, auditables.

    Les équipes de trésorerie devront parler le langage des marchés monétaires autant que celui de la conformité. Moins de conventions de compte, plus de lignes de collatéral, plus de calendriers d’échéance, plus de tests de stress sur un, trois et cinq jours. La compétence exigée change.

    Une leçon plus large sur la régulation des crypto-actifs

    MiCA a été salué comme le premier grand cadre horizontal de l’Union sur les crypto-actifs. Son mérite est réel : définir, autoriser, surveiller. Son angle mort apparaît maintenant : certaines règles ont été écrites avec les réflexes de la banque de détail, appliqués à des objets qui se comportent comme de la monnaie de gros en période de stress.

    Un stablecoin de grande taille n’est pas un livret. C’est un engagement de remboursement instantané, souvent transfrontalier, souvent corrélé aux cycles de liquidité mondiale. Le traiter comme un dépôt classique, c’est sous-estimer sa vitesse. Le traiter uniquement comme un titre, c’est sous-estimer sa fonction monétaire. Les banques centrales tentent de recoudre ces deux lectures.

    Cette tension n’est pas propre à l’Europe. D’autres juridictions discutent des mêmes arbitrages : trésor court, repo, dépôts isolés, monnaie banque centrale. La particularité européenne, c’est d’avoir déjà gravé un quota dans un règlement, puis de devoir, deux ans après l’expérience de marché, envisager de le retirer.

    Les arguments contraires qu’il faudra entendre

    Tout le monde ne applaudira pas. Certains superviseurs bancaires nationaux peuvent estimer qu’un dépôt dans une banque licenciée reste plus contrôlable qu’un titre négocié via plusieurs intermédiaires. D’autres diront que les marchés de repo ne sont pas également profonds dans toutes les monnaies de l’Union. L’euro n’est pas un marché unique de collatéral aussi homogène qu’on le croit depuis Francfort.

    Il y a aussi l’argument démocratique simple : un dépôt dans une banque européenne, c’est de l’argent qui reste dans le circuit du crédit local. Des titres souverains très courts, c’est de l’argent qui revient vers l’État émetteur. Les équilibres politiques ne sont pas neutres. Un changement de composition des réserves déplace des flux.

    Enfin, la transparence. Un dépôt est simple à expliquer au public. Une pile de pensions livrées l’est moins. Si l’objectif est aussi de restaurer la confiance des utilisateurs, la pédagogie devra suivre la technique. Sinon, la réforme restera lisible pour les salles de marché et opaque pour les détenteurs de jetons.

    Ce que les lecteurs, investisseurs et professionnels doivent surveiller maintenant

    Le prochain document utile ne sera pas un fil d’actualité. Ce sera la synthèse de la consultation par la Commission, puis d’éventuelles propositions de modification ciblée de MiCA. Les mots à chercher sont prosaïques : composition des réserves, maturité, dépôts auprès d’établissements de crédit, actifs à faible risque, liquidité journalière.

    Il faudra aussi observer la réaction des autorités nationales compétentes. Certaines ont déjà instruit des dossiers d’émetteurs. Changer la règle en cours de route crée des questions de droits acquis, de délais de mise en conformité, de recalibrage des attestations d’audit. La technique prudentielle rencontre ici le droit transitoire.

    • La position finale de la Commission européenne sur les quotas de dépôts
    • Le maintien ou non de la distinction jetons significatifs et non significatifs
    • L’alignement éventuel sur les lignes directrices de liquidité de l’ABE
    • L’attitude des grands émetteurs restés hors licence européenne

    Une stabilité financière qui se joue à l’échelle de quelques jours

    Le cœur du texte de l’ESCB tient en une intuition temporelle. Ce n’est pas la nature juridique de l’actif qui protège un stablecoin. C’est sa capacité à tenir cinq jours de rachats sans vendre dans le désordre et sans assécher une banque. Un à cinq jours ouvrés : voilà l’horizon que les banques centrales veulent graver dans la prochaine version du cadre.

    Cet horizon n’est pas romantique. Il correspond à la durée pendant laquelle une crise de confiance se noue, s’amplifie et, parfois, se casse. Au-delà, d’autres outils existent. En deçà, tout se joue. Les réserves doivent donc être pensées comme une trésorerie de guerre courte, pas comme un bas de laine institutionnel.

    Si Bruxelles suit cette voie, MiCA ne deviendra pas plus laxiste. Il deviendra plus monétaire. Moins bancaire au sens commercial du terme, plus proche des marchés que les banques centrales surveillent déjà. C’est un déplacement de centre de gravité, pas une abdication.

    Le récit européen des stablecoins n’est pas terminé

    Depuis l’entrée en application progressive de MiCA, l’Union a voulu montrer qu’elle pouvait encadrer sans interdire. La demande du 22 septembre 2026 révèle autre chose : encadrer suppose d’accepter de corriger. Les textes nés dans la peur des dérives peuvent, à l’usage, créer d’autres dérives. Ici, le risque identifié n’est plus seulement celui d’un émetteur insolvable. C’est celui d’un système bancaire trop exposé à des retraits procycliques.

    Les semaines qui viennent diront si cette recommandation reste une note d’experts ou devient le prochain chapitre du droit européen des crypto-actifs. En attendant, une chose est déjà claire. La bataille des stablecoins en Europe ne se joue plus seulement sur le droit d’émettre. Elle se joue sur la qualité, la durée et la localisation des réserves qui les portent.

    Et c’est précisément parce que cette bataille paraît technique qu’elle mérite d’être lue jusqu’au bout. Derrière les pourcentages, il y a la question simple de savoir où dort l’argent qui promet d’être toujours égal à un euro, ou à un dollar. Dans une banque. Sur un titre d’État. Dans un contrat de pension. Selon la réponse, le prochain choc ne se propagera pas de la même façon.

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    Steven Soarez
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