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    Ventes Nft En Recul De 15% Ethereum Reste Leader

    Steven SoarezDe Steven Soarez19/09/2026Aucun commentaire22 Mins de Lecture
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    Les ventes mondiales de jetons non fongibles viennent de reculer de 15,28% pour s’établir à 37,54 millions de dollars sur sept jours. Le chiffre claque. Il arrive pourtant au moment où le nombre d’adresses acheteuses et vendeuses plus que double. Autrement dit, davantage de portefeuilles bougent, moins d’argent change réellement de mains. Ce décalage n’est pas un détail statistique. Il raconte un marché qui se disperse, qui se fragmente, et qui continue d’être tiré par quelques chaînes, quelques collections, et quelques transactions hors normes.

    Un recul du volume, une explosion des adresses

    Les données compilées le 19 septembre 2026, en vue « 7 Days », montrent un passage d’environ 44,31 millions à 37,54 millions de dollars. Dans le même intervalle, les adresses acheteuses grimpent de 174,04% pour atteindre 114 977. Les adresses vendeuses progressent de 151,72% et s’établissent à 108 037. Ces compteurs mesurent des adresses de blockchain, pas des personnes identifiées. Une même personne peut en contrôler plusieurs. Un robot peut en animer des dizaines. Le tableau n’en reste pas moins net : la participation apparente s’élargit pendant que le dollar se contracte.

    Les transactions, elles, reculent de 9,08% à 808 432. Plus de portefeuilles, moins d’opérations, volume en baisse. L’activité se dilue. Elle ne disparaît pas. Elle se répartit sur un plus grand nombre de wallets, souvent pour des tickets plus petits, parfois pour des allers-retours opaques, parfois pour de simples tests de marché. Les tableaux seuls ne disent pas si ces adresses appartiennent à de nouveaux venus. Ils disent seulement que le filet s’est élargi pendant que le poisson moyen a maigri.

    Ce que la semaine dit vraiment

    • Volume organique mondial : 37,54 millions de dollars, soit −15,28%.
    • Adresses acheteuses : 114 977, soit +174,04%.
    • Adresses vendeuses : 108 037, soit +151,72%.
    • Transactions : 808 432, soit −9,08%.

    Un marché crypto qui remonte, un marché NFT qui cède

    Le recul des NFT coïncide avec un rebond plus large des cryptoactifs. Bitcoin gravitait autour de 81 311 dollars. Ethereum s’échangeait près de 2 647 dollars. La capitalisation totale approchait 2,79 billions de dollars. Les deux mouvements sont simultanés. Ils ne sont pas démontrés comme liés. Un investisseur peut racheter de l’ether et laisser ses collectibles dormir. Un trader peut prendre des profits sur le spot et se détourner des enchères. La concomitance n’est pas une preuve.

    Cette distinction compte. Trop souvent, on lit le marché des jetons non fongibles comme un simple thermomètre du sentiment crypto. Or les dynamiques divergent. Le spot peut monter sur des flux institutionnels, des produits indiciels, des anticipations macroéconomiques. Les collectibles numériques, eux, dépendent encore d’une demande plus narrative, plus communautaire, plus sensible aux frais, aux modes et aux liquidités de second marché. Quand le volume NFT baisse pendant que le marché général se reprend, le signal n’est pas « tout baisse ». Le signal est « l’appétit pour l’objet tokenisé n’accompagne pas automatiquement la hausse du sous-jacent ».

    Plus d’adresses actives et moins de dollars échangés, ce n’est pas une renaissance. C’est une foule qui circule dans une salle des ventes plus calme.

    Lecture de marché

    Ethereum reste la place forte des ventes organiques

    Ethereum conserve la première place des ventes organiques avec 15,32 millions de dollars. Le repli hebdomadaire n’est que de 2,66%. Les adresses acheteuses y progressent de 63,82% à 13 546. La chaîne historique ne flambe pas. Elle tient. Dans un univers où certaines L2 et certains écosystèmes alternatifs oscillent violemment, cette relative stabilité a un prix : des frais parfois plus élevés, une liquidité plus mature, un historique de collections encore considéré comme une référence de prestige.

    Le wash trading recule aussi sur Ethereum. CryptoSlam y isole 443 802 dollars de volume artificiel, en baisse de 52,41%. En agrégeant cette couche, le total grimpe à 15,76 millions, soit un recul de 5,44%. L’écart entre organique et total reste contenu. C’est un point de salubrité relative. Cela ne signifie pas l’absence de manipulations. Cela signifie que, comparé à d’autres réseaux, la part suspecte pèse moins lourd dans le récit officiel des ventes.

    Pourquoi Ethereum continue-t-il de capter le haut de gamme ? D’abord par l’inertie des collections historiques. Ensuite par l’infrastructure de place de marché, les outils de rareté, les passerelles vers la finance décentralisée, les habitudes des collectionneurs qui veulent encore « le standard ». Enfin par un effet de vitrine : les plus gros tickets de la semaine, on le verra, se sont joués sur cette chaîne, même si leur nature n’a plus grand-chose à voir avec un portrait de singe pixelisé.

    Polygon, second en organique, premier en bruit

    Polygon se classe deuxième en ventes organiques avec 7,09 millions de dollars, en baisse de 4,88%. Les adresses acheteuses y bondissent de 91,47% à 26 588. Sur le papier, le réseau respire. Dans le détail, le wash trading y pèse d’un tout autre poids : 18,07 millions de dollars identifiés comme volume lavé. Le total combiné atteint alors 25,15 millions.

    Ces deux compteurs ne doivent pas être additionnés pour juger la demande réelle. L’organique raconte les échanges qui ressemblent à des achats. Le volume lavé raconte des allers-retours destinés à gonfler l’activité, à faire monter un classement, à simuler une liquidité. Sur Polygon, l’écart est massif. Il invite à lire les classements avec une double lunette : ce que les collectionneurs semblent acheter, et ce que les tableaux de bord enregistrent comme agitation.

    Le cas Courtyard, collection en tête de semaine, se joue précisément sur cette chaîne. Le tokenisé « objet réel » y trouve un débouché. Les cartes, les memorabilia, les stocks physiques mis en jeton circulent avec une intensité transactionnelle élevée. Cela crée du volume vrai. Cela crée aussi un terrain favorable aux répétitions d’adresses, aux flux courts, aux statistiques spectaculaires. Distinguer les deux n’est pas un luxe méthodologique. C’est la condition pour ne pas confondre un marché de collectibles et une machine à faire du chiffre.

    Bitcoin plonge en dollars, pas en curiosité

    Bitcoin termine troisième avec 4,33 millions de dollars de ventes, soit une chute de 53,99%. Le contraste est brutal. Les adresses acheteuses, pourtant, grimpent de 141,29% à 5 441. Davantage de portefeuilles touchent des NFT Bitcoin pendant que la valeur enregistrée s’effondre. On peut y voir l’après-coup d’une semaine précédente plus chaude. On peut y voir aussi un basculement vers des tickets plus modestes, des inscriptions moins chères, des expérimentations BRC-20 qui bougent sans faire de gros chèques.

    Le marché des collectibles sur Bitcoin n’a jamais été un simple clone d’Ethereum. Il porte une culture d’inscription, une rareté liée à l’espace de bloc, une rhétorique de permanence. Quand le dollar recule de plus de moitié en sept jours, deux lectures s’affrontent. Soit la mode retombe après un pic. Soit le marché se « démocratise » par le bas, avec plus d’adresses et moins de baleines. Les deux peuvent coexister. Une seule grosse vente manquante suffit parfois à expliquer une bonne part d’un −54%.

    Une transaction Bitcoin demeure d’ailleurs dans le haut du classement individuel de la semaine : un jeton $X@AI en BRC-20 cédé pour 402 534,35 dollars, soit 5,19 BTC. Le réseau n’est pas sorti du jeu des trophées. Il a simplement perdu, sur sept jours, une densité de gros tickets capable de soutenir le volume agrégé.

    BNB Chain, Base et Solana : la carte des outsiders

    BNB Chain suit avec 2,58 millions de dollars, en baisse de 36,26%. Son nombre d’acheteurs explose de 384,73% à 10 732, la plus forte hausse relative parmi les six premières chaînes. Le schéma se répète : davantage de monde, moins d’argent. Sur un écosystème habitué aux campagnes rapides, aux mint à bas frais et aux rotations de communautés, ce profil n’étonne qu’à moitié. Il décrit une foule qui teste, qui entre, qui sort, sans forcément laisser derrière elle une profondeur de carnet.

    Base est la seule des cinq premières à afficher une hausse organique. Le volume progresse de 4,06% à 2,16 millions. Les adresses acheteuses bondissent de 253,04% à 2 323. En parallèle, le volume lavé atteint 4,8 millions, en hausse de 79,91%. La chaîne « jeune » attire donc à la fois une demande visible et une agitation suspecte. Croissance et bruit avancent ensemble. C’est le dilemme classique des réseaux qui montent dans les classements NFT : le succès attire les imitateurs de volume.

    Solana clôt le top six avec 1,89 million de dollars, en repli de 11,08%. Ses 25 301 adresses acheteuses représentent une hausse de 164,90%. La chaîne reste un théâtre d’activité rapide, de collections communautaires, de rotations courtes. Ici encore, l’écart entre présence des wallets et densité du dollar invite à la prudence. Une scène animée n’est pas forcément une scène riche.

    Six chaînes, près de 89% du gâteau organique

    • Ethereum : 15,32 M$ organiques, −2,66%.
    • Polygon : 7,09 M$ organiques, −4,88%.
    • Bitcoin : 4,33 M$, −53,99%.
    • BNB Chain : 2,58 M$, −36,26%.
    • Base : 2,16 M$, +4,06%.
    • Solana : 1,89 M$, −11,08%.

    Ensemble, ces six réseaux pèsent environ 33,36 millions de dollars de ventes organiques, soit près de 89% du total mondial de la semaine. Le marché NFT n’est pas un archipel égalitaire. C’est une oligarchie de chaînes. Le reste du paysage existe, innove parfois, mais pèse peu dans le dollar agrégé. Cette concentration a une conséquence pratique : un accident de liquidité ou un reflux de mode sur deux ou trois écosystèmes suffit à faire basculer le chiffre global.

    Courtyard en tête, ou la revanche du collectible tangible

    Courtyard, sur Polygon, reste la première collection de la semaine avec 6,3 millions de dollars de ventes, en léger repli de 0,93%. Le marketplace de collectibles tokenisés enregistre 123 504 transactions, en hausse de 21,52%, pour 18 459 adresses acheteuses et 14 921 adresses vendeuses. Le volume tient. Le rythme s’accélère. Le modèle n’est plus celui du tableau de profil qu’on contemple. C’est celui de l’objet qu’on range, qu’on échange, qu’on rapproche d’un inventaire réel.

    Cette persistance raconte un basculement culturel déjà visible depuis des mois : le marché NFT survit mieux là où il s’arrime à une chose que l’on peut nommer hors chaîne. Carte sportive, memorabilia, stock physique mis en jeton. Le récit est moins « art génératif », plus « entrepôt plus registre ». Moins de poésie, davantage de rotation. Pour un hebdomadaire de ventes, c’est souvent ce qui reste debout quand les collections narratives s’essoufflent.

    Argonauts, sur Ethereum, prend la deuxième place avec 2,74 millions, après un recul de 36,91%. Les transactions chutent de 48,15% à 1 204. Les adresses acheteuses et vendeuses tombent à 422 et 490. Ici, le marché se resserre. Moins de monde, moins d’allers-retours, un volume qui dépend davantage de quelques décisions. Ce n’est pas nécessairement un échec. C’est un autre régime : celui des collections plus rares, plus chères, plus sensibles à l’absence d’un ou deux acheteurs.

    Alchemix V3 Transmuter, l’intrus DeFi dans le classement NFT

    Alchemix V3 Transmuter s’invite en troisième position après une envolée de 622,03% à 1,83 million de dollars. Presque tout ce volume naît de huit transactions, pour quatre adresses acheteuses et trois adresses vendeuses. La concentration est extrême. Le jeton semble lié à des positions dans un protocole de finance décentralisée plutôt qu’à une œuvre ou à une image de profil. CryptoSlam classe pourtant ces transferts comme des ventes NFT. Le tableau de bord n’établit pas, à lui seul, le motif économique de chaque mouvement.

    Cette ambiguïté n’est pas un détail de puriste. Elle change le sens du palmarès. Si une part du « marché NFT » de la semaine n’est que le déplacement tokenisé de droits, de parts ou de mécanismes DeFi, alors le volume d’art et de collectibles « classiques » est encore plus faible que le titre ne le suggère. Le mot NFT devient un contenant technique. Il cesse d’être un genre. On vend un wrapper. On enregistre une cession. On la range dans la même colonne qu’une carte Panini.

    Quand quatre adresses font presque tout le volume d’une collection, on ne parle plus de foule. On parle d’un corridor.

    Note de lecture

    Guild of Guardians Heroes, sur Immutable-Zk, génère 986 168 dollars, en hausse de 3,5%. Ses 689 transactions impliquent 390 adresses acheteuses et 399 adresses vendeuses. Le jeu reste un pilier discret mais réel du marché. Moins bruyant que les trophées médiatiques, plus proche d’une utilité interne : héros, progression, économie de titre. Panini America suit avec 893 356 dollars, en hausse de 19,27%, 13 469 transactions, mais des adresses acheteuses en baisse de 24,18% à 762. Le sport tokenisé tient. Il tourne même davantage, avec moins de portefeuilles distincts. Intensité plutôt qu’élargissement.

    Les $ATMC BRC-20 sur Bitcoin totalisent 716 730 dollars, en baisse de 20,32%. CryptoPunks glisse en septième position avec 706 667 dollars après un recul de 37,39%, pour neuf transactions, huit acheteurs, neuf vendeurs. Le totem historique n’a pas disparu. Il s’est simplement rarefié dans le flux hebdomadaire. Neuf échanges suffisent encore à faire une ligne de classement. C’est tout le paradoxe des blue chips : peu de tickets, beaucoup de symboles.

    Les cinq plus grosses ventes, et le règne d’Alchemix

    Quatre des cinq plus grandes transactions individuelles de la période appartiennent à des jetons Alchemix V3 Transmuter. Le numéro 219 mène avec 770 985,44 dollars, payés 297,4017 WETH environ quinze heures avant l’instantané. Le numéro 214 suit à 715 216 dollars, réglés 284,8951 WETH cinq jours plus tôt. Les deux têtes de liste ont été cédées et reçues par les mêmes adresses respectives. Autrement dit, on n’assiste pas à une dispersion large d’acquéreurs. On assiste à des corridors répétés.

    La troisième place individuelle revient à Bitcoin : le jeton $X@AI BRC-20 vendu 402 534,35 dollars. Puis reviennent les Transmuter : le 216 à 196 748,70 dollars (79,98 WETH), le 208 à 126 695,23 dollars (49,8681 WETH). À elles quatre, les transactions Alchemix approchent 1,81 million de dollars et expliquent presque tout le volume hebdomadaire de la collection. Le palmarès des « plus belles ventes NFT » de la semaine est donc, pour l’essentiel, un palmarès de déplacements DeFi encapsulés.

    Les cinq tickets qui pèsent le plus

    • Alchemix V3 Transmuter #219 : 770 985,44 $.
    • Alchemix V3 Transmuter #214 : 715 216 $.
    • $X@AI BRC-20 : 402 534,35 $.
    • Alchemix V3 Transmuter #216 : 196 748,70 $.
    • Alchemix V3 Transmuter #208 : 126 695,23 $.

    Ce que le wash trading révèle, et ce qu’il cache

    Le volume lavé n’est pas un ornement méthodologique. C’est un révélateur de gouvernance de marché. Sur Ethereum, il recule et reste minoritaire. Sur Polygon et Base, il pèse lourd, parfois plus lourd que l’organique. Un lecteur pressé additionne tout et conclut à une renaissance. Un lecteur attentif sépare les flux et conclut à une scène inégalement saine.

    Pourquoi cette pratique survit-elle ? Parce que les classements créent de l’attention. Parce que l’attention crée des mint. Parce que certains outils rendent encore trop facile de se vendre à soi-même, via des adresses sœurs, pour fabriquer une courbe. Les dashboards s’améliorent. Ils n’éliminent pas l’incitation. Tant que « être premier du jour » a une valeur marketing, quelqu’un paiera le gaz pour en acheter l’illusion.

    La bonne nouvelle de la semaine, si l’on cherche une lecture constructive, n’est donc pas le total brut. C’est le recul du volume suspect sur la chaîne leader, combiné à la tenue de collections adossées à des objets. La mauvaise nouvelle, c’est que le haut du classement individuel dépend d’un microcosme DeFi, et que plusieurs réseaux compensent encore leur récit de croissance par une couche artificielle.

    Adresses contre personnes : le piège du dénombrement

    114 977 adresses acheteuses, cela impressionne. Cela ne mesure pas 114 977 collectionneurs. Un utilisateur peut fragmenter son activité. Un market maker peut faire tourner des grappes de wallets. Un jeu peut attribuer des inventaires à des comptes techniques. Le doublement des adresses, dans ce contexte, peut signifier un élargissement réel. Il peut aussi signifier une industrialisation des flux.

    Le recul des transactions pendant la hausse des adresses ajoute une autre couche. Si davantage de wallets interviennent pour moins d’opérations globales, chaque adresse, en moyenne, fait moins. On n’est pas dans un marché qui s’emballe par la fréquence. On est dans un marché qui s’éparpille. L’éparpillement peut précéder une consolidation saine. Il peut aussi précéder une lassitude : beaucoup regardent, peu s’engagent vraiment.

    Pour l’observateur, la discipline consiste à croiser trois familles de signaux : le dollar organique, le nombre d’adresses, la distribution des tickets. Un marché robuste combine volume réel, diversité des contreparties et une pyramide de prix qui n’est pas entièrement portée par cinq transactions. La semaine écoulée échoue en partie à ce test. Elle réussit toutefois à montrer qu’un socle de rotation existe encore, notamment du côté des collectibles tokenisés et de quelques écosystèmes de jeu.

    Pourquoi le recul n’est pas une nécrologie

    Annoncer la mort des NFT à chaque semaine rouge est devenu un genre journalistique à part entière. Le genre se trompe souvent de cible. Le marché de 2021, celui des avatars vendus comme des sésames sociaux, s’est bel et bien contracté. Le marché de 2026, celui que décrivent ces chiffres, est autre chose : un mélange de RWA collectibles, de wrappers DeFi, d’actifs de jeu, de reliques blue chip et d’inscriptions Bitcoin. Le mot unique « NFT » recouvre désormais trop de métiers pour mourir d’un seul coup.

    La baisse de 15% sur sept jours est réelle. Elle n’efface pas Courtyard. Elle n’efface pas Panini. Elle n’efface pas la capacité d’Ethereum à rester la place des gros règlements en WETH. Elle rappelle surtout que le segment reste cyclique, concentré, et très sensible à deux ou trois collections. Un marché aussi étroit en tête de classement ne peut pas produire des courbes lisses. Il produit des dents de scie.

    Le rebond parallèle du marché crypto global ajoute une leçon de méthode. On ne peut plus lire les collectibles comme un simple beta élevé de Bitcoin. Parfois ils suivent. Parfois ils divergent. Cette semaine, ils divergent à la baisse. Cela peut traduire un arbitrage : l’argent préfère le liquidable, l’ETF, le spot, plutôt que l’objet illiquide. Cela peut aussi n’être qu’un trou d’air après une semaine plus généreuse, déjà documentée par un précédent rebond à 46,8 millions.

    Lire la semaine dans la continuité des précédentes

    Les publications récentes du même observatoire montrent une volatilité d’amplitude forte. Une semaine plus tôt, les ventes remontaient de 6,8% à 46,8 millions, portées notamment par des échanges Bitcoin. Deux semaines plus tôt, elles bondissaient de 55,6% à 75,5 millions, avec BNB Chain en tête. Passer de 75,5 à 46,8 puis à 37,5 millions n’est pas une tendance douce. C’est une décompression. Le marché NFT hebdomadaire se comporte comme un petit étang : une pierre suffit à faire une vague, l’absence de pierre suffit à faire croire au calme plat.

    Dans cette séquence, Ethereum reprend un rôle de stabilisateur relatif. Il ne « gagne » pas au sens d’une expansion spectaculaire. Il perd moins. Sur un marché qui respire par à-coups, perdre moins devient une forme de leadership. Polygon, grâce à Courtyard, fournit le volume de rotation. Bitcoin fournit le souvenir d’un pic et le vertige de la chute. BNB Chain fournit l’illusion démographique des adresses. Base fournit le seul signe organique positif du peloton de tête. Solana fournit le rappel qu’une communauté active ne garantit pas un dollar dense.

    Ce que les collectionneurs peuvent retenir concrètement

    Pour un acheteur, la leçon n’est pas « tout vendre » ni « tout racheter ». Elle est plus sèche. D’abord, séparer les collections dont le volume vient de milliers de petites transactions de celles dont le volume vient de huit transferts. Ensuite, regarder la chaîne autant que l’image : un même mot NFT n’a pas la même microstructure sur Ethereum, Polygon ou Bitcoin. Enfin, se méfier des classements qui mélangent organique et lavé, art et DeFi, jeu et memorabilia.

    Pour un créateur, la semaine confirme qu’un récit seul ne porte plus le second marché. L’utilité, l’objet, le jeu, le stock physique, le mécanisme financier : voilà ce qui apparaît encore dans le haut des tableaux. L’avatar sans monde autour de lui a de plus en plus de mal à justifier un flux hebdomadaire. Cela ne nie pas la valeur culturelle de certaines œuvres. Cela décrit simplement où l’argent a choisi de passer ces sept jours.

    Pour un analyste, le vrai sujet n’est pas le −15%. Le vrai sujet est la dissociation entre participation apparente et intensité monétaire. Tant que cette dissociation dure, les titres « le marché NFT revient » ou « le marché NFT s’effondre » seront également trop gros. Il revient par endroits. Il s’effondre par d’autres. Il se déguise parfois en DeFi. Il se réfugie souvent dans le collectible tangible.

    • Regarder l’organique avant le brut.
    • Compter les contreparties, pas seulement les dollars.
    • Identifier si le jeton est une œuvre, un objet, un héros de jeu ou un wrapper financier.
    • Comparer la semaine à la précédente plutôt qu’à 2021.

    La liquidité, ce personnage invisible de tous les classements

    Derrière chaque ligne de volume se tient une question de liquidité. Combien de temps pour revendre ? À quel écart ? Avec combien d’acheteurs potentiels ? Une vente à 770 000 dollars n’informe pas sur la profondeur du carnet. Elle informe sur l’existence d’au moins une contrepartie, à un instant t, pour un identifiant précis. Les blue chips historiques, Punks en tête, vivent encore de cette rareté de tickets. Les collections de rotation, Courtyard en tête, vivent d’une tout autre physique : beaucoup d’échanges, tickets plus modestes, inventaire plus proche d’un commerce.

    Le marché NFT a longtemps vendu le rêve d’une liquidité instantanée pour des objets uniques. La semaine rappelle les limites du rêve. L’unique se vend peu souvent. Le fongible déguisé en unique, ou l’objet sériel tokenisé, se vend davantage. Entre les deux, le wrapper DeFi crée des à-coups violents parce qu’il n’obéit pas à la psychologie du collectionneur. Il obéit à celle du protocole, du rendement, de la migration de position.

    Dès lors, agréger ces physionomies dans un seul « marché NFT » produit des moyennes trompeuses. On additionne une salle des ventes de cartes, une table de grimoires DeFi, une galerie de reliques et une arcade. Puis on s’étonne que la moyenne bouge. Elle ne peut que bouger.

    Ethereum, standard et refuge relatif

    Le leadership d’Ethereum n’a plus le romantisme des premières années. Il a la banalité des infrastructures qui restent. Les outils y sont plus anciens, les places plus connues, les passerelles plus nombreuses, les habitudes plus ancrées. Quand le marché hésite, une partie du capital revient vers ce qui a déjà survécu à plusieurs hivers. Ce n’est pas une déclaration d’amour. C’est une gestion du risque de standard.

    Le recul limité à 2,66% des ventes organiques, alors que Bitcoin lâche plus de la moitié et que BNB Chain en lâche plus du tiers, dessine ce rôle. Ethereum n’est pas la fête. Ethereum est la salle qui reste ouverte. Base, plus jeune, montre qu’une croissance organique reste possible. Polygon montre qu’un vertical concret, les collectibles, peut ancrer un réseau. Mais le centre de gravité des gros WETH, cette semaine encore, n’a pas déménagé.

    Ce que la semaine ne dit pas

    Les tableaux ne disent pas qui se cache derrière les adresses. Ils ne disent pas si les Transmuter correspondent à des réallocations saines, à des sorties contraintes, à des restructurations internes. Ils ne disent pas si les nouveaux wallets Bitcoin reviendront la semaine suivante. Ils ne disent pas si Courtyard tient par une demande finale ou par une mécanique de place. Ils ne disent pas davantage si le rebond du spot finira par ruisseler vers les collectibles, avec le décalage habituel, ou s’il les asséchera encore en captant toute l’attention.

    Cette ignorance n’invalide pas le chiffre. Elle encadre son usage. Un hebdomadaire de ventes est une photographie. Ce n’est pas une radiographie. On y voit les surfaces brillantes : volumes, classements, tickets records. On n’y voit pas les intentions. Traiter la photographie comme une confession collective, c’est déjà trop interpréter.

    Une scène plus adulte, pas forcément plus joyeuse

    Le marché qui apparaît ici est plus adulte que celui des premiers cycles au sens où il mélange des métiers. Il est moins naïf. Il est aussi moins festif. On y trouve moins de promesses universelles, davantage de niches. Le sport. Le jeu. L’objet. Le protocole. La relique. Chacune de ces niches a sa propre saisonnalité, sa propre clientèle, sa propre définition de la rareté. Les additionner produit un chiffre unique commode pour un titre. Cela ne produit pas une communauté unique.

    C’est peut-être la mutation la plus durable. Le grand récit unifié du NFT comme nouvelle classe d’actifs culturelles a éclaté. À la place, on observe des micro-marchés qui empruntent encore le même standard technique. La baisse de 15% est le bruit de cet éclatement autant que celui d’une faiblesse conjoncturelle. Certains micro-marchés tiennent. D’autres se contractent. Un wrapper DeFi s’invite dans la photo de famille et en déforme le portrait.

    Au bout du compte

    Les ventes mondiales de jetons non fongibles ont reculé à 37,54 millions de dollars. Ethereum reste devant, presque inchangé à l’échelle de la semaine. Bitcoin décroche en valeur tout en gagnant des adresses. Polygon porte Courtyard et un volume lavé massif. Base est le seul grand réseau du peloton à gagner en organique. Alchemix capte le haut des enchères individuelles sans ressembler à une galerie. Le nombre d’adresses explose. Le nombre de transactions recule. Le marché ne s’éteint pas. Il se disperse, se spécialise, et se laisse encore trop souvent résumer par un seul pourcentage.

    Le pourcentage, pourtant, a une utilité. Il force à regarder la photo. À condition de zoomer ensuite : chaîne par chaîne, collection par collection, ticket par ticket. C’est à cette échelle seulement que la semaine devient lisible. Une salle plus pleine de portefeuilles. Une caisse moins pleine de dollars. Un leader historique qui tient. Un intrus financier qui écrase le palmarès. Et, quelque part entre les deux, des cartes, des héros de jeu et quelques reliques qui rappellent que le mot collectible n’a pas dit son dernier mot.

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    Steven Soarez
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