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    Kalshi Cherche L’Accord Cftc Pour Un Futur Perpétuel Wti

    Steven SoarezDe Steven Soarez03/09/2026Aucun commentaire20 Mins de Lecture
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    Et si le prochain grand produit dérivé américain n’avait plus de mois d’échéance ? C’est précisément la question que pose Kalshi, cette place de marché déjà connue pour ses contrats d’événements et, plus récemment, pour un perpétuel Bitcoin approuvé par la CFTC. Selon une information relayée le 2 septembre 2026, la société s’apprêterait à demander dès la semaine suivante l’autorisation d’un contrat à terme sans date d’expiration, indexé sur le brut West Texas Intermediate. Le dépôt n’était toujours pas visible dans la base publique des produits le 3 septembre. Cette absence de dossier officiel n’empêche pas le sujet de circuler. Elle oblige surtout à distinguer ce qui est confirmé, ce qui reste une intention, et ce que le marché de l’énergie devra examiner de très près.

    Un projet de pétrole sans date d’échéance

    Le cœur de l’annonce est simple à formuler et plus délicat à mettre en œuvre. Kalshi viserait un contrat lié au WTI, sans échéance fixe, négociable en continu du lundi au vendredi. Pas sept jours sur sept. Pas un clone exact des perpétuels crypto ouverts nuit et jour, week-end compris. Une fenêtre de cinq jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à mi-chemin entre les horaires historiques des matières premières et l’obsession contemporaine du marché toujours ouvert.

    Si la Commission de trading des contrats à terme sur matières premières donne son feu vert, le produit deviendrait le premier contrat pétrolier perpétuel coté sur une plateforme américaine régulée. Cette phrase a un poids particulier. Elle ne dit pas que le pétrole perpétuel n’existe nulle part. Elle dit qu’il n’existe pas encore, sous cette forme, dans le cadre juridique des États-Unis. L’information initiale provenait d’une source non identifiée proche des intentions de Kalshi. Tant que le texte du contrat n’est pas publié, les spécifications restent des hypothèses de travail.

    Ce que l’on sait déjà, et ce qui manque encore

    • Kalshi préparerait un dépôt auprès de la CFTC dès la semaine suivant le 2 septembre 2026.
    • Le contrat n’aurait pas de date d’expiration et viserait le brut WTI.
    • La séance envisagée irait du lundi au vendredi, en continu.
    • Aucun dossier WTI n’apparaissait dans la base publique le 3 septembre.
    • Marge, limites de position, formule de financement et date de lancement restent inconnues.

    Pourquoi l’absence de dépôt public change la lecture

    Dans la régulation américaine des dérivés, le calendrier médiatique et le calendrier administratif ne coïncident presque jamais. Un projet peut être mûr côté interne, discuté avec des conseils, même évoqué auprès de relais de marché, sans qu’une fiche produit soit encore consultable. Le 3 septembre, cette fiche n’existait pas. Il faut donc lire l’épisode comme une intention avancée, pas comme une autorisation en cours d’instruction visible de tous.

    Cette nuance n’est pas un détail de juriste. Elle protège contre deux excès opposés. Le premier consisterait à traiter le contrat comme déjà lancé. Le second consisterait à balayer l’information sous prétexte qu’elle n’est pas encore gravée dans un formulaire. Entre les deux, il reste un espace utile : observer la logique industrielle de Kalshi, le précédent Bitcoin, le conflit d’interprétation avec le CME, et la nature même du marché WTI.

    Le pétrole n’est pas un actif numérique que l’on peut clôturer d’un clic de protocole. Il a des stocks, des oléoducs, un point de livraison mythique à Cushing, en Oklahoma, des coûts de stockage, des tensions géopolitiques et une habitude ancienne de se coter par mois. Enlever le mois, c’est enlever le calendrier auquel les hedgers se réfèrent depuis des décennies. C’est aussi promettre une exposition continue. La CFTC devra juger si cette promesse tient sans ouvrir la porte à la manipulation ou à une découverte de prix trop fragile.

    Ce qu’un contrat classique oblige encore à faire

    Un future WTI ordinaire vit avec une date. Quand le mois approche, le trader qui veut rester exposé doit rouler sa position. Il clôture ou laisse arriver à terme le contrat qui meurt, puis en ouvre un autre, plus lointain. Cette gymnastique a un coût. Elle crée aussi une cartographie du marché : le prix de janvier n’est pas celui de juin, et l’écart raconte quelque chose sur le stockage, la demande immédiate, le risque d’approvisionnement.

    Kalshi proposerait d’effacer cette récurrence. En théorie, une position pourrait rester ouverte aussi longtemps que le collatéral tient et que les règles du contrat sont respectées. Plus de rendez-vous mensuel obligatoire. Plus de bascule mécanique d’une échéance à l’autre. Pour un particulier habitué aux perpétuels crypto, l’idée paraît naturelle. Pour un raffineur ou un producteur, elle est presque contre-intuitive. Le mois n’est pas seulement une contrainte. C’est un langage.

    Retirer la date d’échéance, ce n’est pas seulement simplifier le calendrier. C’est demander à un marché physique de parler le dialecte d’un produit conçu pour ne jamais s’arrêter.

    Lecture de marché

    Le contrat CME de référence représente 1 000 barils et prévoit une livraison physique à Cushing. Plus d’un million de contrats à terme et d’options WTI changent de mains chaque jour sur cette franchise. Ce volume n’est pas un décor. C’est le standard contre lequel tout nouveau produit sera comparé, même s’il est plus petit, cash settled, ou destiné à une clientèle différente.

    Le précédent Bitcoin, utile mais non transposable tel quel

    Kalshi n’arrive pas les mains vides. La CFTC a approuvé son contrat perpétuel Bitcoin le 29 mai, au titre du règlement 40.3. La cotation a commencé en juin 2026. Ce produit a donné aux intervenants américains une exposition continue, sans échéance fixe, dans un cadre domestique. Il a surtout tranché, au moins pour cet actif, une question de qualification : un contrat sans date de fin peut être traité comme un future au sens de la loi sur les matières premières.

    Ce précédent est précieux. Il n’est pas un sésame universel. Autoriser un perpétuel sur Bitcoin n’autorise pas, par ricochet, un perpétuel sur le brut. Chaque contrat reste examiné pour lui-même. La Commission peut regarder le risque de manipulation, la qualité de la référence de prix, les limites de position, les règles de marge, le comportement du produit quand la liquidité se retire. Le pétrole, parce qu’il est à la fois financier et physique, durcit tous ces tests.

    Michael Selig, président de la CFTC, a ensuite défendu la lecture retenue par l’agence. Selon lui, le droit américain n’impose pas qu’un contrat à terme possède nécessairement une date d’expiration prédéterminée. Il a aussi écarté l’idée selon laquelle un perpétuel régulé reproduirait automatiquement les leviers extrêmes de certaines plateformes offshore. Autrement dit : la forme peut s’inspirer du crypto, le régime de risque reste américain.

    Ce que le dossier Bitcoin a réellement ouvert

    • La CFTC peut qualifier un produit sans échéance de contrat à terme.
    • Le levier et les contrôles de risque restent ceux du cadre domestique.
    • Chaque nouvel actif doit repasser par un examen propre.
    • Le règlement 40.3 a déjà servi de voie formelle, plutôt qu’une simple auto-certification immédiate.

    Cinq jours ouverts, deux jours fermés : un compromis chargé

    Le calendrier annoncé n’est pas anodin. Vingt-quatre heures du lundi au vendredi, puis une pause pendant une partie du week-end. Les défenseurs d’horaires plus longs rappellent que le pétrole réagit à des missiles, des grèves, des réunions de producteurs, des sanctions, des accidents d’oléoduc. Ces chocs n’attendent pas l’ouverture de New York. Pouvoir traiter dès que l’information tombe a un argument simple : mieux vaut un prix imparfait qu’une file d’attente jusqu’au lundi matin.

    Les critiques répondent par la microstructure. La nuit et le week-end, les teneurs de marché se raréfient. Les fourchettes s’écartent. Un ordre un peu trop gros laisse une cicatrice. Dans l’énergie, ce n’est pas seulement un désagrément de trader. Des acteurs commerciaux se couvrent contre une production réelle ou une consommation réelle. Un prix formé dans un carnet mince peut ensuite contaminer des décisions de couverture, des appels de marge, des récits de marché.

    Kalshi devrait donc expliquer, dans le dépôt, comment la plateforme gère les plages où le marché physique et les futures traditionnels sont moins actifs. Qui reste en face ? Quelles protections contre les sauts de prix ? Comment liquider sans transformer une variation brutale en liquidation en chaîne ? Ces questions paraissent techniques. Elles décideront si le produit est un outil ou un gadget.

    Contango, backwardation : le pétrole n’oublie pas le calendrier

    Même sans mois d’échéance, le pétrole continue de vivre dans le temps. Le contango décrit une courbe où les contrats lointains valent plus cher que le proche. Le backwardation inverse la pente : l’immédiat se paie plus cher que le futur. Ces formes ne sont pas des curiosités de tableau. Elles reflètent le coût de stockage, l’urgence d’obtenir du baril maintenant, la crainte d’une pénurie ou, au contraire, l’abondance qui s’accumule dans les cuves.

    Un perpétuel n’a qu’un seul prix affiché. Il doit pourtant dialoguer avec toute une courbe. Si le mécanisme d’ajustement est mal conçu, le contrat peut dériver, coller à un mauvais proxy, ou offrir une exposition qui ne ressemble plus au WTI que les professionnels ont en tête. Sur les places crypto offshore, l’alignement passe souvent par des paiements de financement périodiques entre positions longues et positions courtes. Kalshi n’a pas dit publiquement quelle formule elle retiendrait pour le pétrole.

    Cette formule sera le véritable mode d’emploi du produit. Elle dira si le perpétuel suit un indice spot, un panier de futures, une moyenne, une référence maison. Elle dira aussi à quelle fréquence l’écart se corrige, qui paie qui, et ce qui se passe quand la courbe s’inverse violemment. Sans ces réponses, comparer le contrat à un future CME d’un mois donné n’a presque aucun sens.

    Le financement n’est pas un accessoire. C’est la manière dont un contrat sans mois prétend encore parler le langage d’un marché qui, lui, compte les semaines.

    Point de vigilance

    Livraison physique ou règlement en cash ?

    Le future de référence du CME reste attaché à la matière. Mille barils, Cushing, chaîne logistique. Un perpétuel Kalshi pourrait fort bien s’éloigner de cette architecture et privilégier un règlement en cash. Ce serait cohérent avec la culture des plateformes d’événements et avec le précédent Bitcoin. Ce serait aussi une manière d’éviter d’entrer dans le métier du baril physique, avec ses cuves, ses pipelines et ses goulets d’étranglement.

    Le cash settlement n’est pas une solution magique. Il déplace la difficulté vers la qualité de l’indice. Qui calcule le prix de référence ? À quelle heure ? Avec quelles sources ? Que se passe-t-il si le marché sous-jacent disjoncte ? Un contrat qui se règle en dollars d’après un prix mal observé n’est plus un outil de couverture. C’est une loterie habillée en dérivé.

    Tant que le dossier n’est pas public, il est honnête de s’arrêter là. On peut anticiper une préférence pour le cash. On ne peut pas l’affirmer. On peut anticiper une taille plus accessible que le contrat de 1 000 barils. On ne peut pas inventer le nominal. La discipline de lecture consiste à nommer les inconnues au lieu de les remplir par habitude.

    Le conflit avec le CME n’est plus seulement théorique

    Kalshi avance pendant que le CME conteste la décision de traiter les perpétuels comme des futures plutôt que comme des swaps. Terry Duffy, directeur général du groupe, a soutenu que l’absence de date d’échéance devrait faire basculer ces produits dans le régime des swaps issu de la loi Dodd-Frank. Le CME a évoqué une action en justice autour de l’approbation des perpétuels crypto. Le désaccord porte sur la nature juridique du contrat, pas seulement sur une part de marché.

    Dès que l’actif sous-jacent devient le WTI, la friction change d’intensité. Le CME n’est plus seulement un commentateur du droit des dérivés. Il opère le marché américain dominant du brut de référence et détient des arrangements liés aux indices énergétiques. Un perpétuel Kalshi n’affronterait plus seulement des plateformes offshore. Il entrerait, même de loin, dans le jardin d’une franchise établie.

    Cela ne préjuge ni du succès commercial, ni du refus régulateur. La taille du contrat, le public visé, le mode de règlement et la liquidité réelle décideront s’il s’agit d’une concurrence frontale ou d’une offre parallèle, plus retail, plus continue en semaine, moins ancrée dans la livraison. Le CME prépare d’ailleurs de son côté des futures WTI plus petits, avec une ambition de négociation continue sur la semaine, sous réserve d’examen. Deux philosophies du « toujours ouvert » se regardent donc déjà.

    Les couches du désaccord

    • Qualification juridique : future ou swap.
    • Lecture de la loi Dodd-Frank et du Commodity Exchange Act.
    • Contrôle du levier et protection des participants.
    • Compétition commerciale sur le brut américain de référence.
    • Courses parallèles vers des horaires plus longs et des tailles plus petites.

    Ce que la CFTC devra peser, contrat par contrat

    L’agence n’a pas à trancher une guerre de communiqués. Elle a à examiner un produit. Empêche-t-il la manipulation ? Offre-t-il une découverte de prix crédible ? Respecte-t-il les limites destinées à protéger les participants ? Ces questions reviennent dans chaque dossier. Elles deviennent plus aiguës quand l’énergie mondiale peut bouger de plusieurs dollars en quelques minutes sur une dépêche.

    Le chemin procédural compte aussi. Pour le Bitcoin, Kalshi a choisi une approbation formelle au titre du 40.3, plutôt qu’une auto-certification immédiate. Si la société reprend la même voie pour le WTI, le régulateur pourra approuver, refuser ou allonger l’instruction en demandant des précisions. Rien n’est acquis. Le reportage initial ne donnait d’ailleurs pas de calendrier de décision, seulement une fenêtre de dépôt possible.

    Cette prudence institutionnelle contraste avec la vitesse du récit crypto. Sur les réseaux, un perpétuel pétrole « dès la semaine prochaine » sonne comme un lancement. Dans le droit des marchés, la semaine prochaine peut n’être que l’envoi d’un dossier. Entre les deux, il y a des questions de conception que personne ne devrait escamoter.

    Ce que le dépôt public devra absolument contenir

    Le prochain jalon vérifiable n’est pas un cours de clôture. C’est un texte. Un dépôt sérieux devra décrire le sous-jacent, la référence de prix, le règlement, les limites de position, les garde-fous contre la manipulation, les horaires, le traitement des périodes peu liquides, les règles de marge et de liquidation. Sans cela, le marché discute d’une silhouette.

    Il faudra aussi lire la manière dont Kalshi raccorde le contrat aux structures de courbe. Un perpétuel qui ignore le contango n’est pas « plus moderne ». Il est simplement aveugle. Un perpétuel qui sur-corrige à chaque intervalle de financement peut, à l’inverse, taxer le porteur de long terme au point de rendre l’exposition continue illusoire. L’équilibre se joue dans la formule, pas dans le slogan.

    • Référence de prix : spot, future proche, panier, indice propriétaire.
    • Mécanisme d’ancrage : financement, ajustement périodique, autre méthode.
    • Règlement : cash ou dispositif alternatif, clairement décrit.
    • Risque : marge, liquidation, limites, surveillance des abus.
    • Horaires : cinq jours continus, règles du week-end, gestion des gaps.

    Une convergence crypto-énergie qui n’est pas un simple copier-coller

    Depuis plusieurs années, les codes du trading crypto migrent vers des actifs plus anciens. Le perpétuel en est le symbole le plus visible. Pas d’échéance, financement entre camps opposés, tentation du levier, culture du carnet ouvert presque sans interruption. Kalshi a déjà fait entrer une partie de cette grammaire dans le périmètre CFTC avec le Bitcoin. Le WTI serait une étape d’une autre nature : faire parler le baril comme on fait parler un token.

    Cette migration a des vertus. Elle peut démocratiser l’accès, réduire la contrainte du roll, offrir un outil unique au lieu d’une échelle de mois. Elle a aussi des angles morts. Le pétrole n’est pas qu’un ticker. Il finance des États, déplace des flottes, entre dans l’inflation, réagit à des guerres. Un produit trop calqué sur les usages retail crypto pourrait mal servir les couvertures commerciales, ou au contraire les attirer si la conception est robuste. On n’en saura rien avant les spécifications.

    Il faut aussi résister à un récit paresseux : celui d’une victoire automatique de la « finance 24 heures » sur la « finance à horaires de bureau ». Le compromis de Kalshi, cinq jours et non sept, montre que même les acteurs les plus à l’aise avec le continu reconnaissent une frontière. Le week-end du pétrole n’est pas seulement une habitude syndicale. C’est parfois le moment où la liquidité responsable se retire.

    Ce que cela change pour un trader particulier

    Pour un particulier déjà familier des perpétuels Bitcoin, l’attrait est immédiat. Une seule ligne. Pas de roll à dates fixes. Une séance qui couvre la nuit américaine en semaine. La possibilité, si le levier réglementé reste mesuré, de suivre un choc géopolitique sans attendre l’ouverture du contrat mensuel habituel. L’attrait psychologique est réel. Il ne dit rien encore du coût de portage.

    Car le perpétuel a toujours un prix caché : celui de rester exposé. Si le financement pénalise durablement un côté du marché, détenir la position « pour toujours » devient une fiction coûteuse. Si les écarts s’élargissent la nuit, le stop saute pour de mauvaises raisons. Si la référence diverge du WTI que l’on voit ailleurs, le compte se décorrèle du récit que l’on croyait suivre. L’absence d’échéance n’abolit pas le risque. Elle le déplace dans le temps.

    Le particulier devra aussi comprendre qu’un produit régulé n’est pas un produit sans friction. Marge, liquidation, limites, horaires de maintenance, éventuels plafonds de position : tout cela restera américain, donc plus encadré que sur certaines plateformes étrangères. C’est précisément l’argument de la CFTC. C’est aussi une raison de lire le prospectus plutôt que le titre d’une dépêche.

    Ce que cela change pour un acteur commercial

    Le producteur, le raffineur, le transporteur, le consommateur intensif d’énergie n’achètent pas un récit de modernité. Ils achètent une corrélation avec leur risque réel. Si le perpétuel s’écarte trop de la courbe des mois, il devient un pari, pas une couverture. S’il est trop petit, trop retail, trop sensible aux flux d’un public spéculatif, il peut même ajouter du bruit autour des prix de référence.

    À l’inverse, un contrat bien calé, cash settled sur un indice robuste, négociable quand un événement éclate en pleine nuit de semaine, pourrait servir d’appoint. Pas forcément remplacer le contrat de 1 000 barils. Compléter. Offrir une soupape. Les marchés d’énergie ont déjà connu des produits « mini », des options, des swaps. Ils savent empiler les instruments. Ils savent aussi ignorer ceux qui ne servent personne.

    Le test commercial viendra tard. Après l’éventuelle approbation, après les premiers jours de cotation, après le premier vrai choc de prix. Un contrat se juge moins à son communiqué de lancement qu’à sa capacité à rester négociable quand tout le monde veut la même porte en même temps.

    Pourquoi le silence de la base CFTC n’est pas un démenti

    Au matin du 3 septembre, l’absence de fiche produit a été notée avec raison. Elle ne prouve pas que le projet n’existe pas. Elle prouve qu’il n’était pas encore opposable au public. Les entreprises parlent parfois à la presse avant de parler au registre. Les régulateurs, eux, ne statuent que sur des dossiers. Tant que le second n’a pas rejoint le premier, le bon réflexe est la phrase conditionnelle.

    Kalshi préparerait. Kalshi viserait. Le contrat deviendrait le premier du genre s’il était approuvé. Ces conditionnels ne sont pas de la timidité de plume. Ils sont la seule grammaire honnête d’une information de source proche, non encore documentée par un dépôt. Le journalisme de marché gagne à garder cette discipline, surtout quand le sujet mélange pétrole, crypto et droit des swaps.

    Entre l’intention d’une place de marché et l’autorisation d’une commission, il y a tout l’espace où les rumeurs prennent l’habitude de se faire passer pour des produits.

    Mise en garde

    Les questions que le marché devrait poser tout de suite

    Plutôt que de débattre abstraitement de la « tokenisation du pétrole », mieux vaut une liste concrète. Quel indice ? Quelle taille ? Quel levier maximal réellement praticable une fois la marge appliquée ? Que se passe-t-il un vendredi soir si un incident ferme un champ majeur ? Comment le contrat se comporte-t-il si le WTI physique et le WTI papier divergent ? Qui surveille les positions concentrées ?

    Ces questions ne sont pas hostiles au projet. Elles sont la condition d’un débat adulte. Kalshi a démontré, avec le Bitcoin, qu’elle savait mener un dossier jusqu’à une approbation. Le pétrole demandera une pédagogie supplémentaire, parce que le public concerné n’est plus seulement celui des dérivés numériques. Il inclut des lecteurs de rapports de stocks, des desks matières premières, des juristes du CME, des responsables de conformité.

    On peut déjà tracer une boussole. Si le dépôt reprend trop fidèlement la mécanique crypto sans expliquer la courbe pétrolière, le scepticisme sera justifié. Si le dépôt montre au contraire une ingénierie attentive au WTI, aux heures creuses et aux risques de manipulation, le produit méritera d’être jugé sur pièces, pas sur le conflit d’ego entre places de marché.

    Une actualité qui révèle une bataille plus large

    Derrière un possible contrat WTI, c’est la définition même du future américain qui est en discussion. Faut-il une date pour mériter ce nom ? Le swap est-il le bon tiroir dès qu’un produit refuse de mourir à la fin du mois ? Les places historiques doivent-elles conserver le monopole implicite des références énergétiques ? Les nouvelles venues, nées de la prédiction et du crypto, ont-elles vocation à importer leurs formats dans le pétrole ?

    Aucune de ces questions ne se règle dans un fil d’actualité. Elles se règlent dans des mémoires juridiques, des spécifications de contrat, des avis d’agence, parfois des prétoires. Le public, lui, voit d’abord un titre : Kalshi voudrait du pétrole perpétuel. Le titre n’est pas faux. Il est incomplet. L’essentiel commencera au moment où le texte sortira de l’ombre.

    En attendant, la seule posture raisonnable consiste à suivre le registre CFTC, à relire le précédent Bitcoin sans le sacraliser, à prendre au sérieux l’objection du CME sans la transformer en verdict, et à se souvenir que le WTI n’est pas un ticker de plus. C’est une infrastructure de prix mondial. Quiconque veut lui greffer une vie sans échéance doit prouver que le greffon ne dérègle pas l’organisme.

    Ce qu’il faut retenir sans forcer la conclusion

    Kalshi s’apprêterait à demander à la CFTC l’autorisation d’un contrat perpétuel sur le brut WTI, négociable en continu du lundi au vendredi. Si le produit était approuvé, il serait le premier de ce type sur une place américaine régulée. Le 3 septembre 2026, aucun dépôt correspondant n’était encore public. Les détails de conception manquent donc. Le précédent Bitcoin montre que la voie juridique n’est pas fermée. Le contentieux avec le CME montre qu’elle n’est pas non plus pacifiée.

    Entre ces deux pôles, le marché de l’énergie continuera d’exiger des preuves : un ancrage de prix lisible, une gestion honnête des heures creuses, une marge qui ne transforme pas un choc géopolitique en liquidation de masse, une taille et un règlement adaptés à l’usage réel. Le pétrole peut accueillir des formats nouveaux. Il n’accueille pas longtemps les approximations.

    La suite ne se jouera pas dans les commentaires. Elle se jouera dans un dossier, puis dans une décision, puis éventuellement dans un carnet d’ordres. Jusque-là, le contrat n’existe que comme projet. C’est déjà beaucoup. Ce n’est pas encore un marché.

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    Steven Soarez
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