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    CFTC Inflige 172 K$ À Un Ex-Opérateur De Trump

    Steven SoarezDe Steven Soarez31/08/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Imaginez un homme assis dans l’ombre d’une salle de briefing, les yeux rivés sur un texte que le public n’a pas encore entendu. Le président n’a pas ouvert la bouche. Les caméras ne tournent pas. Pourtant, sur un écran de téléphone, des contrats se ferment déjà, des positions s’accumulent, et l’argent commence à bouger. Ce n’est pas un scénario de série. C’est précisément le type de situation que la Commodity Futures Trading Commission a tranchée à la fin du mois d’août 2026, en infligeant une sanction financière à un ancien opérateur de téléprompteur de la Maison Blanche. L’affaire paraît minuscule à l’échelle de Washington. Elle est immense pour l’avenir des marchés prédictifs.

    Quand Un Prompteur Vaut Plus Qu’Un Discours

    Gabriel Perez n’était pas un stratège, ni un conseiller, ni un porte-parole. Il faisait défiler des phrases. Son métier consistait à préparer et à faire apparaître les mots que Donald Trump prononcerait ensuite devant le pays. Cette proximité technique, presque invisible, lui a donné quelque chose que le marché n’avait pas : le texte avant le texte. Entre décembre 2025 et février 2026, selon le régulateur américain, il a utilisé cette avance pour trader des contrats dits de « mention », dont le résultat dépendait de la présence de certains mots ou de certaines formules dans une allocution présidentielle.

    Le gain déclaré dépasse 107 500 dollars. L’addition finale, une fois l’amende civile ajoutée, atteint 172 539 dollars. Perez devra restituer 107 539,02 dollars de profits, payer une pénalité de 65 000 dollars et rester à l’écart des marchés régulés par la CFTC pendant trois ans. La Commission a précisé que la peine pécuniaire avait été nettement réduite grâce à une coopération jugée exemplaire. Le détail compte. Il dit autant sur la doctrine nouvelle de l’agence que sur le dossier lui-même.

    Les marchés prédictifs ont longtemps vendu une promesse simple : agréger l’intelligence collective mieux qu’un sondage. L’affaire Perez rappelle une vérité plus ancienne. Dès qu’un contrat cote un événement réel, l’information privée redevient une arme. Un téléprompteur n’est pas un secret-défense. C’est déjà trop.

    Ce Que La CFTC Reproche Exactement

    Dans l’ordre publié le 28 août 2026, la Commission affirme que Perez s’est approprié une information matérielle et non publique obtenue dans le cadre de son emploi fédéral. Il n’aurait pas seulement « mieux deviné » que les autres. Il aurait trahi un devoir de confiance. En droit des matières premières américain, ce devoir n’est pas un slogan moral. Il transforme un avantage professionnel en violation potentielle du Commodity Exchange Act.

    Les contrats concernés sont des event contracts, aussi appelés contrats événementiels ou swaps selon le cadre retenu par l’agence. Leur dénouement ne dépend pas d’un cours de pétrole ou d’un indice boursier. Il dépend d’un fait observable : un mot a-t-il été prononcé, une décision a-t-elle été prise, un résultat s’est-il produit ? Quand l’opérateur du prompteur lit le discours avant la nation, la question n’est plus ouverte. Le marché, lui, continue de croire qu’elle l’est.

    Dès qu’un contrat cote un mot avant qu’il soit public, le téléprompteur cesse d’être un outil de scène. Il devient un terminal de trading.

    Lecture de l’ordre CFTC, reformulée

    Perez n’est plus employé par le gouvernement fédéral. Il avait déjà été placé en congé sans solde après que son activité de trading a attiré l’attention. L’accord met fin à l’action civile fédérale sans effacer le coût financier. Il devra céder l’intégralité des profits identifiés, s’acquitter de la pénalité réduite et respecter l’interdiction de trois ans. La Commission souligne aussi le rôle de Kalshi, plus précisément KalshiEX, qui a aidé l’enquête.

    Le Mécanisme Discret Des Contrats De Mention

    Les « mention markets » paraissent presque ludiques vus de loin. On parie sur la présence d’un mot dans un discours. On imagine un jeu de société pour politologues. Sur une plateforme réglementée, ce jeu devient un produit dérivé. Le prix d’un contrat reflète la probabilité que le marché attribue à une phrase, un nom, une formule. Si le président dit le mot, le contrat se dénoue d’un côté. S’il ne le dit pas, il se dénoue de l’autre.

    Pour un trader ordinaire, l’exercice relève de l’interprétation. On lit les habitudes rhétoriques, on compare les brouillons publics, on écoute les conseillers. Pour quelqu’un qui a le script sous les yeux, l’exercice n’existe plus. L’incertitude s’évapore. Il reste une asymétrie brute. C’est précisément cette asymétrie que la CFTC a voulu frapper, même si le montant des gains reste modeste à l’échelle de Wall Street.

    Le caractère presque artisanal du produit ne diminue pas sa gravité juridique. Un contrat de quelques milliers de dollars peut sembler dérisoire. Multiplié par des positions répétées, nourri par un accès quotidien au texte, il devient un schéma. Le régulateur n’a pas besoin d’un scandale à neuf chiffres pour agir. Il a besoin d’un devoir violé et d’un profit traçable.

    Ce que l’accord du 28 août fixe concrètement

    • Restitution de 107 539,02 dollars de profits.
    • Pénalité civile de 65 000 dollars, réduite pour coopération.
    • Interdiction de trading de trois ans sur les marchés relevant de la CFTC.
    • Engagement de cesser toute nouvelle violation de la loi fédérale sur les matières premières.

    Pourquoi La Coopération A Fait Baisser L’Addition

    Le chiffre de 65 000 dollars prête à discussion. Beaucoup diront que c’est trop peu. D’autres y verront le prix d’une doctrine nouvelle : récompenser ceux qui parlent vite, livrent les faits et évitent le bras de fer. La CFTC a explicitement invoqué sa politique récente de coopération. Perez, selon l’agence, n’a pas seulement répondu. Il a coopéré de façon « exemplaire ».

    Cette phrase n’est pas décorative. Elle envoie un signal aux autres employés fédéraux, aux stagiaires, aux prestataires, aux opérateurs de salles de presse. Si vous avez tradé avec une information d’emploi, le silence coûtera plus cher que l’aveu. Le régulateur achète de la vitesse. Les plateformes, elles, achètent de la crédibilité en aidant l’enquête plutôt qu’en minimisant l’incident.

    Kalshi en sort avec un crédit public. Ce n’est pas anodin. Dans un secteur encore contesté par plusieurs États américains, être décrit comme un auxiliaire de l’enquête vaut presque autant qu’une victoire de communication. L’opérateur n’est pas le mis en cause. Il devient le témoin utile. Cette bascule change la façon dont les places de prédiction devront traiter leurs propres alertes internes.

    Kalshi Sous Pression, Kalshi Sous Contrôle

    Le nom de la plateforme revient partout. Kalshi n’est pas un forum anonyme. C’est une bourse d’événements enregistrée, surveillée, contrainte de tenir un registre et de collaborer. L’affaire Perez arrive après d’autres épisodes d’intégrité. En février, la plateforme a elle-même sanctionné un éditeur lié à l’univers de M. Beast, avec une pénalité interne de 20 397,58 dollars et une suspension de deux ans, pour avoir tradé des contrats liés à des contenus grâce à une information confidentielle.

    Ce dossier-là n’était pas un secret d’État. C’était un secret d’entreprise. La leçon est la même. Dès qu’une personne sait ce que le public ignorera encore quelques heures, le contrat cesse d’être un pari d’opinion. Beast Industries a ouvert sa propre enquête et affiché une tolérance zéro. Kalshi a souligné le défaut de coopération de l’éditeur. Le contraste avec Perez est frappant : ici, la collaboration a payé ; là, le manque de collaboration a alourdi le dossier interne.

    Depuis juin, Kalshi exige dans certains marchés jugés plus sensibles que les utilisateurs déclarent leur employeur. L’idée est simple. Si vous travaillez pour une institution dont l’actualité alimente le contrat, la conformité peut croiser les fichiers. Plus tard, la place s’est branchée sur StarCompliance, un outil déjà utilisé par des institutions financières pour surveiller les transactions personnelles des salariés. Le message aux entreprises partenaires est clair : vos collaborateurs peuvent parier sur des événements, mais plus dans l’angle mort.

    La plateforme a aussi multiplié les canaux d’alerte, le scoring de risque avant cotation d’un marché, et le recours à des moteurs de surveillance internes comme externes. Rien de tout cela n’empêche un opérateur de prompteur de placer un ordre. Cela réduit toutefois la fenêtre pendant laquelle l’ordre passe inaperçu. Dans les marchés prédictifs, la détection tardive reste une détection.

    Polymarket, L’Armée Et L’Ombre Des Dossiers Classifiés

    L’affaire Perez n’arrive pas seule. Un autre dossier fédéral vise Gannon Ken Van Dyke, master sergeant de l’armée américaine, accusé d’avoir utilisé des informations militaires classifiées pour trader sur Polymarket des contrats liés à une opération visant Nicolás Maduro. Les procureurs affirment qu’il aurait gagné environ 409 881 dollars après avoir engagé plus de 33 000 dollars sur treize transactions liées au Venezuela. Il a plaidé non coupable et conteste notamment la qualification juridique des contrats comme swaps.

    En août, un juge fédéral a suspendu l’action civile de la CFTC contre Van Dyke le temps que la procédure pénale avance. Le dossier place devant un tribunal deux questions qui dépassent l’individu : comment traiter un contrat événementiel en droit fédéral, et jusqu’où l’usage d’une information gouvernementale confidentielle peut-il être poursuivi lorsqu’elle circule sur une place de prédiction.

    La différence d’échelle avec Perez saute aux yeux. D’un côté, un script de discours et un peu plus de 107 000 dollars. De l’autre, des données classifiées et près de 410 000 dollars. La logique, pourtant, se ressemble. Un agent public détient une information que le marché n’a pas. Il trade. Le régulateur considère que le contrat n’est pas un jeu de salon. Il relève d’un marché de dérivés.

    Le secret d’un discours et le secret d’une opération militaire n’ont pas le même poids. Ils empruntent désormais le même chemin réglementaire.

    Observation de marché

    Polymarket a de son côté renvoyé près de cent portefeuilles pour examen approfondi après avoir repéré des schémas associés à des positions potentiellement informées : portefeuilles tout justes créés, mises concentrées, ordres passés peu avant un événement majeur. Une étiquette de suspicion n’est pas une preuve. Un signalement n’est pas une inculpation. Mais la mécanique de filtrage s’installe. Les marchés prédictifs apprennent, parfois à reculons, le langage de la surveillance financière classique.

    Ce Que Change Un Employé Invisible

    Les grandes affaires d’initiés se nourrissent souvent de banquiers, d’avocats d’affaires, d’analystes. Ici, le protagoniste prépare un prompteur. Cette banalité du poste est le vrai choc. Elle élargit le cercle des personnes « informées » bien au-delà des cabinets et des salles de marché. Un régisseur, un opérateur son, un assistant de communication, un chauffeur de convoi officiel peuvent, selon le calendrier, connaître un fait avant le public.

    Les administrations n’avaient pas conçu leurs chartes éthiques pour des contrats qui cotent un mot. Les codes de conduite parlent de cadeaux, de conflits d’intérêts, de fuites à la presse. Ils parlent rarement de comptes ouverts sur une bourse d’événements. L’affaire Perez force une mise à jour mentale. Trader n’est plus seulement acheter une action. C’est aussi miser sur la phrase que l’on a soi-même chargée dans la machine.

    Pour les plateformes, le profil à risque n’est plus seulement le journaliste politique ou le consultant en campagne. C’est toute personne dont le badge ouvre une pièce avant l’heure. Les questionnaires d’employeur, encore imparfaits, deviennent une première ligne. Ils ne remplaceront jamais une enquête. Ils créent toutefois une trace. Une trace suffit parfois à déclencher la question qui fait basculer un dossier.

    La CFTC Face Aux États, Un Front Plus Large

    Pendant que l’agence sanctionne un ancien agent, elle se bat ailleurs pour affirmer son emprise sur les contrats événementiels. New York, le Nevada et d’autres États contestent des produits offerts via des marchés fédéralement régulés, surtout lorsqu’ils touchent au sport. Kalshi et la CFTC soutiennent que ces contrats relèvent de la compétence exclusive de la Commission. Plusieurs autorités étatiques répondent qu’il s’agit de jeux d’argent soumis au droit local.

    En août, la CFTC a utilisé un pouvoir d’urgence pour demander à KalshiEX de poursuivre ses opérations normales après une tentative de restriction new-yorkaise. L’agence affirme que le droit fédéral des dérivés lui donne une juridiction exclusive sur les contrats événementiels négociés sur une bourse enregistrée. Les tribunaux, eux, ne parlent pas d’une seule voix sur la question de la préemption des règles étatiques de jeu.

    Cette bataille de souveraineté n’est pas un détail de juristes. Elle décide si un contrat sur un discours présidentiel, un match ou une décision diplomatique sera traité comme un instrument financier ou comme un pari. Dans le premier cas, l’initié tombe sous le Commodity Exchange Act. Dans le second, d’autres polices, d’autres peines, d’autres procédures prennent le relais. Perez a été saisi dans le premier cadre. Toute la filière observe la carte judiciaire.

    La Commission a aussi rappelé en août aux entités régulées que l’affichage des prix devait clairement présenter ces produits comme des contrats négociés sur une bourse réglementée. Le personnel de l’agence a mis en garde contre la présentation à la manière d’un bookmaker américain, jugée susceptible d’égarer le client sur la nature de la transaction. Le régulateur veut le vocabulaire de la finance, pas celui du comptoir de paris.

    Une Leçon Pour Toute La Crypto Régulée

    Beaucoup liront cette affaire comme un fait divers politique. Ce serait une erreur de focale. Les marchés prédictifs se sont installés dans l’écosystème crypto par la liquidité, par les stablecoins, par les habitudes de traders nés sur les perpétuels. Même lorsqu’une place est enregistrée auprès de la CFTC, le public la range souvent dans le même tiroir mental que les protocoles décentralisés. L’affaire Perez force une distinction. Il existe désormais une police du contrat événementiel, avec restitution, amende et ban.

    Les protocoles qui restent hors du périmètre américain n’échappent pas à la contagion réputationnelle. Dès qu’un militaire, un fonctionnaire ou un proche d’une célébrité est soupçonné d’avoir tradé avec une information fermée, tout le secteur hérite de la une. Les détracteurs n’ont pas besoin de comprendre la différence entre une bourse enregistrée et un carnet d’ordres on-chain. Ils voient un initié. Ils crient au casino habillé en innovation.

    Les défenseurs des marchés prédictifs répondent que la transparence des cotes vaut mieux que les rumeurs de couloir. L’argument n’est pas absurde. Encore faut-il que la cote soit formée par des gens qui ignorent le script. Sinon, le marché n’agrège plus une foule. Il agrège une fuite. La promesse informationnelle s’effondre. Il reste un transfert d’argent depuis les non-informés vers celui qui a lu le prompteur.

    Ce Que Les Traders Devraient Retenir Sans Détour

    Premier point : un accès professionnel, même humble, peut devenir une information matérielle. Vous n’avez pas besoin d’être ministre. Il suffit que votre travail vous fasse voir un fait avant sa publication. Second point : la plateforme peut être votre alliée ou votre témoin à charge. Kalshi a aidé l’enquête. D’autres places signalent des portefeuilles. Compter sur l’opacité d’un pseudonyme est une stratégie de plus en plus courte.

    Troisième point : la coopération change la facture. Perez a perdu ses profits et payé 65 000 dollars. Sans la politique de coopération, le montant aurait été plus lourd. Quatrième point : le ban de trois ans n’est pas symbolique. Sur un marché où la répétition des mises fait la différence, trois années hors-jeu valent une carrière interrompue. Cinquième point : le droit n’est pas figé. La nature même du contrat reste discutée devant les juges. Trader aujourd’hui, c’est aussi parier sur la jurisprudence de demain.

    • Accès anticipé : tout document interne lié à un événement coté est déjà trop.
    • Déclaration d’employeur : les questionnaires de conformité vont se multiplier.
    • Surveillance des schémas : nouveau portefeuille plus mise concentrée égale alerte.
    • Coopération : parler tôt coûte moins cher que nier longtemps.

    Éthique Publique Et Argent Privé

    Le cœur moral du dossier n’est pas le montant. C’est le lieu. Un salarié de la Maison Blanche, même technique, travaille dans un espace où la parole présidentielle a une valeur politique, diplomatique, parfois militaire. Transformer cette parole en contrat personnel brouille la frontière entre service public et compte de trading. Les citoyens n’ont pas à se demander si le prochain discours a d’abord servi à dénouer une position.

    Les administrations devront écrire noir sur blanc ce que beaucoup considéraient comme évident. Interdiction de détenir ou de trader des contrats dont le sous-jacent est un acte, une déclaration ou une décision de l’employeur. Interdiction d’utiliser un appareil professionnel pour consulter un carnet d’ordres. Obligation de déclarer tout compte sur une place d’événements. Formation courte, répétée, datée. Sans cela, le prochain Perez dira qu’il n’avait pas compris.

    Les plateformes, de leur côté, devront décider jusqu’où elles veulent coter le réel immédiat. Un contrat sur un mot d’un discours vivant est un produit spectaculaire. Il est aussi un piège à initiés de proximité. Plus le dénouement est proche d’une salle fermée, plus le risque d’asymétrie grimpe. On peut interdire certains marchés. On peut les réserver à des horaires où le texte est déjà public. On peut exiger des délais. Chaque choix réduit un peu le spectacle. Chaque choix protège un peu le prix.

    Derrière Les Chiffres, Une Industrie Qui Grandit Trop Vite

    Les marchés prédictifs ont quitté le laboratoire universitaire. Ils attirent des volumes, des partenariats, des unes. Kalshi a même noué des accords très visibles sur des événements sportifs de premier plan. Cette croissance attire le capital. Elle attire aussi les profils qui savent des choses. Une industrie qui cote l’actualité en temps réel ne peut pas s’étonner d’être fréquentée par des gens qui fabriquent cette actualité.

    Le régulateur, lui, apprend en marchant. Il classe les contrats comme événements ou swaps. Il poursuit. Il négocie. Il réduit une amende pour faire jurisprudence douce. Il rappelle que l’affichage ne doit pas ressembler à un bulletin de bookmaker. Il se bat contre des États qui voient un casino. Tout cela en même temps. L’impression de improvisation n’est pas tout à fait fausse. Elle n’empêche pas la construction d’une doctrine.

    Pour le public francophone qui découvre ces places via des récits crypto, le vocabulaire reste flou. Contrat événementiel, swap, event contract, mention market : quatre façons de dire qu’on monétise une incertitude datée. L’affaire Perez a le mérite de rendre le mécanisme concret. On n’a plus besoin d’un schéma. On a un homme, un texte, un ordre, un chèque à rendre.

    Ce Que L’On Sait, Ce Que L’On Ignore Encore

    État des lieux après l’ordre du 28 août 2026

    • On sait que Perez a accepté de rendre 107 539,02 dollars et de payer 65 000 dollars.
    • On sait que la période visée va de décembre 2025 à février 2026.
    • On sait que KalshiEX a été créditée pour son aide à l’enquête.
    • On ignore le détail transaction par transaction rendu public au grand public.
    • On ignore combien d’autres employés fédéraux détiennent des comptes similaires non encore examinés.
    • On ignore comment les tribunaux tranchera durablement le conflit États contre CFTC.

    Cette liste d’inconnues n’est pas un aveu d’impuissance. Elle dessine le prochain cycle d’enquêtes. Les équipes de conformité vont croiser les employeurs déclarés et les marchés sensibles. Les rédactions vont chercher d’autres métiers de l’ombre. Les élus vont demander si leurs propres équipes tradent. Les plateformes vont resserrer les listes de mots trop proches d’un secret de coulisse.

    Une Affaire Petite Par L’Argent, Grande Par Le Principe

    Cent soixante-douze mille dollars ne feront pas basculer un budget fédéral. Ils peuvent basculer une norme. Après Perez, il devient plus difficile de prétendre qu’un contrat de mention n’est qu’un divertissement politique. Après Perez, un employé technique sait qu’un script anticipé n’est pas une anecdote de vestiaire. Après Perez, une bourse d’événements sait que collaborer avec le régulateur peut rapporter une phrase salvatrice dans un communiqué officiel.

    Le dossier Van Dyke rappellera, s’il aboutit, que l’échelle peut monter d’un cran, vers le classifié et le pénal. Le dossier de l’éditeur lié à M. Beast rappelle que le privé n’est pas épargné. Ensemble, ces affaires dessinent un triangle : information d’État, information d’entreprise, information de plateau. Les trois nourrissent désormais des carnets d’ordres. Les trois appellent une police.

    Les marchés prédictifs continueront d’exister. La demande d’un prix sur l’avenir est trop humaine pour disparaître. La question n’est plus de savoir s’il faut coter des événements. La question est de savoir qui a le droit de coter lorsqu’il a déjà lu la fin. La CFTC vient de répondre, pour un homme et pour un hiver 2025-2026. La suite s’écrira dans d’autres ordres, d’autres prétoires, d’autres questionnaires d’employeur.

    Et Maintenant, Qui Surveille Le Prochain Script ?

    La tentation, après une sanction, est de ranger le dossier. Les communicants diront que le système a fonctionné. Les plateformes diront que leurs outils ont aidé. Le régulateur dira que la coopération paie. Tout cela est vrai à moitié. Un système qui fonctionne après coup n’est pas encore un système qui empêche. Entre décembre et février, les ordres sont passés. Le discours a eu lieu. Le profit a existé. Puis est venu le papier à en-tête.

    Le prochain test ne sera pas forcément américain, ni forcément présidentiel. Il pourra concerner un banquier central dont l’assistant connaît le mot d’un communiqué. Un producteur qui sait si une star dira oui. Un officier qui connaît le calendrier d’une évacuation. Chaque fois, un contrat pourra exister quelque part, sur une place enregistrée ou sur une interface plus floue. Chaque fois, quelqu’un devra décider si le prix reflète une foule ou une confidence.

    Pour l’instant, le nom à retenir est celui d’un opérateur de téléprompteur. Pas un ministre. Pas un trader star. Un métier de l’ombre, soudain trop éclairé. C’est peut-être la seule morale durable de cette actualité : dans un marché qui cote les mots, ceux qui font défiler les mots ne sont plus jamais tout à fait dans l’ombre.

    Les lecteurs qui suivent la régulation américaine des cryptoactifs et des dérivés événementiels auraient tort de classer l’épisode au rayon des curiosités de Washington. Il s’agit d’un précédent de méthode. Identifier l’emploi. Relier l’emploi au sous-jacent. Calculer le profit. Négocier la restitution. Publier la coopération. Bannir pour un temps. Recommencer si nécessaire. Cette méthode, une fois rodée, se déplace facilement d’un contrat de mention vers n’importe quel événement dont la source vit dans un bureau fermé.

    Voilà pourquoi cette amende de 172 539 dollars pèse plus que sa taille. Elle ne raconte pas seulement la chute d’un homme qui a trop bien lu un discours. Elle raconte l’entrée des marchés prédictifs dans l’âge adulte de la surveillance, avec ses compromis, ses réductions de peine et ses zones encore grises devant les juges. L’adulte, on le sait, n’est pas toujours plus sage. Il est simplement plus difficile à surprendre.

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    Steven Soarez
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