Le Brésil vient d’attirer un nouvel acteur de l’infrastructure crypto. Interlace, spécialiste des paiements basés sur les stablecoins, a officialisé l’ouverture d’un bureau local et la constitution d’une équipe dédiée. Dans une région où les flux de monnaies numériques progressent plus vite que les mouvements de capitaux traditionnels, ce choix n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une dynamique déjà bien visible : les stablecoins ne sont plus seulement un outil de trading, ils deviennent un rail de paiement concret pour les entreprises et les particuliers.
Une implantation stratégique au cœur d’un marché en pleine mutation
Interlace a confirmé l’ouverture de ses bureaux au Brésil et la nomination de Guilherme Santos comme country manager. Le message de l’entreprise est clair : aller global tout en construisant local. Cette approche vise à relier les institutions financières brésiliennes, les plateformes de commerce transfrontalier, les sociétés d’actifs numériques et les projets Web3 à son infrastructure mondiale de paiements et d’actifs digitaux.
Le pays figure parmi les plus dynamiques d’Amérique latine en matière d’adoption crypto. L’existence de Pix, le système de paiement instantané national, crée un terreau favorable. Avec près de 170 millions d’utilisateurs et plus de 11 000 milliards de reais échangés en 2024, Pix a déjà habitué la population à des transferts rapides et gratuits. Les stablecoins s’insèrent naturellement dans cet écosystème, offrant une couche supplémentaire de liquidité et de convertibilité internationale.
Ce que change concrètement l’arrivée d’Interlace
- Présence physique dans l’un des plus grands marchés d’actifs numériques de la région
- Équipe locale capable de dialoguer directement avec banques, fintechs et plateformes de commerce
- Accès à l’infrastructure de paiement et d’actifs digitaux déjà déployée à l’échelle mondiale
- Participation active aux événements sectoriels pour tisser des relations de confiance
Lors du récent Blockchain.RIO à Rio de Janeiro, l’équipe Interlace a multiplié les rencontres. Guilherme Santos a participé à une table ronde consacrée aux actifs numériques, aux paiements en stablecoins et à l’infrastructure financière. Ces échanges placent la société au cœur des discussions sur la manière dont le règlement blockchain peut s’articuler avec les services financiers existants.
Le contexte brésilien : un marché déjà mature mais sous surveillance
Le Brésil n’est pas un terrain vierge. Des acteurs comme Oobit ont déjà démontré la viabilité d’une intégration entre USDT et Pix. Les utilisateurs peuvent déposer des reais, détenir des stablecoins et payer via les clés Pix ou les QR codes habituels. Le règlement blockchain se fait en arrière-plan, sans forcer le client à changer ses habitudes.
Pourtant, les autorités resserrent le cadre. Le Fonds monétaire international a récemment appelé à un contrôle plus strict du marché des stablecoins au Brésil. Les flux crypto transfrontaliers ont dépassé la croissance des mouvements de capitaux classiques. Selon le FMI, le secteur crypto s’est davantage interconnecté avec le système financier, ce qui impose de renforcer la protection des actifs clients, les règles d’émission de stablecoins et les dispositifs anti-blanchiment.
Les stablecoins représenteraient environ 90 % des flux crypto déclarés au Brésil, un chiffre qui alerte les régulateurs sur les risques de fiscalité, de blanchiment et de réserves.
Selon les déclarations du gouverneur de la Banque centrale du Brésil
La Banque centrale a déjà limité l’usage des actifs virtuels dans les canaux de paiement internationaux supervisés. La résolution BCB n° 561 impose que les paiements et encaissements entre prestataires de change électronique réglementés et leurs contreparties étrangères passent par des opérations de change ou des mouvements via des comptes en reais de non-résidents. Les actifs virtuels ne peuvent plus servir à régler des transactions à l’intérieur de ces canaux eFX réglementés.
Cette restriction ne interdit pas le trading de crypto ni les transferts de stablecoins. Elle sépare simplement l’infrastructure de règlement transfrontalier régulée de l’activité privée menée via portefeuilles, exchanges et autres services crypto. Pour un fournisseur d’infrastructure comme Interlace, cela signifie que les connexions locales doivent s’accompagner d’une conformité rigoureuse face à un cadre en construction.
Pourquoi l’Amérique latine attire les acteurs des stablecoins
Le mouvement dépasse largement le Brésil. En juin, Paradigm a mené un tour de table de 9 millions de dollars en série A pour El Dorado, une société de paiements active dans douze pays d’Amérique latine, dont le Brésil, l’Argentine et la Colombie. Coinbase Ventures et Verda Ventures ont également participé. El Dorado affirme avoir traité plus de cinq millions de transactions et compter plus de 100 000 utilisateurs actifs. La société s’est aussi positionnée sur les paiements entreprise, en combinant rails fiat et stablecoins pour les clients corporate engagés dans le commerce international.
Les chiffres avancés sont éloquents. Selon un partenaire de Paradigm, l’Amérique latine gère plus de 100 milliards de dollars de paiements transfrontaliers chaque année. Le PDG d’El Dorado estime que le volume total pourrait approcher 1 000 milliards de dollars si l’on intègre l’ensemble des transactions commerciales. Environ 60 % de cette activité concernerait les paiements business-to-business liés aux importations et exportations entre la région et les États-Unis.
Ces données expliquent pourquoi des sociétés d’infrastructure comme Interlace multiplient les implantations. Le besoin de rails de paiement rapides, peu coûteux et convertibles en monnaies stables est réel. Les entreprises locales cherchent à réduire les frictions des virements internationaux classiques, souvent lents et onéreux. Les stablecoins offrent une alternative opérationnelle, à condition de s’inscrire dans un cadre réglementaire acceptable.
Prochaine étape : l’Argentine et la conférence Crecimiento
Interlace ne s’arrête pas au Brésil. L’entreprise a annoncé sa participation à la conférence Argentina Crecimiento LATAM Digital Assets, qui se tiendra les 20 et 21 août. Lors de cet événement, elle présentera ses retours d’expérience sur l’émission de cartes à l’échelle mondiale et ses projets pour l’Amérique latine.
L’Argentine présente un profil différent. Les banques y sont encore limitées dans leur capacité à proposer directement des services crypto. Pourtant, plusieurs groupes financiers expérimentent déjà des stablecoins destinés aux paiements d’entreprise et à la gestion de trésorerie. BIND Group, qui gère plus de 2 milliards de dollars d’actifs et détient BIND Banco Industrial, développe un stablecoin adossé au peso via son prestataire de services d’actifs virtuels BEN. Ce dernier a également noué un partenariat avec Circle pour offrir un accès institutionnel à l’USDC.
De son côté, Petersen Group travaille sur le stablecoin DIPE avec le soutien technique de Lirium. Les deux projets se concentrent sur des usages corporate : paiements programmables, gestion de collatéral et règlement de trésorerie, plutôt que sur des produits grand public.
Points clés de la stratégie Interlace en Amérique latine
- Ouverture d’un bureau au Brésil avec une équipe locale dirigée par Guilherme Santos
- Participation active à Blockchain.RIO pour ancrer la présence sur le terrain
- Présence prévue à la conférence Argentina Crecimiento les 20 et 21 août
- Focus sur les institutions financières, le commerce transfrontalier et les projets Web3
- Mise en avant de l’expérience mondiale en émission de cartes et en infrastructure de paiement
Les enjeux de conformité et de confiance
L’entrée d’Interlace intervient à un moment où les régulateurs brésiliens et internationaux scrutent de plus près le rôle des stablecoins. La part dominante de ces tokens dans les flux crypto locaux alimente les discussions sur la fiscalité, le blanchiment d’argent et la solidité des réserves. Les autorités insistent sur la nécessité de protéger les actifs des clients et de clarifier les règles d’émission.
Pour les fournisseurs d’infrastructure, la réussite ne se mesure plus seulement à la qualité technique de la solution. Elle dépend aussi de la capacité à naviguer dans un environnement réglementaire en évolution. Interlace n’a pas encore communiqué de partenariats bancaires ou de paiement spécifiques liés à son nouveau bureau. L’entreprise se positionne plutôt comme un connecteur entre les acteurs locaux et son réseau mondial.
Cette posture présente des avantages. Elle permet de rester agile face aux évolutions réglementaires tout en construisant progressivement des relations de confiance. Dans un marché où les banques traditionnelles et les fintechs coexistent avec un écosystème crypto dynamique, la capacité à parler le langage de chaque partie prenante devient un atout concurrentiel.
Pix, stablecoins et la transformation des habitudes de paiement
L’exemple d’Oobit illustre bien la direction prise. En intégrant USDT à Pix, la société a montré qu’il était possible de conserver l’expérience utilisateur familière tout en ajoutant une couche de règlement blockchain. Les clients continuent d’utiliser les mêmes applications bancaires et les mêmes clés de paiement. En coulisses, le stablecoin assure la liquidité et la convertibilité.
Ce modèle hybride pourrait se généraliser. Les entreprises de commerce international, les plateformes de marketplace et les prestataires de services de paiement cherchent des solutions qui réduisent les délais et les coûts des transferts internationaux. Les stablecoins, lorsqu’ils sont adossés à des infrastructures robustes et conformes, répondent à ces besoins.
Le Brésil offre un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant. La combinaison d’un système de paiement instantané mature, d’une population déjà familiarisée avec les outils numériques et d’un volume élevé de flux crypto crée des conditions favorables. Les acteurs qui parviennent à articuler ces éléments tout en respectant le cadre réglementaire ont de fortes chances de capturer une part significative du marché.
Une expansion qui s’inscrit dans une tendance régionale plus large
L’arrivée d’Interlace n’est pas un cas isolé. L’ensemble de l’Amérique latine connaît une accélération des initiatives autour des stablecoins et des rails de paiement alternatifs. Les volumes de transactions transfrontalières, la demande de liquidité en dollars et les frictions du système bancaire traditionnel poussent les entreprises à explorer de nouvelles options.
Les investissements récents, comme celui de Paradigm dans El Dorado, confirment l’intérêt des fonds spécialisés. Les chiffres avancés – plus de 100 milliards de dollars de paiements transfrontaliers annuels, potentiellement jusqu’à 1 000 milliards en incluant l’ensemble des flux commerciaux – donnent une idée de l’ampleur du marché adressable.
Dans ce contexte, la stratégie d’Interlace apparaît cohérente. S’implanter physiquement, constituer une équipe locale, participer aux événements sectoriels et présenter son expertise en infrastructure de paiement et d’émission de cartes : autant d’étapes logiques pour gagner la confiance des acteurs régionaux.
Ce qu’il faut retenir de cette implantation
L’ouverture du bureau brésilien d’Interlace marque une étape concrète dans l’expansion de l’entreprise en Amérique latine. Elle s’accompagne de la nomination d’un country manager local et d’une présence active sur les événements clés du secteur. L’entreprise se positionne pour accompagner les institutions financières, les plateformes de commerce et les projets Web3 dans l’utilisation de son infrastructure de paiements et d’actifs numériques.
Le marché brésilien offre des opportunités réelles, portées par l’adoption de Pix et par un volume déjà significatif de transactions en stablecoins. En même temps, le cadre réglementaire se durcit, avec des restrictions sur l’usage des actifs virtuels dans certains canaux de paiement internationaux et des appels du FMI à un contrôle renforcé.
La prochaine participation d’Interlace à la conférence Argentina Crecimiento montre que l’ambition est régionale. L’Argentine, avec ses propres expérimentations autour des stablecoins peso et USDC, représente un second marché stratégique. Les projets de BIND Group et Petersen Group illustrent l’intérêt croissant des acteurs financiers locaux pour ces solutions, même dans un environnement réglementaire encore restrictif pour les banques.
Au-delà des annonces, la réussite de ces implantations dépendra de la capacité des acteurs à concilier innovation technologique et conformité. Les stablecoins ont prouvé leur utilité opérationnelle. Reste à démontrer qu’ils peuvent s’intégrer durablement dans les systèmes financiers nationaux sans créer de risques systémiques. Interlace, comme d’autres, parie sur cette intégration progressive.
Perspectives pour les mois à venir
Les prochains mois seront déterminants. L’équipe Interlace au Brésil devra transformer les contacts noués lors de Blockchain.RIO en partenariats concrets. La présentation prévue en Argentine permettra de mesurer l’accueil réservé à son approche dans un autre marché clé de la région.
Parallèlement, les discussions réglementaires se poursuivront. La Banque centrale du Brésil et les autorités de supervision continueront d’affiner les règles applicables aux stablecoins et aux flux transfrontaliers. Les acteurs qui anticipent ces évolutions et construisent dès maintenant des modèles conformes auront un avantage concurrentiel.
L’Amérique latine reste l’une des régions les plus dynamiques pour l’adoption des monnaies numériques. Les volumes de paiements, la demande de solutions alternatives aux systèmes bancaires traditionnels et l’intérêt des investisseurs internationaux créent un environnement favorable. Interlace a choisi de s’y installer durablement. Le succès de cette stratégie se mesurera à la capacité de l’entreprise à devenir un partenaire de confiance pour les acteurs locaux tout en respectant les exigences croissantes de conformité.
Dans un secteur où les annonces se multiplient, l’implantation physique et la constitution d’équipes locales restent des signaux forts. Elles montrent que les ambitions ne se limitent plus à des déploiements techniques à distance. Elles s’ancrent dans les réalités de chaque marché, avec ses spécificités réglementaires, ses habitudes de paiement et ses priorités économiques. C’est précisément ce que Interlace semble vouloir démontrer au Brésil, avant de poursuivre son déploiement régional.
