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    Procureurs Néerlandais Vendent Crypto Knaken Pour 2,2 M€

    Steven SoarezDe Steven Soarez17/08/2026Aucun commentaire13 Mins de Lecture
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    Imaginez déposer de l’argent sur une plateforme crypto, voir vos soldes affichés en Bitcoin ou en Ethereum, puis découvrir un beau matin que tout a disparu. Pas à cause d’un hack sophistiqué, mais parce que l’entreprise elle-même a sombré. C’est exactement ce qui vient d’arriver aux clients de Knaken, une plateforme néerlandaise qui a cessé ses activités en juin avant d’être placée en faillite le 16 juillet. Aujourd’hui, les procureurs ont liquidé les cryptomonnaies saisies pour 2,2 millions d’euros. Un chiffre dérisoire face aux 10 à 12 millions d’euros de créances clients estimées. L’écart est vertigineux, et les questions fusent.

    Une liquidation qui laisse un goût amer

    Le 17 août 2026, les autorités néerlandaises ont officialisé la vente des actifs numériques confisqués. Ces fonds, désormais convertis en euros, constituent pour l’instant la seule masse disponible dans la procédure. Carl Hamm, le liquidateur désigné par le tribunal de Rotterdam, a déjà contacté environ 6 300 anciens utilisateurs. Son message est clair : il faut revoir ses attentes à la baisse. Très à la baisse.

    Les clients pensaient détenir des cryptomonnaies. En réalité, selon le liquidateur, ils ne possédaient qu’une créance en euros. Lorsqu’un utilisateur versait 100 euros pour acheter du Bitcoin, Knaken prélevait un euro de commission puis achetait pour 99 euros d’actifs. Ces actifs restaient juridiquement la propriété de la société. Le client, lui, n’avait qu’un droit de créance sur la valeur en euros. Une distinction technique qui change tout en cas de faillite.

    Les positions crypto appartenaient légalement à Knaken. Les clients détenaient uniquement une créance en euros.

    Carl Hamm, liquidateur judiciaire

    Cette structure juridique, parfaitement légale à l’époque, a transformé des milliers de détenteurs de crypto en simples créanciers chirographaires. Autrement dit, ils passent après les créanciers privilégiés et risquent de récupérer une fraction minime de leur mise.

    Un déficit qui creuse le doute

    Hamm avance des chiffres qui font froid dans le dos. Les clients auraient injecté entre 10 et 12 millions d’euros. La vente des cryptomonnaies saisies n’a rapporté que 2,2 millions. Même en y ajoutant d’éventuels autres actifs, le trou reste béant. Le liquidateur estime que Knaken n’a jamais détenu assez de crypto pour couvrir l’intégralité des soldes affichés. Les fonds destinés aux investissements et aux frais de fonctionnement auraient longtemps été mélangés dans un même pot.

    Les chiffres clés de la faillite Knaken

    • Environ 6 300 clients concernés
    • Créances estimées : 10 à 12 millions d’euros
    • Produit de la vente des crypto saisies : 2,2 millions d’euros
    • Déficit apparent : plus de 8 millions d’euros

    Ronald J., le propriétaire de la plateforme, conteste fermement cette lecture. Pour lui, Knaken fonctionnait comme un courtier. Chaque ordre client était enregistré via un fournisseur de liquidité, avec identifiant, prix d’exécution et horodatage. Il qualifie d’« incorrecte et dommageable » l’idée selon laquelle l’argent des clients n’aurait pas été investi. Il reconnaît toutefois qu’une partie des expositions n’était pas couverte.

    La vente des actifs : un choix contesté

    La décision des procureurs de liquider immédiatement les cryptomonnaies a fait grincer des dents. Un avocat représentant un client a résumé le sentiment général en une question simple : « À qui appartenaient ces crypto ? » Il a comparé la situation à celle d’un garage qui fait faillite alors qu’il détient la voiture d’un client, puis vend le véhicule sans rien rendre au propriétaire.

    Les autorités ont justifié la vente par le risque de dépréciation. Le liquidateur lui-même a reconnu que la valeur des cryptomonnaies est « totalement imprévisible ». En convertissant les actifs en euros, les procureurs ont figé un montant de 2,2 millions d’euros. Une sécurité comptable, certes, mais qui prive les clients de toute chance de profiter d’une éventuelle remontée du marché.

    La valeur des cryptomonnaies est complètement imprévisible.

    Carl Hamm

    Ce choix pragmatique soulève une question de fond : faut-il toujours liquider des actifs volatils pour protéger la masse, ou respecter le caractère spécifique de la propriété crypto ? Le débat n’est pas tranché, et d’autres affaires de ce type pourraient s’en inspirer.

    Un passé déjà marqué par un piratage

    Les difficultés de Knaken ne datent pas de 2026. En 2020, la plateforme avait déjà subi le vol de 23 bitcoins. À l’époque, ces 23 BTC valaient environ 140 000 euros. Ronald J. affirme que l’incident a finalement coûté des millions à l’entreprise, sans préciser les mécanismes exacts de cette amplification. Malgré ce choc, Knaken a continué à accueillir de nouveaux clients et à signer des partenariats avec plusieurs clubs de football néerlandais : Feyenoord, Sparta, Heracles, Heerenveen, et même un court passage avec Ajax.

    Ces associations avec des institutions sportives respectées ont joué un rôle rassurant. Un client, sous le pseudonyme de Henk, a confié qu’il s’était senti en confiance précisément à cause de ces logos de clubs. Aujourd’hui, il qualifie ces partenariats de « vraiment scandaleux ». L’image de solidité projetée par le sport a masqué, selon lui, des faiblesses structurelles.

    Des transferts internes sous le microscope

    Lors de l’audience de faillite, le tribunal a examiné un transfert de 2,3 millions d’euros effectué par Ronald J. depuis Knaken vers une autre société qu’il contrôlait. Ce mouvement a été présenté comme un possible conflit d’intérêts. Le dirigeant s’est défendu en expliquant que cette structure séparée était destinée aux activités marketing, afin de cloisonner les fonctions. Il a fourni plusieurs années de documents comptables. Selon le média régional Rijnmond, ces pièces ne montrent pas d’enrichissement personnel direct.

    Cette clarification n’efface pas pour autant le malaise. Dans une procédure collective, tout transfert interne est scruté. Le liquidateur devra déterminer si ces fonds peuvent être récupérés au bénéfice de la masse créancière.

    Le contexte réglementaire européen

    Knaken opérait sans l’autorisation requise de l’Autorité néerlandaise des marchés financiers pour les services crypto couverts. La faillite est intervenue juste après la fin de la période de transition MiCA, le 1er juillet 2026. À partir de cette date, les entreprises qui continuaient à servir des clients sous d’anciens régimes nationaux devaient en principe détenir une autorisation de prestataire de services sur crypto-actifs. MiCA impose désormais des exigences strictes en matière de gouvernance, de protection des actifs clients, de transparence et de contrôles opérationnels.

    D’autres acteurs ont franchi le pas. En juillet, BitPay a obtenu l’autorisation MiCA néerlandaise via sa filiale locale, ce qui lui permet d’utiliser le passeport européen pour offrir ses services dans toute l’Union. Knaken, elle, n’a jamais signalé ses difficultés à De Nederlandsche Bank. La banque centrale a précisé que son contrôle, à l’époque, portait essentiellement sur les obligations anti-blanchiment et antiterrorisme, pas sur la solvabilité.

    Ce que change MiCA pour les plateformes

    • Obligation d’autorisation pour les services crypto réglementés
    • Séparation stricte des actifs clients
    • Exigences de gouvernance et de transparence
    • Possibilité de passeport européen une fois autorisé

    Une leçon pour les utilisateurs

    Cette affaire rappelle une vérité souvent oubliée : afficher un solde en Bitcoin sur une application ne signifie pas forcément que vous possédez réellement des bitcoins. Tout dépend de la structure juridique du service. Dans de nombreux cas, la plateforme conserve la propriété des actifs et vous octroie seulement une créance. En cas de faillite, vous basculez dans le rang des créanciers ordinaires.

    Les clients de Knaken ont découvert cette réalité trop tard. Certains avaient choisi la plateforme précisément parce qu’elle affichait des partenariats avec des clubs de football connus. D’autres se sont contentés de regarder leurs soldes augmentés ou diminués sans jamais vérifier où se trouvaient réellement les actifs. Cette confiance aveugle a un coût.

    Que peuvent espérer les créanciers ?

    Pour l’instant, le liquidateur dispose de 2,2 millions d’euros. Il poursuit l’examen des créances, des comptes de la société et de l’existence éventuelle d’autres actifs récupérables. Les clients ont été invités à déclarer leurs créances. Le processus sera long. Même en cas de récupération supplémentaire, le taux de remboursement restera probablement faible.

    Ronald J. maintient que la plupart des positions étaient couvertes via le fournisseur de liquidité. Il reconnaît cependant l’existence d’une part non couverte. Cette admission partielle laisse entrevoir une responsabilité, mais n’apporte pas encore de solution concrète aux clients.

    Un signal d’alarme pour tout le secteur

    La faillite de Knaken arrive à un moment charnière. L’Europe vient de basculer dans l’ère MiCA. Les exigences de protection des actifs clients sont désormais plus strictes. Pourtant, de nombreuses plateformes plus petites ou moins transparentes continuent d’opérer. Les utilisateurs doivent rester vigilants. Vérifier l’autorisation réglementaire, comprendre la nature exacte des droits sur les actifs, et ne jamais laisser l’essentiel de son patrimoine sur une seule plateforme restent des réflexes de base.

    Les partenariats marketing avec des marques connues ne constituent en aucun cas une garantie de solidité financière. Les clubs de football néerlandais qui ont accepté d’associer leur image à Knaken n’avaient probablement pas conscience des risques. Aujourd’hui, leur nom se retrouve lié à une affaire de clients lésés. Un rappel que le sponsoring crypto n’est jamais anodin.

    Le rôle des autorités

    Les procureurs ont agi dans l’intérêt public en demandant la liquidation. Ils avaient estimé qu’environ 7 millions d’euros de fonds clients ne pouvaient être justifiés. Le tribunal a validé la procédure en constatant que la société ne disposait pas d’assez d’actifs pour rembourser intégralement les utilisateurs. Cette intervention précoce a au moins permis de saisir une partie des cryptomonnaies avant qu’elles ne disparaissent complètement.

    La décision de vendre immédiatement ces actifs reste cependant discutable. En figeant la valeur à 2,2 millions d’euros, les autorités ont privilégié la sécurité juridique et comptable au détriment d’une éventuelle appréciation future. Dans un marché crypto aussi volatile, ce choix peut se révéler coûteux pour les créanciers si les cours remontent fortement dans les mois à venir.

    Des questions qui restent ouvertes

    Plusieurs points restent à clarifier. Combien d’actifs crypto Knaken détenait-elle réellement au moment de la cessation d’activité ? Quelle part des soldes clients était effectivement couverte ? Les transferts vers la société de marketing peuvent-ils être récupérés ? Le liquidateur devra répondre à ces interrogations dans les prochains mois.

    Les clients, eux, devront patienter. Beaucoup ont perdu non seulement de l’argent, mais aussi la confiance dans les plateformes centralisées. Certains se tourneront vers les solutions de self-custody. D’autres continueront d’utiliser des exchanges, mais avec plus de prudence. Cette affaire nourrit le débat déjà vif entre centralisation et décentralisation.

    Un parallèle avec d’autres faillites

    Knaken n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs plateformes ont laissé des clients avec des créances irrécouvrables. La différence réside ici dans le timing : la faillite intervient juste après l’entrée en vigueur pleine de MiCA. Elle illustre précisément les risques que le règlement européen cherche à réduire. Séparation des actifs, exigences de capital, transparence des positions : autant de garde-fous qui, s’ils avaient été appliqués plus tôt, auraient peut-être limité les dégâts.

    Pour les régulateurs, l’affaire Knaken constitue un test grandeur nature. Comment les autorités gèrent-elles la liquidation d’actifs numériques volatils ? Quelle place donner à la propriété crypto dans le droit des faillites ? Les réponses apportées ici pourraient influencer les pratiques dans d’autres États membres.

    La voix des clients

    Derrière les chiffres se cachent des histoires individuelles. Certains clients avaient placé des sommes importantes, parfois le fruit d’années d’économies. D’autres avaient commencé modestement et augmenté progressivement leurs positions. Tous se retrouvent aujourd’hui dans la même file d’attente. Le liquidateur a prévenu qu’il faudrait tempérer les attentes. Cette phrase, froide et administrative, résume la réalité : beaucoup récupéreront très peu, voire rien.

    L’avocat qui a comparé la situation à la vente d’une voiture en garage a touché un point sensible. Dans l’esprit de nombreux utilisateurs, les crypto affichées dans l’application leur appartenaient. Découvrir qu’ils n’avaient qu’une créance en euros a été un choc. Cette dissonance entre perception et réalité juridique est au cœur du problème.

    Quelles leçons pour l’avenir ?

    Première leçon : toujours vérifier le statut réglementaire d’une plateforme. Une autorisation MiCA ou un agrément national offre des garanties supplémentaires, même si elles ne sont jamais absolues. Deuxième leçon : comprendre la nature exacte de ses droits. Possession réelle des actifs ou simple créance ? La différence est fondamentale. Troisième leçon : diversifier et ne jamais confier l’intégralité de ses avoirs à un seul intermédiaire.

    Les plateformes, de leur côté, ont intérêt à clarifier dès le départ la structure juridique de leurs services. Afficher des soldes en crypto tout en conservant la propriété des actifs crée une illusion dangereuse. Une communication transparente aurait peut-être évité une partie de la colère actuelle.

    Le poids de l’image

    Les partenariats avec des clubs de football ont joué un rôle ambivalent. Ils ont attiré des clients en quête de confiance, mais ils ont aussi donné une fausse impression de solidité. Quand une entreprise en difficulté s’associe à des institutions populaires, le risque de transfert de crédibilité est réel. Aujourd’hui, ces clubs se retrouvent indirectement associés à une affaire de clients lésés. Un coût d’image qu’ils n’avaient probablement pas anticipé.

    Ronald J. a fourni des documents pour prouver qu’il ne s’était pas enrichi personnellement via la société de marketing. Cette défense peut être sincère. Elle n’efface pas pour autant le déficit massif laissé aux clients. Dans une faillite, l’intention importe moins que le résultat. Et le résultat, pour l’instant, est un trou de plusieurs millions d’euros.

    Une procédure qui s’annonce longue

    Carl Hamm a devant lui un travail considérable. Examiner 6 300 créances, démêler les flux financiers, vérifier les positions auprès des fournisseurs de liquidité, évaluer d’éventuelles actions en responsabilité : le travail prendra du temps. Les clients devront s’armer de patience. Les distributions, si elles ont lieu, interviendront probablement par tranches et dans des proportions modestes.

    La conversion anticipée des crypto en euros a au moins le mérite de la clarté. Tout le monde sait désormais quelle somme est disponible. Plus de suspense sur l’évolution des cours. Cette certitude a un prix : celui d’avoir renoncé à tout potentiel de hausse.

    Un miroir pour l’industrie

    Knaken n’était pas un géant. C’était une plateforme de taille moyenne, ancrée aux Pays-Bas, qui avait su se rendre visible grâce à des partenariats sportifs. Sa chute révèle les fragilités qui existent encore dans le secteur, même à l’aube de MiCA. Les régulateurs ont désormais un cas concret pour affiner leurs pratiques. Les utilisateurs ont une nouvelle raison de rester prudents. Les plateformes, enfin, ont un rappel que la confiance se construit sur des bases solides, pas seulement sur des logos de clubs de football.

    L’affaire n’est pas terminée. Le liquidateur continue son travail. D’éventuelles récupérations d’actifs pourraient encore améliorer légèrement le sort des créanciers. Mais le message est déjà passé : dans le monde des plateformes centralisées, la propriété affichée n’est pas toujours la propriété réelle. Et quand tout s’effondre, seuls les actifs réellement détenus et séparés offrent une protection.

    Les 2,2 millions d’euros obtenus par les procureurs constituent un point de départ, pas une conclusion. Pour les milliers de clients qui ont confié leur argent à Knaken, le chemin vers un éventuel remboursement s’annonce long et, pour beaucoup, décevant. Une histoire qui, au-delà des chiffres, interroge sur la manière dont l’industrie crypto gère encore la confiance de ses utilisateurs.

    Dans les mois qui viennent, d’autres détails émergeront. Des actions en justice pourraient être engagées. Des leçons réglementaires seront tirées. Mais pour les clients de Knaken, l’essentiel est déjà acquis : une partie de leur argent a disparu dans les méandres d’une structure juridique qu’ils n’avaient pas pleinement comprise. Et c’est peut-être là la plus grande leçon de cette faillite.

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    Steven Soarez
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