Imaginez l’une des institutions les plus prestigieuses et les plus riches au monde en train de revoir entièrement sa stratégie sur un marché aussi volatil que celui des cryptomonnaies. C’est exactement ce qui se passe en ce début d’année 2026 à Cambridge, Massachusetts. Harvard, via son fonds de dotation colossal, vient d’opérer un rééquilibrage significatif de ses avoirs numériques : moins de Bitcoin, nettement plus d’Ethereum. Un simple ajustement technique ou le signe d’un changement de paradigme chez les investisseurs institutionnels ?
Un virage discret mais lourd de sens
Le 13 février 2026, la Harvard Management Company (HMC) a déposé auprès de la SEC son formulaire 13F trimestriel. Ce document, souvent considéré comme aride par le grand public, contient pourtant des informations précieuses pour qui s’intéresse aux mouvements des très gros capitaux. Et cette fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’exposition au Bitcoin diminue tandis qu’une nouvelle ligne Ethereum fait son apparition avec force.
Pour comprendre l’ampleur du mouvement, il faut remonter quelques mois en arrière. À l’été 2025, Harvard avait franchi le pas et investi pour la première fois dans un produit crypto réglementé : l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock. Montant initial : environ 116 millions de dollars. Une entrée remarquée, mais relativement modeste au regard des 50+ milliards que pèse le fonds de dotation de l’université.
Les chiffres clés du rééquilibrage (31 décembre 2025) :
- iShares Bitcoin Trust (IBIT) : 5,35 millions de parts (–21 % vs trimestre précédent)
- Valeur Bitcoin : ~266 millions $
- iShares Ethereum Trust (ETHA) : 3,87 millions de parts (nouvelle position)
- Valeur Ethereum : ~86,8 millions $
- Exposition crypto totale : ~353 millions $
À première vue, on pourrait penser que Harvard réduit son pari sur les cryptos. Erreur. En réalité, l’exposition globale augmente de façon non négligeable par rapport à la déclaration d’août 2025. Le mouvement est donc bien un rééquilibrage plutôt qu’un désengagement.
Pourquoi moins de Bitcoin en 2026 ?
Le Bitcoin reste incontestablement la cryptomonnaie la plus capitalisée et la plus reconnue. Pourtant, plusieurs facteurs peuvent expliquer que Harvard ait choisi de réduire sa position dans l’ETF IBIT de 6,81 à 5,35 millions de parts.
Premièrement, la maturité du marché. Après plusieurs cycles haussiers et baissiers très marqués, certains gérants institutionnels considèrent que le Bitcoin a déjà largement joué son rôle de « réserve de valeur » numérique et que son potentiel de multiplication par 10 ou plus s’amenuise par rapport à sa période 2017-2021.
Deuxièmement, la concurrence d’autres narratives. Ethereum, Solana, les layer-2, la DeFi, les RWA (Real World Assets), les memecoins institutionnalisés… l’écosystème s’est considérablement diversifié depuis 2020. Rester concentré à 100 % sur Bitcoin reviendrait presque à mettre tous ses œufs dans le même panier technologique.
« Le Bitcoin est de l’or numérique. Ethereum, c’est l’internet de la valeur programmable. Les deux ont leur place dans un portefeuille diversifié. »
Commentaire anonyme d’un gérant de fonds de dotation (non-officiel)
Enfin, il ne faut pas négliger l’aspect purement tactique : le prix du Bitcoin a connu une phase de consolidation marquée en fin d’année 2025. Réduire la position sur un actif qui stagne ou corrige légèrement permet de libérer des liquidités pour saisir d’autres opportunités perçues comme plus dynamiques à court et moyen terme.
Ethereum : le choix stratégique assumé
Avec 3,87 millions de parts pour une valorisation d’environ 86,8 millions de dollars au 31 décembre 2025, Harvard entre directement dans le top des détenteurs institutionnels déclarés de l’ETF Ethereum de BlackRock (ETHA). C’est une prise de position forte et très rapide.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cet engouement soudain :
- Staking intégré – Depuis la mise à jour Shanghai (2023) puis Dencun (2024), le staking Ethereum est liquide et offre un rendement natif attractif (entre 3 et 6 % annualisés selon les conditions de réseau).
- Layer-2 en explosion – Arbitrum, Optimism, Base, zkSync… les rollups captent des volumes et des frais records. Ethereum reste la base incontournable de la DeFi et des applications Web3.
- RWA et tokenisation – BlackRock lui-même, via son fonds BUIDL sur Ethereum, pousse très fort la tokenisation d’actifs du monde réel. Parier sur ETH, c’est indirectement parier sur cette mégatendance.
- ETF spot Ethereum – Lancés avec succès aux États-Unis en 2025, ils offrent désormais une exposition réglementée et liquide, exactement comme pour Bitcoin deux ans plus tôt.
En choisissant l’ETF BlackRock plutôt qu’un autre véhicule, Harvard envoie aussi un signal : confiance dans les plus gros acteurs traditionnels pour structurer l’accès institutionnel aux cryptos.
Que nous apprend ce mouvement sur l’état du marché ?
Les fonds de dotation des grandes universités américaines (Harvard, Yale, Stanford, Princeton…) sont souvent considérés comme des baromètres avancés du sentiment institutionnel. Lorsqu’ils entrent ou sortent d’une classe d’actifs, cela attire l’attention des family offices, des fonds souverains et des assureurs.
Le message envoyé par Harvard en février 2026 pourrait se résumer ainsi :
Les trois grands enseignements :
- Le Bitcoin reste une brique essentielle, mais plus l’unique.
- Ethereum gagne en maturité et en légitimité auprès des très gros capitaux.
- Les ETF spot de BlackRock sont devenus le véhicule d’entrée de référence pour les institutions américaines.
Ce rééquilibrage intervient dans un contexte macroéconomique particulier : inflation américaine en net ralentissement, probables baisses de taux de la Fed en 2026, retour progressif de l’appétit pour le risque après la correction tech de fin 2025. Les conditions semblent donc réunies pour que les altcoins, et particulièrement Ethereum, retrouvent des couleurs relatives face au Bitcoin.
Et les autres universités dans tout ça ?
Harvard n’est pas un cas isolé. Yale avait déjà investi indirectement via des fonds spécialisés dès 2021. Stanford et MIT ont également déclaré des positions crypto via des ETF ou des fonds venture. La différence ? Harvard communique peu, mais quand elle bouge, elle bouge fort et surtout… elle publie ses chiffres.
Son choix d’Ethereum pourrait donc inciter d’autres endowments à réévaluer leur allocation. On surveille particulièrement Brown, Dartmouth et Princeton dans les prochains trimestres.
Perspectives pour Bitcoin et Ethereum à moyen terme
Si l’on extrapole la logique de Harvard, on peut dessiner plusieurs scénarios pour 2026-2027 :
- Scénario 1 – Rotation vers les smart contracts : ETH surperforme BTC sur 12-18 mois grâce au staking, aux L2 et à la tokenisation massive d’actifs réels.
- Scénario 2 – Bitcoin reprend le leadership : un choc macro (récession surprise, crise bancaire) ramène les investisseurs vers la « valeur refuge » BTC et fait repartir le ratio BTC.Dominance au-dessus de 60 %.
- Scénario 3 – Diversification accrue : les institutions commencent à regarder Solana, Sui, Aptos, voire des ETF spot sur d’autres blockchains d’ici 2027-2028.
Quelle que soit l’issue, le mouvement de Harvard rappelle une réalité incontournable : les cryptos ne sont plus un pari spéculatif réservé aux traders retail. Elles deviennent une classe d’actifs à part entière dans les portefeuilles les plus conservateurs du monde.
Conclusion : un signal fort pour toute la filière
En réduisant légèrement son exposition Bitcoin pour ouvrir une position conséquente sur Ethereum, Harvard ne fait pas que rééquilibrer son portefeuille. Elle valide officiellement la maturité de l’écosystème Ethereum auprès des capitaux les plus patients et les plus exigeants de la planète.
Pour les observateurs du marché crypto, c’est un signal fort : la diversification est en marche, même chez ceux qui ont attendu le plus longtemps avant d’entrer. Reste désormais à savoir si d’autres géants suivront la même voie dans les prochains mois… ou si Harvard sera encore une fois en avance sur son temps.
À suivre attentivement dans les prochains 13F de mars 2026.
