Imaginez un instant : nous sommes en février 2026, et soudain, des millions de pages de documents judiciaires sont rendues publiques. Parmi elles, un nom revient sans cesse : Jeffrey Epstein. Oui, celui-là même. Mais ce qui choque aujourd’hui n’est pas seulement son passé criminel. C’est la manière dont il s’est immiscé, dès 2014, au cœur de l’industrie naissante des cryptomonnaies. Une révélation qui oblige toute la communauté à regarder en face un chapitre sombre et longtemps occulté.
Longtemps, les pionniers de la blockchain ont préféré parler d’innovation, de décentralisation, de liberté financière. Pourtant, derrière ces beaux idéaux, certains capitaux provenaient de sources pour le moins troubles. Les Epstein Files, publiés par le Département de la Justice américain, lèvent aujourd’hui le voile sur ces connexions gênantes. Et force est de constater que l’ombre du financier déchu plane sur plusieurs projets phares du secteur.
Quand la crypto croisait la route d’Epstein
En 2014, Bitcoin n’était encore qu’un pari risqué pour quelques idéalistes et spéculateurs. Coinbase venait à peine de sortir de l’ombre, Blockstream cherchait à structurer l’infrastructure du réseau, et la Bitcoin Foundation battait de l’aile. C’est précisément dans ce contexte d’incertitude financière que Jeffrey Epstein a vu une opportunité. Pas seulement spéculative, mais aussi stratégique.
Grâce à son carnet d’adresses impressionnant et à sa fortune, il a su se positionner comme un investisseur providentiel. Mais à quel prix pour l’image et l’éthique de ceux qui ont accepté son argent ?
Coinbase : 3 millions investis, un retour x5
L’une des révélations les plus concrètes concerne l’exchange américain Coinbase. En décembre 2014, Epstein injecte 3 millions de dollars dans la jeune société, alors valorisée autour de 400 millions. L’opération est facilitée par Brock Pierce, figure controversée du milieu, via son véhicule d’investissement Blockchain Capital.
Quelques années plus tard, en 2018, Epstein revend une partie de ses parts pour environ 15 millions de dollars. Un retour sur investissement de plus de 400 % en à peine trois ans. Les documents montrent que Fred Ehrsam, cofondateur de Coinbase, était informé de l’identité de cet investisseur atypique. La question qui fâche : pourquoi personne n’a tiré la sonnette d’alarme à l’époque ?
Accepter l’argent d’Epstein, c’était prendre le risque de salir durablement la réputation d’un projet qui se voulait éthique et disruptif.
Un développeur anonyme de la communauté Bitcoin en 2026
Coinbase n’a pas commenté directement ces révélations en 2026, mais l’affaire ravive de vieilles critiques sur la gouvernance et les investisseurs des premiers tours de table. À l’époque, le secteur avait tellement soif de capitaux qu’il fermait parfois les yeux sur la provenance.
Blockstream et le voyage controversé sur Little Saint James
Blockstream, société créée pour renforcer l’infrastructure Bitcoin (notamment via le Lightning Network et les sidechains), n’échappe pas non plus à ces connexions. Les documents confirment qu’Epstein a investi dans la société, présenté alors comme un limited partner du fonds lié à Joichi Ito du MIT Media Lab.
Plus troublant encore : Adam Back, PDG de Blockstream, et son cofondateur Austin Hill auraient été invités sur l’île privée de Jeffrey Epstein, Little Saint James, en 2014. Adam Back a depuis affirmé avoir coupé tout contact rapidement après cette rencontre, mais la simple évocation de ce voyage a provoqué une vague d’indignation dans la communauté.
Luke Dashjr, contributeur historique de Bitcoin Core, a même publiquement demandé la démission d’Adam Back pour préserver la crédibilité du réseau. Une demande symbolique, mais qui montre à quel point ces révélations ont ébranlé certains acteurs de longue date.
Ce que l’on sait sur les liens Blockstream – Epstein :
- Investissement confirmé via le fonds de Joichi Ito
- Rencontre physique sur l’île Little Saint James en 2014
- Adam Back affirme avoir rompu tout lien rapidement
- Demande publique de démission par certains développeurs
Ces faits, aussi anciens soient-ils, resurgissent aujourd’hui avec une force particulière. Ils interrogent la capacité du secteur à se tenir à l’écart des influences toxiques.
Brock Pierce : au cœur des relations les plus troubles
Si un nom revient constamment dans ces documents, c’est celui de Brock Pierce. Cofondateur de Tether, acteur majeur de la crypto depuis les années 2010, il apparaît comme le principal pont entre Epstein et plusieurs projets.
Les échanges retrouvés ne se limitent pas au business. On y trouve des mentions de « cadeaux », de voyages, et même de relations personnelles. Dans un email de 2017, Epstein se présente presque comme un mentor sentimental pour Pierce, évoquant une femme qualifiée tour à tour de « petite amie » et d’« assistante ».
Une autre rencontre marquante : un rendez-vous dans le townhouse new-yorkais d’Epstein avec Brock Pierce et Larry Summers, ancien président de Harvard et figure influente de l’économie mondiale. Le sujet ? L’avenir du Bitcoin et les risques de réputation liés à la volatilité du marché.
Ces éléments dessinent le portrait d’un réseau d’influence bien plus large que de simples investissements financiers.
MIT Media Lab et financement indirect de Bitcoin Core
Jeffrey Epstein n’a pas seulement investi dans des sociétés privées. Il a également utilisé sa fortune pour influencer le développement technologique de Bitcoin lui-même. Via ses dons au MIT Media Lab (plus de 850 000 $ au total), il a indirectement financé la Digital Currency Initiative.
Environ 525 000 $ ont servi à rémunérer des contributeurs de Bitcoin Core à un moment où la Bitcoin Foundation était en faillite. Les emails montrent qu’Epstein souhaitait peser, au moins indirectement, sur les choix techniques du protocole.
Il voulait comprendre et orienter la technologie. Pas seulement en profiter.
Extrait d’un email d’Epstein à un chercheur du MIT
Cette infiltration dans le cœur même du développement de Bitcoin pose une question fondamentale : jusqu’où l’argent peut-il acheter de l’influence dans un écosystème qui se prétend décentralisé ?
Vitalik, Saylor et les mentions périphériques
Bien que les documents ne montrent aucune implication directe, certains noms célèbres apparaissent en filigrane. Vitalik Buterin est évoqué par une investisseuse proche d’Epstein comme un « jeune talent russe » prometteur. Michael Saylor, lui, est décrit de manière beaucoup moins flatteuse dès 2010 par l’entourage du financier.
Ces mentions, même marginales, suffisent à alimenter les spéculations. Elles rappellent que dans les années 2010, les cercles de pouvoir et d’argent se croisaient plus facilement qu’on ne veut bien l’admettre aujourd’hui.
Une industrie face à son passé
En 2026, la publication de ces archives oblige la communauté crypto à un exercice de mémoire douloureux. Accepter l’argent d’un homme comme Epstein, c’était peut-être survivre à court terme. Mais c’était aussi hypothéquer une partie de la légitimité morale du mouvement.
Aujourd’hui, beaucoup de projets refusent catégoriquement tout fonds provenant de sources douteuses. Les fonds souverains, les ETF, les grandes banques : l’argent institutionnel a changé la donne. Pourtant, les premières années ont été marquées par une porosité inquiétante entre innovation technologique et réseaux d’influence opaques.
- Manque criant de due diligence sur les investisseurs
- Priorité donnée à la croissance plutôt qu’à l’éthique
- Absence de garde-fous collectifs dans une industrie naissante
- Difficulté à refuser des capitaux quand la survie est en jeu
Ces leçons, bien que tardives, restent précieuses. Elles invitent à une vigilance permanente, surtout lorsque l’argent arrive vite et en grosse quantité.
Que retenir de cette affaire en 2026 ?
L’histoire de Jeffrey Epstein dans la crypto n’est pas celle d’un simple opportuniste financier. C’est celle d’un homme qui a su exploiter les failles d’un écosystème jeune, avide de capitaux et encore mal structuré. Il a investi, rencontré, influencé, parfois de manière directe, parfois par des intermédiaires.
Ce passé ne doit pas être effacé, mais compris. Il rappelle que la décentralisation technologique ne garantit pas automatiquement la décentralisation éthique. La transparence forcée de 2026 est une chance : celle de tirer des enseignements pour ne plus jamais répéter les mêmes erreurs.
La crypto a grandi. Elle a maturé. Mais elle porte encore les cicatrices de ses débuts chaotiques. Et aujourd’hui, plus que jamais, elle doit prouver qu’elle peut être à la hauteur de ses promesses originelles : liberté, transparence, et résilience face aux pouvoirs établis… y compris les plus toxiques.
Les Epstein Files ne sont pas seulement un scandale judiciaire. Ils sont un miroir tendu à toute une industrie. À nous de décider ce que nous voulons y voir.
