Imaginez un instant : plus de 94 milliards de dollars en Bitcoin, soigneusement rangés dans les bilans de sociétés cotées en bourse. Ce n’est plus une projection futuriste, c’est la réalité au premier trimestre 2026. Alors que beaucoup considéraient encore récemment le Bitcoin comme un actif spéculatif réservé à une niche d’initiés, les chiffres les plus récents montrent une bascule historique : les entreprises publiques contrôlent désormais plus de 5 % de l’offre totale de BTC jamais créée.
Ce chiffre n’est pas une simple anecdote. Il traduit une transformation profonde du paysage financier mondial. Les conseils d’administration, autrefois réticents ou moqueurs, inscrivent aujourd’hui le Bitcoin comme une composante stratégique de leurs réserves de trésorerie. Retour sur ce séisme silencieux qui redessine les contours du capitalisme moderne.
Une adoption institutionnelle qui s’accélère à une vitesse inédite
Fin 2025, le rapport trimestriel le plus suivi dans l’écosystème crypto tombait : 191 entreprises publiques détenaient collectivement 1,1 million de bitcoins. Cela représente environ 5,25 % des 21 millions de BTC qui existeront jamais. Pour la première fois, le pourcentage d’offre verrouillée par des entités cotées dépasse symboliquement les 5 %. Même si la valorisation totale a reculé de 17 % sur le trimestre à cause d’une correction du marché, le volume de bitcoins accumulés, lui, n’a cessé d’augmenter.
En un seul trimestre, 19 nouvelles sociétés ont rejoint le mouvement. +11 % d’entreprises supplémentaires en trois mois seulement. Ce n’est plus une mode passagère : c’est une tendance lourde qui s’installe durablement dans les stratégies financières des grands groupes.
Les chiffres qui marquent les esprits :
- 1 100 000 BTC détenus par des entreprises cotées
- 94 milliards de dollars de valeur totale (au cours moyen du Q4 2025)
- 191 sociétés impliquées (+11 % en un trimestre)
- 19 nouveaux entrants en trois mois
- 5,25 % de l’offre circulante totale déjà verrouillée
Ces données traduisent une réalité nouvelle : posséder du Bitcoin n’est plus perçu comme une prise de risque excentrique, mais comme une décision rationnelle de diversification et de protection contre l’inflation structurelle des monnaies fiduciaires.
MicroStrategy : le leader incontesté qui fixe le rythme
Au sommet de cette hiérarchie trône toujours MicroStrategy. Sous la houlette visionnaire de Michael Saylor, la société a porté sa position à 672 497 BTC fin 2025. Cela représente à elle seule environ 3,2 % de l’offre maximale de Bitcoin. Un chiffre qui donne le vertige.
« Nous ne vendrons jamais nos bitcoins. Nous continuons d’en acheter chaque fois que les conditions de marché le permettent. Bitcoin est la propriété la plus rare et la plus appréciable de l’histoire humaine. »
Michael Saylor
Derrière ce géant, plusieurs acteurs se détachent nettement et montrent que le mouvement n’est pas concentré sur une seule entreprise.
Le peloton de tête : qui suit MicroStrategy ?
MARA Holdings conserve une place de choix avec 52 850 BTC. La société minière américaine a continué d’accumuler malgré les difficultés du secteur en 2025. Twenty One Capital (cotée NYSE sous le ticker XXI) a fait une entrée remarquée avec un bilan initial de 4 milliards de dollars entièrement libellé en Bitcoin.
De l’autre côté du Pacifique, Metaplanet est devenu le porte-étendard japonais du mouvement. La société a franchi la barre symbolique des 35 000 BTC et attire désormais l’attention des investisseurs asiatiques qui cherchent un proxy localisé sur Bitcoin.
- MicroStrategy : 672 497 BTC
- MARA Holdings : 52 850 BTC
- Twenty One Capital : ~4 milliards $ en BTC
- Metaplanet : +35 000 BTC
Ces quatre noms concentrent déjà une part très significative du total détenu par les entreprises publiques, mais la vraie force du mouvement réside dans sa dispersion croissante.
191 entreprises : la contagion s’étend à tous les secteurs
Ce qui frappe le plus dans ce rapport, c’est la diversité des profils. On ne parle plus uniquement de sociétés minières ou de pure-players crypto. Des groupes industriels, des assureurs, des fonds de placement, des sociétés de logiciels, des holdings familiaux… tous commencent à intégrer le Bitcoin dans leur bilan.
Cette normalisation s’explique par plusieurs facteurs convergents : la maturité perçue de l’actif après plusieurs cycles haussiers, l’arrivée des ETF spot Bitcoin aux États-Unis, la perte de confiance dans les obligations d’État à long terme, et surtout la démonstration concrète par MicroStrategy que la stratégie peut créer de la valeur actionnariale significative sur plusieurs années.
Pourquoi les entreprises achètent-elles du Bitcoin en 2026 ?
- Protection contre la dévaluation monétaire structurelle
- Meilleur actif de réserve à long terme comparé aux liquidités et obligations
- Potentiel de rendement asymétrique sur 4-10 ans
- Signal fort envoyé aux marchés et aux actionnaires
- Stratégie de différenciation par rapport aux concurrents
- Anticipation d’une adoption encore plus massive par les États et les fonds souverains
Le rôle clé des facilitateurs institutionnels
Derrière cette vague d’adoption se trouvent plusieurs acteurs qui ont rendu le Bitcoin « acceptable » aux yeux des directions financières traditionnelles. Bitwise fait partie de ces facilitateurs essentiels. La société a construit une infrastructure de custody, de reporting et de conformité qui permet aux entreprises de justifier comptablement et réglementairement leur exposition au Bitcoin.
Les grands dépositaires qualifiés (qualified custodians), les cabinets d’avocats spécialisés en crypto-actifs, les auditeurs qui acceptent désormais de certifier des bilans contenant du BTC, tous ces intermédiaires ont progressivement levé les barrières qui empêchaient auparavant les grandes entreprises de franchir le pas.
Et demain ? Vers les 10 % d’offre verrouillée d’ici 2028 ?
Si la tendance actuelle se maintient – et rien n’indique aujourd’hui le contraire – les entreprises publiques pourraient détenir entre 8 et 10 % de l’offre totale de Bitcoin d’ici 2028. Cela signifierait que près de la moitié de l’offre minée restante serait déjà promise aux bilans corporatifs avant même d’entrer sur le marché secondaire.
Une telle situation aurait des implications majeures sur la dynamique de prix : réduction structurelle de la liquidité disponible, pression acheteuse permanente des entreprises qui suivent la stratégie de MicroStrategy, et probablement une volatilité moindre à mesure que l’actif devient un élément de bilan banalisé.
« Le Bitcoin n’est plus une expérience marginale. C’est désormais une classe d’actif stratégique pour toute entreprise qui souhaite protéger sa trésorerie sur les 10 à 20 prochaines années. »
Analyste financier anonyme, Q4 2025
Cette évolution pose aussi la question de l’indépendance financière des États-nations. Si les entreprises privées accumulent massivement du Bitcoin, les gouvernements pourraient se sentir obligés de suivre pour ne pas laisser l’essentiel de la nouvelle réserve de valeur mondiale tomber entre des mains privées.
Les contre-arguments et les risques qui persistent
Malgré cet enthousiasme, plusieurs voix s’élèvent encore pour mettre en garde. Les risques réglementaires n’ont pas disparu : une administration hostile, un durcissement fiscal ou une classification défavorable pourraient changer la donne rapidement.
La volatilité reste élevée, même si elle diminue progressivement. Une chute prolongée de 60-70 % comme on en a connu par le passé pourrait mettre en difficulté des entreprises qui ont investi une part trop importante de leur trésorerie dans le BTC.
Enfin, la concentration chez quelques acteurs (MicroStrategy en tête) crée un risque systémique : que se passerait-il si la société phare devait, pour une raison quelconque, liquider une partie significative de sa position ?
Conclusion : le Bitcoin est devenu un actif de bilan comme les autres
En ce début d’année 2026, une chose est claire : le Bitcoin a franchi un cap symbolique et stratégique. Il n’est plus question de « si » les institutions vont adopter massivement l’actif, mais de « quand » et « à quel rythme » elles vont continuer à en accumuler.
Les 191 entreprises qui détiennent aujourd’hui plus de 5 % de l’offre totale ne font que préfigurer ce que sera probablement la norme dans les prochaines années : un monde où le Bitcoin occupe une place centrale dans les réserves de valeur des acteurs économiques les plus puissants de la planète.
La question n’est donc plus de savoir si le Bitcoin survivra. Elle est de savoir qui, parmi les géants mondiaux, sera le prochain à rejoindre officiellement le mouvement. Et surtout, à quel prix pour ceux qui attendent encore trop longtemps avant de se positionner.
Le train de l’adoption institutionnelle est déjà en marche. Et il accélère.
