Imaginez : en une seule journée, 19 milliards de dollars de positions à effet de levier disparaissent dans les abysses du marché crypto. Des liquidations records, une panique généralisée, des utilisateurs furieux pointant du doigt la plus grande plateforme d’échange au monde. Et puis, soudain, la voix calme et assurée de Changpeng Zhao, alias CZ, qui monte au créneau : « Quel crash ? »
Le 30 janvier 2026, lors d’une session AMA en direct sur la plateforme Binance, l’ancien PDG n’a pas mâché ses mots. Les accusations selon lesquelles Binance aurait été le principal déclencheur du cataclysme financier d’octobre 2025 ? Pour lui, c’est tout simplement farfelu. Mais derrière cette réponse tranchée se cache une histoire bien plus complexe, faite de bugs techniques, de milliards compensés, de régulations changeantes et d’un marché qui ne pardonne jamais la moindre faiblesse.
Un octobre noir pour le marché crypto
Retour en arrière. Le 10 octobre 2025, le marché des cryptomonnaies a vécu l’une de ses journées les plus violentes depuis sa création il y a seize ans. En quelques heures seulement, environ 19 milliards de dollars de positions leveraged ont été liquidées. Un record absolu. Bitcoin, Ethereum, Solana, XRP… aucun actif majeur n’a été épargné.
Les forums, les groupes Telegram, les fils Twitter (ou X) se sont remplis de captures d’écran montrant des erreurs 500, des prix erronés, des ordres qui ne passaient pas, des soldes qui fondaient comme neige au soleil. Très vite, un nom revenait en boucle : Binance. La plateforme, qui détient toujours la plus grosse part de marché spot et dérivés, était accusée d’avoir amplifié la chute par des défaillances techniques majeures.
Mais était-ce vraiment la faute exclusive de Binance ? Ou le marché cherchait-il simplement un bouc émissaire ?
Les faits : que s’est-il réellement passé le 10 octobre 2025 ?
Ce jour-là, une combinaison toxique s’est produite :
- Une forte hausse préalable des taux d’intérêt sur les marchés traditionnels
- Une cascade de nouvelles macroéconomiques négatives (dont une annonce surprise de la Fed)
- Une surchauffe évidente des positions long sur de nombreux altcoins
- Et oui… des problèmes techniques généralisés sur plusieurs exchanges centralisés
Binance n’a pas été la seule touchée. OKX, Bybit, KuCoin, Gate.io… tous ont rapporté des incidents plus ou moins graves. Mais comme souvent, c’est le géant qui prend le plus de coups.
« Les accusations selon lesquelles Binance aurait causé le crash sont très éloignées de la réalité. Le marché entier a bougé. Nous n’étions pas seuls dans cette tempête. »
Changpeng Zhao – AMA Binance, 30 janvier 2026
CZ a insisté sur un point clé : les problèmes rencontrés par les utilisateurs ont été identifiés et corrigés dans les heures qui ont suivi. Mieux encore : Binance a déboursé environ 600 millions de dollars pour indemniser les utilisateurs et les projets impactés. Un geste rare dans l’industrie.
CZ : « Nous avons agi, les autres ont parlé »
L’ancien patron de Binance n’a pas hésité à tacler implicitement la concurrence. Là où certains exchanges ont préféré le silence ou les excuses minimalistes, Binance a sorti le chéquier. 600 millions, ce n’est pas rien. Cela représente une vraie prise de responsabilité, même si certains y voient aussi une opération de communication bien huilée.
Mais au-delà de l’aspect financier, CZ a tenu à rappeler le contexte réglementaire actuel de Binance :
Binance aujourd’hui, c’est :
- Une régulation complète à Abu Dhabi
- Un monitoring toujours actif par les autorités américaines
- Un PDG qui a obtenu une grâce présidentielle de Donald Trump en 2025
- Et des négociations très avancées pour faire retirer totalement l’obligation de moniteur de conformité
Autant d’éléments qui, selon CZ, prouvent que Binance n’est plus l’entité « sauvage » que certains décrivent encore. La plateforme aurait même pris des mesures supplémentaires après octobre 2025 pour renforcer la résilience de ses systèmes.
Pourquoi tant de haine envers Binance ?
Il faut le reconnaître : Binance cristallise les passions. Leader incontesté depuis des années, elle concentre plus de 50 % du volume spot mondial et une part énorme des dérivés. Quand le marché tousse, Binance éternue le plus fort. Et quand il s’effondre, tout le monde regarde d’abord vers elle.
À cela s’ajoute l’histoire personnelle de CZ : condamné aux États-Unis en 2023, parti en prison quelques mois, puis gracié en 2025 par Trump. Un parcours hors norme qui continue de diviser la communauté crypto. Pour les uns, c’est un génie visionnaire. Pour les autres, un opportuniste qui a trop souvent joué avec le feu réglementaire.
Dans ce contexte, accuser Binance d’avoir provoqué le crash d’octobre devient presque un réflexe pavlovien pour certains observateurs et influenceurs.
Et si le vrai problème était… le levier ?
Plutôt que de pointer du doigt une plateforme en particulier, certains analystes préfèrent regarder le problème sous un autre angle : l’abus d’effet de levier.
En octobre 2025, le marché était particulièrement surchauffé sur les contrats perpétuels. Des leviers x50, x100, parfois x125 étaient monnaie courante sur de nombreux altcoins. Quand la première vague de ventes arrive, les liquidations automatiques s’enchaînent comme des dominos. Et plus le levier est élevé, plus la chute est violente.
- Liquidations cumulées : 19 milliards $ en 24h
- Pic de liquidations sur BTC : environ 4,8 milliards $
- Pic sur ETH : environ 3,1 milliards $
- Altcoins les plus touchés : SOL, XRP, DOGE, SHIB
Ces chiffres montrent bien que le phénomène était systémique. Binance a pu aggraver localement certains mouvements par des problèmes techniques, mais elle n’a clairement pas créé la tempête à elle seule.
Les leçons d’un crash historique
Octobre 2025 restera gravé dans les mémoires comme un tournant. Pas seulement à cause du montant astronomique des liquidations, mais parce qu’il a révélé plusieurs failles structurelles du marché crypto moderne :
- La dépendance excessive aux exchanges centralisés pour la liquidité
- Les limites de la transparence des données de financement et d’open interest
- La nécessité d’une meilleure coordination entre les plateformes lors des stress tests extrêmes
- Et surtout, le danger toujours présent de l’effet de levier non maîtrisé
Binance a payé le prix fort en termes d’image, mais elle a aussi démontré une capacité de réaction financière que peu d’autres acteurs peuvent égaler.
Vers une normalisation du secteur ?
Depuis 2025, le paysage crypto a beaucoup changé. Les grandes plateformes sont désormais sous surveillance accrue. Les pardons présidentiels, les régulations à Abu Dhabi, Dubaï, Singapour ou ailleurs, les partenariats avec des banques traditionnelles… tout cela dessine un futur où le « Far West » crypto appartient de plus en plus au passé.
Mais cette normalisation a un coût : moins de liberté, plus de KYC, des frais plus élevés, des produits dérivés moins accessibles aux petits porteurs. Le prix à payer pour éviter de nouveaux « black octobers » ? Beaucoup d’utilisateurs historiques répondent oui. D’autres regrettent déjà l’époque où tout semblait possible.
« Le marché crypto n’est plus celui de 2017 ou 2021. Il grandit, il mûrit… et il devient plus ennuyeux. Mais aussi plus sûr. »
Un trader anonyme – janvier 2026
CZ lui-même semble avoir intégré cette nouvelle réalité. Moins provocateur qu’avant, plus institutionnel, il continue pourtant de défendre farouchement l’héritage de Binance : rapidité, innovation, volume. Même si cela signifie parfois encaisser les critiques les plus virulentes.
Que retenir pour les mois à venir ?
Le marché crypto reste extrêmement volatile. Les cycles haussiers et baissiers s’enchaînent toujours aussi vite. Mais plusieurs éléments ont changé depuis octobre 2025 :
- Les exchanges ont renforcé leurs systèmes de stress-test
- Certains ont limité les leviers maximums (x50 au lieu de x125 sur certains actifs)
- La communauté est devenue plus méfiante vis-à-vis des positions très levierées
- Binance reste numéro 1… mais avec une surveillance accrue
Pour les investisseurs, le message est clair : la prudence n’est plus une option, c’est une obligation. Diversification, gestion stricte du risque, compréhension des mécanismes de liquidation… les bases n’ont jamais été aussi importantes.
Quant à CZ, il a beau dire « quel crash ? », les 19 milliards envolés en une journée resteront dans les annales. Et Binance, qu’on le veuille ou non, restera au centre des débats encore longtemps.
Le marché a survécu. Il a même repris des couleurs depuis. Mais la cicatrice est là. Et elle rappelle à tous que même le géant peut trembler quand la tempête est trop forte.
Maintenant, à vous de jouer : croyez-vous CZ quand il parle d’un simple « malentendu amplifié » ? Ou pensez-vous que Binance porte une part de responsabilité plus importante qu’il ne veut l’admettre ?
Le débat est lancé. Et il ne fait que commencer.
