Imaginez un instant : des milliards de dollars en cryptomonnaies saisies par la justice américaine, confiées à un prestataire privé, et soudain, plus de 40 millions disparaissent mystérieusement des portefeuilles officiels. Ce n’est pas le scénario d’un film d’espionnage, mais bien une affaire bien réelle qui secoue actuellement le monde crypto et les institutions fédérales des États-Unis.
Ce scandale, révélé au grand jour grâce au travail acharné d’un enquêteur on-chain légendaire, met en lumière des failles de sécurité inimaginables au cœur même de l’appareil d’État américain. Comment un tel vol a-t-il pu se produire ? Et surtout, qui en est à l’origine ?
Un vol massif révélé par une simple erreur d’ego
Tout commence sur Telegram, dans un groupe privé où des utilisateurs se livrent à des concours d’ego bien connus dans la communauté crypto : le fameux « band-for-band », où chacun affiche sa fortune pour impressionner les autres. C’est dans ce contexte que l’individu pseudonyme « Lick » décide de partager son écran pour prouver qu’il possède l’un des portefeuilles les plus garnis.
Malheureusement pour lui, ce geste d’orgueil va se retourner contre lui de la plus spectaculaire des manières. Un observateur attentif remarque immédiatement quelque chose d’anormal : l’adresse affichée est liée à un wallet Exodus contenant plusieurs millions de dollars en cryptomonnaies. Mais ce n’est pas tout.
« Quand l’ego rencontre la blockchain, la transparence devient une arme à double tranchant. »
Un analyste crypto anonyme
L’enquêteur on-chain ZachXBT, connu pour ses investigations implacables, s’empare immédiatement de cette information. En remontant patiemment la piste des transactions, il établit un lien direct avec des adresses appartenant au gouvernement américain, plus précisément à des fonds saisis lors du célèbre hack de Bitfinex en 2016.
Les premières traces du vol
Les investigations révèlent que dès octobre 2024, environ 20 millions de dollars avaient déjà été transférés hors des portefeuilles officiels. Une grande partie de ces fonds a été restituée dans les 24 heures suivant la découverte, probablement sous la pression des autorités ou par peur d’être tracés. Cependant, près de 700 000 dollars ont définitivement disparu après passage par des plateformes d’échange instantanées.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au total, le réseau lié à « Lick » serait responsable du mouvement suspect de plus de 90 millions de dollars, dont une grande partie provenant directement des réserves de l’État américain.
Les chiffres clés de l’affaire :
- Plus de 40 millions de dollars volés directement des portefeuilles gouvernementaux
- Environ 20 millions transférés en octobre 2024
- 700 000 dollars définitivement perdus via des exchanges instantanés
- Plus de 90 millions de mouvements suspects liés au même réseau
L’identité derrière le pseudonyme « Lick »
Grâce à une analyse minutieuse des transactions et des connexions on-chain, ZachXBT parvient à identifier formellement « Lick » : il s’agit de John Daghita, un jeune homme dont le père, Dean Daghita, n’est autre que le président de Command Services & Support (CMDSS), l’entreprise choisie par les U.S. Marshals Service pour gérer et liquider les cryptomonnaies saisies par la justice fédérale.
CMDSS a remporté en octobre 2024 un contrat crucial avec les U.S. Marshals pour la garde et la vente des actifs numériques confisqués. Cette position stratégique donnait potentiellement accès à des informations sensibles et à des clés privées ultra-sécurisées.
Un contrat déjà controversé
Le choix de CMDSS n’a pas fait l’unanimité dès le départ. Dès 2024, l’entreprise concurrente Wave Digital Assets avait déposé une plainte formelle, arguant que CMDSS ne disposait pas des licences nécessaires (notamment auprès de la SEC et de FINRA) pour gérer de tels volumes d’actifs. Des soupçons de conflits d’intérêts impliquant d’anciens responsables gouvernementaux avaient également été évoqués.
Ces critiques, qui semblaient alors relever de la simple concurrence commerciale, prennent aujourd’hui une tout autre dimension à la lumière des révélations de ZachXBT.
« Confier la garde de milliards en cryptos à une entreprise privée sans les qualifications adéquates était déjà risqué. Découvrir qu’un proche du dirigeant aurait pu avoir accès aux fonds est catastrophique. »
Expert en cybersécurité blockchain
Les failles structurelles de la gestion crypto gouvernementale
Cette affaire met cruellement en évidence les lacunes persistantes dans la gestion des actifs numériques par les autorités américaines. Un rapport publié en février 2025 révélait déjà que les U.S. Marshals Service étaient incapables de fournir une estimation précise de leurs avoirs en Bitcoin.
Les autorités s’appuyaient alors sur des feuilles de calcul rudimentaires, sans aucun système d’inventaire rigoureux ni de contrôles internes efficaces. Dans un contexte où des milliards de dollars sont en jeu, cette gestion archaïque apparaît aujourd’hui comme une bombe à retardement.
Les problèmes structurels identifiés :
- Absence de système d’inventaire moderne
- Utilisation de tableurs Excel pour suivre des milliards
- Manque de protocoles de sécurité multi-signatures stricts
- Contrôles internes insuffisants sur les accès privilégiés
- Dépendance excessive à des prestataires privés
Les implications pour la confiance institutionnelle
Au-delà du vol financier, c’est toute la crédibilité des institutions américaines dans la gestion des actifs numériques qui est remise en question. Alors que les États-Unis se positionnent comme leaders mondiaux dans la régulation crypto, cette affaire démontre que même les autorités fédérales peinent à sécuriser correctement leurs propres fonds.
Le fait que la menace principale provienne non pas d’un hacker externe sophistiqué, mais d’un accès privilégié interne, est particulièrement préoccupant. Cela soulève des questions fondamentales sur la gouvernance, les conflits d’intérêts et la séparation des pouvoirs dans la gestion des actifs saisis.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Pour l’instant, aucune poursuite officielle n’a été engagée contre John Daghita, mais les révélations de ZachXBT ont déjà déclenché une onde de choc dans les milieux crypto et institutionnels. Les autorités américaines se retrouvent dans une position délicate : elles doivent à la fois enquêter sur cette affaire tout en continuant à gérer des milliards en cryptos saisies.
Cette affaire pourrait accélérer plusieurs évolutions majeures :
- Une refonte complète des protocoles de garde institutionnelle
- Des exigences plus strictes pour les prestataires privés
- Une meilleure séparation entre les acteurs publics et privés
- L’adoption généralisée de solutions de sécurité multi-signatures
- Une surveillance accrue des accès privilégiés
Le scandale pourrait également avoir des répercussions politiques. Dans un contexte où la régulation crypto fait l’objet de débats passionnés à Washington, cette affaire fournit des arguments puissants à ceux qui militent pour une plus grande centralisation ou, au contraire, pour une décentralisation accrue des actifs numériques gouvernementaux.
Leçons à retenir pour le secteur crypto
Cette affaire rappelle brutalement une vérité fondamentale : même les institutions les plus puissantes du monde ne sont pas à l’abri des failles humaines. La blockchain offre une transparence sans précédent, mais elle exige aussi une discipline de fer dans la gestion des clés privées et des accès.
Pour les investisseurs individuels, l’histoire est claire : ne jamais sous-estimer l’importance de la sécurité personnelle. Utiliser des wallets hardware, activer l’authentification à deux facteurs, et surtout, ne jamais partager ses clés privées ou ses seed phrases.
« La blockchain ne pardonne pas les erreurs humaines. Elle les expose simplement au grand jour. »
ZachXBT
Pour les institutions et les gouvernements, la leçon est encore plus sévère : dans le monde crypto, la confiance se gagne par la transparence et la sécurité irréprochable. Toute faille, même minime, peut avoir des conséquences catastrophiques.
Vers une refonte de la garde institutionnelle ?
Face à ce scandale, de nombreux experts appellent à une refonte complète des systèmes de garde des actifs numériques saisis. Parmi les solutions envisagées :
- Utilisation systématique de portefeuilles multi-signatures avec des clés réparties entre plusieurs entités indépendantes
- Mise en place de systèmes de monitoring en temps réel des mouvements de fonds
- Audits réguliers et indépendants des prestataires
- Formation renforcée des personnels ayant accès aux clés privées
- Création d’une agence dédiée à la gestion sécurisée des cryptos saisies
Ces mesures, si elles étaient adoptées, pourraient non seulement prévenir de futurs scandales, mais aussi servir de modèle pour d’autres juridictions confrontées à la gestion croissante d’actifs numériques confisqués.
Conclusion : un tournant pour la crypto institutionnelle
L’affaire John Daghita et le scandale des 40 millions volés aux U.S. Marshals marque probablement un tournant dans la manière dont les gouvernements gèrent les cryptomonnaies. Elle démontre que même les institutions les plus puissantes ne sont pas immunisées contre les risques internes et que la transparence offerte par la blockchain peut se retourner contre ceux qui ne respectent pas les règles les plus élémentaires de sécurité.
Alors que le secteur crypto continue de mûrir et d’attirer de plus en plus d’acteurs institutionnels, cette affaire rappelle une vérité essentielle : dans le monde des actifs numériques, la sécurité n’est jamais un acquis. Elle doit être reconstruite chaque jour, avec vigilance et rigueur.
Le dernier mot reviendra sans doute aux autorités américaines. Leur réaction à ce scandale déterminera en grande partie la confiance que les acteurs du marché crypto leur accorderont à l’avenir.
Une chose est sûre : dans l’univers impitoyable de la blockchain, même les plus puissants peuvent tomber. Et quand ils tombent, tout le monde regarde.
