Imaginez un matin ordinaire où vous découvrez que votre banque, celle qui gère vos comptes depuis plus de vingt ans, a décidé unilatéralement de tout fermer. Pas d’avertissement, pas d’explication détaillée, juste un mail froid et une porte désormais close. C’est exactement ce qui est arrivé à Donald Trump en 2021 avec JPMorgan Chase. Aujourd’hui, en pleine présidence 2025-2029, l’ancien et actuel président des États-Unis contre-attaque avec une plainte retentissante réclamant cinq milliards de dollars de dommages et intérêts.
Cette affaire dépasse largement le cadre d’un simple différend entre un client fortuné et une mégabanque. Elle touche à des questions profondes : liberté d’expression, politisation du système bancaire, discrimination idéologique et, indirectement, l’avenir des acteurs du secteur crypto aux États-Unis.
Une fermeture de comptes aux relents politiques
En 2021, alors que Donald Trump venait de quitter la Maison Blanche dans un climat extrêmement tendu, plusieurs grandes institutions financières ont pris des décisions radicales à son encontre. Parmi elles, JPMorgan Chase a fermé les comptes personnels et professionnels de l’ancien président ainsi que ceux de plusieurs de ses entités. La banque n’a jamais publiquement détaillé les motifs précis, se contentant d’évoquer des « raisons internes » et des « politiques de gestion des risques ».
Pour les avocats de Trump, ces explications sont intenables. La plainte déposée le 22 janvier 2026 devant le tribunal de l’État de Floride à Miami affirme sans détour que la fermeture résulte de motivations politiques et sociales. Elle accuse explicitement la banque et son PDG Jamie Dimon d’avoir cédé à la pression du climat politique de l’époque – le tout début du mandat Biden – pour se distancier d’un personnage jugé trop controversé.
JPMorgan a violé ses propres engagements d’intégrité et de conduite éthique en fermant unilatéralement, sans avertissement ni recours, les comptes d’un client de longue date uniquement en raison de ses opinions politiques conservatrices.
Extrait de la plainte déposée par Alejandro Brito
Le document judiciaire va même plus loin en qualifiant certaines positions de la banque de « croyances woke infondées ». Selon les plaignants, la direction de JPMorgan aurait estimé que le contexte politique permettait une telle décision sans risque majeur de représailles.
Le débanking : une pratique qui se répand
Ce que les médias anglo-saxons appellent debanking – littéralement « débancarisation » – n’est pas un phénomène isolé touchant uniquement des personnalités politiques de premier plan. Au cours des années 2021 à 2024, de nombreux acteurs du secteur crypto, des militants conservateurs, des organisations pro-vie ou pro-armes, et même certains journalistes indépendants ont rapporté des fermetures soudaines de comptes sans justification claire.
Parmi les cas les plus médiatisés :
- Plusieurs plateformes crypto américaines se sont vu refuser ou fermer des comptes de trésorerie d’entreprise par des banques nationales.
- Des processeurs de paiement spécialisés dans les dons politiques conservateurs ont perdu leurs relations bancaires du jour au lendemain.
- Des influenceurs et créateurs de contenu jugés « controversés » ont vu leurs comptes personnels et professionnels gelés.
Ces pratiques soulèvent une question fondamentale : une banque commerciale peut-elle refuser ou résilier une relation client en fonction des opinions politiques exprimées publiquement par celui-ci ? La réponse juridique reste floue, mais l’affaire Trump pourrait créer un précédent majeur.
Ce que dit la loi américaine sur le debanking
- Les banques privées ne sont pas obligées d’accepter n’importe quel client.
- Elles doivent cependant respecter les lois anti-discrimination (race, religion, sexe…).
- La discrimination politique n’est pas explicitement protégée au niveau fédéral.
- Certains États ont commencé à adopter des lois spécifiques interdisant le debanking pour motifs idéologiques.
Cinq milliards de dollars : une demande hors normes
La somme réclamée – cinq milliards de dollars – peut paraître astronomique. Elle se décompose en plusieurs chefs de préjudice selon les avocats de Trump :
- Préjudice financier direct lié à la perte d’accès aux services bancaires.
- Préjudice réputationnel considérable pour une personnalité publique.
- Dommages punitifs destinés à sanctionner des pratiques jugées particulièrement graves.
- Impact sur les entités commerciales affiliées (Trump Organization et autres).
Les plaignants accusent également JPMorgan de diffamation commerciale et de pratiques commerciales déloyales et trompeuses. Ils pointent du doigt le code de conduite interne de la banque qui promet « le plus haut niveau d’intégrité et de conduite éthique », promesse selon eux trahie par cette fermeture arbitraire.
La demande de procès devant jury est également significative : les jurys populaires américains ont parfois tendance à accorder des dommages punitifs très élevés dans les affaires où un puissant acteur économique est perçu comme ayant abusé de sa position.
Un lien direct avec la politique crypto de Trump
Si cette affaire fait autant de bruit dans la communauté crypto, c’est parce qu’elle s’inscrit dans un contexte plus large. Durant le premier mandat Biden, de nombreuses entreprises et fondations crypto se sont plaintes d’un « debanking systématique » orchestré ou du moins toléré par les autorités fédérales et encouragé par certaines grandes banques.
Des cadres de Coinbase, Kraken, Circle et d’autres sociétés ont témoigné devant le Congrès que leurs partenaires bancaires résiliaient brutalement leurs relations sous prétexte de « risques de conformité » alors même que leurs entreprises étaient dûment enregistrées et régulées.
Nous étions en règle, nous avions des comptes audités, des licences… et pourtant les banques fermaient nos comptes les unes après les autres sans explication valable.
Ancien dirigeant d’une plateforme crypto américaine, audition au Congrès 2023
Donald Trump, sensibilisé à cette problématique par sa propre expérience, a fait de la fin du debanking arbitraire l’une de ses priorités dès les premiers mois de son second mandat. Dès l’été 2025, un décret présidentiel a été signé pour protéger les entreprises crypto contre les fermetures discriminatoires de comptes bancaires.
Ce texte impose notamment aux banques bénéficiant de garanties fédérales ou opérant sous supervision fédérale de motiver clairement toute résiliation de relation commerciale et offre un droit de recours accéléré aux entreprises concernées.
Jamie Dimon dans la tourmente
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan depuis 2005, est l’une des figures les plus influentes de Wall Street. Connu pour ses positions souvent tranchées sur la régulation financière, il avait multiplié les déclarations très critiques envers Bitcoin et les cryptomonnaies entre 2017 et 2023, allant jusqu’à dire qu’il licencierait immédiatement tout employé tradant du Bitcoin « pour stupidité ».
S’il a depuis modéré son discours – JPMorgan a lancé son propre stablecoin JPM Coin et propose des services crypto à ses clients institutionnels – son image reste associée à une certaine hostilité initiale envers l’écosystème décentralisé.
La plainte de Trump le vise personnellement, affirmant qu’il a directement validé ou du moins laissé faire la fermeture des comptes pour des raisons politiques. Une accusation lourde qui pourrait ternir durablement la réputation du banquier le plus puissant du monde.
Quelles conséquences possibles pour le secteur bancaire ?
Si Donald Trump et ses sociétés obtiennent gain de cause, même partiel, plusieurs scénarios se dessinent :
- Les banques pourraient devenir plus prudentes avant de fermer des comptes pour des motifs qui pourraient être interprétés comme idéologiques.
- Une jurisprudence forte pourrait encourager d’autres personnalités ou entreprises discriminées à porter plainte.
- Certains États républicains pourraient accélérer l’adoption de lois anti-debanking encore plus protectrices.
- Les fintechs et néobanques crypto-friendly pourraient gagner en attractivité.
À l’inverse, une victoire de JPMorgan renforcerait la liberté contractuelle des banques et leur droit de choisir leurs clients, même pour des raisons qui peuvent paraître subjectives ou politiques aux yeux du grand public.
Le regard de la communauté crypto
Dans les cercles crypto, les réactions sont contrastées mais globalement favorables à la démarche de Trump. Beaucoup y voient une forme de revanche symbolique contre les années de « guerre aux cryptos » menées sous l’administration Biden.
Certains maximalistes Bitcoin vont même jusqu’à parler de « karma » : après avoir subi le debanking, Trump utilise aujourd’hui son pouvoir pour protéger l’écosystème qui lui a offert refuge financier lorsque les banques traditionnelles lui tournaient le dos.
D’autres, plus mesurés, rappellent que la solution idéale ne serait pas un système bancaire politisé dans l’autre sens, mais un véritable droit fondamental à l’accès aux services financiers, indépendamment des opinions politiques.
Les trois scénarios les plus probables pour l’issue judiciaire
- Transaction confidentielle – JPMorgan préfère payer une somme importante en échange d’un accord amiable et d’une clause de confidentialité.
- Victoire partielle de Trump – Le jury condamne la banque pour pratiques déloyales mais réduit fortement le montant des dommages.
- Victoire de JPMorgan – La banque démontre que la fermeture était justifiée par des motifs de conformité et de gestion des risques, indépendamment de toute considération politique.
Vers une politisation accrue du système bancaire ?
Quelle que soit l’issue judiciaire, cette affaire pose une question de société majeure : jusqu’où les institutions financières privées peuvent-elles aller dans la traduction de leurs valeurs ou de leurs craintes dans leurs décisions commerciales ?
La liberté contractuelle est un pilier du système américain, mais elle entre en tension avec le principe d’égalité d’accès aux services financiers essentiels dans une économie moderne. Le débat dépasse largement le cas Trump et touche à la nature même du pouvoir des grandes banques dans la société contemporaine.
Pour beaucoup d’observateurs, l’ironie est totale : un président qui a souvent critiqué le « deep state » et les élites financières se retrouve aujourd’hui à utiliser le système judiciaire contre l’une des banques les plus puissantes du pays, dans une affaire qui pourrait paradoxalement renforcer les protections des acteurs crypto qu’il soutient activement depuis son retour au pouvoir.
Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce riche en rebondissements judiciaires et politiques autour de cette plainte hors normes. Les audiences préliminaires devraient débuter dans les prochains mois, et la communauté crypto suivra cela de très près.
Car au-delà du clash Trump vs Dimon, c’est potentiellement tout l’équilibre entre finance traditionnelle et finance décentralisée qui est en train de se jouer dans les tribunaux américains.
À suivre… de très près.
