Imaginez disparaître du jour au lendemain avec des milliards de dollars escroqués à des centaines de milliers de personnes à travers le monde. C’est exactement ce qu’a réussi à faire Ruja Ignatova en 2017. Surnommée la Cryptoqueen, cette femme d’affaires bulgare a orchestré l’une des plus grandes arnaques de l’histoire des cryptomonnaies : OneCoin. Près de dix ans plus tard, la justice continue de traquer les traces de son immense fortune. Le 21 janvier 2026, une nouvelle saisie spectaculaire vient de rappeler que l’affaire est loin d’être close.
Dans les îles anglo-normandes, à Guernesey précisément, la Cour Royale a ordonné la confiscation de 12 millions de dollars directement liés à la fondatrice en fuite. Une somme qui provient de la vente de biens immobiliers dissimulés derrière des sociétés-écrans. Mais comment une escroquerie aussi énorme a-t-elle pu voir le jour ? Et surtout, pourquoi Ruja Ignatova reste-t-elle introuvable malgré une prime de 5 millions de dollars offerte par le FBI ?
L’incroyable saga de la Cryptoqueen et du scandale OneCoin
Pour comprendre l’ampleur de cette affaire, il faut remonter à l’automne 2014. À cette époque, Bitcoin commence à sortir de l’ombre et attire les premiers investisseurs curieux. C’est dans ce contexte que Ruja Ignatova, docteure en chimie reconvertie en entrepreneuse, lance OneCoin en promettant une révolution comparable à celle de Satoshi Nakamoto.
Mais derrière les belles promesses se cache une réalité bien différente. OneCoin n’a jamais possédé de blockchain réelle. Les « cryptomonnaies » vendues n’étaient que des lignes dans une base de données privée contrôlée par l’équipe dirigeante. Un schéma pyramidal pur et simple, déguisé en opportunité crypto.
Les promesses irréalistes qui ont séduit des millions de personnes :
- Gains garantis de 200 à 800 % en quelques mois
- Formation « excellente » incluse dans les packs d’achat
- Possibilité de devenir « millionnaire crypto » sans connaissance technique
- Comparaison constante avec Bitcoin pour créer un effet FOMO
Le système fonctionnait sur le recrutement : plus vous recrutiez, plus vous gagniez de commissions. Un modèle qui a permis à OneCoin de lever environ 4 milliards de dollars selon les estimations les plus prudentes, et potentiellement beaucoup plus selon certaines sources judiciaires.
Comment fonctionnait réellement le système OneCoin ?
Les investisseurs achetaient des « packages éducatifs » à des prix allant de quelques centaines à plus de 100 000 euros. Chaque package incluait un certain nombre de « OneCoins » virtuels. Plus le package était cher, plus les promesses de rendement étaient élevées.
Mais ces jetons n’étaient échangeables nulle part. Impossible de les vendre sur un exchange, impossible de les transférer librement. La seule façon de récupérer de l’argent était de recruter d’autres investisseurs. Un schéma pyramidal classique, condamné dans presque tous les pays du monde.
OneCoin n’était pas une cryptomonnaie. C’était une escroquerie pyramidale portant le masque d’une innovation technologique.
Juge américain lors du procès de Karl Sebastian Greenwood, co-fondateur
Pour maintenir l’illusion, l’équipe de Ruja Ignatova organisait des événements somptueux dans des lieux prestigieux : yachts, hôtels 5 étoiles, conférences grandioses. La fondatrice se présentait comme une visionnaire, posant avec des célébrités et affichant un luxe ostentatoire.
La disparition mystérieuse de Ruja Ignatova
En octobre 2017, alors que plusieurs régulateurs commencent à enquêter sérieusement et que des plaintes affluent, Ruja Ignatova participe à une dernière conférence à Lisbonne. Elle monte sur scène, prononce un discours triomphant, puis disparaît littéralement des radars.
Depuis cette date, aucune trace officielle. Son passeport n’a plus été utilisé, ses comptes bancaires principaux ont été gelés, mais une partie de sa fortune continue d’être découverte au compte-gouttes par les autorités.
Les différentes théories sur sa disparition :
- Assassinée par la mafia bulgare ou russe (théorie populaire en 2018-2019)
- Installée en Afrique du Sud sous une nouvelle identité (hypothèse privilégiée actuellement)
- Vivant recluse dans un pays sans accord d’extradition avec les États-Unis
- Ayant subi une chirurgie esthétique importante pour ne pas être reconnue
Le FBI l’a placée sur sa liste des Ten Most Wanted Fugitives en 2022, une première pour une affaire liée aux cryptomonnaies. Une récompense de 5 millions de dollars est toujours offerte pour toute information permettant son arrestation.
La saisie récente à Guernesey : un nouveau coup dur
Le 21 janvier 2026 marque une nouvelle étape dans la traque internationale. La justice de Guernesey, juridiction financière offshore bien connue, a ordonné la confiscation de 12 millions de dollars (environ 9 millions de livres sterling plus intérêts) provenant de la vente de deux propriétés luxueuses.
Ces biens appartenaient à des sociétés guernésiennes contrôlées indirectement par Ruja Ignatova. Les avoirs étaient gelés depuis novembre 2021, mais la vente forcée a finalement permis de récupérer ces fonds pour les victimes potentielles ou pour les autorités.
L’argent transitait initialement par un compte à la banque RBS International au nom de la société Aquitaine Group Limited, une coquille vide typique des montages offshore sophistiqués.
Les autres co-accusés et l’état actuel des procès
Si Ruja Ignatova reste introuvable, plusieurs de ses proches collaborateurs ont été jugés :
- Karl Sebastian Greenwood : condamné à 20 ans de prison aux États-Unis en 2023
- Constantin Ignatov (frère de Ruja) : a plaidé coupable et coopéré avec la justice américaine
- Iris Frieser : ancienne responsable marketing, également condamnée
Les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, la Bulgarie et plusieurs autres pays ont lancé des enquêtes parallèles. Des saisies immobilières ont eu lieu à Sofia, Dubaï, et dans plusieurs capitales européennes.
OneCoin : un avertissement toujours d’actualité en 2026
Malgré l’éclatement du scandale il y a presque une décennie, des schémas similaires continuent d’émerger. Les promesses de rendements garantis, les ponzi déguisés en DeFi, les « formations exclusives » payantes… Les ingrédients restent souvent les mêmes.
Dans le monde crypto, si quelqu’un vous promet des rendements garantis sans risque, fuyez. C’est presque toujours une arnaque.
Ancien investisseur OneCoin devenu lanceur d’alerte
Les autorités financières du monde entier ont renforcé leurs campagnes de sensibilisation. En Europe, la réglementation MiCA vise notamment à mieux protéger les investisseurs contre ce type de fraude. Aux États-Unis, la SEC et le FBI intensifient leurs opérations contre les scams crypto.
Que reste-t-il à découvrir sur la fortune de la Cryptoqueen ?
Les experts estiment que plusieurs centaines de millions, voire plus d’un milliard de dollars, pourraient encore être dissimulés via des trusts complexes, des sociétés offshore, des wallets anonymes ou des investissements dans l’immobilier de luxe.
Chaque nouvelle saisie, comme celle de Guernesey en 2026, réduit un peu plus le trésor de guerre de Ruja Ignatova et augmente les chances qu’elle commette une erreur fatale en essayant de déplacer ses fonds restants.
L’histoire de la Cryptoqueen n’est pas terminée. Elle continue de fasciner autant qu’elle effraie. Elle rappelle surtout une vérité fondamentale dans l’univers crypto : derrière les promesses extraordinaires se cachent parfois les pires cauchemars financiers.
Et vous, pensez-vous que Ruja Ignatova finira un jour devant un tribunal ? Ou restera-t-elle à jamais la fugitive la plus riche et la plus recherchée de l’histoire des cryptomonnaies ?
L’avenir nous le dira. En attendant, les autorités du monde entier continuent de suivre la piste, saisie après saisie, pays après pays.
