Imaginez un instant : deux actifs que le monde entier considère comme des refuges ultimes face à l’incertitude économique. D’un côté, l’or, ce métal jaune vénéré depuis des millénaires. De l’autre, Bitcoin, cette invention numérique née il y a seulement seize ans. Lequel des deux mérite vraiment le titre de « rareté absolue » en 2026 ? Cathie Wood, figure incontestée de l’investissement innovant, a déjà tranché. Et sa réponse fait débat.
Dans son dernier rapport publié le 15 janvier 2026, la fondatrice et CEO d’ARK Invest ne mâche pas ses mots : pour elle, Bitcoin surclasse l’or quand on parle de rareté véritable. Une affirmation qui peut sembler provocante quand on voit l’or grimper de 65 % sur l’année 2025 pendant que Bitcoin accuse un léger repli de 6 %. Alors, simple provocation marketing ou analyse sérieuse ? Plongeons ensemble dans les arguments qui sous-tendent cette vision.
Pourquoi la rareté devient LA question centrale en 2026
Depuis la crise financière de 2008, puis plus récemment avec l’inflation post-Covid et les tensions géopolitiques, les investisseurs cherchent désespérément des actifs capables de préserver leur pouvoir d’achat sur le long terme. L’or a longtemps régné en maître incontesté dans ce rôle. Pourtant, depuis l’arrivée des ETF Bitcoin spot aux États-Unis en 2024, une partie croissante du marché institutionnel commence à se poser la question : et si la rareté numérique surpassait la rareté physique ?
C’est précisément sur ce terrain que Cathie Wood construit sa thèse. Pour elle, la rareté ne se mesure pas seulement en termes de quantité disponible aujourd’hui, mais surtout en termes de contrôle futur de l’offre. Et sur ce point, Bitcoin dispose d’un avantage structurel majeur.
L’offre de Bitcoin : une contrainte mathématique immuable
Le protocole Bitcoin est clair : il n’y aura jamais plus de 21 millions de BTC. Point final. Cette limite a été inscrite dans le code source par Satoshi Nakamoto dès 2009. Aucun gouvernement, aucune banque centrale, aucun mineur, aucun développeur – même avec une majorité écrasante – ne peut modifier cette règle fondamentale sans détruire complètement la confiance dans le réseau.
En janvier 2026, après le halving d’avril 2024, environ 19,78 millions de bitcoins ont déjà été minés. Il reste donc moins de 1,22 million de BTC à extraire, et cela sur une période qui s’étendra jusqu’aux alentours de 2140. La production annuelle actuelle tourne autour de 0,82 % de l’offre totale. Après le prochain halving prévu en 2028, ce taux tombera à environ 0,41 % par an.
« Bitcoin est la première technologie de l’histoire humaine à offrir une rareté absolument prévisible et immuable sur plusieurs siècles. »
Cathie Wood – Rapport ARK Invest, janvier 2026
Cette prévisibilité mathématique constitue, selon Wood, l’atout décisif face à tous les autres actifs dits « rares ».
L’or : une rareté relative et élastique
L’or, lui, obéit à des lois géologiques et économiques bien différentes. S’il est vrai que l’on ne découvre pas de nouveaux gisements tous les quatre matins, l’offre reste malgré tout élastique à moyen et long terme. Lorsque le prix monte durablement, plusieurs phénomènes se produisent :
- les mines existantes deviennent plus rentables et augmentent leur production ;
- de nouveaux projets d’exploration sont financés ;
- les techniques d’extraction s’améliorent, permettant de valoriser des gisements autrefois considérés comme non rentables ;
- le recyclage d’or (bijoux, électronique…) devient plus attractif.
Résultat concret : l’offre minière mondiale d’or croît en moyenne de 1,5 à 2 % par an depuis plusieurs décennies. Même si ce taux est relativement faible, il reste plusieurs ordres de grandeur supérieur au taux de croissance de l’offre de Bitcoin post-halving.
Comparaison annuelle de la croissance d’offre (2025-2026)
- Bitcoin : ≈ 0,82 %
- Or : ≈ 1,8 %
- Actions mondiales (délution nette moyenne) : ≈ 2-3 %
- Monnaies fiduciaires M2 (USA) : ≈ 4-7 % selon les années
Cette différence, apparemment minime année après année, devient colossale sur plusieurs décennies.
La demande institutionnelle change la donne
Depuis l’approbation des ETF Bitcoin spot en janvier 2024, les flux institutionnels n’ont cessé de croître. BlackRock, Fidelity, Grayscale, Ark Invest elle-même… les plus grands noms de la gestion d’actifs se disputent désormais les bitcoins disponibles sur le marché.
Contrairement à l’or, où les nouveaux acheteurs peuvent être servis par une augmentation de production, chaque nouveau dollar institutionnel qui entre dans Bitcoin doit nécessairement acheter des BTC existants. Il n’y a pas de « planche à miner » supplémentaire qui peut être activée en cas de forte demande.
C’est ce mécanisme qui, selon Cathie Wood, pourrait créer des pressions haussières explosives lorsque la demande institutionnelle atteindra un seuil critique. Elle estime que si les allocations des institutionnels passent ne serait-ce que de 1 % à 5 % des portefeuilles mondiaux, le prix pourrait facilement atteindre plusieurs centaines de milliers, voire 1,5 million de dollars comme elle le prédit.
Retour sur les performances récentes : 2022-2025
Entre octobre 2022 (point bas du marché baissier) et fin 2025 :
- l’or a progressé d’environ +166 %
- Bitcoin a progressé d’environ +360 %
Sur la même période, l’offre de Bitcoin n’a augmenté que de ~4 % au total (soit ~1,3 % annualisé), tandis que l’offre d’or a augmenté d’environ 5-6 %. Autrement dit : Bitcoin a capturé beaucoup plus de valeur avec beaucoup moins de nouvelle unité créée.
« Les mineurs d’or peuvent réagir à la hausse des prix en augmentant la production. Les mineurs de Bitcoin, eux, sont prisonniers du code. »
Extrait du rapport ARK Invest 2026
Cette asymétrie explique en grande partie pourquoi Cathie Wood considère que Bitcoin est entré dans une nouvelle phase de maturité où les cycles de quatre ans traditionnels (halving → bull run → bear market) pourraient s’estomper au profit d’une adoption plus linéaire et institutionnelle.
Les contre-arguments les plus fréquents
Les défenseurs de l’or ne manquent pas d’arguments pour contrer cette vision :
- l’or a plus de 5 000 ans d’histoire comme réserve de valeur ;
- il est tangible, on peut le toucher, le cacher sous son matelas ;
- il n’a besoin d’aucune infrastructure électrique ou Internet pour exister ;
- sa volatilité est bien moindre que celle de Bitcoin ;
- il reste la référence ultime pour les banques centrales (plus de 36 000 tonnes détenues officiellement).
Ces arguments sont parfaitement valides… si l’on raisonne dans une optique de conservation de richesse sur plusieurs générations. Mais Cathie Wood ne compare pas les deux actifs sur le même horizon ni pour les mêmes usages. Elle positionne Bitcoin comme l’actif rare du futur pour les investisseurs institutionnels et les nouvelles générations qui ont grandi avec le numérique.
Scénarios pour 2026 et au-delà
Si l’on suit la logique d’ARK Invest, plusieurs scénarios se dessinent :
- Scénario base : les allocations institutionnelles continuent de croître lentement → Bitcoin atteint 250 000 à 500 000 $ d’ici 2030.
- Scénario haussier : adoption accélérée (pays qui accumulent, grandes entreprises, fonds souverains) → 1 à 1,5 million $ possible avant 2030.
- Scénario très haussier : Bitcoin devient une réserve stratégique pour plusieurs grandes nations → plusieurs millions de dollars par BTC.
Bien entendu, ces projections restent hautement spéculatives et dépendent de nombreux facteurs : régulation, évolution technologique, concurrence d’autres cryptomonnaies, géopolitique, etc.
Conclusion : une rupture philosophique autant que technique
Au fond, le débat Bitcoin vs or dépasse largement la simple question de la rareté chiffrée. Il oppose deux visions du monde :
- d’un côté, la tradition, la matérialité, la lenteur, la stabilité ;
- de l’autre, la disruption, le numérique, la programmabilité, l’hyper-croissance potentielle.
Cathie Wood a clairement choisi son camp. Elle voit en Bitcoin non seulement un meilleur or numérique, mais surtout l’actif rare par excellence du XXIᵉ siècle. Reste à savoir si l’histoire lui donnera raison.
Une chose est sûre : en 2026, ignorer ce débat serait une erreur stratégique pour tout investisseur sérieux. Que vous soyez team or, team Bitcoin ou les deux, la question de la rareté absolue est en train de redéfinir les règles du jeu de la préservation de richesse.
Et vous, où vous situez-vous dans ce débat ?
