Imaginez acheter demain matin des actions Tesla ou Apple et les recevoir en quelques secondes seulement dans votre wallet crypto, avec les mêmes droits aux dividendes et au vote qu’aujourd’hui… mais sans attendre deux jours ouvrés de règlement-livraison. Ce qui ressemblait encore hier à de la science-fiction vient de franchir une étape décisive : le Nasdaq a officiellement fait de la tokenisation des actions cotées sa priorité absolue.
Le Nasdaq dépose une proposition historique auprès de la SEC
Fin novembre 2025, la bourse américaine la plus technologique a soumis un dossier complet à la Securities and Exchange Commission. L’objectif ? Autoriser la négociation parallèle d’actions tokenisées sur blockchain tout en maintenant l’intégralité du cadre réglementaire actuel. Autrement dit : la même action pourrait être réglée soit de façon traditionnelle (T+1), soit de façon instantanée sur une blockchain autorisée.
Cette nouvelle n’est pas une simple annonce marketing. Matt Savarese, responsable des actifs numériques du Nasdaq, l’a répété à plusieurs reprises : « Nous avançons aussi vite que possible ». La bourse new-yorkaise veut devenir la première grande place mondiale à rendre opérationnelle cette coexistence entre finance traditionnelle et blockchain.
« Nous ne créons pas de nouveaux instruments exotiques. L’action reste l’action. »
Matt Savarese, Head of Digital Assets – Nasdaq
Un marché des actifs tokenisés qui explose déjà
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données compilées par RWA.xyz, la capitalisation des actions et obligations déjà tokenisées dépasse aujourd’hui les 465 millions de dollars, avec des volumes mensuels en hausse de plus de 280 % sur l’année 2025. Standard Chartered va plus loin : la banque britannique estime que le marché global des Real World Assets (RWA) tokenisés atteindra 2 000 milliards de dollars d’ici 2028.
Dans ce contexte, la stratégie du Nasdaq apparaît limpide : ne pas rater le train de la tokenisation comme certaines bourses l’ont fait avec le Bitcoin il y a dix ans.
Les chiffres clés du marché RWA en novembre 2025 :
- Capitalisation actuelle : 465 M$
- Croissance volumes mensuels : +280 %
- Prévision 2028 (Standard Chartered) : 2 000 Md$
- Prévision 2030 (quelques analystes) : jusqu’à 10 000 Md$
Comment fonctionnera concrètement cette tokenisation ?
Le principe est élégant dans sa simplicité. L’action tokenisée aura exactement le même numéro CUSIP, les mêmes droits de vote et les mêmes dividendes que l’action traditionnelle. La différence ? Elle pourra être transférée en quelques secondes sur une blockchain autorisée (probablement une sidechain ou une layer 2 compatible avec les exigences de la SEC).
Techniquement, la Depository Trust & Clearing Corporation (DTCC), qui gère déjà 99 % des titres américains, travaille sur un système permettant de « convertir » une position classique en token et de la redistribuer instantanément dans les wallets des investisseurs. C’est une petite révolution silencieuse.
« Le règlement quasi instantané réduit les contraintes de liquidité et les coûts opérationnels, notamment pour les traders haute fréquence. »
Matt Savarese
Pourquoi la SEC pourrait dire oui cette fois-ci
Contrairement aux projets précédents (comme les tentatives de tZERO ou Overstock il y a quelques années), le Nasdaq ne demande pas de créer de nouveaux actifs. Il propose simplement un nouveau canal de règlement-livraison pour des titres déjà régulés. Cette approche « pas de disruption, juste de l’optimisation » rassure les régulateurs.
Le timing est parfait. Paul Atkins, nouveau président pressenti de la SEC sous l’administration Trump 2.0, a déjà appelé publiquement à une réglementation claire sur la tokenisation des actifs réels. Le vent tourne.
Les avantages concrets pour chaque type d’investisseur
Si la proposition est acceptée, les bénéfices seront multiples et toucheront tous les acteurs du marché.
- Investisseurs particuliers : réception instantanée des actions achetées, possibilité de les utiliser comme collatéral DeFi 24/7
- Traders haute fréquence : réduction massive du risque de contrepartie grâce au règlement atomique
- Institutions : optimisation du capital (les actions tokenisées peuvent être placées immédiatement dans des pools de collatéral)
- Émetteurs : simplification des assemblées générales (vote directement on-chain) et réduction des coûts administratifs
Et la concurrence ? NYSE, Euronext, Deutsche Börse… tous dans les starting-blocks
Le Nasdaq n’est pas seul. La Bourse de Francfort (Deutsche Börse) a déjà lancé des obligations tokenisées. La SIX Swiss Exchange expérimente depuis 2024. Même la Bourse de Thaïlande a annoncé un projet similaire. Celui qui obtiendra le premier le feu vert américain bénéficiera d’un avantage compétitif colossal.
En Europe, le règlement pilote DLT (Distributed Ledger Technology) autorise déjà certaines expériences, mais le marché américain reste le Graal en termes de liquidité et de visibilité.
Les risques et les critiques (parce qu’il en faut)
Tout n’est pas rose. Certains observateurs pointent le risque de fragmentation des carnets d’ordres entre version « classique » et version « tokenisée ». D’autres craignent que la tokenisation ne serve finalement qu’aux grandes institutions, laissant les petits porteurs sur le bord de la route.
Enfin, la question de la cybersécurité reste entière : que se passe-t-il en cas de hack d’un wallet contenant des milliards de dollars d’actions tokenisées ? Le Nasdaq répond qu’il utilisera des blockchains permissionnées avec des mécanismes de récupération institutionnels, mais le débat est lancé.
Calendrier réaliste : quand verrons-nous les premières actions tokenisées sur Nasdaq ?
Le processus est déjà enclenché :
- Période de consultation publique : décembre 2025 – février 2026
- Réponse aux commentaires de la SEC : mars – mai 2026
- Phase pilote avec quelques émetteurs volontaires : été 2026
- Lancement commercial progressif : fin 2026 – début 2027
Matt Savarese reste prudent mais optimiste : « Nous collaborerons aussi vite que la SEC nous le permettra ».
Ce que cela signifie pour l’ensemble de l’écosystème crypto
Si le Nasdaq réussit son pari, l’impact dépassera largement Wall Street. Les stablecoins deviendront des outils de règlement légitimes. Les protocoles DeFi pourront intégrer des actifs « réels » avec une liquidité jamais vue. Les ETF Bitcoin et Ethereum apparaîtront soudain comme une étape intermédiaire vers quelque chose de bien plus grand.
On assiste peut-être au moment précis où la finance traditionnelle bascule définitivement dans l’ère blockchain – non pas par révolution, mais par une évolution douce, régulée et implacablement efficace.
Et vous, seriez-vous prêt à recevoir vos prochaines actions directement dans votre wallet MetaMask ou Ledger ? La question n’est plus de savoir si cela arrivera, mais à quelle vitesse.
