Imaginez offrir une fortune en Bitcoin à la veille d’une élection cruciale, convaincu que la tendance haussière ne s’arrêtera jamais… puis regarder cette même fortune fondre comme neige au soleil en quelques mois seulement. C’est exactement ce qui est arrivé à l’un des super-PAC les plus médiatisés du moment, soutenu par les célèbres jumeaux Winklevoss. Une histoire qui rappelle brutalement que même les plus grands noms de la crypto ne sont pas à l’abri des caprices du marché.
Quand la crypto s’invite en politique… et se prend un mur
En 2025, l’industrie crypto a massivement misé sur l’influence politique. Parmi les acteurs les plus visibles : Cameron et Tyler Winklevoss, fondateurs de Gemini et figures emblématiques du secteur depuis l’époque de Facebook. Leur véhicule politique, le Digital Freedom Fund, a levé plus de 22 millions de dollars en à peine cinq mois. Mais une partie de cette cagnotte provenait d’une donation très particulière : 188,4547 BTC transférés directement par les jumeaux eux-mêmes.
À l’époque, le Bitcoin flirtait avec les 114 000 dollars. Les perspectives semblaient radieuses : Donald Trump promettait de faire des États-Unis la « capitale mondiale de la crypto », les ETF continuaient d’attirer des milliards et la communauté parlait déjà d’un BTC à 200 000 dollars avant la fin du cycle. Garder les bitcoins plutôt que de les convertir immédiatement paraissait donc être une décision stratégique… du moins sur le papier.
Ce qu’il s’est passé ensuite change tout :
- Pic historique approchant les 125 000 $ début octobre 2025
- Inversion brutale de tendance dès la mi-octobre
- Perte de plus de 25 % en moins de trois mois
- Prix fin décembre sous les 88 000 $
- Cours actuel (fin janvier 2026) oscillant autour de 84 000 $
Conséquence directe : la donation initiale, valorisée à environ 21,5 millions de dollars au moment du transfert, ne valait plus « que » 16,5 millions environ à la clôture de l’année 2025. Une moins-value latente de près de 5 millions de dollars. Un montant qui fait mal, même pour des milliardaires.
Pourquoi ne pas avoir vendu immédiatement ?
La question revient en boucle depuis que Bloomberg a révélé l’ampleur de la perte. Plusieurs explications coexistent.
D’abord, une conviction forte. Tyler Winklevoss avait publié un long thread sur X expliquant que cette donation visait à soutenir la vision pro-crypto de Trump et à influencer les midterms. Vendre trop vite aurait pu être perçu comme un manque de foi dans le projet qu’ils défendaient publiquement.
Ensuite, la fiscalité et la comptabilité des comités politiques. Aux États-Unis, les super-PAC ne sont pas obligés de convertir immédiatement les cryptos reçues. Tant que l’actif reste dans leurs livres, la perte n’est que latente et n’impacte pas directement leur trésorerie opérationnelle.
« Garder le Bitcoin, c’était aussi un message : nous croyons en cet actif sur le long terme, même quand la route devient cahoteuse. »
Commentaire anonyme proche du Digital Freedom Fund
Mais la réalité du terrain a rattrapé les idéaux. Fin 2025, le super-PAC ne disposait plus que de 723 000 dollars en cash. Autant dire que la capacité à financer des campagnes publicitaires massives s’est trouvée sérieusement limitée à un moment où chaque dollar compte.
Un précédent qui inquiète toute l’industrie
Le cas Winklevoss n’est pas isolé, mais il est symbolique. De plus en plus d’acteurs crypto tentent d’influencer le débat politique via des donations directes ou via des PAC. Or la volatilité extrême du marché rend cet exercice extrêmement périlleux.
- Une donation faite en pleine euphorie peut perdre 30 à 50 % de sa valeur en quelques semaines
- Les comités politiques ont besoin de trésorerie stable pour payer pubs TV, staff, consultants
- Convertir trop tard = cristalliser une perte importante
- Convertir trop tôt = risquer de rater une reprise soudaine
Certains observateurs estiment désormais que la meilleure pratique consiste à liquider systématiquement les cryptos reçues dans les 48 heures suivant la réception. D’autres, plus audacieux, préconisent l’utilisation d’instruments dérivés pour se couvrir (futures, options). Mais ces solutions restent complexes et coûteuses pour la plupart des structures politiques.
Contexte macro : pourquoi le Bitcoin a-t-il autant chuté ?
Pour bien comprendre l’ampleur du revers subi par le Digital Freedom Fund, il faut remettre cette perte dans le contexte plus large du marché fin 2025 – début 2026.
Après un bull run exceptionnel qui a porté le BTC de 60 000 $ début 2025 à plus de 125 000 $ en octobre, plusieurs éléments se sont combinés pour provoquer un retournement violent :
- Déception face à la lenteur des promesses réglementaires pro-crypto de l’administration Trump
- Renforcement du dollar américain et hausse des taux réels
- Prises de bénéfices massives par les institutionnels après les records
- Crainte d’une régulation plus stricte sur les stablecoins et les exchanges
- Correction classique de fin de cycle après une hausse de +100 % en moins de 12 mois
Résultat : un Bitcoin qui perd plus de 33 % depuis son plus haut, passant sous les 82 000 $ à plusieurs reprises en janvier 2026. Une correction qui, bien que classique dans l’histoire de l’actif, a pris de court beaucoup d’observateurs qui tablaient sur une poursuite haussière ininterrompue.
Et maintenant ? Que va faire le Digital Freedom Fund ?
À ce jour, aucune communication officielle n’a été faite sur une éventuelle vente des BTC restants. Le super-PAC continue de recevoir des dons, dont un million de dollars en cash de la part de Kraken (Payward Inc.), ce qui montre que l’écosystème crypto n’a pas totalement tourné le dos à l’initiative.
Plusieurs scénarios sont envisageables :
- Vente progressive des BTC dès que le prix repasse au-dessus de 90-95k $ pour limiter la perte
- Maintien de la position dans l’espoir d’un rebond vers 100k+ d’ici fin 2026
- Utilisation des BTC comme collatéral pour emprunter du cash sans vendre
- Transfert des BTC vers une structure distincte pour éviter de cristalliser la perte comptable
Aucune de ces options n’est simple. Vendre maintenant fige une perte importante. Attendre expose à une chute supplémentaire. Le super-PAC se retrouve donc dans une position délicate où chaque mouvement sera scruté par la communauté crypto et les adversaires politiques.
Leçons pour les acteurs crypto qui veulent peser en politique
Cette mésaventure pourrait marquer un tournant dans la manière dont l’industrie aborde le financement politique. Plusieurs enseignements émergent déjà :
- La volatilité ne pardonne pas : même les meilleurs narratifs ne protègent pas contre une correction de 30-40 %
- Trésorerie stable indispensable : les campagnes ont besoin de dollars prévisibles, pas d’actifs spéculatifs
- Communication transparente nécessaire : le silence prolongé sur la stratégie BTC peut alimenter les spéculations
- Diversification des dons : multiplier les contributeurs en cash réduit la dépendance à un seul actif volatil
- Hedging possible mais complexe : les PAC n’ont pas tous les moyens techniques ou juridiques pour se couvrir efficacement
Si l’industrie crypto veut continuer à investir massivement dans l’influence politique, elle va probablement devoir professionnaliser sa gestion des risques financiers. Sinon, chaque bull run suivi d’une correction risque de se transformer en bad buzz coûteux.
Impact sur la crédibilité crypto auprès des décideurs politiques
Au-delà des pertes financières, c’est peut-être la perception globale qui trinque le plus. Les élus et leurs équipes voient désormais un exemple concret des dangers de la volatilité crypto appliquée à la politique réelle.
Certains sénateurs et représentants modérés pourraient utiliser cet épisode pour justifier un durcissement réglementaire : « Vous voulez que l’on considère Bitcoin comme une classe d’actifs sérieuse ? Regardez ce qui arrive quand on l’utilise comme trésorerie de campagne… »
« La crypto a prouvé qu’elle pouvait lever des fonds. Reste à prouver qu’elle peut les gérer sans tout perdre en six mois. »
Consultant politique anonyme basé à Washington
À l’inverse, les défenseurs les plus fervents y voient une opportunité : montrer que la volatilité fait partie du jeu et que le long terme reste haussier. Mais dans une Amérique politiquement polarisée, les arguments rationnels ont parfois du mal à percer.
Perspectives 2026 : rebond ou poursuite de la correction ?
À l’heure où ces lignes sont écrites (fin janvier 2026), le marché reste hésitant. Plusieurs analystes techniques pointent une zone de support critique entre 78 000 et 82 000 $. Une cassure franche en dessous ouvrirait la porte à un retour vers 65-70k. À l’inverse, un rejet clair de cette zone et un retour au-dessus des 90 000 $ pourrait relancer la dynamique haussière.
Du côté macro, tout dépendra des décisions de la Fed, de l’évolution du dollar, des négociations commerciales sino-américaines et surtout du rythme auquel l’administration Trump concrétisera (ou non) ses promesses crypto-friendly.
Pour le Digital Freedom Fund, chaque fluctuation de prix est désormais scrutée comme un baromètre de la crédibilité de toute l’industrie. Une reprise rapide pourrait transformer cette mésaventure en anecdote amusante. Une poursuite de la baisse transformerait la perte en symbole d’un pari trop risqué.
Une chose est sûre : les jumeaux Winklevoss et leurs équipes ont appris à leurs dépens que mélanger crypto et politique demande plus que de simples convictions. Cela exige aussi une gestion de risque digne des plus grandes salles de marché.
Et vous, que feriez-vous à leur place ? Vendre maintenant pour limiter la casse ? Attendre patiemment un nouveau bull run ? Ou carrément arrêter de mélanger crypto et financement politique ?
Une chose est certaine : cette histoire est loin d’être terminée.

