Imaginez un instant : vous faites partie d’une organisation décentralisée qui gère des millions d’euros, mais vous n’avez ni le temps ni l’expertise pour suivre les centaines de propositions qui tombent chaque semaine. Vous déléguez votre vote à quelqu’un… et puis plus rien. Votre voix disparaît dans un océan de pouvoir concentré. C’est exactement le constat amer que dresse Vitalik Buterin aujourd’hui sur la gouvernance des DAO. Mais il ne se contente pas de critiquer : il propose une solution radicale qui mêle intelligence artificielle et principes décentralisés.
Le 21 février 2026, le cofondateur d’Ethereum a publié une réflexion profonde sur les réseaux sociaux. Selon lui, le vrai talon d’Achille des systèmes démocratiques décentralisés n’est ni la corruption, ni les sybilles, ni même les whales. Non, c’est beaucoup plus simple et beaucoup plus humain : le manque d’attention.
Le problème fondamental des DAO selon Vitalik Buterin
Dans une DAO typique, un participant lambda doit traiter des milliers de décisions touchant à des domaines très variés : trésorerie, développement technique, partenariats, sécurité, marketing… Personne n’a le temps de devenir expert en tout. Résultat ? La participation s’effondre. Les votes se concentrent sur quelques propositions très visibles, et le pouvoir réel finit entre les mains d’une poignée de délégués ou de gros porteurs de tokens.
Cette délégation classique crée un effet pervers : après avoir cliqué sur « déléguer », l’utilisateur perd toute influence réelle. C’est une forme de désempowerment déguisée en solution démocratique. Vitalik le dit sans détour : les systèmes actuels reproduisent les faiblesses de la politique traditionnelle, mais sans les garde-fous institutionnels.
« Le problème central des modes de gouvernance démocratiques / décentralisés (y compris les DAO) est la rareté de l’attention humaine. »
Vitalik Buterin, février 2026
Cette citation résume parfaitement le diagnostic. Mais Vitalik ne s’arrête pas au constat. Il propose quatre pistes concrètes pour injecter de l’intelligence artificielle de manière empowerante plutôt que dystopique.
Les agents de gouvernance personnels : votre IA qui vote pour vous
L’idée centrale est simple mais puissante : chaque individu déploie son propre modèle de langage (un LLM personnel) entraîné sur ses écrits passés, ses conversations, ses prises de position explicites. Ce modèle devient un agent de gouvernance capable de voter automatiquement sur la plupart des propositions.
Quand l’agent détecte une incertitude importante ou une proposition à fort enjeu, il interrompt l’utilisateur pour demander un arbitrage direct, en fournissant un résumé clair et exhaustif du contexte. Ainsi, l’humain reste au centre, mais sans être submergé par le volume.
Avantages clés des agents personnels selon Vitalik :
- Respect total de la souveraineté individuelle : le modèle tourne localement ou sous contrôle strict de l’utilisateur.
- Réduction massive de la fatigue décisionnelle.
- Vote aligné sur les vraies préférences de l’utilisateur, pas sur celles d’un délégué distant.
- Possibilité d’améliorer continuellement l’agent via du feedback humain.
Cette approche évite le cauchemar d’une IA centralisée qui « devient le gouvernement ». Vitalik est clair : « AI becomes the government » est dystopique. Mais une IA bien utilisée peut au contraire repousser les frontières de la démocratie décentralisée.
Agents de conversation publique : agréger l’intelligence collective
La deuxième proposition concerne les discussions collectives. Au lieu de se contenter d’agréger des opinions brutes (souvent mal informées), Vitalik imagine des agents de conversation publique inspirés de systèmes comme Polis, mais boostés à l’IA.
Ces agents collectent d’abord les informations dispersées parmi les participants, les synthétisent, identifient les points de consensus et les divergences, puis restituent une vue d’ensemble anonymisée et enrichie. Chaque personne (ou son agent personnel) peut ensuite réagir de manière informée.
Le but ? Éviter le piège de la moyenne pondérée naïve. Une bonne décision ne sort pas d’un simple calcul statistique sur des opinions isolées ; elle émerge d’un processus d’enrichissement mutuel des connaissances.
« Les bons processus doivent d’abord agréger l’information collective, puis permettre des réponses informées. »
Vitalik Buterin
Cette idée rappelle les travaux sur la collective intelligence, mais appliquée à la blockchain. Elle pourrait transformer radicalement la qualité des débats dans les forums de gouvernance.
Marchés de suggestions : payer pour la qualité
Troisième levier : les marchés de suggestions. Le concept est inspiré des marchés de prédiction, mais adapté aux contributions qualitatives.
Concrètement : n’importe qui peut soumettre une proposition, un argument, une analyse. Des agents IA (ou des humains) parient sur la valeur future de cette contribution. Si la gouvernance finit par l’intégrer, les parieurs gagnent de l’argent. Cela crée une incitation financière directe à produire du contenu de haute qualité.
- Apporte un signal économique sur la pertinence des idées
- Récompense les contributeurs anonymes talentueux
- Filtre naturellement le bruit et les propositions médiocres
- Peut s’appliquer aux arguments, aux amendements, aux résumés…
Vitalik insiste : ce mécanisme pourrait s’intégrer à n’importe quel niveau de la conversation décentralisée, rendant les échanges plus riches et plus efficaces.
Calcul multipartite préservant la confidentialité
Quatrième et dernier axe : les décisions sensibles. Beaucoup de DAO butent sur des sujets nécessitant du secret : rémunérations, conflits internes, informations stratégiques. Confier ces choix à une personne ou un petit groupe casse la décentralisation.
La solution proposée ? Utiliser le calcul multipartite sécurisé (MPC), les environnements d’exécution de confiance (TEE), ou les preuves à connaissance nulle. Chaque participant soumet son agent IA personnel dans une « boîte noire ». L’agent voit les données privées, émet un jugement… mais seule la décision finale sort, sans révéler ni les inputs ni les raisonnements individuels.
Exemple concret :
Dans une DAO qui doit décider d’une rémunération sensible, chaque membre soumet son avis via son LLM personnel. Le système MPC agrège les jugements sans jamais exposer les détails. Résultat : décision collective, mais confidentialité préservée.
Vitalik va plus loin : il recommande d’intégrer nativement les preuves à connaissance nulle dans tous les outils de gouvernance futurs. À mesure que les utilisateurs soumettront plus de données personnelles à leurs agents, la protection de la vie privée deviendra critique.
Pourquoi cette vision pourrait vraiment changer la donne
Depuis des années, les DAO peinent à dépasser le stade expérimental. Les plus grosses (MakerDAO, Uniswap, Aave…) fonctionnent, mais avec une participation extrêmement faible et une concentration de pouvoir réelle. Les petites DAO, elles, souffrent souvent d’apathie totale.
En injectant des agents IA personnels contrôlés localement, on pourrait enfin scaler la gouvernance décentralisée sans sacrifier la souveraineté individuelle. Ce n’est plus de la délégation aveugle : c’est une délégation augmentée, révocable à tout moment, alignée sur vos valeurs profondes.
De plus, combiner cela avec des marchés de suggestions et du MPC pourrait créer des boucles vertueuses : meilleure qualité des propositions → meilleures décisions → plus de confiance → plus de participation.
Les risques et les défis à ne pas sous-estimer
Bien sûr, rien n’est magique. Plusieurs obstacles se dressent déjà :
- Fiabilité des modèles IA : un LLM mal entraîné ou biaisé peut dériver des préférences réelles.
- Accessibilité : tout le monde n’a pas les compétences techniques pour déployer un agent local sécurisé.
- Centralisation cachée : si quelques fournisseurs dominent les meilleurs modèles de base, ils pourraient indirectement influencer les votes.
- Manipulation : des acteurs malveillants pourraient tenter d’empoisonner les données d’entraînement.
- Éthique : où trace-t-on la ligne entre assistance et automatisation totale ?
Vitalik est conscient de ces pièges. Il répète que l’IA doit rester un outil au service de l’humain, jamais un remplacement. La clé réside dans le contrôle local, la transparence des entraînements et la révocabilité permanente.
Vers une gouvernance décentralisée 2.0 ?
En 2026, alors que l’IA progresse à pas de géant et que les DAO cherchent désespérément leur second souffle, la proposition de Vitalik arrive au moment parfait. Elle ne résout pas tout, mais elle ouvre une voie crédible pour dépasser les limites humaines sans tomber dans les travers autoritaires.
Si ces idées se concrétisent – via des prototypes sur Ethereum Layer 2, des standards ouverts pour les agents gouvernance, ou des intégrations dans Aragon, DAOstack, Snapshot – on pourrait assister à une véritable renaissance des organisations autonomes décentralisées.
Une chose est sûre : le futur de la gouvernance blockchain ne se jouera plus seulement sur des tokenomics ou des mécanismes de vote. Il se jouera aussi – et surtout – sur la manière dont nous arriverons à augmenter l’attention et l’intelligence collective sans perdre le contrôle individuel.
Et vous, seriez-vous prêt à laisser un agent IA personnel voter en votre nom dans une DAO… à condition qu’il vous ressemble trait pour trait ?
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