Vous vous demandez peut-être pourquoi l’USDC continue de grossir alors que les taux d’intérêt baissent et que les partenaires empochent une part massive des revenus. La réponse se trouve dans les derniers documents financiers de Circle. Avant même la publication des résultats du troisième trimestre prévue le 4 novembre, les chiffres du deuxième trimestre montrent déjà une réalité contre-intuitive : l’entreprise retient davantage d’argent qu’avant, malgré des coûts de distribution qui absorbent près de 59 % du total.

La mécanique des revenus de Circle derrière l’USDC

L’USDC n’est pas un simple jeton. Derrière chaque unité en circulation se trouvent des actifs qui génèrent des intérêts et des dividendes. Circle perçoit ces revenus de réserve avant de reverser une part importante à ses partenaires de distribution. C’est ce mécanisme qui explique à la fois la croissance visible et la part réelle conservée par l’émetteur.

Au deuxième trimestre, le total des revenus et des revenus de réserve a atteint 701,315 millions de dollars. Sur cette somme, les coûts de distribution, de transaction et autres se sont élevés à 412,470 millions de dollars. Il reste donc 288,845 millions de dollars avant les dépenses d’exploitation. Cela correspond à une marge retenue d’environ 41,2 %.

Un an plus tôt, le même calcul donnait 251,136 millions de dollars, soit 38,2 %. La part conservée a donc progressé d’environ 15 % en un an, plus vite que la hausse globale des revenus. C’est un point central rarement mis en avant dans les discussions sur les stablecoins.

Ce que représentent vraiment les revenus de réserve

Les revenus de réserve constituent la part la plus importante. Ils ont totalisé 667,733 millions de dollars au deuxième trimestre, contre 634,274 millions un an auparavant. Les autres revenus, issus principalement des services de transaction et d’abonnement, se sont élevés à 33,582 millions de dollars, soit une progression de 41,1 %.

La circulation moyenne de l’USDC a atteint 76,524 milliards de dollars sur le trimestre, en hausse d’environ 25 % sur un an. Pourtant le taux de rendement des réserves est passé d’environ 4,1 % à 3,5 %. La baisse des taux a donc partiellement compensé l’effet de la hausse des soldes.

Circle le précise clairement : le revenu de réserve est comptabilisé avant les coûts de distribution. Il ne représente donc pas l’argent réellement disponible pour l’entreprise. Une grande partie part vers les partenaires qui aident à diffuser le stablecoin.

Les chiffres clés du deuxième trimestre

  • Revenus et revenus de réserve : 701,315 millions de dollars
  • Coûts de distribution, transaction et autres : 412,470 millions de dollars
  • Montant retenu avant charges d’exploitation : 288,845 millions de dollars
  • Marge retenue : environ 41,2 %
  • Hausse du montant retenu sur un an : +15 %

La part de Coinbase dans les coûts de distribution

Coinbase reste le partenaire le plus important. Les coûts liés à Coinbase se sont élevés à 324,6 millions de dollars au deuxième trimestre, contre 332,3 millions un an plus tôt. Même en baisse, cette somme représente encore environ 78,7 % de l’ensemble des coûts de distribution, transaction et autres.

L’accord renouvelé jusqu’en 2029 prévoit une allocation liée aux soldes d’USDC détenus sur la plateforme de Coinbase après la rétention de l’émetteur, ainsi qu’une part liée à la croissance de l’écosystème en dehors de cette plateforme. Une simple multiplication du solde visible sur l’exchange par le taux de rendement ne permet donc pas de reconstituer le chiffre exact.

Circle précise également que la part de l’USDC détenue sur sa propre plateforme influence le partage. Au 30 juin, 12,442 milliards de dollars se trouvaient sur la plateforme Circle, soit environ 17 % de la circulation de fin de trimestre. La moyenne pondérée sur la période a atteint 19,5 %, contre seulement 7,4 % un an plus tôt.

La croissance via des canaux sans paiement d’incitation à des tiers peut réduire les coûts de distribution. La croissance via des partenaires commercialement incités produit un résultat différent même si le volume d’USDC en circulation augmente du même montant.

D’après les documents de Circle

Comment les taux d’intérêt modifient le partage

Circle publie un tableau de sensibilité qui montre l’impact d’une variation des taux. Une hausse ou une baisse d’un point de pourcentage à partir d’un rendement moyen de 3,49 % en juin entraînerait un changement annuel de 737 millions de dollars sur les revenus de réserve et de 360 millions de dollars sur les coûts de distribution et de transaction. La différence nette serait de 377 millions de dollars.

Ce modèle suppose une circulation stable au niveau du 30 juin, une allocation de réserve constante et une application immédiate de la variation de taux. Il ne constitue pas une prévision. Il montre simplement qu’une partie des variations de revenus de réserve est automatiquement partagée avec les partenaires.

Pour une variation de deux points de pourcentage, le modèle indique 1,475 milliard de dollars de variation des revenus de réserve et 720 millions de dollars de variation des coûts associés, soit une différence de 755 millions de dollars. Ces chiffres rappellent que Circle ne conserve pas l’intégralité de l’effet d’un mouvement de taux.

La différence entre volume de transactions et revenus

L’USDC a généré 14,8 milliards de dollars de volume de transactions on-chain au deuxième trimestre, en hausse de 151 % sur un an. Ce chiffre impressionnant ne se traduit pas directement en revenus pour Circle. Un même dollar peut circuler de nombreuses fois sans créer de nouveau revenu de réserve à chaque transfert.

Les autres revenus, ceux liés aux services de paiement, d’abonnement et d’infrastructure, restent modestes en proportion : 33,582 millions de dollars, soit environ 4,8 % du total des revenus et revenus de réserve. Circle développe pourtant des offres comme le réseau de paiements, qui affichait un volume annualisé de 14,7 milliards de dollars sur les 30 derniers jours à la fin du deuxième trimestre, avec 175 institutions financières inscrites.

Ces volumes montrent une adoption réelle dans les paiements et le règlement. Ils ne permettent pas encore de juger de la rentabilité exacte de chaque service, car le taux de prise et la durée des soldes varient selon les clients.

Arc et la reconnaissance différée des revenus

Le lancement du mainnet d’Arc le 16 septembre, pendant le troisième trimestre, introduit une nouvelle couche. Le réseau utilise l’USDC pour les frais de transaction et intègre les produits de stablecoin, de paiement et d’infrastructure de Circle.

Dans le dépôt du deuxième trimestre, Circle a déjà comptabilisé des accords de vente de 807,5 millions de jetons ARC à 0,30 dollar pièce, pour un produit brut d’environ 242,2 millions de dollars. Sur cette somme, 222 millions avaient déjà été reçus. Ces montants ont été enregistrés en revenus différés. Ils ne seront reconnus en revenus que lorsque les obligations de performance seront remplies.

Cette distinction est importante. L’encaissement de liquidités au deuxième trimestre a amélioré le cash-flow opérationnel, mais n’a pas automatiquement augmenté le chiffre d’affaires reconnu. La publication de novembre pourrait apporter des précisions sur le rythme de reconnaissance de ces montants.

Les dépenses d’exploitation et le résultat net

Une fois les 288,845 millions de dollars retenus, les dépenses d’exploitation de 254,486 millions de dollars ont laissé un résultat d’exploitation de 34,359 millions de dollars. Le résultat net des activités poursuivies s’est établi à 48,214 millions de dollars après les autres éléments et l’impôt.

Circle souligne que la baisse des dépenses d’exploitation sur un an est largement influencée par la comparaison avec des charges de rémunération en actions liées à l’introduction en bourse de 2025. Les dépenses d’exploitation ajustées ont en réalité augmenté de 23 % pour atteindre 146 millions de dollars. L’entreprise continue d’investir dans la technologie, la conformité, les produits et l’infrastructure.

L’approbation d’une charte de banque fiduciaire nationale en juillet s’inscrit dans cette logique. Elle ouvre la possibilité d’activités de conservation pour Circle et ses affiliés, sans transformer l’USDC en dépôt bancaire classique ni offrir d’assurance fédérale aux détenteurs de jetons.

Pourquoi la marge retenue a progressé

Plusieurs facteurs expliquent l’amélioration de la marge. La hausse de la circulation moyenne a généré davantage de revenus de réserve même avec un taux de rendement plus bas. La part des soldes sur la plateforme de Circle a fortement progressé, ce qui améliore le partage selon les accords existants. Les coûts liés à Coinbase ont légèrement diminué en valeur absolue.

En parallèle, les coûts de distribution, transaction et autres n’ont augmenté que de 1,4 %, tandis que les revenus et revenus de réserve progressaient de 6,6 %. Le résultat est une amélioration nette de la part conservée.

Cette dynamique n’est pas garantie pour les trimestres suivants. Circle indique que l’ajout de nouveaux distributeurs peut augmenter les coûts futurs et que les conditions commerciales peuvent varier d’un partenaire à l’autre. La concurrence pour les grands soldes, comme l’a illustré l’analyse de JPMorgan sur Hyperliquid, peut également exercer une pression sur les conditions de partage.

Ce qu’il faudra surveiller le 4 novembre

Les résultats du troisième trimestre apporteront des éléments concrets sur plusieurs points. Le montant retenu après coûts de distribution, transaction et autres restera l’indicateur le plus direct de la rentabilité opérationnelle liée à l’USDC. L’évolution de la circulation moyenne et de la part pondérée détenue sur la plateforme Circle permettra de juger de la qualité de la croissance.

Les coûts liés à Coinbase et les éventuelles précisions sur d’autres accords de distribution donneront une idée de la pression concurrentielle. Les revenus hors réserve, issus des paiements, abonnements et infrastructure, indiqueront si la diversification progresse réellement. Enfin, toute information sur la reconnaissance des revenus différés liés aux jetons ARC apportera de la clarté sur le timing des recettes futures.

Points à suivre dans les prochains résultats

  • Montant retenu après distribution et transaction
  • Circulation moyenne et part plateforme Circle
  • Évolution des paiements à Coinbase et autres partenaires
  • Revenus reconnus hors réserve
  • Traitement comptable des jetons Arc

Une croissance qui change de nature

L’USDC ne se limite plus au trading crypto. Circle met en avant son usage dans les paiements, le règlement et les services institutionnels. Le réseau de paiements, le lancement d’Arc et les efforts de conformité réglementaire illustrent cette ambition. La rentabilité dépend toutefois de ce que l’entreprise gagne réellement sur chaque activité et de ce qu’elle doit payer pour y accéder.

Une hausse du volume de transactions ne dit rien à elle seule sur le taux de commission, la durée des soldes ou les conditions de distribution associées. De même, une hausse de la circulation ne se traduit pas automatiquement par une hausse proportionnelle des revenus nets si les taux baissent ou si la part des partenaires augmente.

Les documents publics ne fournissent pas un compte de résultat détaillé pour chaque partenariat. Toute estimation de l’impact d’un accord particulier reste donc une approximation tant que Circle ne publie pas suffisamment de détails.

Le contexte concurrentiel et réglementaire

La concurrence pour les grands soldes d’USDC s’intensifie. Les plateformes qui concentrent d’importants volumes peuvent négocier une part plus élevée des revenus de réserve. Circle reconnaît que les futurs accords peuvent avoir des conditions différentes selon les négociations et les conditions de marché.

Sur le plan réglementaire, l’USDC a été reconnu comme le premier jeton de monnaie électronique « significatif » dans l’Union européenne sous le régime MiCA. À partir de mi-novembre 2026, l’Autorité bancaire européenne supervisera directement les réserves, la liquidité et les plans de remboursement. Cette supervision supplémentaire s’accompagne de coûts de conformité qui pèsent sur les dépenses d’exploitation.

Aux États-Unis, l’obtention de la charte de banque fiduciaire nationale ajoute une couche de supervision fédérale sur certaines activités de conservation. Circle continue de rappeler que l’USDC n’est pas un dépôt bancaire et ne bénéficie pas de la garantie fédérale des dépôts.

Ce que la marge de 41,2 % révèle réellement

La marge retenue de 41,2 % avant charges d’exploitation montre que Circle conserve une part non négligeable des revenus générés par l’USDC. Elle montre aussi que cette part s’améliore malgré un environnement de taux moins favorable. L’amélioration ne signifie pas que les coûts de distribution disparaissent. Elle signifie que la croissance des revenus a été plus rapide que celle des coûts associés au deuxième trimestre.

Cette dynamique peut se poursuivre si la part des soldes sur la plateforme de Circle continue d’augmenter et si de nouveaux usages génèrent des revenus moins dépendants des accords de distribution. Elle peut aussi s’inverser si de nouveaux partenaires exigent des conditions plus généreuses ou si les taux continuent de baisser sans compensation par une hausse de la circulation.

Les prochains résultats du 4 novembre permettront de vérifier si la tendance observée au deuxième trimestre se confirme. D’ici là, les chiffres déjà publiés offrent une image plus nuancée que le simple récit d’une érosion inévitable des marges.

Les limites des indicateurs publics

Plusieurs points restent opaques. Circle ne détaille pas le taux exact retenu pour chaque partenaire ou chaque type de client. La distinction entre circulation de fin de trimestre et circulation moyenne, entre solde de fin de période et moyenne pondérée, entre volume de transactions et revenus reconnus, entre encaissement de liquidités et reconnaissance comptable, rend toute analyse rapide incomplète.

Le modèle de sensibilité aux taux repose sur des hypothèses de circulation stable. Dans la réalité, les détenteurs d’USDC peuvent modifier leurs soldes en fonction des taux, de la concurrence ou des conditions de marché. Circle le reconnaît explicitement et se refuse à prédire l’évolution de la demande.

Enfin, les revenus différés liés aux jetons Arc rappellent qu’une partie des liquidités encaissées n’apparaît pas encore dans le chiffre d’affaires. Leur reconnaissance future dépendra du rythme d’exécution des obligations contractuelles.

Une lecture plus fine de la croissance de l’USDC

L’USDC continue de croître en circulation moyenne et en volume de transactions. Cette croissance ne se traduit pas automatiquement en une hausse proportionnelle des profits de Circle. Une part importante des revenus de réserve est redistribuée aux partenaires qui assurent la distribution et l’accessibilité du stablecoin.

Pourtant, au deuxième trimestre, Circle a réussi à retenir davantage d’argent en valeur absolue et en pourcentage. Cette amélioration s’explique par une combinaison de facteurs : hausse des soldes moyens, progression de la part détenue sur sa propre plateforme, légère baisse des coûts liés à Coinbase et maîtrise relative de l’ensemble des coûts de distribution.

Les prochains mois diront si cette dynamique se prolonge. Les résultats du 4 novembre, le développement d’Arc, l’évolution des volumes de paiements et les conditions des nouveaux accords de distribution constitueront autant d’indicateurs à suivre. Pour l’instant, les documents déjà disponibles montrent qu’une croissance de l’USDC n’entraîne pas nécessairement une compression systématique de la marge retenue par Circle.

La question n’est plus seulement de savoir combien l’USDC génère, mais quelle part Circle parvient réellement à conserver après avoir rémunéré l’écosystème qui le diffuse. Les chiffres du deuxième trimestre apportent une réponse claire : environ 41 centimes sur chaque dollar avant les charges d’exploitation. Reste à voir si cette proportion se maintiendra ou s’améliorera encore dans les trimestres à venir.

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