Imaginez une entreprise qui détient l’une des plus importantes réserves de Bitcoin parmi les sociétés cotées en Bourse et qui, en seulement trois mois, voit plus de quatre cents millions de dollars s’évaporer de ses comptes. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Twenty One Capital. La société, soutenue par Tether, a publié ses résultats du deuxième trimestre 2026 et le chiffre qui saute aux yeux est sans appel : une perte nette de 413,5 millions de dollars. La quasi-totalité de ce déficit provient de la simple baisse de valorisation de ses avoirs en Bitcoin. Derrière ce montant spectaculaire se cache une réalité bien plus complexe que la simple chute du cours de la cryptomonnaie. Entre changement de direction, ambition de diversification et questions de gouvernance, l’histoire de Twenty One Capital illustre parfaitement les défis auxquels font face les sociétés de trésorerie Bitcoin aujourd’hui.

Une Perte Dominée Par La Valorisation Du Bitcoin

Le rapport financier du deuxième trimestre révèle un détail crucial. Sur les 413,5 millions de dollars de perte nette, 401,5 millions sont directement imputables à la diminution de la juste valeur des avoirs en Bitcoin. Autrement dit, près de 97 % du déficit trimestriel n’est pas lié à des dépenses opérationnelles ou à des ventes à perte, mais uniquement au fait que le cours du Bitcoin a baissé entre le début et la fin de la période. Les quelque 12 millions restants correspondent aux frais de fonctionnement et aux autres charges de la société.

Ce mécanisme comptable n’est pas nouveau. Twenty One Capital comptabilise ses Bitcoins à leur juste valeur de marché à chaque clôture de trimestre. Lorsque le prix de la cryptomonnaie chute, la société doit enregistrer une charge même si elle n’a vendu quasiment aucun coin. À l’inverse, une hausse du cours se transformerait en produit financier. C’est précisément ce qui s’était déjà produit au premier trimestre 2026, où la société avait affiché une perte de 859,7 millions de dollars, dont 847,8 millions provenant de la même réévaluation négative.

Ce qu’il faut retenir des deux premiers trimestres 2026

  • Perte nette T1 : 859,7 millions de dollars
  • Perte nette T2 : 413,5 millions de dollars
  • Total des pertes liées au Bitcoin sur six mois : environ 1,25 milliard de dollars
  • Nombre de Bitcoins détenus fin mars : 43 514 BTC
  • Valeur de marché fin mars : 2,95 milliards de dollars

Au 31 mars 2026, Twenty One Capital détenait 43 514 Bitcoins. Leur coût d’acquisition s’élevait à environ 3,69 milliards de dollars, tandis que leur juste valeur était tombée à 2,95 milliards. Le prix de référence utilisé pour la valorisation était passé de 87 316 dollars au 31 décembre 2025 à 67 832 dollars trois mois plus tard. La société n’a vendu qu’un seul Bitcoin au cours du premier trimestre, réalisant même un petit gain de 3 180 dollars sur cette opération isolée. Tout le reste de la perte est purement comptable.

Pourquoi Ces Pertes Comptables Comptent Quand Même

Beaucoup d’investisseurs se demandent si ces pertes ont une réelle incidence sur la santé de l’entreprise. Techniquement, tant que Twenty One Capital ne vend pas ses Bitcoins, aucun cash ne sort de la trésorerie. Pourtant, les chiffres publiés influencent directement le cours de l’action et la perception des marchés. Une société qui accumule des pertes trimestrielles de plusieurs centaines de millions de dollars, même non réalisées, attire l’attention des analystes, des agences de notation et des régulateurs.

De plus, une partie des Bitcoins sert de collatéral pour des obligations convertibles. Au 31 mars, environ 16 116 BTC étaient nantis en garantie de 484,4 millions de dollars de notes convertibles. Ces coins ne peuvent pas être considérés comme une source de liquidité disponible tant qu’ils restent liés à la dette. La société disposait alors de 114,1 millions de dollars de cash et de 117,9 millions de fonds de roulement nets, des montants jugés suffisants pour couvrir les besoins opérationnels pendant au moins un an sans avoir à vendre de Bitcoin.

Twenty One détient l’un des plus importants bilans Bitcoin des marchés publics. Mon rôle est de construire l’entreprise opérationnelle autour de cette réserve, avec la discipline, la gouvernance et la rigueur d’exécution d’une institution.

Raphael Zagury, CEO de Twenty One Capital

Le Nouveau Cap Fixé Par Raphael Zagury

Le 20 juillet 2026, Raphael Zagury a pris les rênes de Twenty One Capital en remplacement de Jack Mallers, fondateur de Strike. Mallers a quitté la direction générale pour se concentrer sur sa société de paiements, tout en restant impliqué dans la transition. Zagury n’est pas un inconnu dans l’écosystème. Ancien directeur et président par intérim du comité d’audit de Twenty One, il a travaillé chez Goldman Sachs, Deutsche Bank et Merrill Lynch avant de s’impliquer dans Elektron Energy, une société d’infrastructure minière Bitcoin.

Dès sa prise de fonction, le nouveau dirigeant a fixé une feuille de route claire. Twenty One Capital ne peut plus se contenter d’être un simple véhicule de détention de Bitcoin. Il doit générer des flux de trésorerie opérationnels. Pour y parvenir, cinq priorités stratégiques ont été définies : réaliser des acquisitions d’entreprises génératrices de revenus, développer des services de prêts garantis par Bitcoin, renforcer l’activité de marchés de capitaux, gérer activement la réserve de Bitcoin via des opérations de dette et d’equity, et conserver une structure de holding pour les sociétés acquises.

Cette ambition n’est pas nouvelle. Dès le mois de mai, Twenty One Capital avait envisagé un rapprochement avec Strike et Elektron afin de combiner paiements, minage, gestion de trésorerie et services financiers. Après le départ de Mallers, Strike a été retiré de l’équation. L’idée d’intégrer des activités opérationnelles reste néanmoins au cœur de la stratégie de Zagury.

L’Ombre De Tether Et Les Questions De Gouvernance

Twenty One Capital a vu le jour grâce au soutien de Tether, Bitfinex, SoftBank et Cantor Equity Partners. Le projet initial, valorisé à 3,6 milliards de dollars en 2025, prévoyait la constitution d’une réserve de plus de 42 000 Bitcoins, financée en partie par des notes convertibles et un placement privé. Tether a ensuite racheté l’intégralité de la participation de SoftBank, consolidant ainsi son influence sur la société cotée.

Ce renforcement de contrôle a eu des conséquences immédiates sur la gouvernance. Après le départ des représentants de SoftBank du conseil d’administration, le New York Stock Exchange a signalé que le comité d’audit de Twenty One Capital ne respectait plus les règles d’indépendance exigées. L’échange a accordé un délai jusqu’au 5 juin pour nommer un administrateur indépendant qualifié. La société a réagi le 8 juin en procédant à cette nomination, évitant ainsi le placement d’un indicateur de non-conformité sur son ticker.

Aujourd’hui, Twenty One Capital se négocie sous le symbole XXI à la Bourse de New York. Le 11 août 2026, l’action évoluait autour de 4,59 dollars tandis que le Bitcoin s’échangeait près de 63 800 dollars. Contrairement à un ETF Bitcoin au comptant, le titre XXI intègre non seulement la valeur des réserves, mais aussi les coûts de structure, la dette, les décisions managériales et le risque de dilution lié aux éventuelles émissions d’actions.

Les Risques Spécifiques Pour Les Investisseurs Américains

Détenir des actions de Twenty One Capital offre un accès réglementé à une exposition Bitcoin via un véhicule coté. Mais cette exposition n’est pas pure. L’investisseur subit également les frais de fonctionnement, le levier de la dette, les choix stratégiques de la direction et le risque de gouvernance. Le ratio Bitcoin par action, exprimé en satoshis, est d’ailleurs l’un des indicateurs internes suivis par la société. Au 31 mars 2026, ce ratio s’élevait à 12 557 satoshis par action de classe A, pour 346,5 millions d’actions en circulation.

La société a clairement indiqué qu’elle n’envisageait pas de vendre des Bitcoins pour financer ses besoins de liquidité à court terme. Cette discipline est appréciable, mais elle repose sur la capacité de Twenty One Capital à générer des revenus opérationnels suffisamment rapidement. Si les acquisitions et les nouveaux services mettent du temps à se matérialiser, la pression sur le cours de l’action pourrait s’intensifier, surtout dans un contexte de Bitcoin volatil.

Points de vigilance pour les actionnaires

  • Dépendance quasi totale aux variations de prix du Bitcoin
  • Part importante de la réserve nantie en collatéral
  • Nécessité de prouver rapidement la capacité à générer du cash-flow
  • Risque de dilution en cas d’opérations de capital
  • Historique récent de non-conformité temporaire sur la gouvernance

Une Stratégie Qui S’Éloigne Du Modèle Pur Treasury

Pendant longtemps, les sociétés de trésorerie Bitcoin se sont contentées d’acheter et de détenir la cryptomonnaie, en pariant sur l’appréciation de long terme. Twenty One Capital, sous l’impulsion de Raphael Zagury, semble vouloir sortir de ce modèle. L’objectif est de transformer la réserve en un actif productif capable de soutenir des activités de prêt, d’acquisition et de services financiers.

Cette évolution n’est pas sans risque. Intégrer des entreprises opérationnelles demande du temps, du capital et une expertise managériale solide. Les marchés de capitaux peuvent être favorables ou hostiles selon le sentiment général envers les actifs numériques. Quant aux prêts garantis par Bitcoin, ils exposent la société au risque de contrepartie et aux variations de collatéral en cas de chute brutale des cours.

Pourtant, le raisonnement de Zagury est clair. Une simple réserve de Bitcoin, aussi importante soit-elle, ne justifie pas durablement une prime de valorisation par rapport aux ETF au comptant. Pour que le titre XXI se différencie, il faut que l’entreprise crée de la valeur au-delà de la pure exposition au prix du Bitcoin. Les prochains trimestres diront si cette transformation est réaliste ou si Twenty One Capital restera avant tout un véhicule de détention passive.

Le Contexte Plus Large Des Sociétés De Trésorerie Bitcoin

Twenty One Capital n’est pas un cas isolé. Depuis 2024 et 2025, plusieurs sociétés cotées ont adopté une stratégie de constitution de réserves Bitcoin, inspirées par le modèle pionnier de MicroStrategy. Ces entreprises bénéficient d’un accès privilégié au capital de marché et offrent aux investisseurs institutionnels une exposition régulée. Mais elles subissent aussi de plein fouet les corrections de marché, exactement comme Twenty One Capital vient de le vivre.

La différence réside dans la capacité à transformer cette réserve en moteur de croissance. Certaines sociétés se contentent d’accumuler. D’autres, comme Twenty One Capital sous sa nouvelle direction, cherchent à bâtir un véritable groupe financier autour de l’actif numérique. Le succès de cette approche dépendra autant de l’évolution du prix du Bitcoin que de l’exécution opérationnelle.

Les investisseurs doivent donc surveiller plusieurs indicateurs dans les prochains mois : l’évolution du ratio Bitcoin par action, la réalisation effective d’acquisitions, le démarrage des activités de prêt, le maintien de la liquidité sans vente de coins, et bien sûr la trajectoire du cours du Bitcoin lui-même. Les 413,5 millions de dollars de perte du deuxième trimestre ne sont peut-être qu’un épisode comptable, mais ils rappellent avec force que la volatilité de l’actif sous-jacent reste le principal facteur de risque pour ces sociétés.

Ce Que Révèle Vraiment Ce Trimestre

Au-delà des chiffres bruts, le rapport du deuxième trimestre de Twenty One Capital met en lumière la tension permanente entre la nature passive d’une réserve de Bitcoin et les attentes de performance d’une société cotée. Tant que le Bitcoin monte, les pertes comptables s’effacent et le modèle semble séduisant. Lorsque le marché se retourne, la réalité des comptes devient plus brutale.

Raphael Zagury a le mérite de reconnaître que la simple détention ne suffit plus. Son plan de transformation est ambitieux. Il reste à voir si l’exécution suivra et si les marchés accorderont le temps nécessaire à cette mutation. Pour l’instant, Twenty One Capital reste avant tout un miroir de la performance du Bitcoin, amplifié par la structure financière et les décisions de gouvernance de l’entreprise.

Les prochains résultats trimestriels seront particulièrement scrutés. Ils diront si la société commence réellement à générer des revenus opérationnels ou si elle continue de subir le rythme imposé par les fluctuations de la cryptomonnaie. Dans un secteur où la confiance se construit sur la durée, chaque chiffre compte. Et les 413,5 millions de dollars de perte du deuxième trimestre 2026 resteront longtemps dans les esprits comme le symbole d’une période de transition délicate.

En définitive, Twenty One Capital incarne à elle seule les espoirs et les fragilités du modèle des sociétés de trésorerie Bitcoin. Soutenue par un acteur majeur de l’écosystème stablecoin, cotée sur l’une des places financières les plus exigeantes au monde, elle dispose d’atouts indéniables. Mais la route vers une véritable diversification opérationnelle s’annonce longue et semée d’obstacles. Les investisseurs qui choisissent d’accompagner ce parcours le font en connaissance de cause : ils parient à la fois sur le Bitcoin et sur la capacité de l’équipe dirigeante à transformer une réserve passive en entreprise active. Le temps, et les prochains bilans, jugeront de la pertinence de ce pari.

La chute du Bitcoin a frappé fort au deuxième trimestre. La réponse de Twenty One Capital, sous la direction de Raphael Zagury, sera déterminante pour savoir si la société peut s’émanciper de la pure volatilité de son actif principal. Pour l’heure, le message est clair : la réserve de Bitcoin reste le cœur du modèle, mais elle ne peut plus en être l’unique raison d’être. C’est sur cette fine ligne que se joue désormais l’avenir de Twenty One Capital.

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