Imaginez un instant : quelques jours seulement avant de prêter serment pour un second mandat à la Maison Blanche, une plateforme crypto liée à votre famille reçoit un investissement massif de 500 millions de dollars provenant d’un fonds lié à un puissant dignitaire étranger. Cela ressemble à un scénario de thriller politique, mais c’est exactement ce qui est reproché à Donald Trump et à World Liberty Financial. L’ancien – et désormais actuel – président minimise l’affaire, mais les questions fusent de toutes parts.

Un deal surprise qui fait des vagues dans la crypto et la politique

Le 2 février 2026, Donald Trump s’est exprimé devant des journalistes pour balayer d’un revers de main les rumeurs persistantes autour de World Liberty Financial (WLFI). Selon lui, il n’a absolument rien à voir avec les opérations quotidiennes ni avec les décisions financières de cette plateforme décentralisée. « C’est géré par mes fils, je me concentre sur mes responsabilités présidentielles », a-t-il déclaré, insistant sur une séparation stricte entre sa fonction publique et les affaires familiales.

Mais les faits rapportés par le Wall Street Journal racontent une tout autre histoire. Un accord signé le 16 janvier 2025 – soit quatre jours avant l’investiture – aurait permis à une entité basée à Abu Dhabi d’acquérir 49 % des parts de WLFI pour la somme rondelette de 500 millions de dollars. L’investisseur ? Aryam Investment 1, une société étroitement liée à Sheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis et figure influente de la famille royale.

Ce que l’on sait précisément du deal :

  • Signature le 16 janvier 2025, juste avant l’investiture de Trump.
  • 49 % des parts cédées à Aryam Investment 1.
  • Premier versement de 250 millions de dollars, dont environ 187 millions auraient atterri dans des entités contrôlées par la famille Trump.
  • 31 millions supplémentaires versés à des structures liées à Steve Witkoff, co-fondateur et proche allié de Trump.
  • Deux représentants d’Aryam ont rejoint le conseil d’administration de WLFI.

Ces éléments, tirés de documents internes et de sources proches du dossier, ont immédiatement déclenché une vague de critiques. Des sénateurs démocrates, dont Elizabeth Warren, n’ont pas mâché leurs mots : ils parlent ouvertement de « corruption » et s’interrogent sur un possible lien entre cet investissement et des décisions récentes de l’administration américaine, notamment l’assouplissement des restrictions sur les exportations de puces électroniques avancées Nvidia vers les Émirats.

World Liberty Financial : un projet crypto familial ambitieux

Pour bien comprendre pourquoi ce deal pose problème, il faut revenir aux origines de World Liberty Financial. Lancée en 2024, cette plateforme se présente comme un écosystème DeFi visant à renforcer la place du dollar américain dans la finance décentralisée. Parmi ses produits phares : un stablecoin indexé sur le dollar (USD1) et un token de gouvernance WLFI qui permet aux détenteurs de voter sur les évolutions du protocole.

Le projet porte la marque Trump à tous les étages : Donald Trump et Steve Witkoff y figurent comme co-fondateurs émérites, tandis que les fils Donald Jr., Eric et Barron occupent des rôles opérationnels importants. Le token WLFI, non transférable au départ, a vu sa liquidité débloquée en 2025 suite à un vote communautaire. Aujourd’hui, il s’échange autour de 0,128 $ avec une capitalisation dépassant les 3,4 milliards de dollars et un volume quotidien souvent supérieur à 100 millions.

« World Liberty Financial est une initiative privée qui n’a aucun lien avec mes fonctions officielles. Mes enfants gèrent cela seuls. »

Donald Trump, février 2026

Malgré ces déclarations, les observateurs notent que la famille Trump conserve une part significative des revenus générés par la vente de tokens et par les profits du stablecoin. Certains estiment que les revenus cumulés pour la famille pourraient déjà atteindre plusieurs dizaines de millions depuis le lancement.

Les soupçons de conflits d’intérêts et d’influence étrangère

Le timing du deal interpelle : pourquoi finaliser une telle transaction à quelques jours de l’investiture ? Pourquoi une entité liée à un haut responsable de la sécurité émiratie devient-elle actionnaire majoritaire d’une société crypto américaine dirigée par la famille du président ?

Les critiques pointent du doigt un possible quid pro quo. Peu après l’accord, les États-Unis ont approuvé la livraison de centaines de milliers de puces IA avancées aux Émirats, levant des restrictions auparavant justifiées par des craintes de sécurité nationale. Coïncidence ? Pour beaucoup, c’est difficile à avaler.

Les principales interrogations soulevées par les élus :

  • Le deal a-t-il influencé la politique d’exportation technologique américaine ?
  • La famille Trump a-t-elle respecté les règles éthiques en vigueur pour les proches du pouvoir ?
  • Quel rôle joue Sheikh Tahnoon, surnommé le « spy sheikh » en raison de son poids dans les services de renseignement émiratis ?
  • Les fonds injectés proviennent-ils de sources légitimes ou y a-t-il un risque de blanchiment ?

La Maison Blanche a rapidement réagi en affirmant qu’aucun conflit d’intérêts n’existait et que toutes les décisions étaient prises dans l’intérêt supérieur des Américains. Mais ces assurances peinent à calmer les esprits, surtout dans un contexte où la transparence des affaires privées des dirigeants reste un sujet brûlant.

Impact sur le marché crypto et sur WLFI

Malgré le scandale naissant, le token WLFI tient bon. Avec un prix oscillant autour de 0,13 $ et une capitalisation dans le top 30 mondial, la plateforme continue d’attirer des investisseurs séduits par le narratif « pro-dollar » et par l’aura Trump. Le volume d’échange reste élevé, signe que la communauté n’a pas (encore) massivement pris la fuite.

Cependant, l’affaire pourrait avoir des répercussions à moyen terme. Si des enquêtes officielles s’ouvrent, si des régulateurs américains (SEC, CFTC) décident d’examiner de près les mécanismes de gouvernance et les flux financiers, cela pourrait peser sur la confiance et sur la valorisation du token. À l’inverse, certains y voient une preuve supplémentaire que la crypto entre de plain-pied dans la géopolitique mondiale.

Le secteur DeFi, déjà scruté pour ses risques systémiques, se retrouve une fois de plus sous les projecteurs. World Liberty Financial, avec son ambition de tokeniser des actifs réels et de promouvoir un dollar décentralisé, incarne à la fois l’innovation et les dangers d’un mélange explosif entre finance, politique et influence étrangère.

Que retenir de cette affaire ?

Cette histoire dépasse largement le cadre d’une simple levée de fonds crypto. Elle pose des questions fondamentales sur :

  • La porosité entre les affaires privées des dirigeants et leurs décisions publiques ;
  • Le rôle croissant des États du Golfe dans le financement de projets crypto occidentaux ;
  • La capacité du secteur crypto à maintenir une gouvernance décentralisée quand des investisseurs institutionnels – voire étatiques – entrent en force au capital ;
  • L’avenir des stablecoins adossés au dollar face à des pressions géopolitiques.

Pour l’instant, Donald Trump maintient sa ligne : il n’est au courant de rien, ce sont ses fils qui gèrent. Mais dans un monde où chaque transaction on-chain peut être tracée et où les médias scrutent le moindre mouvement, il sera difficile d’étouffer durablement la polémique.

World Liberty Financial continuera-t-il son ascension ou subira-t-il les contrecoups d’un scandale politique ? L’avenir le dira. En attendant, cette affaire rappelle une vérité implacable : dans la crypto comme en politique, l’argent et le pouvoir ne font jamais bon ménage quand ils se retrouvent sous les feux des projecteurs.

Restez connectés, car cette histoire est loin d’être terminée.

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