Imaginez un instant : le président des États-Unis, celui-là même qui avait promis de faire de son pays la « capitale mondiale du Bitcoin et de l’intelligence artificielle », foule à nouveau le sol enneigé de Davos après six longues années d’absence. Nous sommes en janvier 2026, et cette simple présence fait déjà trembler les marchés, les régulateurs et toute la communauté crypto. Pourquoi un tel retour suscite-t-il autant d’attentes ?
Le Forum économique mondial, plus connu sous le nom de WEF ou simplement Davos, n’est plus seulement une réunion de puissants discutant du climat ou du commerce international. Depuis plusieurs années, les cryptomonnaies et les technologies de rupture y occupent une place grandissante. Et cette édition 2026 s’annonce comme l’une des plus stratégiques pour l’avenir du secteur.
Un retour très commenté à Davos
Donald Trump n’avait plus mis les pieds à Davos depuis 2020. À l’époque, son discours avait marqué les esprits par son ton direct et son rejet de certaines thématiques multilatérales. Six ans plus tard, le contexte a radicalement changé : Bitcoin dépasse allègrement les 90 000 dollars, les stablecoins représentent des volumes colossaux et la tokenisation des actifs du monde réel (RWA) devient un sujet sérieux pour les institutions financières traditionnelles.
Le président américain arrive donc avec la plus grosse délégation jamais envoyée par les États-Unis à cet événement. Ce détail à lui seul montre que Washington ne compte pas laisser la Chine, l’Union européenne ou les Émirats arabes dominer la conversation sur les infrastructures financières du futur.
Crypto et IA : les deux priorités affichées de Davos 2026
Le programme officiel du WEF met en avant deux axes majeurs : l’accélération de l’intelligence artificielle et la maturation des cryptomonnaies vers une véritable infrastructure mondiale. On parle désormais moins de spéculation que d’adoption de masse, de résilience des réseaux et d’interopérabilité avec les systèmes financiers classiques.
Parmi les sujets chauds attendus :
- La place croissante des stablecoins dans les paiements transfrontaliers
- La tokenisation massive d’actifs réels (immobilier, obligations, œuvres d’art…)
- Les risques systémiques liés à la concentration des acteurs centralisés
- L’impact géopolitique de la détention de Bitcoin par certains États
- Les cadres réglementaires qui divergent fortement d’un continent à l’autre
Ces thématiques ne sont plus réservées aux panels de niche. Elles figurent désormais parmi les sessions plénières et les dîners privés les plus courus.
Coinbase dit non au CLARITY Act : un camouflet pour le Sénat
Quelques jours seulement avant l’ouverture du Forum, Brian Armstrong, PDG de Coinbase, a créé la surprise en annonçant publiquement que sa plateforme ne soutenait plus le projet de loi CLARITY Act. Ce texte, très attendu par une partie de l’industrie, devait apporter de la clarté réglementaire aux États-Unis en distinguant clairement les security tokens des utility tokens et en définissant les responsabilités des différents acteurs.
Pour Armstrong, le problème est double :
- Le projet favorise trop fortement les grands intermédiaires centralisés au détriment des protocoles décentralisés
- Il risque de freiner l’innovation en poussant les startups à se conformer à des exigences disproportionnées
« Nous ne pouvons pas soutenir une loi qui, sous couvert de protection des investisseurs, étrangle les réseaux ouverts et concentre le pouvoir entre les mains de quelques géants. »
Brian Armstrong, PDG de Coinbase
Cette prise de position publique intervient à un moment particulièrement sensible : juste avant que Donald Trump ne monte sur scène à Davos. Beaucoup y voient un signal fort envoyé à la Maison Blanche et au Congrès.
Ce que le rejet du CLARITY Act pourrait signifier concrètement :
- Un report probable de plusieurs mois (voire années) d’une législation crypto fédérale
- Une pression accrue sur la SEC et la CFTC pour accélérer leurs propres rulemaking
- Une fenêtre d’opportunité pour les protocoles décentralisés les plus solides
- Une incertitude réglementaire maintenue qui pourrait ralentir certains investissements institutionnels
Trump et la promesse de 2025 : la capitale mondiale crypto & IA
En janvier 2025, alors qu’il venait tout juste de reprendre ses fonctions, Donald Trump s’était exprimé par visioconférence devant les participants de Davos. Sa phrase avait fait le tour des réseaux :
« Nous allons faire des États-Unis la capitale mondiale de l’intelligence artificielle et des cryptomonnaies. »
Donald Trump – janvier 2025
Un an plus tard, le président sera physiquement présent. La question que tout le monde se pose est simple : va-t-il réaffirmer cette ambition avec des mesures concrètes ou restera-t-il dans le registre symbolique ?
Plusieurs signaux laissent penser que des annonces pourraient être préparées en coulisses :
- Création d’une task-force inter-agences dédiée aux stablecoins et à la tokenisation
- Possible assouplissement de certaines règles bancaires pour faciliter l’entrée des institutions dans la crypto
- Positionnement clair sur la détention stratégique de Bitcoin par le Trésor américain
- Négociations accélérées avec des pays alliés pour harmoniser certains standards crypto
Rien n’est encore officiel, mais l’entourage du président laisse filtrer que Davos 2026 sera l’occasion de « poser des jalons clairs » pour la seconde moitié de mandat.
Stablecoins et RWA : quand la finance traditionnelle tremble
Les stablecoins ne sont plus un phénomène marginal. Leur capitalisation cumulée approche des sommets historiques et leur volume quotidien dépasse désormais celui de nombreux systèmes de paiement traditionnels. Bank of America elle-même a récemment averti que les stablecoins pourraient représenter une menace existentielle pour une partie de son modèle économique si la tendance se confirmait.
Parallèlement, la tokenisation des actifs du monde réel (Real World Assets – RWA) progresse à une vitesse impressionnante. Obligations d’État, crédits immobiliers, parts de fonds, œuvres d’art : tout est en train d’être porté sur la blockchain.
À Davos, plusieurs panels devraient revenir sur ces deux tendances qui, ensemble, pourraient redessiner l’architecture financière mondiale d’ici 2030.
Géopolitique de la crypto : Bitcoin devient une arme économique
Le Bitcoin n’est plus seulement un actif spéculatif. Plusieurs États l’utilisent déjà comme outil de contournement des sanctions, de réserve de valeur alternative ou même d’instrument de guerre économique. Les cas du Venezuela, de l’Iran et de la Russie reviennent régulièrement dans les discussions stratégiques.
Les États-Unis observent cela avec une attention particulière. D’un côté, ils souhaitent conserver leur domination sur le système financier mondial ; de l’autre, ils ne veulent pas se retrouver distancés dans la course aux infrastructures décentralisées du futur.
Quelques exemples concrets récents :
- La Russie et l’Iran augmentent massivement leur recours aux stablecoins pour contourner les restrictions
- Le Venezuela aurait accumulé une réserve stratégique de BTC
- Certains pays d’Amérique latine étudient ouvertement l’adoption du Bitcoin comme monnaie légale secondaire
Ces mouvements ne passent pas inaperçus à Washington. Ils expliquent en partie pourquoi la question crypto est devenue un sujet de haute sécurité nationale.
Ce que les acteurs crypto attendent de Trump à Davos
La communauté crypto internationale est partagée. D’un côté, certains espèrent des signaux très clairs en faveur de l’innovation décentralisée ; de l’autre, les plus prudents craignent une récupération politique du secteur.
Parmi les demandes les plus fréquemment exprimées :
- Un moratoire sur les nouvelles règles SEC jusqu’à l’adoption d’une loi fédérale claire
- Une reconnaissance officielle du Bitcoin comme « commodity » plutôt que « security »
- Des incitations fiscales pour les entreprises qui conservent du BTC sur leur bilan
- Une stratégie nationale pour attirer les meilleurs talents et capitaux crypto aux États-Unis
- Une position ferme contre les CBDC centralisées oppressives
Reste à savoir lesquelles de ces attentes seront satisfaites – et sous quelle forme.
Conclusion : Davos 2026, un tournant stratégique ?
Le Forum économique mondial de janvier 2026 ne sera pas seulement une énième grand-messe de l’élite mondiale. Pour le secteur des cryptomonnaies, il pourrait marquer un véritable tournant : entre le retour très médiatisé de Donald Trump, le camouflet infligé par Coinbase au CLARITY Act et l’accélération mondiale de l’adoption des stablecoins et de la tokenisation, tous les ingrédients sont réunis pour que des décisions lourdes de conséquences soient prises – ou du moins annoncées – dans les chalets enneigés de Davos.
La semaine prochaine, les regards du monde entier seront tournés vers la Suisse. Et pour une fois, ce ne sera pas uniquement pour parler climat ou commerce : la finance du futur, décentralisée ou non, sera au cœur des conversations.
À suivre de très près.
