Imaginez un instant : une entreprise relativement récente, fondée par un entrepreneur devenu figure politique controversée, parvient en moins d’un an à s’imposer parmi les géants mondiaux qui accumulent du Bitcoin comme d’autres accumulent de l’or. C’est exactement ce qui vient de se produire en ce mois de mars 2026. Strive, la société dirigée aujourd’hui par Matthew Cole et initialement lancée par Vivek Ramaswamy, fait officiellement son entrée dans le très fermé club des dix premières entreprises cotées en bourse détenant le plus de bitcoins. Avec 13 628 BTC à son bilan, elle dépasse CleanSpark et s’installe à la dixième place d’un classement qui fascine de plus en plus les investisseurs traditionnels comme les passionnés de cryptomonnaies.

Ce mouvement n’est pas anodin. Il illustre une tendance de fond qui s’accélère depuis 2024 : les entreprises cotées considèrent désormais Bitcoin non plus comme un actif spéculatif marginal, mais comme une véritable réserve de valeur stratégique. Et Strive n’est que le dernier exemple en date d’une stratégie qui commence à faire école.

L’ascension fulgurante de Strive dans l’univers Bitcoin

Strive n’est pas née hier. Créée en 2022 par Vivek Ramaswamy comme une société de gestion d’actifs orientée « anti-woke », elle a opéré une transformation radicale à partir de mai 2025 en devenant officiellement une Bitcoin Treasury Company. Ce pivot stratégique s’est concrétisé par une fusion avec Asset Entities en septembre 2025, ouvrant ainsi la voie à une cotation sur le Nasdaq sous le ticker ASST.

Depuis cette date charnière, l’entreprise n’a cessé d’accumuler des bitcoins via plusieurs leviers financiers sophistiqués :

  • 5 886 BTC provenant des levées de fonds PIPE réalisées lors de l’entrée en bourse
  • 5 048 BTC acquis lors du rachat de Semler Scientific, une autre société déjà engagée dans une stratégie Bitcoin
  • 2 694 BTC supplémentaires achetés grâce à diverses opérations sur les marchés de capitaux

Au total, ce sont donc 13 628 bitcoins qui figurent désormais au bilan de Strive, soit une valeur marchande dépassant les 944 millions de dollars au cours de 69 200 $ observé mi-mars 2026. Une performance impressionnante pour une société qui, il y a encore dix-huit mois, n’était pas du tout positionnée sur cet actif.

Point clé : Entre le 16 février et le 16 mars 2026, Strive a ajouté 317 BTC à ses réserves, ce qui lui a permis de ravir la 10ᵉ place à CleanSpark, relégué à la 11ᵉ position selon les données actualisées de BitcoinTreasuries.net.

Qui sont les leaders incontestés du classement ?

Si l’entrée de Strive dans le top 10 fait parler, elle reste très loin du mastodonte absolu de cette catégorie : Strategy (anciennement MicroStrategy). Sous la houlette de Michael Saylor, l’entreprise a franchi en mars 2026 la barre symbolique des 761 000 BTC. Un chiffre absolument hors normes qui représente à lui seul plus de 3,6 % de l’offre totale en circulation du Bitcoin.

« Nous voyons Bitcoin comme l’avenir de la propriété corporative. Une réserve de valeur supérieure à l’or, sans contrepartie souveraine ni inflation organisée. »

Michael Saylor, Executive Chairman de Strategy

Derrière Strategy, on retrouve généralement des noms bien connus des observateurs du secteur : Marathon Digital, Tesla (qui conserve toujours une partie significative de ses BTC historiques), Hut 8 Mining, Coinbase Global, Block (ex-Square), Riot Platforms, Galaxy Digital… et désormais Strive qui vient bousculer ce classement très stable depuis plusieurs trimestres.

Pourquoi tant d’entreprises se ruent-elles sur Bitcoin en 2026 ?

Plusieurs facteurs expliquent cette accélération visible depuis 2025 :

  • La clarté réglementaire croissante aux États-Unis après l’élection de 2024 et les premières mesures pro-crypto de l’administration Trump 2.0
  • L’adoption massive des ETF Bitcoin spot qui a légitimé l’actif aux yeux des conseils d’administration les plus conservateurs
  • La perception grandissante que Bitcoin constitue une couverture efficace contre l’inflation structurelle et la dévaluation monétaire
  • La pression des actionnaires activistes qui demandent aux entreprises de maximiser la valeur actionnariale via des stratégies de trésorerie innovantes
  • L’effet de mode et la peur de rater le train (« FOMO corporate »)

Dans ce contexte, Strive se distingue par sa communication très offensive sur sa stratégie Bitcoin et par le profil de son fondateur historique. Vivek Ramaswamy, même s’il n’est plus CEO au quotidien, reste une figure clivante qui attire l’attention médiatique à chaque annonce importante.

La stratégie de Strive : accumulation + crédit numérique

Matthew Cole, actuel dirigeant de Strive, a tenu à préciser dans le communiqué du 19 mars 2026 que l’accumulation de Bitcoin n’était pas la seule corde à son arc. L’entreprise développe en parallèle une activité de « crédit numérique » dont les contours restent encore assez flous pour le grand public, mais qui semble reposer sur l’utilisation du Bitcoin comme collatéral ou comme actif sous-jacent à des produits financiers structurés.

Cette double stratégie vise à générer des rendements à la fois via l’appréciation du Bitcoin et via des revenus issus de produits dérivés ou de prêts garantis par des BTC. Une approche hybride qui rappelle celle de certaines sociétés de mining qui combinent hodl long terme et génération de cash-flow immédiat via le minage.

Déclaration officielle de Matthew Cole : « Nous construisons un track-record solide pour notre activité SATA tout en maintenant une fourchette de trading stable et un bilan robuste. Nous pensons que cette combinaison offrira des rendements supérieurs à long terme par rapport à une simple détention passive de Bitcoin. »

Les implications macro pour le marché Bitcoin

L’entrée de nouvelles entreprises dans le top 10, même à des niveaux encore modestes comparés à Strategy, contribue à réduire la liquidité disponible sur le marché spot. Chaque BTC acheté par une trésorerie corporative est un BTC qui ne circulera plus dans l’économie traditionnelle, renforçant mécaniquement la pression haussière à moyen et long terme.

Par ailleurs, plus il y aura d’entreprises cotées détenant du Bitcoin, plus l’actif gagnera en légitimité auprès des investisseurs institutionnels traditionnels qui hésitaient encore à franchir le pas directement. On assiste donc à une sorte de cercle vertueux : adoption corporate → légitimation → adoption par les fonds de pension et assurances → hausse du prix → incitation pour d’autres entreprises à suivre le mouvement.

Que retenir pour les investisseurs particuliers ?

Pour le particulier qui lit ces lignes, plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette actualité :

  • Le Bitcoin n’est plus uniquement un actif spéculatif pour geeks et traders ; il devient un élément de bilan d’entreprises cotées sérieuses
  • La corrélation entre le cours du Bitcoin et la santé financière de certaines sociétés cotées va aller croissant (on l’a déjà vu avec Strategy et MARA notamment)
  • Les entreprises qui publient régulièrement leurs acquisitions de BTC créent souvent un momentum haussier temporaire au moment des annonces
  • La diversification des profils d’acheteurs (mining, software, fintech, asset management…) réduit la dépendance à un seul type d’acteurs

Cela étant dit, il convient de rester prudent. Toute stratégie de trésorerie Bitcoin expose l’entreprise à une volatilité extrême. Un bear market prolongé peut rapidement dégrader les ratios d’endettement et faire fuir les actionnaires classiques. Strive elle-même, malgré ses 83,7 millions de dollars de cash restants mi-mars 2026, n’est pas à l’abri d’un retournement brutal du marché.

Vers un nouveau paradigme de la trésorerie d’entreprise ?

En 2013-2014, détenir du Bitcoin en trésorerie était considéré comme une excentricité. En 2021, c’était une stratégie risquée mais audacieuse. En 2026, cela devient presque banal pour certaines sociétés cotées américaines. On peut raisonnablement penser que d’ici 2028-2030, les entreprises qui n’auront pas au moins une petite allocation Bitcoin seront regardées avec suspicion par une partie croissante des investisseurs.

Strive n’est donc probablement que le début d’une vague plus large. D’autres sociétés de taille moyenne, cherchant à se différencier dans un marché actions saturé, pourraient prochainement annoncer leur propre plan d’accumulation Bitcoin. Affaire à suivre de très près.

Conclusion : un signal fort envoyé au marché

L’entrée de Strive dans le top 10 des Bitcoin Treasuries n’est pas seulement une anecdote financière. C’est un symbole fort de la maturité croissante de Bitcoin en tant qu’actif de réserve stratégique pour les entreprises cotées. Même si la société reste très loin des sommets stratosphériques atteints par Strategy, son arrivée dans ce classement montre que la barrière psychologique est en train de tomber pour de nombreux acteurs économiques traditionnels.

Dans un monde où les monnaies fiduciaires continuent de perdre du pouvoir d’achat et où la géopolitique reste instable, Bitcoin semble s’imposer progressivement comme une forme d’assurance collective contre les défaillances du système monétaire classique. Et des entreprises comme Strive entendent bien profiter de cette transition historique.

Reste maintenant à savoir combien de temps il faudra pour que le top 10 devienne un top 20… puis un top 50. Une chose est sûre : le mouvement est lancé, et il ne semble pas prêt de s’arrêter.

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