Imaginez pouvoir acheter une fraction d’action d’Apple ou de Tesla à 3 heures du matin, sans attendre l’ouverture des marchés, avec un règlement définitif en quelques secondes plutôt qu’en deux jours. Cette vision, qui semblait encore futuriste il y a peu, est aujourd’hui défendue avec force par l’un des personnages les plus influents de l’écosystème crypto : Brian Armstrong, PDG de Coinbase.
Dans une série de déclarations récentes, le dirigeant américain n’a pas hésité à affirmer que la tokenisation des actions représente l’une des plus grandes révolutions financières depuis l’apparition des marchés boursiers électroniques. Mais au-delà des annonces ambitieuses, quelles sont réellement les implications concrètes de cette transformation pour les investisseurs particuliers comme institutionnels ?
La vision ambitieuse de Brian Armstrong pour la finance de demain
Pour le patron de Coinbase, la tokenisation ne se limite pas à une simple transposition numérique des titres traditionnels. Elle permettrait de résoudre plusieurs des plus gros problèmes structurels des marchés financiers actuels.
Les principaux avantages promis par la tokenisation selon Brian Armstrong :
- Trading disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7
- Possibilité d’acheter des fractions d’actions très petites
- Règlement des transactions en temps réel (T+0)
- Création de contrats à terme perpétuels sur actions
- Nouveaux modèles de gouvernance décentralisée pour les entreprises
- Accès mondial instantané sans intermédiaires traditionnels
Ces promesses sont loin d’être anodines. Elles touchent à la fois à l’accessibilité, à la liquidité, aux coûts et même à la philosophie sous-jacente de la propriété des actifs financiers.
Pourquoi le trading 24/7 pourrait tout changer
Actuellement, la quasi-totalité des grandes bourses mondiales fonctionnent selon des horaires très encadrés : 9h30-16h à New York, 9h-17h30 à Paris, etc. Cela crée une asymétrie importante : les nouvelles importantes qui tombent en dehors de ces créneaux peuvent provoquer des écarts de prix massifs à l’ouverture.
Avec des actions tokenisées sur blockchain, le marché ne dormirait plus jamais. Les investisseurs asiatiques, européens et américains pourraient réagir en temps réel aux annonces, aux résultats trimestriels, aux décisions géopolitiques ou aux mouvements macroéconomiques majeurs, peu importe l’heure.
« Les marchés financiers ne devraient pas avoir d’heure de fermeture, tout comme Internet ne ferme jamais. La tokenisation rend cela possible. »
Brian Armstrong, janvier 2026
Cette disponibilité permanente pourrait profondément modifier les stratégies d’investissement, notamment pour les day-traders et les investisseurs institutionnels qui gèrent des portefeuilles globaux.
La puissance de la propriété fractionnée
L’un des verrous les plus importants de la finance traditionnelle concerne l’accès. Acheter une action Berkshire Hathaway classe A ? Il vous faudra environ 700 000 dollars au cours actuel. Même pour des titres plus accessibles, le ticket d’entrée peut rester élevé pour beaucoup d’épargnants.
La tokenisation permet de découper chaque action en millions, voire en milliards de fractions numériques échangeables indépendamment. Vous pourriez ainsi posséder 0,001 action Amazon, 0,0003 action Google ou 0,05 action Tesla sans difficulté.
Cette démocratisation ouvre potentiellement l’investissement en actions à des milliards de personnes qui en étaient jusqu’ici exclues pour des raisons purement économiques.
Le règlement instantané : la fin du T+2 ?
Dans le système actuel, lorsque vous achetez une action, le transfert effectif de propriété prend généralement deux jours ouvrés (T+2). Pendant ce délai, plusieurs risques subsistent : risque de contrepartie, risque de règlement, volatilité du marché…
Sur blockchain, le règlement devient atomique : dès que la transaction est validée, le paiement et le transfert de propriété sont simultanés et irrévocables. Plus de “fonds en transit”, plus de décalage entre paiement et livraison.
Conséquences attendues du passage au règlement instantané :
- Réduction drastique du risque de contrepartie
- Diminution significative des besoins en fonds propres des intermédiaires
- Libération de centaines de milliards de liquidités immobilisées
- Accélération massive du recyclage du capital
- Meilleure résilience du système en période de stress
Perpetual futures et nouveaux instruments dérivés
Les contrats à terme perpétuels (perp) sont déjà très populaires dans l’univers crypto. Ils permettent de prendre une position directionnelle sans date d’expiration, avec un mécanisme de funding rate qui maintient le prix du contrat aligné avec le marché spot.
Brian Armstrong imagine l’arrivée de ces perpétuels sur actions tokenisées. Cela offrirait aux traders une flexibilité inédite : pouvoir shorter ou longer des actions spécifiques sans jamais avoir à gérer l’expiration des contrats classiques.
Cette innovation pourrait attirer une nouvelle vague de traders professionnels vers les marchés tokenisés.
Gouvernance on-chain : quand les actionnaires prennent vraiment le pouvoir ?
Au-delà des aspects purement financiers, certains voient dans la tokenisation l’opportunité de réinventer la gouvernance des entreprises cotées.
Des propositions de vote directement sur blockchain, des droits proportionnels ultra-précis, des mécanismes de récompenses pour participation active… Les possibilités paraissent immenses, même si elles soulèvent aussi de nombreuses questions juridiques et pratiques.
Les voix discordantes et les vrais défis
Tous les observateurs ne partagent pas l’enthousiasme de Brian Armstrong. Plusieurs critiques sérieuses émergent régulièrement dans le débat.
- Les tokens non émis par l’entreprise elle-même sont souvent qualifiés de « side bets » (paris parallèles) sans valeur légale réelle
- L’application du droit des sociétés sur blockchain pose encore énormément de problèmes juridiques
- La question de l’exécution forcée des décisions judiciaires sur des actifs on-chain reste entière
- Le risque de contournement des régulations existantes inquiète fortement les autorités
- L’absence d’autorité centrale peut compliquer la lutte contre la manipulation et les abus de marché
La fondation allemande Coin a notamment insisté sur un point crucial :
« La liquidité et l’accès peuvent croître très rapidement grâce à la tokenisation, mais la confiance et l’exécutabilité ne suivront que si les droits réels, la finalité du règlement et la responsabilité sont véritablement inscrits et appliqués on-chain, et non simplement promis off-chain. »
Cette mise en garde est essentielle : la technologie seule ne suffit pas. Sans pont solide entre le monde numérique et le système juridique traditionnel, la tokenisation risque de rester un marché parallèle limité.
Chiffres actuels et trajectoire observée
Les volumes commencent déjà à devenir significatifs. Selon les données les plus récentes, le montant total des transferts d’équité tokenisée a atteint environ 2,46 milliards de dollars au cours du seul mois dernier.
Si cette croissance se maintient, voire s’accélère, nous pourrions assister à une adoption beaucoup plus rapide que ce que la plupart des analystes traditionnels anticipent actuellement.
La stratégie globale de Coinbase pour 2026 et au-delà
Brian Armstrong n’a pas caché ses ambitions : Coinbase travaille activement à la création d’une plateforme unique permettant de trader simultanément cryptomonnaies, actions tokenisées et matières premières d’ici fin 2026.
Cette vision d’un « super-app » financier hybride crypto/traditionnel pourrait positionner la plateforme comme leader incontesté de la finance numérique mondiale si elle parvient à relever les défis réglementaires.
Vers une convergence inévitable TradFi × DeFi ?
De nombreux observateurs considèrent désormais que la distinction entre finance traditionnelle et finance décentralisée est en train de s’estomper rapidement. La tokenisation des actions constitue probablement l’étape la plus importante de cette convergence.
Plutôt que de remplacer complètement la finance traditionnelle, la blockchain semble en passe de devenir son nouveau système d’exploitation sous-jacent, avec tous les avantages et les défis que cela implique.
La question n’est donc plus vraiment de savoir si la tokenisation des actions va arriver, mais plutôt à quelle vitesse, sous quelle forme réglementaire et avec quels vainqueurs dans cette nouvelle course mondiale.
Une chose semble certaine : les déclarations de Brian Armstrong en ce début d’année 2026 marquent probablement un tournant symbolique important dans l’histoire de la finance moderne.
La suite s’annonce passionnante.
