Imaginez : vous annoncez fièrement un projet de minage Bitcoin 100 % renouvelable, vous injectez des centaines de millions de dollars, vous faites la leçon au monde entier sur la responsabilité écologique… et moins de deux ans après, vous éteignez tout. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Tether en Uruguay.
Le géant de l’USDT, habitué à faire trembler les marchés avec ses milliards de stablecoins, se prend un mur bien réel : le prix de l’électricité. Et quand le courant devient plus cher que le Bitcoin qu’on mine, même le plus gros joueur doit plier bagage.
Quand le rêve vert de Tether vire au cauchemar financier
Mai 2023. Paolo Ardoino, le charismatique CEO de Tether, pose en sauveur du climat. L’Uruguay, avec ses barrages hydroélectriques et ses champs d’éoliennes, doit devenir le fer de lance d’un minage Bitcoin durable. 500 millions de dollars promis, des partenariats locaux, des discours enflammés : tout y est.
Novembre 2025. Le même Paolo Ardoino confirme sobrement à la presse américaine que les opérations sont « suspendues ». Traduction : arrêt total. Trente employés uruguayens se retrouvent au chômage et 150 millions de dollars déjà engagés risquent de partir en fumée.
Entre les deux ? Une facture impayée de 4,8 millions de dollars auprès de l’opérateur public UTE et une hausse brutale des tarifs électriques qui a rendu le projet économiquement intenable.
« Nous restons pleinement engagés dans nos projets à long terme en Amérique latine »
Un porte-parole de Tether, novembre 2025
Chronologie d’un échec annoncé
Revenons sur les dates clés qui ont scellé le sort de cette aventure sud-américaine.
- Mai 2023 – Annonce grandiose : Tether lance le minage en Uruguay avec énergie 100 % renouvelable
- Juillet-septembre 2024 – Premiers signes de tension sur les factures d’électricité
- Septembre 2025 – Conflit ouvert : 4,8 M$ réclamés par UTE, menace de coupure
- Octobre 2025 – Tether règle la dette… mais les tarifs continuent de flamber
- Novembre 2025 – Notification officielle au ministère du Travail : fin des activités et licenciement collectif
En à peine dix-huit mois, le rêve d’un mining propre et rentable s’est transformé en casse financière.
Pourquoi l’Uruguay est devenu trop cher (et trop risqué)
L’Uruguay vendait du rêve : 98 % d’énergie renouvelable, tarifs stables, gouvernement pro-business. Sauf que la réalité a rattrapé la belle histoire.
Les trois coups fatals pour Tether :
- Hausse de plus de 40 % des tarifs industriels en deux ans
- Sécheresses à répétition réduisant la production hydroélectrique
- Contrats d’approvisionnement rigides sans clause de révision à la baisse
Résultat : le coût du kilowatt-heure est passé au-dessus du seuil de rentabilité du minage, même avec des machines dernière génération. Quand votre facture électrique dépasse la valeur du Bitcoin extrait, il n’y a plus de débat possible.
150 millions partis en fumée… ou presque
Officiellement, Tether a déjà investi :
- 100 millions dans l’achat et l’installation de mineurs ASIC
- 50 millions dans les infrastructures (bâtiments, refroidissement, connexion réseau)
Les machines, elles, ne sont pas perdues : elles vont être démontées et relocalisées. Mais les bâtiments customisés, les contrats de bail longue durée et surtout l’image de marque « mining durable » prennent un sérieux coup.
Et puis il y a les 30 familles uruguayennes brutalement licenciées. Dans un pays de 3,5 millions d’habitants où le salaire moyen tourne autour de 900 euros, perdre un emploi bien payé dans la tech, ça fait mal.
Le mining durable : une belle idée… condamnée par l’économie
Cet échec pose une question brutale : le mining Bitcoin peut-il vraiment être à la fois rentable et écologique quand les prix de l’énergie sont volatils ?
En 2023, tout le monde voulait sa part du gâteau « green mining » : Norvège, Islande, Paraguay, Salvador… Deux ans plus tard, la réalité économique rattrape les belles promesses.
« Le mining Bitcoin suit une seule règle : aller là où l’électricité est la moins chère. Point. »
Un ancien mineur industriel, anonyme
Et aujourd’hui, cette électricité la moins chère se trouve souvent… dans des centrales au gaz ou au charbon, ou dans des pays où l’on ferme les yeux sur l’origine du courant.
Et maintenant ? Où Tether va-t-il relancer ses machines ?
Tether n’a pas annoncé la fin de son aventure dans le mining, loin de là. La société parle déjà de « diversification » et d’« optimisation des sources d’énergie ».
En clair : fini le tout-renouvelable à tout prix. Les rumeurs parlent de plusieurs pistes :
- Retour partiel aux États-Unis (Texas, Wyoming) avec des contrats gaz à bas prix
- Négociations avancées en Argentine (énergie subventionnée + proximité géographique)
- Projets hybrides intégrant l’IA (vente de puissance de calcul GPU quand le Bitcoin est moins rentable)
Paolo Ardoino l’a laissé entendre lors d’une conférence récente : l’avenir du mining chez Tether passera par la flexibilité, pas par l’idéalisme écologique.
Ce que ça nous dit sur l’état du mining Bitcoin en 2025
L’épisode uruguayen de Tether est un cas d’école. Il montre que même les acteurs les plus solides financièrement (Tether pèse plus de 120 milliards de capitalisation avec l’USDT) ne peuvent pas défier longtemps les lois élémentaires de l’économie énergétique.
Leçons à retenir :
- Le « green mining » reste marginal tant que l’énergie renouvelable n’est pas la moins chère
- La concentration du hashrate continue : les gros acteurs absorbent ou écrasent les petits
- La prochaine vague de profit viendra probablement du co-location avec l’IA
En résumé, Tether n’a pas abandonné le mining. Il a simplement décidé d’arrêter de perdre de l’argent au nom du climat.
Et quelque part, c’est peut-être la décision la plus honnête qu’un mineur industriel pouvait prendre en 2025.
À suivre : les prochains mois nous diront si Tether parvient à transformer cet échec uruguayen en succès ailleurs… ou si d’autres projets « verts » suivront le même chemin.

