Imaginez un instant : votre Bitcoin a pris 40 % en un an, vous n’avez rien vendu, vous n’avez touché aucun euro, et pourtant… l’administration fiscale vous réclame plusieurs milliers d’euros. C’est exactement la réalité qui attend désormais de très nombreux investisseurs néerlandais. Le 13 février 2026, la Chambre des représentants a adopté une réforme fiscale qui fait trembler toute la communauté crypto européenne.

Pour la première fois dans un pays membre de l’Union européenne, les plus-values latentes – autrement dit les gains non réalisés – deviennent imposables à hauteur de 36 %. Exit la taxation classique à la vente : désormais, c’est la simple augmentation de la valeur de votre portefeuille qui déclenche l’impôt. Une petite révolution qui pourrait bien inspirer d’autres États en mal de rentrées fiscales.

Une mesure née d’une urgence budgétaire et d’un vide juridique

Ce vote n’est pas le fruit d’une lubie anti-crypto de dernière minute. Il répond à une décision lourde de conséquences rendue par la Cour suprême néerlandaise en 2025. Celle-ci avait purement et simplement annulé l’ancien régime de taxation forfaitaire des placements financiers, jugé inconstitutionnel car déconnecté de la réalité économique des contribuables.

Face à ce vide juridique, le gouvernement avait deux options : soit reconstruire entièrement un nouveau système dans l’urgence, soit opter pour une solution plus radicale mais immédiatement applicable. C’est cette seconde voie qui a été choisie, malgré les critiques virulentes venues de tous les horizons politiques.

Ce qu’il faut retenir en quelques points :

  • Taxe annuelle de 36 % sur la plus-value latente constatée au 31 décembre
  • Assiette = valeur au 31/12 – valeur au 1er janvier (ajustée des apports/retraits)
  • Concerne les cryptomonnaies, actions, obligations et certains autres actifs financiers
  • Pas de report de déficit possible sur les années suivantes pour les cryptos
  • Paiement exigé même en l’absence de liquidités fiduciaires

Ce tableau synthétique montre à quel point le législateur néerlandais a privilégié la simplicité administrative et la certitude budgétaire au détriment de la logique économique classique des marchés financiers.

Pourquoi même les partis de droite ont fini par voter pour

Ce qui frappe dans ce vote, c’est le ralliement inattendu d’une partie de la droite libérale et conservatrice, traditionnellement hostile à toute forme de taxation confiscatoire. Plusieurs députés ont expliqué leur revirement par un argument implacable : « Si nous ne votons pas maintenant, le trou budgétaire de 2026-2027 sera encore plus profond et nous devrons augmenter d’autres impôts beaucoup plus douloureux pour les classes moyennes. »

« Plutôt une taxe compliquée sur les riches que trois taxes supplémentaires sur les salaires des Néerlandais moyens. »

Député VVD anonyme – février 2026

Cette phrase résume parfaitement le calcul politique qui a présidé à l’adoption du texte. Dans un contexte où les finances publiques sont sous pression (transition énergétique, vieillissement démographique, aides post-crise), l’État néerlandais avait besoin d’une recette « nouvelle » et surtout rapide à mettre en œuvre.

Le cauchemar de la liquidité : payer sans avoir vendu

Pour un salarié classique qui touche un dividende ou vend une partie de ses actions, payer l’impôt ne pose généralement pas de problème majeur de trésorerie. Pour un hodler de Bitcoin ou d’Ethereum qui n’a jamais converti ses avoirs en euros, la situation est radicalement différente.

Exemple concret : vous détenez 2 BTC achetés à 45 000 € pièce en janvier 2025. Au 31 décembre 2026, le cours est à 95 000 €. Votre plus-value latente s’élève donc à 100 000 € (2 × 50 000). L’État vous réclame 36 000 €… que vous n’avez pas en compte courant puisque vous n’avez rien vendu.

Vous n’avez alors que trois solutions :

  • Vendre une partie de vos cryptos (et donc perdre une partie de votre position long terme)
  • Emprunter auprès d’une banque ou d’une plateforme crypto (avec intérêts)
  • Ne pas payer et risquer une majoration de 100 % + saisie

Aucune de ces options n’est vraiment satisfaisante pour un investisseur qui croit profondément à la hausse structurelle du Bitcoin sur 10-15 ans.

Adieu l’effet boule de neige des intérêts composés ?

L’un des principaux arguments des opposants à cette taxe est qu’elle vient mécaniquement casser l’effet des intérêts composés, moteur essentiel de la création de richesse sur longue période.

Prenons un cas chiffré sur 10 ans avec un rendement annuel moyen de 35 % (hypothèse optimiste mais historiquement défendable pour Bitcoin entre 2013-2023) :

Scénario sans taxe annuelle

  • Année 0 : 10 000 €
  • Année 10 : ≈ 252 000 € (avant impôt sur plus-value à la vente)

Scénario avec taxe annuelle de 36 % sur les gains latents

  • Chaque année, environ 36 % des gains théoriques sont prélevés
  • Année 10 : ≈ 68 000 € (simulation simplifiée sans réinvestissement des taxes payées)

La différence est abyssale : le capital final est divisé par plus de 3,6. C’est tout simplement l’effet composé qui disparaît en grande partie.

Et les pertes ? Peut-on les reporter ?

Théoriquement oui… mais dans les faits, très difficilement pour les cryptomonnaies. Contrairement aux actions classiques, le texte adopté ne prévoit pas de mécanisme simple de report en avant des moins-values latentes sur les années suivantes pour les actifs numériques. Résultat : vous payez 36 % sur la hausse de 2026, et si le marché chute de 60 % en 2027, vous ne récupérez rien sur l’impôt déjà versé.

« C’est l’asymétrie la plus violente jamais imposée aux investisseurs particuliers en Europe. »

Avocat fiscaliste spécialisé crypto – Amsterdam

Cette asymétrie rend la détention longue particulièrement risquée et pénalisante fiscalement.

Réactions dans l’écosystème crypto néerlandais

La communauté n’a pas tardé à réagir. Sur les groupes Telegram et Discord locaux, les messages oscillent entre colère froide et résignation pragmatique. Certains gros porteurs annoncent déjà leur départ vers des juridictions plus clémentes : Portugal (pour ceux qui peuvent encore bénéficier du statut RNH), Suisse, Émirats arabes unis ou même… Dubaï.

D’autres, plus combatifs, appellent à créer des associations de défense des investisseurs crypto et à porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme ou la Cour de justice de l’Union européenne, arguant d’une atteinte disproportionnée au droit de propriété.

Et maintenant ? Le Sénat et l’entrée en vigueur

Le texte doit encore passer devant le Sénat. Compte tenu de la majorité relative dont dispose la coalition au pouvoir et du consensus budgétaire qui s’est dégagé à la Chambre, peu d’observateurs parient sur un rejet au Sénat. L’entrée en vigueur est attendue pour le 1er janvier 2027, avec une première déclaration et un premier paiement exigibles au printemps 2028 sur les variations de 2027.

Certains espèrent encore des amendements de dernière minute (seuil d’exonération plus élevé, mécanisme de lissage sur plusieurs années, report systématique des moins-values), mais ces espoirs restent minces.

Leçons pour les investisseurs européens

Ce qui se passe aux Pays-Bas aujourd’hui pourrait préfigurer ce qui arrivera ailleurs demain. Plusieurs pays européens regardent avec beaucoup d’attention cette expérience. La France, la Belgique, l’Allemagne et l’Italie font face aux mêmes difficultés budgétaires et aux mêmes pressions pour taxer davantage le capital.

  • La Belgique pourrait s’inspirer du modèle pour renforcer sa taxe sur les comptes-titres
  • En France, certains rapporteurs budgétaires ont déjà évoqué la possibilité d’une « exit tax latente » élargie
  • L’Allemagne, qui taxe déjà les plus-values après un an de détention à 26,375 %, pourrait envisager un durcissement

Pour les investisseurs européens, le message est clair : la fenêtre de tir pour optimiser sa fiscalité crypto se referme progressivement. Ceux qui ont la possibilité de changer de résidence fiscale ou de structurer leurs avoirs de manière intelligente ont probablement intérêt à le faire dans les 18 à 24 prochains mois.

Conclusion : la fin d’une époque dorée pour le hodling européen ?

En adoptant cette taxe sur les plus-values non réalisées, les Pays-Bas viennent de porter un coup très dur à la stratégie du « hold on for dear life » qui a fait la fortune de milliers d’investisseurs depuis 2017. Payer l’État chaque année sur des gains que l’on n’a jamais touchés représente une rupture philosophique et économique majeure.

Reste à savoir si cette mesure fera vraiment rentrer les sommes espérées ou si elle provoquera au contraire une fuite massive des capitaux crypto vers des juridictions plus accueillantes. Une chose est sûre : l’année 2026 restera dans les annales comme l’année où l’Europe a commencé à traiter Bitcoin et les cryptomonnaies non plus comme un rêve libertarien, mais comme une simple classe d’actifs à taxer… même avant la réalisation des gains.

À suivre de très près.

Partager

Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

Laisser une réponse

Exit mobile version