Imaginez un monde où votre compte bancaire classique et votre wallet crypto ne font plus qu’un. Où l’argent que vous laissez dormir sur un stablecoin vous rapporte autant, voire davantage, que votre livret A ou votre compte à terme. Cette vision, qui semblait futuriste il y a encore deux ans, commence sérieusement à prendre forme en ce début 2026. Et selon l’un des conseillers les plus influents de la Maison Blanche sur les questions crypto, David Sacks, ce futur n’est plus une option : c’est une quasi-certitude.
Dans une récente interview, cet ancien entrepreneur devenu architecte des politiques numériques sous l’administration Trump a lâché une phrase qui fait trembler le secteur bancaire traditionnel : les stablecoins à rendement pourraient bien forcer les grandes banques à plonger tête la première dans l’univers crypto. Mais pourquoi une telle prédiction ? Quels sont les mécanismes réglementaires en train de se mettre en place ? Et surtout, que risque-t-on si les banques choisissent la résistance plutôt que l’adaptation ?
La fin de la guerre froide entre banques et blockchain
Pendant plus d’une décennie, la relation entre la finance traditionnelle et les cryptomonnaies a souvent ressemblé à une guerre froide : méfiance mutuelle, tentatives de contournement, petits arrangements ponctuels, mais jamais de véritable alliance. Les banques voyaient les stablecoins comme une menace existentielle ; les acteurs crypto considéraient les institutions comme des dinosaures lents et sur-réglementés.
David Sacks affirme aujourd’hui que cette époque touche à sa fin. Selon lui, une fois que les États-Unis disposeront d’une législation complète sur la structure de marché crypto, la frontière entre les deux mondes va s’effacer. Les banques ne se contenteront plus de tolérer les stablecoins : elles les émettront, les distribueront, et surtout, elles les feront fructifier pour leurs clients.
« Les cryptomonnaies, les stablecoins et les banques vont finir par fusionner en une seule et même industrie des actifs numériques. »
David Sacks – Conseiller Maison Blanche
Cette convergence ne serait pas seulement technique. Elle serait aussi économique et stratégique. Car au cœur de cette transformation se trouve un élément explosif : le rendement sur les stablecoins.
Pourquoi le rendement change absolument tout
Un stablecoin classique (USDT, USDC, etc.) promet une parité 1:1 avec le dollar. Point. Pas d’intérêt, pas de plus-value intrinsèque. Mais depuis 2024-2025, plusieurs projets ont commencé à proposer des versions “yield-bearing” : le détenteur reçoit automatiquement un rendement annuel, souvent compris entre 4 % et 8 % selon les protocoles et les conditions de marché.
Ce rendement provient généralement des intérêts générés par les réserves (bons du Trésor américain, dépôts institutionnels, etc.). Autrement dit : au lieu que l’émetteur empoche seul les profits des réserves, une partie est redistribuée aux holders. C’est simple, attractif, et terriblement concurrentiel face aux produits bancaires classiques.
Quelques chiffres qui font réfléchir (janvier 2026) :
- Taux moyen Livret A (France) : 3 %
- Taux comptes à terme 12 mois grandes banques US : 3,8–4,5 %
- Rendement moyen stablecoins yield-bearing les plus performants : 5,2–7,8 %
- Capitalisation totale stablecoins yield 2026 : > 45 milliards $
Quand un actif aussi liquide et aussi stable que l’USDC ou le DAI commence à rapporter plus qu’un compte d’épargne réglementé, le choix devient vite évident pour les épargnants avertis. Et c’est précisément ce basculement que les banques redoutent le plus.
Le GENIUS Act : la bombe réglementaire déjà amorcée
David Sacks ne parle pas dans le vide. Il fait référence à un texte législatif précis : le GENIUS Act. Ce projet de loi, qui a beaucoup évolué entre 2024 et 2026, intègre déjà des mécanismes autorisant explicitement les émetteurs de stablecoins à proposer un rendement aux détenteurs, sous réserve de respecter des règles strictes de réserve et de transparence.
En clair : même si les lobbies bancaires parvenaient à faire retirer cette disposition dans une future loi cadre plus large, le GENIUS Act aura déjà créé un précédent juridique solide. Les stablecoins à rendement existeront légalement aux États-Unis, avec ou sans l’accord des banques.
« Si les banques refusent de trouver un compromis, elles risquent de perdre énormément de terrain. »
David Sacks
Autrement dit : résister frontalement serait suicidaire. Mieux vaut négocier sa place dans le nouveau système que de regarder les fintechs crypto et les néo-banques prendre le marché.
Les scénarios possibles pour les banques en 2026-2028
Face à cette vague yield-bearing, les établissements traditionnels ont grosso modo quatre stratégies possibles :
- Stratégie autruche – ignorer le phénomène et espérer que la clientèle retail reste fidèle aux produits classiques. Très risqué.
- Stratégie défensive – faire du lobbying intensif pour interdire ou limiter fortement les rendements sur stablecoins. Possible à court terme, mais de moins en moins tenable.
- Stratégie opportuniste – lancer leurs propres stablecoins à rendement via des filiales ou partenariats (comme JPM Coin 2.0 ou des initiatives similaires chez Citi, BofA…).
- Stratégie fusion/transformation – accepter la convergence totale et devenir des “banques crypto” à part entière, avec custody, staking, DeFi réglementée, etc.
Selon Sacks, la plupart des grandes banques finiront par adopter la stratégie 3 ou 4. Non par conviction idéologique, mais par pur calcul économique : perdre des dépôts au profit de stablecoins yield serait bien plus coûteux que de s’adapter.
Trump 2.0 et l’accélération pro-innovation
David Sacks ne manque pas de souligner le rôle déterminant de l’administration Trump dans ce basculement. Contrairement à la période 2021-2024, marquée selon lui par une régulation lourde et parfois hostile, l’approche actuelle serait beaucoup plus favorable à l’innovation.
Moins de contraintes, plus de sandbox réglementaires, des nominations pro-crypto à des postes clés : tous ces éléments créent un environnement où les stablecoins à rendement peuvent se déployer rapidement et à grande échelle.
Comparaison rapide des climats réglementaires :
- 2021-2024 : forte pression SEC + OCC sceptique
- 2025-2026 : approche pro-innovation, lois cadres en discussion
- Objectif affiché : faire des USA la première place mondiale pour les actifs numériques
Cette accélération législative pourrait donc agir comme un catalyseur : plus vite la clarté arrive, plus vite les banques seront obligées de bouger.
Et la Chine dans tout ça ?
David Sacks n’a pas limité son intervention aux seuls stablecoins. Il a également évoqué la rivalité technologique sino-américaine, en particulier autour des semi-conducteurs et de l’IA. Selon lui, Pékin accélère massivement sa quête d’autonomie technologique (Huawei en tête), ce qui rend les restrictions américaines sur les puces de plus en plus inefficaces à moyen terme.
Pourquoi parler de cela dans un article sur les stablecoins ? Parce que la guerre technologique globale influence directement les choix stratégiques financiers. Si les États-Unis veulent conserver leur suprématie monétaire et technologique, ils ne peuvent pas se permettre de laisser la Chine dominer les paiements numériques ou les infrastructures blockchain de nouvelle génération.
Les stablecoins à rendement, en attirant massivement des capitaux vers des infrastructures américaines (ou du moins alliées), pourraient paradoxalement renforcer la position du dollar dans l’économie numérique mondiale.
Les gagnants et les perdants potentiels
Si la thèse de David Sacks se vérifie, voici à quoi pourrait ressembler le paysage dans 3 à 5 ans :
- Gagnants évidents : émetteurs historiques qui pivotent vers le yield (Circle, Paxos, nouvelles licornes), fintechs agiles, blockchains performantes (Solana, Ethereum L2s…)
- Gagnants probables : grandes banques qui s’adaptent rapidement (JPMorgan, Goldman Sachs, etc.)
- Perdants potentiels : banques régionales lentes à réagir, pure players stablecoin sans yield, épargnants qui laissent leur argent sur des comptes 0 %
Le vrai danger, pour les banques, serait de sous-estimer la vitesse à laquelle le public peut changer ses habitudes quand le rendement est attractif et la sécurité perçue comme suffisante.
Et en Europe ?
Si les États-Unis avancent à grands pas, l’Europe reste pour l’instant plus prudente. MiCA (Markets in Crypto-Assets) encadre déjà les stablecoins, mais sans autoriser clairement les modèles yield-bearing grand public. Plusieurs acteurs européens surveillent toutefois de très près ce qui se passe outre-Atlantique.
Il est probable que, d’ici 2027-2028, l’Union européenne doive choisir : soit aligner sa réglementation sur le modèle américain le plus permissif, soit risquer une fuite massive de capitaux vers des juridictions plus attractives.
Conclusion : s’adapter ou disparaître ?
David Sacks ne fait pas dans la demi-mesure : pour lui, le train de la convergence finance traditionnelle / crypto est déjà en marche. Les banques ont encore le choix de monter à bord ou de rester sur le quai. Mais plus elles attendent, plus le prix du billet augmentera.
Les stablecoins à rendement ne sont pas seulement une innovation technique. Ils représentent un changement fondamental dans la manière dont l’épargne est rémunérée à l’ère numérique. Et ce changement, une fois enclenché, sera très difficile à stopper.
Reste une question ouverte : quand les grandes banques commenceront-elles vraiment à émettre ou à distribuer massivement des stablecoins qui rapportent ? 2026 ? 2027 ? Plus tard ?
Une chose est sûre : ceux qui auront anticipé le mouvement seront probablement ceux qui domineront la finance de demain.
Et vous, pensez-vous que les banques traditionnelles sauront se réinventer à temps ? Ou est-ce déjà trop tard ?
