Imaginez qu’en moins d’un an, un projet crypto porté par la famille la plus médiatisée au monde dépasse les 5 milliards de dollars de capitalisation. C’est exactement ce qui vient de se produire avec USD1, le stablecoin adossé au dollar américain lancé par World Liberty Financial. Une ascension fulgurante qui fait parler d’elle bien au-delà des cercles habituels de la blockchain.
Le 28 janvier 2026, Donald Trump Jr. publiait sur X un message triomphal accompagné d’une capture d’écran CoinMarketCap : son stablecoin venait officiellement de franchir la barre symbolique des 5 milliards. Un chiffre qui place USD1 au cinquième rang mondial des stablecoins, devant des noms établis comme PayPal USD ou Ripple USD.
Un succès éclair porté par une famille sous les projecteurs
Ce que l’on appelle désormais « l’empire crypto Trump » ne cesse de grossir. Moins d’un an après le lancement officiel, USD1 s’impose comme un acteur incontournable du paysage des stablecoins. Mais comment un projet aussi jeune a-t-il pu connaître une telle croissance ? La réponse tient en plusieurs facteurs étroitement liés à la personnalité et au réseau de la famille Trump.
Donald Trump Jr. et Eric Trump, co-fondateurs de World Liberty Financial, ont mis toute leur énergie et leur visibilité dans ce projet. Loin de se contenter d’un rôle de simple caution médiatique, ils ont activement promu USD1 comme « l’avenir de la finance made in America ». Leur discours patriotique, couplé à une communication agressive sur les réseaux sociaux, a trouvé un écho particulier auprès d’une communauté déjà sensibilisée aux thématiques pro-business et anti-establishment.
USD1 : construit en Amérique, conçu pour l’échelle réelle et adopté par de vraies institutions. Voilà ce qui arrive quand on se concentre sur l’infrastructure plutôt que sur le bruit.
Donald Trump Jr. – 28 janvier 2026
Cette citation résume parfaitement la stratégie adoptée : positionner USD1 non pas comme un énième stablecoin spéculatif, mais comme une infrastructure sérieuse, capable de rivaliser avec les géants du secteur. Et les chiffres semblent leur donner raison.
Comment USD1 a-t-il conquis le marché aussi rapidement ?
Plusieurs éléments expliquent cette croissance explosive. Tout d’abord, la période choisie pour le lancement n’est pas anodine. En 2025-2026, le marché crypto connaît un regain d’intérêt institutionnel massif, porté par un environnement réglementaire plus favorable aux États-Unis et par l’attrait renouvelé pour les actifs numériques stables.
Ensuite, World Liberty Financial a su positionner USD1 comme le cœur battant d’une véritable plateforme DeFi. Les utilisateurs peuvent prêter, emprunter et générer des rendements directement sur l’écosystème, avec USD1 comme monnaie de référence. Cette intégration native crée une utilité réelle qui dépasse la simple fonction de réserve de valeur.
- Adossement 1:1 au dollar américain avec audits réguliers
- Intégration poussée dans une suite DeFi complète
- Communication ultra-agressive portée par des figures très suivies
- Partenariats stratégiques avec des acteurs majeurs du Moyen-Orient
- Ambition déclarée d’obtenir une licence bancaire nationale US
Ces cinq piliers ont constitué la recette du succès apparent. Mais derrière cette belle façade, plusieurs zones d’ombre alimentent les critiques et les interrogations.
La transaction MGX-Binance qui pose question
L’un des moments les plus commentés de l’histoire récente d’USD1 reste sans conteste son utilisation dans la méga-transaction de 2 milliards de dollars entre MGX (Abu Dhabi) et Binance. Ce deal historique a été réglé en grande partie grâce à des transferts d’USD1, propulsant instantanément la visibilité et la liquidité du stablecoin.
Pour les partisans, il s’agit d’une démonstration éclatante de la capacité d’USD1 à gérer des flux institutionnels massifs. Pour les détracteurs, notamment la sénatrice Elizabeth Warren, cette opération soulève de graves questions de conflits d’intérêts. Elle a publiquement évoqué la possibilité d’un quid pro quo entre la famille Trump et Changpeng Zhao (CZ), fondateur de Binance, qui avait été gracié par le président Trump peu auparavant.
Ce que l’on sait de l’affaire MGX-Binance :
- Montant total de la transaction : 2 milliards USD
- Part importante réglée en USD1
- MGX est un fonds souverain basé à Abu Dhabi
- CZ nie tout investissement direct dans World Liberty Financial
- Elizabeth Warren demande une enquête approfondie
Malgré les démentis, cette opération continue d’alimenter les spéculations sur les liens entre la sphère Trump et certains acteurs majeurs de l’industrie crypto.
Vers une licence bancaire nationale américaine ?
L’ambition affichée par World Liberty Financial va bien au-delà de la simple émission d’un stablecoin. L’entreprise a officiellement déposé une demande de licence bancaire nationale auprès des autorités américaines. Si elle était accordée, cela permettrait à USD1 d’être émis et conservé directement par une entité bancaire régulée, renforçant considérablement sa crédibilité institutionnelle.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large : celle de la convergence entre finance traditionnelle et finance décentralisée. Plusieurs acteurs majeurs du secteur stablecoin (Circle avec USDC, Paxos, etc.) ont déjà emprunté cette voie ou y travaillent activement.
Pour la famille Trump, obtenir une telle licence représenterait une victoire symbolique et stratégique majeure : transformer un projet crypto familial en infrastructure financière régulée par l’État fédéral américain. Un symbole fort dans le discours « America First » qu’ils portent depuis des années.
Les autres projets crypto de la famille Trump
USD1 n’est pas le seul projet crypto associé au nom Trump. La famille a également lancé plusieurs memecoins et tokens plus spéculatifs, dont certains ont connu des parcours très volatils. Le contraste est saisissant entre ces initiatives purement spéculatives et la stratégie plus « institutionnelle » affichée avec USD1.
Cette dualité soulève une question récurrente : la famille Trump cherche-t-elle réellement à construire un écosystème financier durable, ou profite-t-elle simplement de sa notoriété pour capter des flux financiers dans un secteur encore peu régulé ? Les deux options ne s’excluent d’ailleurs pas nécessairement.
Impact sur le marché des stablecoins en 2026
L’entrée en force d’USD1 dans le top 5 des stablecoins modifie la donne concurrentielle. Tether (USDT) et Circle (USDC) dominent toujours largement, mais l’émergence d’un nouvel acteur aussi visible et politiquement marqué crée une nouvelle dynamique.
- Augmentation de la concurrence sur le segment institutionnel
- Fragmentation accrue des liquidités stablecoin
- Plus grande polarisation politique dans le choix des stablecoins
- Intérêt renouvelé des investisseurs pour les projets « made in USA »
- Pression accrue sur les acteurs historiques pour innover
À moyen terme, l’arrivée d’USD1 pourrait également accélérer la migration de certains flux institutionnels vers des solutions perçues comme plus alignées avec les intérêts américains, dans un contexte géopolitique tendu.
Critiques et risques réglementaires
Malgré son succès apparent, USD1 reste sous surveillance étroite. Les critiques les plus virulentes viennent du camp démocrate, qui y voit un risque majeur de mélange entre intérêts privés familiaux et politique publique.
La sénatrice Elizabeth Warren n’est pas la seule à s’inquiéter. Plusieurs associations de consommateurs et ONG spécialisées dans la transparence financière ont appelé à une vigilance renforcée sur les flux liés à World Liberty Financial et à ses fondateurs.
Quand la famille d’un président utilise son nom pour créer un empire financier dans un secteur aussi peu régulé que la crypto, cela pose un problème démocratique fondamental.
Source proche d’un rapport d’ONG financière – 2026
À ces critiques s’ajoutent les risques inhérents à tout stablecoin : défaillance de l’adossement, problèmes de liquidité en cas de bank run massif, ou encore cyberattaques. Même si les audits publiés semblent rassurants, le secteur reste jeune et sujet à des surprises.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Si World Liberty Financial obtient sa licence bancaire nationale, USD1 pourrait devenir l’un des rares stablecoins véritablement « onshore » américain, avec tous les avantages (et contraintes) que cela implique en termes de régulation et de confiance institutionnelle.
Dans le même temps, la famille Trump semble vouloir diversifier son empreinte crypto : développement de produits DeFi supplémentaires, partenariats internationaux, voire potentiellement une extension vers d’autres classes d’actifs tokenisés.
Une chose est sûre : l’histoire d’USD1 est loin d’être terminée. Entre succès économique fulgurant, polémiques politiques et ambitions stratégiques majeures, ce stablecoin incarne à lui seul plusieurs des grandes tendances et tensions qui traversent le secteur crypto en 2026.
À suivre de très près.
Le parcours d’USD1 ne se limite pas à une simple success story financière. Il illustre la manière dont des figures politiques peuvent désormais mobiliser des communautés entières autour de projets blockchain, transformer une notoriété médiatique en capital économique réel, et redessiner les frontières entre politique, finance traditionnelle et finance décentralisée.
Quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur la démarche, difficile de nier l’impact : en quelques mois seulement, un nom de famille est devenu synonyme d’un des stablecoins les plus capitalisés au monde. Une performance qui, réussisse ou échoue à long terme, marquera sans aucun doute l’histoire récente de la crypto.
Et pendant que les débats font rage sur les réseaux sociaux et dans les couloirs du Congrès, les milliards continuent de circuler sur la blockchain USD1, jour après jour, transaction après transaction.
Le futur dira si cette ascension est le signe d’une maturité nouvelle du secteur ou l’illustration d’un mélange des genres dangereux. En attendant, une chose est certaine : plus personne n’ignore l’existence d’USD1.

