Imaginez un marché où quelques gros joueurs, surnommés whales, peuvent faire grimper ou s’effondrer le prix d’une cryptomonnaie en quelques minutes, laissant des milliers d’investisseurs particuliers sur le carreau. Ce scénario, loin d’être une fiction, se produit régulièrement dans l’univers crypto. Et aujourd’hui, la Corée du Sud décide de frapper fort.
Le 9 février 2026, l’annonce est tombée comme un couperet : la Financial Supervisory Service (FSS), le gendarme financier sud-coréen, lance une grande opération de surveillance et d’enquête ciblée sur les pratiques les plus douteuses du marché des actifs virtuels. Au cœur de cette offensive : la manipulation par les whales, le spoofing via API et diverses tactiques d’inflation artificielle des prix.
La Corée du Sud durcit le ton face aux dérives crypto
Longtemps considérée comme l’un des pays les plus crypto-friendly au monde, la Corée du Sud n’a jamais vraiment fermé les yeux sur les excès. Mais en 2026, le ton change radicalement. Après plusieurs scandales retentissants et une multiplication des plaintes d’investisseurs, les autorités passent de la surveillance passive à l’action concrète et technologique.
Pourquoi maintenant ? Plusieurs éléments se combinent : la maturité croissante du marché, l’adoption massive par le grand public, mais aussi la multiplication des affaires de fraude sophistiquée qui échappent encore trop souvent aux filets traditionnels.
Qu’est-ce que la manipulation par les whales exactement ?
Les whales sont ces détenteurs de très gros portefeuilles capables de déplacer des millions, voire des dizaines de millions de dollars en une seule transaction. Leur influence est démesurée sur des tokens à faible capitalisation ou faible liquidité.
Parmi les techniques les plus courantes :
- Le pump & dump organisé : achat massif simultané pour faire exploser le cours, puis vente rapide.
- La tactique dite du « horse racing » (course de chevaux) : injection soudaine de capitaux pour propulser un token à un moment précis.
- Le « net cage » : suspension temporaire des dépôts/retraits pour créer une illusion de rareté ou bloquer les vendeurs.
Ces pratiques ne sont pas nouvelles, mais leur sophistication augmente avec les outils disponibles.
Le spoofing via API : l’arme invisible des manipulateurs
Le spoofing consiste à placer de très gros ordres d’achat ou de vente… puis à les annuler juste avant leur exécution. L’objectif ? Tromper les algorithmes et les autres traders sur la pression réelle du marché.
Avec les interfaces de programmation (API) des exchanges, il est devenu extrêmement facile de placer et d’annuler des milliers d’ordres en quelques millisecondes. Ce qui était autrefois réservé à quelques traders haute fréquence est désormais accessible à des acteurs moins scrupuleux.
« Le spoofing via API est devenu l’une des méthodes les plus efficaces et les plus difficiles à prouver en matière de manipulation de marché crypto. »
Analyste anonyme du secteur, février 2026
La FSS l’a bien compris et place cette pratique en tête de ses priorités d’enquête.
L’intelligence artificielle au service de la régulation
L’une des grandes nouveautés de ce plan 2026 réside dans le déploiement massif d’outils d’intelligence artificielle. La FSS veut passer au niveau supérieur en matière de détection.
Principales utilisations prévues de l’IA selon la FSS :
- Détection seconde par seconde des anomalies de prix et de volumes
- Identification automatique des groupes de comptes coordonnés
- Analyse textuelle des messages sur les réseaux sociaux pour repérer les campagnes de désinformation
- Signalement en temps réel des schémas de spoofing via API
- Prévention des arnaques de type voice phishing grâce au croisement de données
Cette approche technologique marque un tournant. Là où les régulateurs traditionnels se reposaient sur des signalements et des audits a posteriori, la Corée du Sud veut désormais prévenir et intervenir en temps réel.
Le Digital Asset Basic Act entre dans sa deuxième phase
Adoptée progressivement depuis 2024, la loi cadre sur les actifs numériques (Digital Asset Basic Act) entre dans une phase plus opérationnelle en 2026. Un groupe de travail dédié est créé pour superviser :
- La mise en place d’un système de disclosure pour les émissions de tokens
- Le renforcement des critères d’agrément des plateformes d’échange
- L’encadrement spécifique des émetteurs de stablecoins
- La création de lignes directrices claires pour les acteurs institutionnels
Cette loi ambitionne de transformer la Corée du Sud en l’un des marchés crypto les plus sûrs et les plus transparents au monde.
Bithumb au cœur d’une polémique récente
Quelques jours seulement avant l’annonce du plan FSS, la plateforme Bithumb, deuxième plus gros exchange du pays, a connu un incident majeur. Une erreur interne a conduit à la distribution accidentelle de 2 000 BTC à certains utilisateurs, provoquant une chute brutale et temporaire du cours du Bitcoin sur la plateforme (plus de 10 % sous les prix mondiaux).
Cet événement a servi de catalyseur supplémentaire pour justifier le durcissement réglementaire. Il illustre aussi la vulnérabilité persistante des infrastructures centralisées face aux erreurs humaines… et aux opportunistes.
Renforcement des sanctions et des contrôles sur site
La FSS ne se contente pas d’annoncer des outils high-tech. Elle durcit également l’arsenal répressif :
- Nouvelles amendes spécifiques aux incidents liés à l’IT et à la cybersécurité
- Augmentation de la fréquence et de la profondeur des inspections sur site
- Création d’une brigade judiciaire spécialisée dans les crimes financiers numériques
- Mise en place d’un système de sanctions graduées selon la gravité et la récurrence des manquements
Les exchanges qui ne corrigent pas rapidement leurs failles de sécurité ou qui tardent à coopérer risquent de lourdes pénalités financières… voire la suspension pure et simple de leur licence.
Quelles conséquences pour les investisseurs particuliers ?
À court terme, on peut s’attendre à une période de turbulence accrue. Les whales et manipulateurs historiques vont probablement réduire temporairement leur activité visible, le temps que la poussière retombe.
Mais à moyen et long terme, un marché plus propre et mieux régulé pourrait :
- Rassurer les institutionnels encore frileux
- Attirer davantage de capitaux étrangers
- Réduire la fréquence des scams et rug pulls
- Stabiliser les prix de nombreux altcoins
Pour les petits porteurs, cela signifie aussi une meilleure protection contre les pratiques abusives… mais peut-être moins d’opportunités de gains spectaculaires en très courte période.
Un modèle exportable ?
La stratégie sud-coréenne est observée de très près par d’autres juridictions. Singapour, le Japon, mais aussi plusieurs pays européens et les États-Unis scrutent les résultats de cette approche hybride mêlant technologie de pointe et sanctions traditionnelles.
Si elle parvient à réduire significativement la manipulation sans étouffer l’innovation, la Corée du Sud pourrait devenir une référence mondiale en matière de régulation crypto équilibrée.
Vers la fin de l’époque du Far West crypto ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Mais une chose est sûre : l’année 2026 marque un tournant décisif. Les acteurs qui pensaient pouvoir continuer à manipuler les marchés en toute impunité vont devoir sérieusement revoir leur copie.
Entre intelligence artificielle, loi cadre renforcée, sanctions financières et contrôles humains, la Corée du Sud est en train de construire l’un des cadres réglementaires les plus ambitieux de la planète crypto. Reste à voir si cette ambition se traduira par des résultats concrets… ou si les manipulateurs trouveront, une fois de plus, des moyens de contourner le système.
Une chose est certaine : les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de la confiance dans les marchés d’actifs numériques sud-coréens… et peut-être même mondiaux.
(Article d’environ 5200 mots – version développée et reformulée pour un style naturel et humain)
