Imaginez dépenser 70 millions de dollars pour soutenir le prix de votre token, et voir malgré tout ce prix stagner, voire chuter. C’est exactement ce qui est arrivé à Jupiter, le grand agrégateur de DEX sur Solana, en 2025. Le cofondateur Siong Ong a relancé le débat en début d’année 2026 : valait-il vraiment la peine de continuer ces rachats massifs ?

Cette question touche un nerf sensible dans l’écosystème crypto : les mécanismes de rachat de tokens fonctionnent-ils vraiment quand la supply explose en parallèle ? Plongeons dans cette affaire qui illustre parfaitement les limites de certains modèles économiques dans la DeFi.

Le rachat massif de Jupiter : 70 millions partis en fumée ?

En 2025, Jupiter a utilisé environ la moitié de ses revenus de frais pour racheter son token natif JUP. Le montant total dépasse les 70 millions de dollars. Sur le papier, c’est impressionnant. Jupiter reste l’un des protocoles les plus actifs de Solana, traitant des milliards de dollars en volume d’échange.

Malgré cela, le prix du JUP oscille autour de 0,20-0,22 dollar début 2026, soit une chute de près de 89 % par rapport à son plus haut historique. L’activité du protocole n’est clairement pas en cause. Le vrai problème vient d’ailleurs.

Que pensez-vous si nous arrêtions les rachats de JUP ? Nous avons dépensé plus de 70 millions l’an dernier et le prix n’a évidemment pas beaucoup bougé. Nous pourrions utiliser ces 70 millions pour des incentives de croissance pour les utilisateurs existants et nouveaux. Devrions-nous le faire ?

Siong Ong, cofondateur de Jupiter – 3 janvier 2026

La publication de Siong Ong a rapidement fait réagir la communauté. Beaucoup se sont demandés si continuer à brûler des liquidités dans des buybacks immédiats avait encore du sens.

La supply circulante qui explose

Depuis le lancement du token, la quantité de JUP en circulation a augmenté d’environ 150 %. Les rachats, aussi conséquents soient-ils, n’ont compensé qu’une petite fraction des nouveaux tokens mis sur le marché.

Le calendrier de déverrouillage reste implacable : jusqu’en juin 2026, environ 53 millions de JUP sont libérés chaque mois. Cela crée une pression vendeuse constante, indépendamment de la performance du protocole.

Dans ce contexte, les rachats agissent comme un pansement temporaire sur une hémorragie continue. Ils absorbent une partie de la vente, mais ne résolvent pas le problème structurel.

Les chiffres clés de la supply JUP en 2025-2026

  • Augmentation de la circulating supply : +150 % depuis le lancement
  • Déverrouillages mensuels jusqu’à juin 2026 : ~53 millions de JUP
  • Montant racheté en 2025 : plus de 70 millions de dollars
  • Impact net sur le prix : quasi nul à long terme

Anatoly Yakovenko entre dans le débat

Le cofondateur de Solana, Anatoly Yakovenko, a apporté une analyse particulièrement éclairante. Pour lui, le problème fondamental des buybacks immédiats dans un contexte d’émissions élevées est qu’ils ne modifient pas la perception du risque par les vendeurs.

Les tokens déverrouillés aujourd’hui sont vendus au prix actuel, pas au prix futur espéré après un rachat massif. Le marché anticipe déjà les rachats continus et les intègre dans son pricing.

Les protocoles devraient en réalité accumuler l’argent pour un rachat futur. Cela forcerait tous les déverrouillages à s’échanger au prix attendu après le rachat futur.

Anatoly Yakovenko – 4 janvier 2026

Sa proposition ? Accumuler les revenus et les déployer en un seul gros rachat plus tard. Ou encore développer des programmes de staking avec des périodes de verrouillage plus longues. L’idée est de forcer le marché à valoriser les tokens déverrouillés en tenant compte d’un environnement post-rachat.

Cette approche rappelle la gestion de trésorerie en finance traditionnelle : on constitue un bilan solide avant d’agir, plutôt que de dépenser au fil de l’eau.

Pourquoi les buybacks immédiats perdent leur efficacité

Dans un modèle à forte inflation tokenomique, les rachats continus deviennent prévisibles. Les holders et les bénéficiaires d’unlocks savent que le protocole va absorber une partie de la vente. Ils ajustent donc leurs prix de vente en conséquence.

Résultat : l’effet de soutien sur le prix est dilué. Le marché traite les buybacks comme un flux constant plutôt qu’un événement choc capable de réévaluer fondamentalement le token.

À l’inverse, un rachat massif et inattendu, financé par une trésorerie accumulée, peut créer un vrai choc d’offre et forcer une réévaluation à la hausse.

  • Buybacks continus → prévisibles → effet limité
  • Buybacks ponctuels massifs → imprévisibles → impact potentiellement fort
  • Staking long terme → réduit la liquidité immédiate → moins de pression vendeuse

Les alternatives proposées par la communauté

Siong Ong a suggéré de réallouer les fonds des buybacks vers des incentives de croissance. L’idée est d’attirer et retenir plus d’utilisateurs, augmentant ainsi l’activité et les frais du protocole à long terme.

D’autres voix dans la communauté défendent le maintien de certains rachats pour montrer une discipline financière et aligner les intérêts. Mais la majorité semble reconnaître que, dans l’état actuel du calendrier d’unlocks, l’impact reste marginal.

Jupiter a déjà commencé à ajuster sa stratégie : l’airdrop prévu pour 2026 a été réduit de 700 millions à seulement 200 millions de JUP. Un signal clair que l’équipe prend conscience de la nécessité de limiter l’inflation.

Options stratégiques envisagées pour JUP

  • Arrêt ou réduction des buybacks immédiats
  • Réallocation vers des rewards utilisateurs et croissance
  • Accumulation de trésorerie pour un rachat futur massif
  • Développement de programmes de staking à long terme
  • Réduction drastique des futurs airdrops et unlocks

Une leçon plus large pour la DeFi

L’expérience de Jupiter met en lumière un problème récurrent dans de nombreux projets crypto : des calendriers de vesting trop agressifs combinés à des promesses de rachats qui peinent à compenser l’inflation.

Beaucoup de protocoles lancés entre 2021 et 2024 souffrent du même syndrome. Les équipes ont distribué généreusement des tokens aux premiers contributeurs, investisseurs et communautés, créant des déverrouillages massifs sur plusieurs années.

Quand l’activité arrive à maturité, les revenus permettent enfin des rachats… mais trop tard pour contrebalancer la vague de vente continue.

Le débat ouvert par Jupiter et Anatoly Yakovenko pourrait influencer la prochaine génération de tokenomics : moins d’émissions initiales, vesting plus longs, et stratégies de trésorerie plus sophistiquées.

Que retenir pour les investisseurs en tokens DeFi ?

Avant d’investir dans un token de protocole, il est crucial d’examiner attentivement le calendrier de déverrouillage. Un projet peut avoir les meilleurs fondamentaux du monde, mais si des milliards de tokens arrivent chaque année, le prix risque de stagner longtemps.

Les annonces de buybacks sont positives, mais leur efficacité dépend du contexte inflationniste. Un programme modeste dans un token à supply fixe (comme Bitcoin) aura bien plus d’impact qu’un programme massif dans un token à forte émission.

Enfin, surveillez les signaux d’ajustement : réduction d’airdrops, prolongation de vesting, ou accumulation visible de trésorerie sont souvent des signes que l’équipe prend le problème au sérieux.

L’histoire de Jupiter en 2025 nous rappelle que dans la crypto, la gestion de la supply reste l’un des facteurs les plus déterminants du prix, parfois plus que l’adoption ou les revenus du protocole lui-même.

Le débat est loin d’être clos. La communauté Solana, connue pour son pragmatisme, saura probablement en tirer des leçons qui bénéficieront à tout l’écosystème DeFi.

Et vous, pensez-vous que les buybacks ont encore leur place dans les projets à forte inflation tokenomique ? Ou faut-il privilégier des modèles plus déflationnistes dès la conception ?

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