Imaginez un instant : un milliardaire iconique, connu pour ses paris audacieux sur la technologie et les cryptomonnaies, décide du jour au lendemain de tourner le dos à l’un de ses investissements les plus médiatisés. C’est exactement ce qui vient de se produire avec Peter Thiel et sa sortie totale du capital d’ETHZilla Corp. Annoncée discrètement via des dépôts SEC en ce début d’année 2026, cette décision marque potentiellement la fin d’une expérience ambitieuse qui voulait transposer le succès de MicroStrategy… mais cette fois sur Ethereum.

Pourquoi un tel revirement ? Quelles leçons retenir de cet épisode qui secoue actuellement la cryptosphère ? Et surtout, que nous dit cette sortie sur l’avenir des trésoreries d’entreprise basées sur les cryptos ? Plongeons ensemble dans les détails de cette affaire qui pourrait bien redessiner certaines stratégies institutionnelles dans les mois à venir.

Un pari risqué qui tourne court

L’histoire d’ETHZilla commence comme un conte de fées de la Silicon Valley version blockchain. À l’origine une société de biotechnologie nommée 180 Life Sciences, l’entreprise effectue un pivot spectaculaire à l’été 2025. L’objectif affiché est clair : devenir le véhicule coté en bourse de référence pour accumuler de l’Ether, à l’image de ce que MicroStrategy a réussi avec Bitcoin depuis 2020.

Portée par l’euphorie post-ETF Ethereum et la montée en puissance des narratifs autour du staking et de la tokenisation, ETHZilla lève des fonds massifs via des émissions d’actions et d’obligations convertibles. À son apogée, la société annonce détenir plus de 100 000 ETH, ce qui représentait alors plusieurs centaines de millions de dollars. Peter Thiel, via son fonds Founders Fund, entre au capital à hauteur de 7,5 % et devient l’un des actionnaires les plus en vue.

Les promesses initiales d’ETHZilla en 2025 :

  • Accumulation agressive d’Ether comme actif de réserve principal
  • Utilisation du staking pour générer des rendements passifs
  • Positionnement comme « proxy coté » pour les investisseurs institutionnels souhaitant s’exposer à ETH
  • Communication très agressive calquée sur le storytelling de Michael Saylor

Mais entre la théorie et la pratique, le fossé s’est révélé abyssal. Contrairement à Bitcoin, perçu comme une réserve de valeur « digitale gold », Ethereum reste avant tout une plateforme d’exécution avec une volatilité structurellement plus élevée et des débats constants sur sa tokenomics future.

Le krach d’octobre 2025 : le début de la fin

Tout bascule réellement lors du violent marché baissier d’octobre 2025. L’Ether perd alors près de 45 % en quelques semaines, plombé par plusieurs facteurs simultanés : déception autour des flux post-ETF spot, concurrence accrue des layer-1 et layer-2 alternatifs, et craintes macroéconomiques globales.

Face à cette chute brutale, la direction d’ETHZilla panique. Au lieu de maintenir une stratégie de HODL à la MicroStrategy, l’entreprise commence à vendre des ETH pour deux raisons principales :

  • Racheter ses propres actions à prix cassé (opération de 40 millions $ d’ETH liquidés)
  • Honorer des remboursements de dettes convertibles arrivant à échéance (74,5 millions $ supplémentaires vendus en décembre)

Ces ventes forcées interviennent pile au pire moment : au creux du marché. Résultat ? ETHZilla dilapide une partie significative de sa trésorerie crypto tout en cristallisant des pertes importantes. La confiance des investisseurs s’effrite rapidement.

« Quand votre actif principal chute de 60 % et que vous avez des obligations convertibles avec covenants agressifs, la marge de manœuvre devient extrêmement réduite. ETHZilla n’a pas su – ou pas pu – encaisser la volatilité comme l’a fait MicroStrategy sur Bitcoin. »

Commentateur anonyme sur X, février 2026

Le retrait total de Peter Thiel et Founders Fund

Les documents déposés auprès de la SEC en ce mois de février 2026 sont sans appel : la participation de Founders Fund est passée de 7,5 % à 0 %. Peter Thiel, souvent présenté comme l’un des investisseurs les plus visionnaires de sa génération, a donc décidé de couper les ponts totalement avec cette expérience.

Plusieurs lectures sont possibles :

  • Désillusion sur le narratif Ethereum : Thiel aurait perdu confiance dans la capacité de l’ETH à devenir un actif de réserve institutionnel comparable à Bitcoin.
  • Gestion de risque stricte : Face à la dégradation rapide de la situation financière d’ETHZilla, le fonds a préféré sortir avant une éventuelle faillite ou dilution massive.
  • Recentralisation sur Bitcoin : Founders Fund reste très investi dans l’écosystème BTC et pourrait avoir préféré concentrer ses paris sur l’actif dominant.

Quoi qu’il en soit, ce départ constitue un signal fort. Quand un investisseur du calibre de Peter Thiel abandonne publiquement un projet crypto, les marchés y prêtent attention.

ETHZilla se réinvente… dans l’aérospatiale tokenisée

Plutôt que de disparaître, ETHZilla tente un nouveau pivot radical. L’entreprise a annoncé la création d’une filiale nommée ETHZilla Aerospace, qui proposera des investissements tokenisés dans des moteurs d’avions loués à des compagnies aériennes.

Ce virage vers les Real World Assets (RWA) n’est pas anodin. Alors que la stratégie « pure crypto » a échoué, la société espère désormais capitaliser sur la tokenisation d’actifs tangibles et générateurs de cash-flows réels. Une tentative désespérée de survie… ou une vision stratégique pour l’avenir ?

Comparaison des deux ères d’ETHZilla :

  • 2025 : Trésorerie 100 % crypto, focus ETH uniquement
  • 2026 : Pivot vers RWA tokenisés, diversification sectorielle (aéronautique)
  • Objectif affiché : cash-flows stables et rendement attractif pour les investisseurs

Les leçons pour les trésoreries crypto en 2026

L’échec relatif d’ETHZilla ne condamne pas pour autant le concept de trésorerie crypto. Mais il met en lumière plusieurs vérités parfois oubliées :

  • La volatilité d’Ethereum reste structurellement plus élevée que celle de Bitcoin
  • Une stratégie « HODL à tout prix » nécessite une structure de capital très solide (peu ou pas de dette convertible agressive)
  • La perception institutionnelle de Bitcoin comme « or numérique » n’est pas encore transposée à Ethereum
  • Les ventes forcées en période de stress créent un cercle vicieux dévastateur
  • La diversification (y compris vers des RWA) devient incontournable pour survivre aux cycles

De nombreuses entreprises et fonds observent désormais ETHZilla comme un cas d’école… en négatif.

« ETHZilla est le rappel brutal que spéculer sur la volatilité d’un seul actif n’est pas une stratégie d’entreprise durable. MicroStrategy a réussi grâce à une conviction religieuse sur Bitcoin et une structure capitalistique adaptée. ETHZilla a manqué les deux. »

Analyste crypto indépendant, février 2026

Impact sur le cours de l’Ether

Les ventes massives d’ETHZilla (près de 115 millions $ d’Ether liquidés entre octobre et décembre 2025) ont ajouté une pression vendeuse non négligeable sur le marché au pire moment. Même si ce volume reste marginal comparé à la capitalisation totale d’Ethereum, il a contribué à accentuer la perception négative autour de l’actif.

Plus largement, l’histoire d’ETHZilla renforce l’idée que les entreprises qui accumulent massivement un seul token crypto s’exposent à des risques systémiques importants. Cela pourrait ralentir l’adoption de trésoreries ETH par d’autres sociétés cotées dans les prochains trimestres.

Vers une maturité différente pour Bitcoin et Ethereum ?

Alors que Bitcoin continue d’attirer des fonds souverains, des family offices et des bilans d’entreprises avec une narrative claire de « réserve de valeur digitale », Ethereum souffre encore d’une image plus technique et spéculative. L’échec d’ETHZilla illustre cette différence de maturité perçue.

Cependant, certains observateurs restent optimistes. La tokenisation des actifs réels, le staking liquide, les améliorations du layer-1 et l’adoption croissante des L2 pourraient redonner des couleurs à Ethereum dans les années à venir. Le pivot d’ETHZilla vers les RWA pourrait même, paradoxalement, préfigurer une voie viable pour les entreprises souhaitant allier blockchain et actifs traditionnels.

Une chose est sûre : l’expérience ETHZilla restera dans les annales comme l’un des chapitres les plus instructifs – et les plus douloureux – de l’année 2025-2026 dans l’univers crypto.

Conclusion : un avertissement clair pour 2026

Le départ de Peter Thiel d’ETHZilla n’est pas seulement une anecdote financière. C’est un signal envoyé à tout l’écosystème : les stratégies de trésorerie crypto ne peuvent plus se contenter d’une conviction aveugle dans un seul actif. Elles exigent une gestion rigoureuse du risque, une structure de capital adaptée et une vision à long terme.

Alors que le marché crypto entre dans une nouvelle phase de maturité en 2026, les entreprises qui sauront tirer les leçons de cet échec – sans pour autant abandonner l’idée d’intégrer la blockchain à leur bilan – pourraient bien devenir les grands gagnants de demain.

ETHZilla, elle, continue sa mue. Reste à savoir si ce second souffle suffira à la sauver… ou si elle rejoindra bientôt la longue liste des expériences crypto qui ont brûlé trop vite.

Le marché, lui, a déjà rendu son premier verdict.

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