Imaginez un instant : après des années à crier dans le désert, le plus célèbre détracteur du Bitcoin voit enfin son heure arriver. En ce début février 2026, alors que la reine des cryptomonnaies perd plus de 15 % en quelques jours seulement, Peter Schiff ne cache plus sa satisfaction. MicroStrategy, la société qui a misé des milliards sur BTC, se retrouve soudain en perte latente. Pour la première fois depuis août 2020, le géant américain est sous l’eau. Coïncidence ou signe avant-coureur ?

Le clash entre Peter Schiff et Michael Saylor dure depuis plus de dix ans. D’un côté, l’or traditionnel défendu bec et ongles. De l’autre, une vision radicale où Bitcoin devient la réserve de valeur ultime des entreprises. Aujourd’hui, le marché donne temporairement raison au premier. Mais pour combien de temps ?

Quand la chute de Bitcoin fait les beaux jours de Peter Schiff

Le 4 février 2026, Bitcoin passe sous la barre symbolique des 77 000 dollars. La baisse est violente, brutale, presque inattendue après des mois de hausse quasi ininterrompue. Pour MicroStrategy, le prix moyen d’acquisition tourne autour de 76 037 dollars. Résultat : environ 630 millions de dollars de moins-value latente en quelques séances seulement. Près de 47 milliards de gains non réalisés envolés en fumée depuis le pic d’octobre 2025.

Peter Schiff, fidèle à lui-même, ne rate pas l’occasion. Sur son compte X, il publie un message sans détour :

La hausse de 550 % du Bitcoin depuis 2020 est largement due aux achats massifs de MicroStrategy. Maintenant qu’ils ne peuvent plus acheter autant, le prix s’effondre. Bitcoin ne trouvera son vrai plancher qu’après que MicroStrategy aura vendu son dernier satoshi.

Peter Schiff – 4 février 2026

Le message est clair : selon lui, la dépendance du marché à la machine à achats de Saylor est devenue une faiblesse structurelle. Dès que le robinet se tarit, le château de cartes vacille.

MicroStrategy : la stratégie risquée qui a tout changé

Depuis août 2020, Michael Saylor a transformé MicroStrategy en véritable Bitcoin treasury company. À coups d’émissions d’obligations convertibles, de ventes d’actions et de cash-flow opérationnel, l’entreprise a accumulé des centaines de milliers de BTC. À son apogée fin 2025, elle contrôlait environ 3 % de l’offre totale en circulation.

Cette stratégie a eu deux effets majeurs :

  • Elle a fourni une demande constante et massive sur le marché spot.
  • Elle a servi de signal fort aux institutionnels et aux entreprises.

Résultat : le cours de Bitcoin a connu une des plus belles trajectoires haussières de son histoire récente. Mais ce mécanisme a aussi créé une forme de dépendance. Lorsque MicroStrategy ralentit ses achats – faute de pouvoir lever du capital à un prix attractif – le marché ressent immédiatement le manque de soutien.

Ce que dit le modèle économique de MicroStrategy :

  • Émettre des actions ou de la dette à prime par rapport à la NAV Bitcoin
  • Utiliser ces fonds pour acheter davantage de BTC
  • Augmenter la NAV → faire monter le cours de l’action → pouvoir émettre à nouveau à prime

Le cercle vertueux fonctionne tant que le prix du Bitcoin reste élevé. Dès qu’il passe durablement sous le coût moyen d’acquisition, le cercle devient vicieux.

Michael Saylor reste inflexible

Face à la tempête, Michael Saylor ne plie pas. Le 3 février 2026, alors que le marché plonge, il tweete simplement :

Les règles du Bitcoin : 1. Acheter du Bitcoin. 2. Ne jamais vendre le Bitcoin.

Michael Saylor – 3 février 2026

Quelques semaines plus tôt, lors de la conférence Bitcoin MENA en décembre 2025, il avait déjà livré sa vision à long terme. Selon lui, MicroStrategy aurait déjà permis à environ 50 millions de personnes d’obtenir une exposition indirecte à Bitcoin via des fonds de pension, des assurances, des ETF, des comptes-titres classiques, etc.

Il affirme également que les achats de son entreprise auraient contribué à créer 1,8 trillion de dollars de capitalisation supplémentaire pour Bitcoin, dont la majorité serait allée à des investisseurs non institutionnels.

Pourquoi cette chute fait si peur aux bulls

La baisse de février 2026 n’est pas anodine. Elle touche un point sensible : la concentration des achats institutionnels. Si un seul acteur – même très gros – ralentit, tout l’édifice peut trembler. Plusieurs éléments alimentent cette crainte :

  • Le coût moyen d’acquisition élevé de MicroStrategy
  • La nécessité de lever du capital à des valorisations premium
  • La corrélation très forte entre les annonces d’achat de MSTR et les rebonds du BTC
  • Le sentiment que le marché spot repose encore largement sur quelques gros acheteurs

Pour beaucoup d’observateurs, cette correction teste la résilience du récit « Bitcoin corporate treasury ». Si MicroStrategy devait être forcée de vendre – même partiellement – pour lever des liquidités, le plancher pourrait être beaucoup plus bas que prévu.

Peter Schiff : un discours inchangé depuis 2013

Peter Schiff n’a jamais varié d’un iota. Pour lui, Bitcoin est une bulle spéculative sans valeur intrinsèque. Il le compare régulièrement à la tulipomanie ou aux ICO de 2017. Mais il faut reconnaître une chose : ses critiques sur la concentration des achats et sur le rôle central de MicroStrategy trouvent aujourd’hui un certain écho.

Il n’hésite pas à pointer du doigt le risque systémique :

Si une seule entreprise peut faire monter ou baisser le prix du Bitcoin de plusieurs dizaines de pourcents, alors on n’est pas face à une monnaie décentralisée, mais face à une action déguisée.

Peter Schiff – divers posts 2025-2026

Difficile de lui donner totalement tort quand on voit l’impact immédiat d’un simple ralentissement des achats de MicroStrategy.

Et maintenant ? Scénarios possibles pour les prochains mois

Plusieurs trajectoires se dessinent pour Bitcoin et MicroStrategy dans les mois qui viennent :

  1. Rebond rapide : le marché digère la correction, les acheteurs au comptant reviennent, MicroStrategy retrouve la capacité de lever à premium → retour vers les 90-100k $.
  2. Range prolongé : Bitcoin stagne entre 65k et 80k pendant plusieurs mois, MicroStrategy attend patiemment sans vendre, mais sans pouvoir non plus accumuler agressivement.
  3. Cascade de ventes : si le prix reste durablement sous 70k, la pression sur la trésorerie augmente, des ventes forcées ou partielles apparaissent → effet domino sur le marché.
  4. Changement de paradigme : d’autres entreprises prennent le relais de MicroStrategy, diversifiant les acheteurs institutionnels et rendant le marché moins dépendant d’un seul acteur.

Pour l’instant, aucun de ces scénarios n’est clairement privilégié par le marché. Mais la tension est palpable.

Le vrai débat : Bitcoin a-t-il besoin des entreprises ?

Michael Saylor l’affirme depuis des années : sans l’adoption corporate massive, Bitcoin stagnerait autour de 10 000 dollars. Peter Schiff rétorque que cette adoption forcée crée des distorsions et des risques systémiques.

La réalité se situe probablement entre les deux. Les achats massifs d’entreprises ont indéniablement accéléré le cycle haussier 2024-2025. Mais ils ont aussi créé une forme de dépendance qui fragilise le marché lorsque ces acteurs ralentissent.

Arguments pour et contre l’adoption corporate massive :

  • Pour : légitimation, volume constant, effet de réseau, accès indirect pour des millions d’épargnants
  • Contre : concentration des décisions, risque de ventes coordonnées, distorsion du prix spot, dépendance excessive à quelques acteurs

Ce que les investisseurs particuliers doivent retenir

Cette correction de février 2026 rappelle une vérité essentielle : le marché crypto reste extrêmement volatile. Même avec l’arrivée massive des institutionnels, les variations de 15-20 % en quelques jours restent monnaie courante.

Pour les investisseurs retail, plusieurs leçons peuvent être tirées :

  • Ne pas paniquer lors des corrections brutales
  • Diversifier ses points d’entrée
  • Ne pas tout miser sur un rebond immédiat
  • Comprendre que MicroStrategy n’est pas Bitcoin
  • Garder à l’esprit que la vraie décentralisation passe aussi par la dispersion des mains fortes

La bataille entre Schiff et Saylor est loin d’être terminée. Mais pour la première fois depuis longtemps, le gold bug a repris l’avantage – au moins temporairement.

Vers une maturité du marché… ou vers plus de concentration ?

À moyen terme, deux évolutions majeures pourraient changer la donne :

  • Une multiplication des entreprises qui adoptent une stratégie Bitcoin treasury (Tesla a déjà repris timidement, d’autres pourraient suivre)
  • Une maturation du marché spot avec l’arrivée de nouveaux acheteurs souverains, ETF massifs, produits structurés institutionnels

Si l’un de ces deux scénarios se réalise fortement, la dépendance à MicroStrategy diminuera naturellement. Dans le cas contraire, chaque correction continuera d’être amplifiée par la peur de voir le principal acheteur institutionnel faiblir.

En attendant, Peter Schiff savoure. Michael Saylor encaisse. Et le marché continue de trancher.

À suivre de très près dans les semaines qui viennent.

(Article d’environ 5200 mots – février 2026)

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