Avez-vous déjà observé une cryptomonnaie qui s’envole alors que tout le reste du marché plonge ? Ce jeudi matin, Monero a précisément incarné cette anomalie. Le jeton anonyme a franchi la barre des 640 dollars après une progression de plus de 11 % en vingt-quatre heures, alors que les grandes capitalisations comme l’ether, le XRP et le dogecoin perdaient chacune plus de 4 %. Pendant ce temps, Wall Street cédait du terrain, le Nasdaq reculait de 2,6 % et le baril de Brent franchissait 111 dollars. Cette divergence interroge : s’agit-il d’un simple rebond technique, d’une réaction aux tensions géopolitiques ou du début d’un mouvement plus durable porté par les dérivés ?
Une performance isolée sur un marché en risk-off
Le chiffre est tombé jeudi vers 7 h 55, heure de Paris. Sur CoinMarketCap, Monero (XMR) cotait 645,02 dollars, en hausse de 11,48 % sur la période. Sa capitalisation atteignait alors 12,13 milliards de dollars, lui conférant le douzième rang mondial, tandis que le volume d’échanges progressait de près de 40 % pour s’établir autour de 262 millions de dollars. La veille, le jeton végétait encore près de 580 dollars, sous le poids d’une enquête du spécialiste ZachXBT sur le service de conversion FreedomXMR. En quelques heures, la dynamique s’est inversée.
Le reste du tableau crypto a viré au rouge. L’ether reculait d’environ 4 % pour s’échanger près de 2 373 dollars, le XRP perdait 4,6 % autour de 1,30 dollar et le dogecoin cédait 4,7 % pour tomber à 0,078 dollar. Plus de 450 millions de dollars de positions ont été liquidées en vingt-quatre heures, principalement des paris haussiers. Le S&P 500 a clôturé en baisse de 1,21 %. Donald Trump a indiqué que les États-Unis ne négociaient pas activement avec l’Iran, tout en laissant entendre que « quelque chose » allait se produire « assez vite ». Ces éléments ont renforcé le sentiment de risk-off.
Les points clés de la séance
- XMR a dépassé 640 dollars, un niveau non vu depuis janvier.
- La prime payée par les acheteurs à levier sur les perpétuels a été multipliée par près de vingt-deux en une séance.
- Peter Brandt a rapproché le graphique de Monero de celui de l’argent avant sa flambée.
- Vendredi à l’aube, XMR tenait encore au-dessus de 600 dollars tandis que l’ether plafonnait vers 2 400 dollars.
Le rôle déterminant des dérivés
Le carburant de cette hausse vient clairement des marchés à terme. Selon CoinGlass, l’open interest — c’est-à-dire la valeur totale des contrats encore ouverts — atteignait 319,2 millions de dollars le 22 octobre. Le taux de financement pondéré par cet open interest est passé de 0,0022 % à 0,0480 % entre le 21 et le 22 octobre. Ce taux, lorsqu’il est positif, est versé par les acheteurs à effet de levier aux vendeurs pour maintenir leurs positions ouvertes sur les contrats perpétuels. Il a donc été multiplié par près de vingt-deux en une seule journée. Une telle accélération signale un afflux massif de positions longues, souvent à fort levier, qui amplifie mécaniquement le mouvement de prix.
Cette configuration n’est pas sans rappeler janvier dernier. À l’époque, l’open interest sur Monero avait culminé autour de 320 millions de dollars selon SoSoValue, avant un pic proche de 800 dollars à la mi-janvier, suivi d’une chute sous 300 dollars dès la première semaine de février. Les deux agrégateurs ne suivent pas exactement les mêmes plateformes, mais l’ordre de grandeur est comparable. Vendredi matin, l’open interest agrégé dépassait même 370 millions de dollars. La zone de 580 à 600 dollars est désormais identifiée comme support à surveiller, avec 700 dollars en ligne de mire pour certains observateurs.
La structure graphique de XMR me rappelle l’argent avant sa course jusqu’à 125 dollars, en mettant de côté l’envolée hors norme de janvier.
Peter Brandt, trader vétéran
Le message de Peter Brandt, publié sur X le 21 octobre, a ajouté de l’huile sur le feu. Le trader chevronné n’a fixé aucun objectif de cours précis, se contentant de souligner une ressemblance structurelle avec le graphique de l’argent avant sa forte progression. Cette comparaison a circulé rapidement dans les communautés crypto et a contribué à attirer des flux spéculatifs supplémentaires. Il est important de rappeler que les analogies graphiques ne constituent pas des garanties ; elles servent surtout de catalyseur psychologique dans un marché déjà tendu par les dérivés.
Le précédent de janvier et ses leçons
Le scénario de janvier plane encore sur Monero. Après avoir atteint près de 800 dollars, le jeton a connu une correction brutale. Les positions à levier, une fois liquidées en cascade, accélèrent les baisses autant qu’elles amplifient les hausses. Aujourd’hui, le même niveau d’open interest invite à la prudence. Une capitalisation de 12,13 milliards de dollars place Monero dans le haut du classement, mais elle reste loin des géants. Pour retrouver son record de janvier, proche de 799 dollars selon CoinMarketCap, il faudrait encore une progression d’environ 32 % depuis les niveaux de vendredi matin. Une telle hausse porterait la capitalisation autour de 15 milliards de dollars.
Vendredi vers 7 h, heure de Paris, XMR s’échangeait autour de 607 dollars, en léger repli d’environ 1 % sur vingt-quatre heures. L’ether tenait 2 400 dollars, le XRP 1,32 dollar, le dogecoin oscillait près de 0,08 dollar et le bitcoin se situait autour de 81 600 dollars. Cette stabilisation relative après la séance haussière de jeudi montre que le marché digère encore le mouvement. Les ETF ether restent dans le rouge sur le mois : les fonds au comptant américains avaient récolté 14,96 millions de dollars mercredi, leur première entrée nette après cinq séances de sorties, mais le compteur d’octobre affichait encore 1,08 milliard de dollars de retraits nets au 20 octobre.
Pourquoi Monero se distingue-t-il dans un contexte de risk-off ?
Monero se distingue par sa conception orientée confidentialité. Contrairement à Bitcoin ou Ethereum, dont les transactions sont publiques, Monero utilise des techniques comme les signatures de cercle et les adresses furtives pour masquer les montants et les participants. Cette caractéristique attire périodiquement des flux lorsque les tensions géopolitiques ou les inquiétudes sur la surveillance augmentent. La hausse du pétrole au-delà de 111 dollars et les déclarations concernant l’Iran ont pu jouer un rôle indirect, en renforçant la recherche d’actifs perçus comme moins corrélés aux marchés traditionnels ou aux grandes capitalisations crypto.
Cependant, la confidentialité a aussi un coût. Les régulateurs scrutent de près les monnaies anonymes, et plusieurs plateformes ont restreint ou délisté Monero par le passé. L’enquête de ZachXBT sur FreedomXMR a d’ailleurs pesé sur le cours avant le rebond. Ces facteurs créent une volatilité structurelle : les acheteurs spéculatifs entrent rapidement via les dérivés, mais les sorties peuvent être tout aussi abruptes lorsque le sentiment bascule ou que des liquidations se déclenchent.
Ce que les données de dérivés nous disent
- Un taux de financement qui explose indique un déséquilibre fort en faveur des longs.
- Un open interest élevé amplifie les mouvements dans les deux sens.
- La comparaison avec janvier invite à surveiller les niveaux de liquidation.
- Le support 580-600 dollars devient critique en cas de retournement.
Le contexte macroéconomique et ses répercussions
Le recul des indices américains et la hausse du pétrole s’inscrivent dans un environnement de tensions persistantes. Lorsque les actifs risqués traditionnels cèdent, les cryptomonnaies majeures suivent souvent, car une partie importante des flux institutionnels traite encore le bitcoin et l’ether comme des actifs de risque. Monero, moins liquide et moins détenu par les grands fonds, peut parfois se déconnecter temporairement. Cette décorrélation relative explique en partie pourquoi un jeton de taille moyenne a pu progresser pendant que les leaders reculaient.
Les liquidations massives de positions longues ont également contribué à accentuer la baisse des altcoins majeurs. Lorsque les prix commencent à fléchir, les appels de marge se multiplient, forçant des ventes automatiques qui alimentent la spirale baissière. Monero, en phase de hausse, a bénéficié de l’effet inverse : les positions courtes ont été liquidées, ce qui a poussé le cours encore plus haut. Ce mécanisme de feedback est classique sur les marchés de dérivés crypto, où le levier est souvent élevé.
Les enseignements techniques et les niveaux à surveiller
Sur le plan technique, le franchissement de 600 dollars puis de 640 dollars a marqué une cassure de résistance. Pour TradingKey, la zone 580-600 dollars constitue désormais le support clé. En dessous, une accélération baissière pourrait ramener le cours vers des niveaux bien plus bas, comme cela s’est produit en février. À l’inverse, un maintien au-dessus de 600 dollars ouvre la voie vers 700 dollars, niveau psychologique et technique mentionné par plusieurs observateurs. Le record de janvier autour de 799 dollars reste un objectif plus lointain, qui nécessiterait une poursuite de l’afflux de capitaux et une stabilisation de l’open interest.
Les volumes ont accompagné le mouvement, ce qui est un signe de confirmation relatif. Néanmoins, une hausse portée principalement par les dérivés plutôt que par des achats au comptant présente un risque de retournement plus élevé. Les investisseurs qui entrent maintenant doivent intégrer cette dimension : le levier qui a propulsé le cours peut le ramener tout aussi rapidement si le taux de financement se normalise ou si des nouvelles négatives apparaissent.
Comparaison avec d’autres monnaies anonymes et le marché global
Monero n’est pas la seule cryptomonnaie orientée confidentialité. Zcash, par exemple, a connu des mouvements notables ces derniers jours, mais n’a pas affiché la même amplitude sur cette séance. La spécificité de Monero réside dans son modèle par défaut anonyme, alors que d’autres protocoles proposent des options optionnelles. Cette différence influence la perception des régulateurs et des utilisateurs. Dans un contexte où les débats sur la confidentialité des transactions crypto restent vifs, toute progression de Monero attire l’attention des observateurs spécialisés.
Sur le marché global, la domination du bitcoin et la faiblesse relative des altcoins majeurs suggèrent que nous ne sommes pas dans une phase d’« altseason » classique. Les flux se concentrent plutôt sur des narratifs spécifiques : confidentialité, dérivés, ou réactions à des événements macro. Monero a bénéficié d’une combinaison de ces éléments. Il sera intéressant de voir si cette dynamique se propage à d’autres jetons de taille moyenne ou si elle reste isolée.
Risques réglementaires et facteurs de long terme
Au-delà du mouvement de court terme, Monero fait face à des défis structurels. Plusieurs juridictions ont renforcé les exigences de traçabilité des transactions crypto. Les exchanges qui souhaitent rester conformes limitent parfois l’accès aux monnaies anonymes. Ces contraintes réduisent la liquidité et peuvent amplifier la volatilité. Parallèlement, la demande pour des outils de confidentialité persiste, portée par des utilisateurs qui privilégient la protection de leurs données financières. Cet équilibre fragile explique pourquoi Monero peut connaître des phases de hausse spectaculaire suivies de corrections tout aussi marquées.
L’enquête concernant FreedomXMR illustre bien cette tension. Même si le rebond a été rapide, le sujet reste dans les radars. Toute nouvelle information sur des services de conversion ou des usages controversés peut influencer le sentiment. Les investisseurs doivent donc croiser les données de prix et de dérivés avec le contexte réglementaire et d’actualité.
Perspectives pour les prochains jours
Vendredi matin, le marché semblait digérer la séance précédente. Monero tenait au-dessus de 600 dollars, mais l’open interest restait élevé. Si les acheteurs à levier continuent d’entrer, le cours pourrait tester 650 ou 700 dollars. En revanche, un retournement du taux de financement ou une vague de liquidations pourraient ramener rapidement le prix vers le support. Le contexte macro, avec le pétrole élevé et les indices en repli, reste un facteur de fond. Les déclarations politiques sur les tensions internationales continueront d’influencer le sentiment risk-off.
Pour les détenteurs ou les observateurs, la priorité est de surveiller les niveaux techniques et les indicateurs de dérivés plutôt que de se fier uniquement à l’analogie avec l’argent. Les marchés crypto restent sensibles au levier et aux flux de court terme. Une progression durable nécessiterait probablement un élargissement des volumes au comptant et une stabilisation de l’open interest à des niveaux moins extrêmes.
Ce que cette séance révèle sur le marché crypto actuel
Cette divergence entre Monero et les grandes capitalisations met en lumière la fragmentation actuelle du marché. Les flux institutionnels se concentrent encore largement sur le bitcoin et, dans une moindre mesure, sur l’ether. Les altcoins de taille moyenne peuvent connaître des mouvements décorrélés lorsque des catalyseurs spécifiques apparaissent — ici, les dérivés et une comparaison graphique médiatisée. Cette réalité impose une approche sélective : chaque actif possède ses propres dynamiques de liquidité, de levier et de narratif.
Les liquidations de plus de 450 millions de dollars rappellent également que le levier reste omniprésent. Même dans un contexte de risk-off, des poches de spéculation intense peuvent se former et se défaire rapidement. Les investisseurs qui utilisent des produits dérivés doivent intégrer des seuils de risque stricts. Pour ceux qui observent depuis le spot, la séance de jeudi offre un exemple concret de la façon dont un déséquilibre temporaire sur les perpétuels peut créer une opportunité ou un piège selon le timing d’entrée.
Conclusion provisoire sur un mouvement encore en cours
Monero a livré une performance remarquable dans un environnement globalement négatif. La combinaison d’un open interest élevé, d’un taux de financement en forte hausse et d’une analogie médiatisée a suffi à propulser le cours au-dessus de 640 dollars. Le précédent de janvier invite toutefois à la prudence : un pic d’open interest similaire avait précédé une correction sévère. Les niveaux de 580-600 dollars et 700 dollars constituent les prochaines références techniques importantes.
Dans les jours qui viennent, l’évolution du pétrole, les déclarations géopolitiques et les flux sur les ETF ether continueront d’influencer le sentiment global. Monero, de son côté, restera particulièrement sensible aux variations de levier. Pour les participants au marché, l’essentiel est de distinguer un rebond spéculatif d’un changement de tendance plus structurel. Les données de dérivés et les volumes fourniront les premiers indices.
Cette séance rappelle enfin que le marché crypto demeure capable de surprises. Alors que les indices traditionnels et les grandes cryptomonnaies reculaient, un actif orienté confidentialité a trouvé assez de carburant pour progresser fortement. Que cette anomalie se prolonge ou se résorbe rapidement, elle offre un cas d’étude précieux sur les interactions entre dérivés, narratifs et contexte macroéconomique.

