Imaginez la scène : en mai 2021, Pékin claque la porte. Plus de minage Bitcoin sur le sol chinois. Les fermes géantes du Sichuan et du Xinjiang éteignent leurs machines du jour au lendemain. Le hashrate mondial s’effondre de 50 % en quelques semaines. Tout le monde pense que c’est fini. Quatre ans plus tard, la réalité est tout autre. La Chine est discrètement revenue dans le top 3 des pays qui sécurisent le réseau Bitcoin.

Le grand retour silencieux du dragon sur le réseau Bitcoin

Personne n’a annoncé de levée d’interdiction. Aucune loi n’a été modifiée. Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

En octobre 2025, Hashrate Index place la Chine à 14,1 % du hashrate mondial, soit environ 145 EH/s. Derrière les États-Unis (37,8 %) et la Russie, mais devant le Kazakhstan. Des analystes comme ceux de CryptoQuant vont plus loin : en comptant les pools qui masquent leur origine réelle, la part chinoise dépasserait les 20 %.

« Le minage de Bitcoin en Chine n’a jamais complètement disparu. Il s’est réorganisé, professionnalisé et partiellement dissimulé. »

Seb Gouspillou, décembre 2024

Pourquoi maintenant ? L’énergie qui ne sert à rien

La clé, c’est l’électricité qui existe… mais que personne n’utilise.

Dans le Sichuan, les barrages hydroélectriques tournent à plein régime pendant la saison des pluies. Mais le réseau électrique national ne parvient pas à absorber toute cette production. Résultat : des gigawatts d’énergie propre sont tout simplement gaspillés chaque année.

Plutôt que de brider les turbines, certaines autorités locales préfèrent fermer les yeux sur des installations de minage qui consomment cet excédent. C’est gagnant-gagnant : l’énergie est valorisée, des emplois sont créés, et les recettes fiscales locales augmentent.

Les provinces qui accueillent (discrètement) le retour du minage

  • Sichuan : hydroélectricité abondante en été
  • Xinjiang : électricité issue du charbon à très bas coût
  • Mongolie-Intérieure : parcs éoliens excédentaires
  • Yunnan : mix hydro + solaire souvent sous-utilisé

Les data centers vides deviennent des mines de Bitcoin

Deuxième phénomène : la Chine a massivement investi dans des data centers pour le cloud et l’intelligence artificielle. Problème : beaucoup tournent à 30-40 % de capacité.

La solution ? Louer les racks inoccupés à des mineurs Bitcoin. Extérieurement, rien ne change : le bâtiment reste un « centre de calcul haute performance ». À l’intérieur, des milliers d’ASIC ronronnent 24h/24.

Ces installations hybrides peuvent basculer en quelques heures entre calcul IA et minage Bitcoin selon la rentabilité. C’est exactement ce que font déjà certains opérateurs dans la banlieue de Pékin ou à Shenzhen.

Les chiffres qui ne mentent pas

Le fabricant chinois Canaan (l’un des trois grands avec Bitmain et MicroBT) est un excellent baromètre.

  • 2022 : moins de 3 % de ses machines vendues restaient en Chine
  • 2023 : déjà 30 % du chiffre d’affaires réalisé sur le marché domestique
  • 2025 : plus de 50 % des ASIC neufs restent en Chine

Quand un fabricant vend autant de machines neuves dans son propre pays malgré une interdiction officielle, c’est que quelque chose a fondamentalement changé.

Une tolérance sélective des autorités locales

Officiellement, le minage reste interdit. Dans les faits, certaines provinces font preuve d’une grande souplesse tant que :

  • L’activité reste discrète (pas de publicité, pas d’IPO locale)
  • Les machines consomment de l’énergie qui serait sinon perdue
  • Les opérateurs paient leurs factures et leurs taxes

Dans certaines zones économiques spéciales, des responsables vont même jusqu’à faciliter l’installation de nouvelles fermes en échange d’investissements et d’emplois.

Et l’écologie dans tout ça ?

Paradoxalement, ce minage « clandestin » est souvent plus vert que celui qui existait avant 2021.

À l’époque, beaucoup de fermes tournaient au charbon. Aujourd’hui, une grande partie utilise de l’hydroélectricité qui serait de toute façon produite. Certains mineurs vont même jusqu’à signer des accords avec les barrages pour consommer uniquement l’énergie excédentaire la nuit ou pendant la saison des pluies.

« Utiliser de l’énergie qui serait gaspillée, c’est presque de l’écologie active. »

Un opérateur anonyme du Sichuan, 2025

Quelle conséquence pour le réseau Bitcoin ?

Ce retour chinois n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour la décentralisation.

Oui, la concentration reste forte (États-Unis + Russie + Chine = près de 70 % du hashrate), mais elle est plus répartie qu’en 2020 où la Chine dominait à 65-75 %. Et surtout, les mineurs chinois d’aujourd’hui sont plus diversifiés et moins visibles que les méga-fermes d’autrefois.

Le vrai risque viendrait plutôt d’une nouvelle répression brutale, mais elle semble peu probable tant que le minage reste discret et utile localement.

Et demain ?

Plusieurs scénarios se dessinent :

  • Statu quo : le minage reste toléré tant qu’il consomme de l’énergie excédentaire
  • Régularisation partielle : certaines provinces pourraient créer des « zones franches de minage »
  • Nouvelle interdiction : peu probable tant que Bitcoin ne menace pas le e-CNY

Ce qui est certain, c’est que la Chine n’a jamais vraiment quitté Bitcoin. Elle a simplement appris à le faire en silence.

Et pendant que l’Occident célèbre la « décentralisation » du hashrate vers l’Amérique du Nord, le dragon, lui, a simplement changé de tanière.

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