Qui aurait imaginé qu’un simple token lancé sur Solana finirait par placer le président argentin au centre d’une tempête médiatique et judiciaire aussi longue ? Après plus d’un an et demi de procédures, de titres assassins et d’accusations croisées, le juge a finalement décidé de classer l’affaire pénale. Mais au lieu de tourner la page en silence, Javier Milei a choisi d’ouvrir un nouveau chapitre en citant nommément cinq journalistes. La question qu’il pose résonne encore : qui va maintenant réparer les prétendus dommages causés à sa réputation ?
Un Classement Qui Relance La Guerre Médiatique
Le 23 octobre 2026, la justice argentine a mis un terme à l’enquête pénale visant Javier Milei, sa sœur Karina et neuf autres personnes. Le procureur Eduardo Taiano avait lui-même demandé ce classement. Le juge Marcelo Martínez de Giorgi a suivi la requête sans même convoquer les mis en cause pour un interrogatoire formel. Pour le camp présidentiel, c’est une victoire nette. Pour une partie de la presse, c’est une décision précipitée qui laisse trop de zones d’ombre.
Dans les heures qui ont suivi, le président a publié un long message sur X. Il y dénonce ce qu’il appelle une année, huit mois et neuf jours de mensonges, de calomnies et d’insultes. Il accuse certains médias d’avoir instrumentalisé l’enquête pour affaiblir son gouvernement. Et il ne s’arrête pas là : il cite cinq noms.
Les Cinq Journalistes Visés Par Le Président
Dans le texte repris par La Nación, Javier Milei s’en prend directement à Hugo Alconada Mon, Carlos Pagni, Paulino Rodríguez, Natalia Volosín et Luis Novaresio. Il les accuse d’avoir diffusé des informations fausses et d’avoir mené des opérations destinées à nuire à son action. Le président ne se contente pas de critiques générales : il pointe le groupe La Nación en particulier, suggérant que sa couverture médiatique aurait été liée à des pressions fiscales sur son administration.
Ces accusations restent pour l’instant des affirmations politiques. Aucun élément indépendant n’a encore établi un lien direct entre le traitement journalistique et une quelconque stratégie fiscale. Pourtant, le simple fait de nommer ces professionnels a relancé le débat sur la liberté de la presse et les rapports de force entre le pouvoir exécutif et les médias en Argentine.
Qui me dédommage maintenant ?
Javier Milei, extrait de son message du 23 octobre
Cette phrase, lancée comme un défi, résume l’état d’esprit du président. Il présente le classement comme une réhabilitation totale et considère que l’enquête n’avait d’autre but que de fragiliser la présidence pour des raisons politiques. Lors d’un événement organisé par la Fundación Faro, dirigée par Agustín Laje, Milei a réitéré sa demande de compensation. Parmi les personnalités présentes figuraient l’ambassadeur américain Peter Lamelas et l’ambassadeur argentin aux États-Unis, Alec Oxenford.
La Réaction Officielle De La Présidence
Le bureau du président n’a pas tardé à publier son propre communiqué. Selon iProfesional, le texte célèbre la décision du juge et présente l’ensemble de la procédure comme une manœuvre destinée à salir l’image de Milei en année électorale. L’exécutif insiste sur le fait que la justice a résisté aux pressions médiatiques et politiques.
Le communiqué s’appuie explicitement sur l’article 336, alinéa 3, du code de procédure pénale argentin. Ce texte prévoit le classement lorsque les faits examinés ne constituent pas une infraction. Karina Milei, quant à elle, a publié un message séparé sur les réseaux sociaux. Elle y affirme que les accusations ont gravement porté atteinte à la réputation des deux frères et sœurs et que la vérité a finalement triomphé.
Ce que l’on retient du classement judiciaire :
- La procédure concernait Javier Milei, Karina Milei et neuf autres personnes.
- Aucun des mis en cause n’a été formellement interrogé.
- Le procureur avait lui-même demandé le classement.
- Le juge a estimé que les faits ne caractérisaient pas une infraction pénale.
Retour Sur Le Token Libra Et Son Effondrement
Pour comprendre la violence des réactions actuelles, il faut remonter à février 2025. Ce jour-là, Javier Milei publie un message présentant un projet privé baptisé Libra. Il s’agit d’un token lancé sur la blockchain Solana. Le président indique qu’il s’agit d’une initiative destinée à soutenir des entreprises argentines. Son post contient le lien du site et l’adresse du contrat.
En quelques heures, le token s’envole puis s’effondre. Des investisseurs se retrouvent avec des pertes importantes. L’enquête pénale démarre. Les questions fusent : le président a-t-il intentionnellement trompé le public ? Son statut a-t-il donné une crédibilité artificielle au projet ? Les promoteurs ont-ils orchestré un schéma de sortie rapide ?
Le juge a finalement considéré que la notoriété du président avait pu donner de la visibilité au token et inspirer confiance, mais que ces éléments ne suffisaient pas à établir une tromperie pénale. Autrement dit, l’influence n’équivaut pas automatiquement à une intention frauduleuse au regard du droit pénal argentin.
Les Zones D’Ombre Soulignées Par Hugo Alconada Mon
Parmi les journalistes cités par Milei, Hugo Alconada Mon a publié un compte-rendu détaillé dans La Nación. Il rapporte que certaines mesures d’instruction n’avaient pas été menées à leur terme. Les investisseurs lésés avaient été écartés en tant que parties civiles. Des travaux de traçage blockchain n’ont pas pu être finalisés faute d’outils techniques sous licence. Les réponses apportées par les entreprises sollicitées sont restées partielles.
Ces éléments alimentent les critiques de ceux qui estiment que le classement est arrivé trop tôt. Pedro Biscay, directeur exécutif du Centre de recherche et de prévention de la criminalité économique, a qualifié la décision de prématurée et a appelé à un réexamen complet. Son organisation était intervenue dans la procédure en tant qu’amicus curiae.
Le débat n’est donc pas seulement juridique. Il porte aussi sur la qualité de l’instruction et sur la capacité des autorités à suivre des flux financiers numériques complexes. Dans un pays où la confiance dans les institutions est fragile, chaque décision de classement devient un enjeu politique majeur.
Le Volet Américain Déjà Clos En Septembre
Parallèlement à la procédure argentine, une action collective avait été engagée aux États-Unis. Les plaignants, Omar Hurlock de Brooklyn et Anuj Mehta d’Arlington, réclamaient plus de 100 millions de dollars de dommages. L’affaire visait notamment Meteora, l’ancien PDG Benjamin Chow et les défendeurs Kelsier.
Le 29 septembre 2026, la juge Jennifer L. Rochon a rejeté les demandes. Elle a refusé l’autorisation de déposer une deuxième plainte amendée et a ordonné la clôture du dossier. Les motifs diffèrent selon les parties : certains chefs ont été rejetés pour défaut de fondement, d’autres pour absence de compétence personnelle.
Plus tôt, en août 2025, la même juge avait levé le gel de 57,6 millions de dollars en USDC détenus dans des portefeuilles liés à Davis et Chow. Cette décision avait déjà affaibli la position des plaignants. Quand le classement argentin est intervenu en octobre, le front judiciaire américain était donc déjà fermé.
Une Stratégie Politique De Confrontation
Le message de Milei ne se limite pas à une réaction émotionnelle. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de confrontation avec une partie de la presse. En citant nommément des journalistes, le président cherche à renverser le récit. Là où certains voyaient une affaire de responsabilité politique, il présente une campagne de déstabilisation.
Cette approche n’est pas nouvelle dans le style de communication de Milei. Depuis son arrivée au pouvoir, il multiplie les attaques contre ce qu’il appelle « la caste » et les médias qu’il considère hostiles. L’affaire Libra lui offre un terrain idéal pour renforcer ce positionnement. En se présentant comme victime d’une opération politico-médiatique, il transforme un classement judiciaire en argument de campagne.
La référence à un possible « coup d’État institutionnel » n’est pas anodine. Elle place l’affaire dans un cadre quasi existentiel : l’enquête n’aurait pas visé des faits précis, mais la présidence elle-même. Ce cadrage permet de disqualifier d’avance toute critique future sur le sujet.
Les Implications Pour Le Secteur Crypto En Argentine
Au-delà de la polémique politique, l’affaire Libra laisse des traces dans l’écosystème crypto argentin. Le pays compte une population très active sur les actifs numériques, en partie à cause de l’instabilité monétaire historique. Un token promu, même indirectement, par le président lui-même, créait une situation inédite.
Le classement judiciaire ne répond pas à toutes les questions pratiques. Comment les autorités doivent-elles traiter les promotions de tokens par des personnalités politiques ? Quelles règles de transparence s’appliquent lorsqu’un dirigeant partage une adresse de contrat ? Le droit pénal a tranché dans ce cas précis, mais le débat réglementaire reste ouvert.
Les investisseurs qui ont perdu de l’argent dans Libra se retrouvent aujourd’hui sans recours pénal en Argentine et sans action collective viable aux États-Unis. Certains d’entre eux continueront sans doute à explorer des voies civiles. D’autres considéreront simplement que le risque était inhérent à un projet de ce type.
Liberté De La Presse Et Responsabilité Politique
En nommant cinq journalistes, Milei a ouvert une discussion plus large sur les limites de la critique médiatique. Dans une démocratie, les journalistes ont le droit d’enquêter et de questionner. Les responsables politiques ont le droit de répondre et de contester. La frontière devient floue lorsqu’un chef d’État utilise sa tribune pour désigner nommément des professionnels de l’information.
Certains observateurs y voient une tentative d’intimidation. D’autres estiment qu’il s’agit d’une simple contre-attaque légitime après des mois d’accusations. Le débat est loin d’être tranché. Ce qui est certain, c’est que le climat entre le pouvoir et une partie de la presse s’est encore tendu.
Hugo Alconada Mon, en particulier, se trouve dans une position délicate. Il a couvert l’affaire de manière détaillée et a souligné les lacunes de l’instruction. Être cité nommément par le président place automatiquement son travail sous un éclairage polémique. Cela ne signifie pas que ses reportages étaient inexacts, mais cela change la perception publique de son travail.
Ce Que Révèle L’Affaire Sur Le Droit Crypto
L’affaire Libra illustre parfaitement la difficulté d’appliquer le droit pénal classique à des actifs numériques. Prouver l’intention frauduleuse lorsque des milliers de transactions se déroulent en quelques minutes sur une blockchain publique reste complexe. Les outils techniques nécessaires ne sont pas toujours disponibles dans les services d’enquête.
Le juge a retenu que la visibilité apportée par le président ne suffisait pas à caractériser une tromperie. Cette position juridique peut être contestée, mais elle s’inscrit dans une logique prudente : sans éléments concrets de collusion ou de mensonge délibéré, le seuil pénal n’est pas atteint.
Cette prudence a un coût. Elle laisse les investisseurs sans réparation pénale et peut donner l’impression que les personnalités politiques bénéficient d’une protection de fait. À l’inverse, une application trop large du droit pénal risquerait de criminaliser toute promotion de projet crypto qui se révèle ensuite déficient.
Points clés de l’instruction selon les reportages :
- Certaines mesures de traçage blockchain n’ont pas pu être achevées.
- Les réponses des entreprises sollicitées sont restées incomplètes.
- Les investisseurs lésés ont perdu leur qualité de parties civiles.
- Le juge a estimé que la notoriété seule ne constituait pas une tromperie.
Le Contexte Électoral Et La Communication Présidentielle
Le communiqué de la présidence insiste sur le fait que l’affaire s’est déroulée en année électorale. Ce détail n’est pas anodin. Dans un pays polarisé, toute procédure visant un dirigeant en exercice prend immédiatement une dimension politique. Milei a choisi d’exploiter cette dimension plutôt que de minimiser l’affaire.
Sa communication suit un schéma récurrent : présenter les critiques comme des attaques contre le projet de transformation du pays. Dans ce cadre, les journalistes ne sont plus seulement des observateurs, mais des acteurs d’une opposition plus large. Cette lecture permet de mobiliser la base électorale autour d’un récit de résistance.
Que l’on partage ou non cette vision, elle structure désormais le discours officiel sur l’affaire Libra. Le classement n’est plus seulement une décision de justice. Il devient une preuve que les institutions ont tenu face à une tentative de déstabilisation.
Les Réactions Internationales Et Le Silence Relatif
À l’étranger, l’affaire a suscité moins de commentaires que lors de son lancement. Le classement américain en septembre avait déjà réduit l’intérêt médiatique international. Le volet argentin, plus technique et moins spectaculaire, n’a pas généré le même niveau de couverture.
Pourtant, la décision argentine reste significative. Elle montre qu’un président peut promouvoir un token, voir ce token s’effondrer, faire l’objet d’une enquête pénale, et finalement obtenir un classement sans avoir été formellement interrogé. Ce précédent sera sans doute analysé dans d’autres juridictions confrontées à des situations similaires.
Les ambassadeurs présents à l’événement de la Fundación Faro illustrent aussi la dimension diplomatique. L’affaire Libra n’a jamais été purement nationale. Les flux financiers, les plateformes et les investisseurs traversaient les frontières. Le classement argentin clôt un chapitre, mais il ne résout pas toutes les questions de coordination internationale en matière de régulation crypto.
Vers Une Nouvelle Phase De Confrontation
En citant cinq journalistes, Javier Milei a clairement indiqué qu’il ne considérait pas l’affaire comme close sur le plan médiatique. La demande de compensation, même symbolique, maintient la pression. Elle force les journalistes concernés à se positionner et relance le débat public.
Dans les semaines à venir, on peut s’attendre à des réponses des professionnels cités, à de nouveaux articles d’analyse et peut-être à des actions en diffamation ou en réponse. Le cycle médiatique autour de Libra n’est probablement pas terminé.
Pour les investisseurs et les observateurs du secteur crypto, l’épisode rappelle une vérité simple : la frontière entre promotion politique et responsabilité personnelle reste floue. Tant que les règles ne seront pas clarifiées, chaque nouveau token associé à une personnalité publique portera en lui un risque de polémique similaire.
Une Décision Qui Fait Jurisprudence Ou Simple Parentèse
Le classement de l’affaire Libra restera-t-il un cas isolé ou créera-t-il un précédent ? Tout dépendra de la manière dont les futures affaires seront traitées. Si les autorités continuent à appliquer un seuil élevé pour caractériser la tromperie, les promoteurs de tokens bénéficieront d’une marge de manœuvre importante. Si, au contraire, des dossiers ultérieurs aboutissent à des mises en examen, le message sera différent.
Pour l’instant, le signal envoyé est clair : la notoriété d’un dirigeant, même lorsqu’elle s’accompagne d’un post contenant l’adresse d’un contrat, ne suffit pas à elle seule à fonder une accusation pénale. Cette position protège les responsables politiques, mais elle laisse les investisseurs dans une situation de vulnérabilité accrue.
Le débat sur la responsabilité des influenceurs et des personnalités publiques dans le domaine crypto n’est pas propre à l’Argentine. Des cas similaires ont éclaté dans d’autres pays. Ce qui rend l’affaire Libra unique, c’est le niveau de l’acteur concerné : un président en exercice.
Le Rôle Des Médias Dans La Construction Du Récit
Tout au long de l’affaire, les médias ont joué un rôle central. Certains ont multiplié les titres alarmistes. D’autres ont tenté d’apporter de la nuance. Aujourd’hui, le président accuse une partie d’entre eux d’avoir participé à une opération de déstabilisation. Les journalistes, de leur côté, défendent leur droit d’enquêter et de questionner le pouvoir.
Cette confrontation n’est pas nouvelle, mais elle prend une intensité particulière dans le contexte argentin actuel. La polarisation politique se traduit par une polarisation médiatique. Chaque article devient un acte d’appartenance. Dans ce climat, la simple couverture d’une affaire judiciaire se transforme en enjeu de pouvoir.
Hugo Alconada Mon a documenté les lacunes de l’instruction. Carlos Pagni, Paulino Rodríguez, Natalia Volosín et Luis Novaresio ont, à des degrés divers, participé au débat public autour de l’affaire. En les citant nommément, Milei a choisi de personnaliser le conflit. Cette stratégie rend la discussion plus vive, mais aussi plus difficile à sortir de la logique d’affrontement.
Ce Que Les Investisseurs Doivent Retenir
Pour les personnes qui ont perdu de l’argent dans Libra, le classement judiciaire argentin et le rejet de l’action collective américaine ferment la plupart des portes. Les recours restants, s’ils existent, seront longs et incertains. L’épisode rappelle que le risque de perte totale est réel dès lors que l’on investit dans un token peu connu, même s’il est mentionné par une personnalité de premier plan.
La présence d’un président dans un post ne transforme pas un projet en investissement sûr. Elle peut même créer un biais de confiance dangereux. Les investisseurs qui ont suivi le lien et l’adresse de contrat fournis en février 2025 ont découvert cette réalité de manière brutale.
À l’avenir, la prudence restera de mise. Vérifier l’équipe, le tokenomics, la liquidité et les antécédents des promoteurs demeure plus important que la notoriété de ceux qui relayent le projet. L’affaire Libra en fournit une illustration concrète et coûteuse.
Une Histoire Qui N’Est Pas Encore Terminée
Le classement de l’affaire pénale ne met pas fin à toutes les discussions. Les questions de responsabilité civile, de régulation future et de relations entre pouvoir et presse resteront d’actualité. Javier Milei a choisi de transformer une décision de justice en argument politique. Les journalistes cités devront répondre ou ignorer l’attaque. Les investisseurs continueront de digérer leurs pertes.
Dans le monde crypto, les affaires de ce type laissent souvent des traces durables. Elles influencent la manière dont les régulateurs envisagent les promotions de tokens, dont les plateformes gèrent les risques et dont les utilisateurs évaluent les projets. L’Argentine, pays particulièrement actif sur les actifs numériques, observe désormais les suites de cette affaire avec une attention particulière.
Que l’on considère le classement comme une victoire de la justice ou comme une occasion manquée de faire toute la lumière, un point reste acquis : un simple message présidentiel peut déclencher une tempête d’une ampleur inattendue. Et lorsque la tempête se calme, les questions de responsabilité, de vérité et de réparation continuent de circuler longtemps après.
La phrase de Milei – « Qui me dédommage maintenant ? » – résume à elle seule la complexité de la situation. Elle place le président en position de victime. Elle invite à un débat sur la responsabilité des médias. Elle laisse aussi dans l’ombre les investisseurs qui, eux, n’ont toujours pas de réponse claire à la même question. Dans l’affaire Libra, les pertes ne se mesurent pas uniquement en argent. Elles se mesurent aussi en confiance érodée, en polarisation accrue et en zones d’ombre qui demeurent.

