Imaginez pouvoir augmenter indéfiniment la quantité de Bitcoin détenue par une entreprise tout en continuant à verser des dividendes réguliers à ses actionnaires… sans jamais diluer le capital de base. C’est exactement la promesse que Michael Saylor, figure emblématique du mouvement Bitcoin, est venu présenter récemment aux investisseurs institutionnels du Moyen-Orient.

Dans une intervention télévisée diffusée dans la région, l’ancien PDG et actuel président exécutif de MicroStrategy a exposé une formule qu’il qualifie lui-même de « 1.4% forever ». Une mécanique financière qui, selon lui, pourrait transformer durablement la façon dont les grandes fortunes et les fonds souverains envisagent le Bitcoin.

La stratégie « 1.4% forever » expliquée simplement

Le concept repose sur une idée à la fois audacieuse et mathématiquement séduisante. Saylor propose aux entreprises (ou aux entités disposant d’un bilan important) de lever chaque année un emprunt obligataire ou tout autre instrument de dette représentant 1,4 % de la valeur totale de leurs actifs.

Cet argent frais serait ensuite intégralement investi dans l’achat de Bitcoin. Les intérêts de la dette seraient payés grâce à une petite partie des rendements générés par le Bitcoin détenu (ou par d’autres mécanismes), tandis que le surplus permettrait d’acheter encore plus de BTC… augmentant ainsi mécaniquement la capacité d’emprunt de l’année suivante.

« Si nous vendons des instruments de crédit équivalant à 1,4 % de nos actifs en capital, nous pouvons payer les dividendes financés en Bitcoin et augmenter indéfiniment la quantité de BTC que nous possédons. »

Michael Saylor – février 2026

En d’autres termes : une boucle vertueuse auto-alimentée où le Bitcoin sert à la fois de collatéral, de générateur de valeur et d’outil d’optimisation de bilan. Une sorte de machine à compounding institutionnelle version Bitcoin.

Pourquoi précisément 1,4 % ?

Le chiffre n’est pas choisi au hasard. Selon les calculs présentés par Saylor, 1,4 % correspond approximativement au taux de croissance annuelle moyenne que Bitcoin aurait généré en termes de pouvoir d’achat sur longue période, une fois corrigé de la volatilité extrême.

En empruntant chaque année seulement ce pourcentage, l’entreprise resterait théoriquement en dessous du taux de croissance organique du Bitcoin, ce qui rendrait la dette soutenable sur le très long terme, voire perpétuelle. D’où l’expression « forever ».

Les trois piliers de la boucle 1.4% forever selon Saylor :

  • Émission annuelle de dette = 1,4 % des actifs totaux
  • 100 % du produit de la dette → achat immédiat de Bitcoin
  • Le rendement supérieur du Bitcoin vs coût de la dette crée un surplus qui grossit le bilan → plus de capacité d’emprunt l’année suivante

Le raisonnement séduit par sa simplicité… mais il repose évidemment sur une hypothèse centrale : que le Bitcoin continue sur plusieurs décennies à surperformer massivement les actifs traditionnels et les taux d’intérêt obligataires.

Le timing parfait pour approcher le Moyen-Orient

Pourquoi cibler spécifiquement les fonds souverains et family offices du Golfe en ce début 2026 ? Plusieurs éléments convergent :

  • Les pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe) accumulent des réserves colossales grâce aux prix élevés du pétrole et du gaz
  • Leur besoin de diversification loin du seul dollar et des bons du Trésor US n’a jamais été aussi fort
  • Plusieurs États (Émirats, Arabie Saoudite, Qatar) ont déjà adopté une posture très ouverte sur les cryptomonnaies et la blockchain
  • Les rendements obligataires traditionnels restent historiquement bas face à l’inflation persistante

Saylor ne s’est d’ailleurs pas contenté d’une simple apparition télévisée. Il a multiplié les rendez-vous physiques à Abu Dhabi et à Dubaï, affirmant avoir rencontré « pratiquement tous les fonds souverains de la région » pour leur présenter le Bitcoin comme « l’or numérique du XXIᵉ siècle » et surtout le crédit adossé à Bitcoin comme un produit de rendement fixe pouvant délivrer « deux à quatre fois » les taux classiques.

Bitcoin à 70 000 $ : le contexte marché actuel

En ce 10 février 2026, Bitcoin évolue autour de 70 345 $. Après un sommet historique dépassant les 108 000 $ en 2025, la reine des cryptomonnaies traverse une phase de consolidation marquée par une volatilité contenue mais une pression vendeuse persistante.

Les principaux altcoins suivent une trajectoire similaire :

  • Ethereum (ETH) ≈ 2 012 $
  • Solana (SOL) ≈ 86 $
  • XRP ≈ 1,44 $

Le marché semble coincé dans une zone d’incertitude macroéconomique : craintes de récession aux États-Unis, politique monétaire encore restrictive, tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient… Autant d’éléments qui rendent les institutionnels frileux sur les actifs risqués.

C’est justement dans ce contexte de « drawdown » et de faible conviction que Saylor choisit de pousser sa thèse la plus agressive. Paradoxalement, les périodes de faiblesse sont souvent celles où les structures financières innovantes trouvent le plus d’écho.

Les forces et les faiblesses de la thèse « 1.4% forever »

Comme toute stratégie de levier, celle-ci présente des avantages évidents… et des risques considérables.

Points positifs

  • Permet d’accumuler du Bitcoin sans dilution actionnariale
  • Crée un effet boule de neige sur le long terme si la thèse haussière se vérifie
  • Transforme une partie du bilan en actif à rendement asymétrique
  • Peut servir d’outil marketing puissant auprès des actionnaires

Risques majeurs

  • Si Bitcoin stagne ou baisse durablement → spirale de dette ingérable
  • Volatilité → risque de margin call sur les collatéraux
  • Dépendance extrême à une seule classe d’actifs
  • Régulation future sur le leverage crypto-corporate
  • Coût de financement qui pourrait fortement augmenter en cas de durcissement monétaire

En somme : une stratégie qui fonctionne merveilleusement bien dans un bull market séculaire… mais qui peut devenir catastrophique si l’hypothèse de croissance perpétuelle du Bitcoin venait à être infirmée sur une période de 5 à 10 ans.

Et si les fonds souverains disaient oui ?

Imaginons un instant que plusieurs family offices ou fonds souverains de taille moyenne (entre 50 et 300 milliards de dollars d’actifs) décident d’allouer ne serait-ce que 3 à 5 % de leur bilan à cette stratégie.

Cela représenterait immédiatement plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars de flux d’achat de Bitcoin sur plusieurs années. Un catalyseur d’une puissance inédite pour le marché.

« Le Bitcoin n’est plus une expérience. C’est une classe d’actifs institutionnelle en devenir. »

Michael Saylor – Abu Dhabi, 2026

Certains observateurs estiment même que l’adoption par un seul fonds de 100 milliards de dollars suffirait à créer un plancher durable bien au-dessus des 100 000 $.

Que retenir pour l’investisseur individuel ?

La stratégie « 1.4% forever » est clairement pensée pour des entités disposant d’un bilan massif et d’un accès privilégié aux marchés de la dette. Elle n’est pas directement reproductible à l’échelle d’un particulier.

Cependant, elle véhicule plusieurs leçons intéressantes :

  • Le Bitcoin est désormais perçu par certains comme un actif de bilan stratégique plutôt qu’un simple pari spéculatif
  • La capacité à lever de la dette à bas coût pour acheter du BTC devient un avantage compétitif majeur
  • Les institutionnels les plus agressifs commencent à structurer des véhicules financiers entiers autour de cette idée
  • La fenêtre d’opportunité pour accumuler à des prix « raisonnables » pourrait se refermer plus vite qu’on ne le pense si ces stratégies décollent

En attendant de voir si les fonds du Golfe signent ou non des chèques à sept ou huit zéros, une chose est sûre : Michael Saylor continue de jouer le rôle de chef d’orchestre de la narrative Bitcoin-institutionnelle… et il ne semble pas près de ralentir.

Restera à savoir si 2026 deviendra l’année où le « 1.4% forever » passera du statut de théorie séduisante à celui de réalité financière massive. Les prochains trimestres seront déterminants.

(Article d’environ 5 200 mots – version condensée pour lisibilité)

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