Et si emprunter des cryptos depuis un portefeuille européen devenait bientôt aussi encadré qu’un crédit classique, même lorsque l’interface pointe vers un protocole dit décentralisé ? C’est précisément le basculement que l’Autorité bancaire européenne vient de pousser sur la table de la Commission. Le message n’est pas un slogan. Il est technique, politique et, pour les plateformes qui relient encore leurs clients à des marchés de prêt on-chain, potentiellement décisif.

Pourquoi Bruxelles s’attaque maintenant au prêt DeFi

Le règlement MiCA a déjà posé un cadre unique pour les émetteurs et les prestataires de services sur crypto-actifs. Ce que beaucoup d’acteurs avaient oublié, ou volontairement contourné, c’est que le lending et le borrowing n’entrent pas pleinement dans les catégories de services déjà listées. Résultat : une zone grise. Des sociétés régulées peuvent offrir la garde ou le courtage sous licence, tout en laissant le prêt, le rendement et l’accès à des protocoles décentralisés vivre à côté, parfois hors du même périmètre d’autorisation.

L’ABE ne dit pas que le prêt crypto est illégal. Elle dit autre chose, plus gênant pour le statu quo : si une entreprise européenne sert de passerelle vers un protocole de prêt, cette intermédiation devrait être analysée, chiffrée, puis éventuellement ajoutée à la liste des services soumis à MiCA. La nuance compte. On ne parle plus seulement des prêteurs centralisés d’hier. On parle des interfaces, des tableaux de bord, des boutons « emprunter » qui transforment un protocole lointain en produit vendu à un client de l’Union.

Dès qu’une société régulée ouvre la porte d’un protocole de prêt, la frontière entre finance centralisée et finance décentralisée cesse d’être une doctrine. Elle devient un risque de supervision.

Lecture des recommandations de l’ABE

Ce que l’ABE demande vraiment à la Commission

Le régulateur bancaire européen invite la Commission à conduire une analyse coûts-avantages de changements législatifs. Objectif : ajouter l’intermédiation du prêt et de l’emprunt crypto à la liste des services encadrés. Ce n’est pas encore une loi. C’est une feuille de route. Mais dans le calendrier européen, une feuille de route détaillée pèse souvent plus qu’un communiqué politique.

Les pistes concrètes circulent déjà. Tests d’adéquation pour vérifier qu’un utilisateur comprend le produit. Plafonds de levier. Informations supplémentaires sur les risques de liquidation, d’oracle, de gouvernance et de concentration de collatéral. Et, plus sensible encore, des restrictions possibles lorsque le prêt s’appuie sur des jetons référencés à des actifs ou des jetons de monnaie électronique qui exigent une autorisation sous MiCA.

Les options déjà mises sur la table

  • Étendre MiCA à l’intermédiation du prêt et de l’emprunt crypto.
  • Imposer des tests d’adéquation avant l’accès à certains produits.
  • Limiter le levier et renforcer les divulgations de risques.
  • Encadrer l’usage des stablecoins autorisés dans les montages de prêt.
  • Envisager un régime de certification des protocoles DeFi accessibles via des firmes régulées.

Une certification des protocoles de prêt décentralisés n’aurait rien d’anodin. Elle reviendrait à dire qu’un marché on-chain peut rester « ouvert » en théorie, tout en devenant filtrable dès qu’un intermédiaire européen y conduit sa clientèle. Pour les maximalistes de la décentralisation, c’est une trahison du modèle. Pour les superviseurs, c’est une réponse à une évidence empirique : beaucoup d’utilisateurs n’arrivent pas sur un protocole par un nœud personnel et un explorateur de blocs. Ils y arrivent par une application, une marque, un service client.

La frontière floue entre CeFi, DeFi et intelligence artificielle

L’ABE souligne que l’activité de prêt crypto a déjà été identifiée dans au moins seize États membres. Ce n’est plus un marché de niche cantonné à deux places financières. C’est un tissu dispersé, inégalement surveillé, où les mêmes mécaniques de collatéral et de taux variables se retrouvent derrière des interfaces très différentes.

Deux forces brouillent encore davantage le dessin. Premièrement, l’accès à la finance décentralisée via des sociétés crypto déjà connues du grand public. Deuxièmement, l’usage croissant d’outils d’intelligence artificielle pour orienter, automatiser ou personnaliser ces accès. Quand un assistant recommande un protocole, calibre un ratio de garantie et exécute ensuite le dépôt, qui est le prestataire ? Le protocole ? L’interface ? Le modèle statistique ? Le superviseur européen refuse de laisser cette question au marketing.

MiCA offre aujourd’hui un régime unique pour les émetteurs et les prestataires, mais le prêt et l’emprunt ne sont pas entièrement absorbés par les catégories existantes. Cette lacune n’est plus théorique. Elle est devenue un argument politique depuis qu’une position de juillet du Parlement européen a demandé à la Commission d’examiner la DeFi, le staking, le prêt, l’emprunt, les NFT et les actifs tokenisés. Cette position n’a pas modifié le droit en vigueur. Elle a ouvert un chantier. L’ABE vient d’y déposer des outils plus précis.

Le calendrier de la revue MiCA et ce qu’il change vraiment

La consultation de la Commission sur la revue de MiCA reste ouverte jusqu’au 30 septembre. Elle doit aider à juger si le cadre reste adapté après sa première mise en œuvre. Les retours peuvent alimenter un rapport sur l’application du texte, puis, si la Commission l’estime nécessaire, une proposition législative.

Ce calendrier mérite d’être lu sans dramatisation ni naïveté. Rien n’entre en vigueur demain matin. En revanche, le simple fait que l’autorité bancaire européenne documente des options opérationnelles change la conversation des cabinets, des associations professionnelles et des directions juridiques. Les entreprises qui structurent encore leurs offres européennes en séparant nettement garde, courtage et produits de rendement savent désormais que cette architecture sera scrutée.

MiCA s’applique pleinement depuis le 30 décembre 2024, après que les règles relatives aux jetons référencés à des actifs et aux jetons de monnaie électronique ont commencé six mois plus tôt. Des dispositions transitoires ont permis à certaines sociétés déjà présentes de continuer sous des régimes nationaux avant le basculement complet. Cette période d’adaptation est désormais derrière le débat. L’attention s’est déplacée vers ce que le texte initial n’avait pas pleinement traité.

Stablecoins, rémunération et prêts : le second front

Le prêt n’arrive pas seul. Les stablecoins forment un autre versant du même dossier. L’ABE évoque la possibilité de restreindre l’accès aux montages d’emprunt et de prêt qui utilisent des jetons référencés à des actifs ou des jetons de monnaie électronique soumis à autorisation. Derrière la formule se cache une crainte simple : qu’un jeton conçu pour rester stable devienne, par le prêt, le staking ou des montages voisins, un instrument de rendement déguisé.

Cette discussion s’est accélérée après que des banques centrales européennes ont demandé que les restrictions de MiCA sur la rémunération des stablecoins couvrent aussi les arrangements de prêt, d’emprunt et de staking capables de générer des rendements indirects pour les détenteurs. Le Système européen de banques centrales a souligné qu’une plateforme peut structurer un produit hors des services aujourd’hui visés, tout en offrant concrètement un gain lié à la détention du jeton.

Si le rendement naît d’un montage plutôt que d’un intérêt affiché, le régulateur ne le considérera plus comme un détail de produit. Il le traitera comme une faille de périmètre.

Logique des banques centrales européennes

L’ABE estime par ailleurs que les exigences actuelles pesant sur les émetteurs de ces jetons restent globalement appropriées. Elle recommande toutefois des ajustements pour les schémas multi-émetteurs de pays tiers. Au 1er septembre, 39 jetons de monnaie électronique avaient été émis sous MiCA, tandis qu’aucun jeton référencé à des actifs n’avait encore reçu d’autorisation selon l’autorité. Ce déséquilibre n’est pas cosmétique. Il montre où le marché a réussi à entrer dans le cadre, et où il bute encore.

Les réserves sont elles aussi relues. L’ABE suggère de réexaminer le montant minimal de réserves que les émetteurs doivent détenir sous forme de dépôts bancaires, tout en conservant les exigences de gestion des risques. Autrement dit : moins de rigidité comptable possible, pas moins de vigilance sur la liquidité et la concentration.

Comment les acteurs structurent déjà leurs offres européennes

Le trou dans le filet se voit déjà dans l’organisation concrète de certains services. En juillet, Nexo indiquait que la garde et le courtage destinés aux clients de l’Espace économique européen passaient par des partenaires allemands régulés, Tangany et DLT Finance. Ses produits de rendement et ses prêts adossés à des cryptos étaient en revanche proposés séparément, hors des autorisations MiCA et MiFID détenues par ces partenaires.

Ce type d’architecture n’est ni isolé ni forcément malhonnête. Il traduit une lecture prudente du droit actuel : on place sous licence ce qui l’est clairement, et on isole ce qui ne l’est pas encore. Si la Commission élargit la liste des services régulés, cette séparation deviendra plus coûteuse, plus fragile, parfois intenable. Un prestataire qui intermédie un prêt ou donne accès à un protocole décentralisé pourrait devoir porter des obligations jusqu’ici réservées à d’autres métiers.

L’ABE n’a pas proposé un règlement définitif. Ses recommandations nourrissent la consultation. Elles ne sont pas le texte voté par les institutions. Cette précision évite deux erreurs symétriques : croire que tout est déjà interdit, ou croire que rien ne bougera.

Malte, les DAO et la question explosive de la décentralisation

Le débat européen ne part pas de zéro. Une consultation de juin du régulateur maltais a proposé une nouvelle catégorie pour les DAO et d’autres entités DeFi. L’autorité maltaise a rappelé qu’un projet se disant décentralisé peut échouer au test de pleine décentralisation dès lors que le contrôle reste concentré entre des participants identifiables.

La même interrogation remonte désormais à l’échelle de l’Union. Comment juger la décentralisation quand un protocole dépend d’interfaces, de structures de gouvernance ou de sociétés qui amènent les utilisateurs ? Un smart contract sans admin key n’épuise pas le sujet si le trafic, la liquidité marketing et l’onboarding passent par trois entreprises nommées.

Les critères qui reviennent sans cesse chez les superviseurs

  • Qui peut modifier les paramètres du protocole ?
  • Qui contrôle l’interface par laquelle arrive la majorité des utilisateurs ?
  • Qui encaisse des frais, oriente la liquidité ou gère les clés opérationnelles ?
  • Le collatéral et les oracles dépendent-ils d’un cercle restreint d’acteurs ?
  • Un client européen croit-il traiter avec une marque plutôt qu’avec un code ?

Ces questions ne sont pas philosophiques. Elles décident si un service reste hors champ ou bascule dans le droit des prestataires. Elles décident aussi si une certification de protocole a du sens, ou si elle ne ferait que labelliser des interfaces déjà centralisées.

Ce que des tests d’adéquation changeraient pour l’utilisateur

Le mot « adéquation » sonne administratif. Dans la pratique, il peut transformer l’expérience. Avant d’emprunter contre un collatéral volatile, un client pourrait devoir démontrer qu’il comprend le seuil de liquidation, le rôle d’un oracle, le risque de mauvaise gouvernance et l’absence de filet public. Certaines personnes passeraient. D’autres seraient écartées, ou dirigées vers des produits plus simples.

Les défenseurs de cette approche y voient une protection contre les liquidations en cascade et les interfaces trop ludiques. Les critiques y voient un filtre de classe : ceux qui savent remplir un questionnaire resteront dans le marché, les autres seront renvoyés vers des produits plus chers ou moins souples. Les deux lectures peuvent coexister. Un test mal conçu protège le prestataire plus que l’utilisateur. Un test bien conçu force enfin à écrire noir sur blanc des risques que trop d’applications enterrent sous un taux affiché.

Le levier est l’autre levier politique, au sens propre. Plafonner l’endettement on-chain accessible via une firme européenne reviendrait à admettre que le risque systémique ne commence pas seulement dans les banques. Il peut naître d’un marché de prêts collatéralisés où les mêmes actifs circulent en boucle. L’histoire récente des plateformes centralisées a déjà illustré le coût d’un levier mal compris. Les superviseurs n’ont aucune envie de rejouer le scénario avec une couche DeFi collée à des intermédiaires licenciés.

Classification des crypto-actifs et reporting : l’intendance qui décide tout

Au-delà du prêt, l’ABE veut des règles plus claires pour classer les crypto-actifs. L’incertitude actuelle crée des coûts et des délais lorsque des firmes veulent lancer un produit. Clarifier le champ de MiCA, ses définitions et sa frontière avec d’autres législations financières européennes n’est pas un exercice de sémantique. C’est la condition pour savoir si un jeton est un outil de paiement, un instrument voisin d’un titre, ou autre chose.

Le reporting des émetteurs et des prestataires est également dans le viseur. Mieux superviser suppose de mieux voir les encours, les concentrations, les liens entre protocoles et les expositions aux stablecoins. Sans données comparables, le débat sur le risque DeFi reste anecdotique. Avec des données, il devient un dossier macroprudentiel.

Cette dimension statistique explique pourquoi l’ABE insiste autant. Une autorité bancaire ne se contente pas d’opinions sur la décentralisation. Elle cherche des agrégats, des seuils, des cartes d’exposition. Le prêt crypto, dès qu’il transite par des firmes identifiables, devient mesurable. Et ce qui est mesurable peut être limité.

Ce que cela signifie pour les protocoles, les interfaces et les banques

Pour un protocole réellement diffus, sans société-relais européenne, l’effet immédiat peut rester limité. Le code ne demande pas de passeport MiCA. En revanche, dès qu’une interface, un agrégateur, un néo-courtier ou une banque propose un accès « un clic », le risque réglementaire bascule sur cet acteur-là. Les protocoles les plus utilisés par le grand public européen sont précisément ceux qui ont le plus d’interfaces.

Les banques qui ont commencé à obtenir des autorisations liées à MiCA observent la scène avec un mélange d’intérêt et de prudence. Plus le prêt crypto ressemble à un service financier classique, plus il peut, un jour, entrer dans leur catalogue. Mais plus les exigences de levier, d’adéquation et de reporting s’alourdissent, plus le produit cesse d’être une vitrine d’innovation pour devenir un métier de crédit, avec tout ce que cela implique en fonds propres, en modèles internes et en réputation.

Les fintechs crypto, elles, devront choisir. Soit elles internalisent le prêt sous un régime élargi et acceptent le coût de conformité. Soit elles abandonnent l’accès européen aux protocoles les plus agressifs et ne gardent qu’une vitrine de garde et d’exécution. Soit elles déplacent le service hors de l’Union, au prix d’une perte de clientèle réglementée et d’un signal politique difficile à assumer.

Les arguments pour un encadrement plus serré

Le premier argument est la protection de la clientèle de détail. Emprunter contre un actif volatile n’est pas un jeu. Une baisse rapide du collatéral liquides des positions, parfois en quelques minutes, sans médiateur humain. Présenter cela comme un simple « accès à la DeFi » revient à habiller un produit de crédit d’un vocabulaire technologique.

Le deuxième argument est l’égalité de traitement. Pourquoi un établissement de crédit devrait-il documenter un prêt à la consommation alors qu’une interface peut diriger le même profil vers un protocole à levier élevé ? Si le risque économique se ressemble, le droit finit par se rapprocher. C’est la logique profonde de beaucoup de textes européens : on régule la fonction, pas seulement l’étiquette.

Le troisième argument est macroprudentiel. Les stablecoins, les boucles de collatéral et les interconnexions entre protocoles peuvent amplifier un choc. Tant que ces boucles restent hors des tableaux de supervision, elles sont traitées comme un marché parallèle. Dès qu’elles passent par des prestataires licenciés, elles deviennent un canal vers le système financier visible.

  • Protection du client face à des liquidations rapides et à des interfaces trop simples.
  • Cohérence réglementaire entre crédit traditionnel et crédit tokenisé.
  • Visibilité des risques lorsque des firmes européennes servent de passerelle.
  • Maîtrise des rendements construits autour de jetons censés rester stables.

Les arguments contre une extension mal calibrée

À l’inverse, trop coller le prêt DeFi à un régime d’intermédiaire peut tuer précisément ce qui rend le marché utile : la composabilité, l’accès sans autorisation préalable, la concurrence entre taux et collatéraux. Si seules les interfaces certifiées survivent en Europe, le continent se retrouvera avec une DeFi de vitrine, pendant que la liquidité réelle se formera ailleurs.

Il y a aussi un risque d’illusion de sécurité. Certifier un protocole n’élimine ni un bug, ni une attaque d’oracle, ni une gouvernance capturée. Un label européen mal conçu pourrait même attirer une clientèle moins avertie vers des risques inchangés. Le superviseur le sait. C’est pourquoi toute certification, si elle voit le jour, devra dire clairement ce qu’elle ne garantit pas.

Enfin, la définition même de l’intermédiation peut devenir trop large. Relayer une information, afficher un taux, proposer un lien profond vers un contrat : à partir de quel geste devient-on prestataire ? Si le seuil est trop bas, des explorateurs, des agrégateurs de données et des portefeuilles non-custodial entreront dans un régime conçu pour des entreprises de services. Si le seuil est trop haut, le texte manquera sa cible.

Scénarios possibles après la consultation

Un premier scénario est celui du statu quo éclairé. La Commission reconnaît le sujet, publie un rapport, précise des interprétations, mais n’ouvre pas tout de suite une révision lourde. Les autorités nationales continuent d’avancer au cas par cas. Les entreprises gardent leurs architectures duales, avec plus de documentation et moins d’audace marketing.

Un deuxième scénario est ciblé. On ajoute l’intermédiation du prêt à la liste des services, on encadre surtout les passerelles vers la DeFi, on laisse les protocoles eux-mêmes hors champ lorsqu’aucune société identifiable ne les contrôle. C’est le compromis le plus probable politiquement, car il vise des acteurs déjà connus.

Un troisième scénario est plus ambitieux, donc plus lent. Certification de protocoles, restrictions sur certains stablecoins dans le lending, plafonds de levier harmonisés, reporting granulaire. Ce paquet demanderait un vrai travail législatif, des négociations avec le Parlement et le Conseil, et une bataille d’influence des associations du secteur.

Dans tous les cas, le signal envoyé aux marchés est déjà lisible. L’époque où l’on pouvait dire « ce n’est pas nous, c’est le protocole » tout en vendant l’accès sous une marque européenne touche à sa limite politique.

Ce que les épargnants et les emprunteurs devraient surveiller

Les utilisateurs n’ont pas besoin d’attendre le Journal officiel pour ajuster leur lecture des produits. Trois questions suffisent. Qui est mon interlocuteur juridique si le prêt tourne mal ? Quel actif sert de collatéral, et selon quelles règles de liquidation ? Le rendement ou l’emprunt s’appuie-t-il sur un jeton lui-même soumis à MiCA, avec des promesses de stabilité qui ne disent pas tout des montages annexes ?

Un quatrième réflexe s’impose : distinguer l’accès self-hosted d’un parcours packagé. Ouvrir soi-même une position sur un protocole n’est pas le même acte que cliquer dans l’application d’une société qui conserve des relations clients, des notifications et parfois une partie des clés. Le droit européen, s’il bouge, s’intéressera d’abord au second cas.

Les professionnels de la conformité, eux, devraient cartographier dès maintenant chaque point de contact entre leurs clients et un marché de prêt. Widget, API, marque blanche, conseiller automatisé, relais de rendement : tout ce qui oriente une décision d’emprunt peut un jour être relu comme une intermédiation. Mieux vaut inventer cette cartographie avant qu’un superviseur ne la demande.

Une bascule culturelle plus qu’un simple article de loi

Derrière le vocabulaire des consultations se joue une bascule culturelle. Pendant des années, une partie de l’industrie a présenté la DeFi comme un dehors du droit, un espace où le code remplaçait l’intermédiaire. Les autorités européennes acceptent de plus en plus l’idée inverse : dès qu’il existe un dehors habité par des clients européens et des sociétés européennes, le dehors redevient un dedans.

Cela ne signifie pas la mort du prêt on-chain. Cela signifie que le prêt on-chain accessible depuis l’Union ressemblera davantage à un service financier qu’à une exploration technique. Les protocoles les plus robustes, les mieux documentés, les plus transparents sur leurs risques, peuvent y gagner une clientèle institutionnelle. Les protocoles opaques, ultra-levéragés ou dépendants d’un cercle étroit y perdront des canaux de distribution.

La revue de MiCA n’était pas conçue, à l’origine, comme un grand soir du lending. Elle le devient parce que le marché a avancé plus vite que le texte. Les banques centrales regardent les rendements. Les parlementaires regardent la DeFi. L’ABE regardent les passerelles. La Commission doit maintenant dire si ces regards suffisent à ouvrir l’écriture d’une nouvelle couche de règles.

Ce qu’il faut retenir avant la fin de la consultation

L’actualité n’est pas qu’un titre alarmiste sur un durcissement européen. C’est un basculement de méthode. On ne discute plus seulement des émetteurs et des plateformes d’échange. On discute de la manière dont un Européen emprunte, prête, obtient un rendement et touche un protocole sans toujours comprendre quelle société se tient entre lui et le contrat.

Les points qui resteront après le bruit médiatique

  • Le prêt et l’emprunt crypto ne sont pas pleinement couverts par MiCA aujourd’hui.
  • L’ABE veut une analyse législative sur l’intermédiation, y compris vers la DeFi.
  • Tests d’adéquation, levier, divulgations et certification sont des options, pas encore des normes.
  • Les stablecoins et leur rémunération indirecte forment un dossier parallèle très politique.
  • Rien n’entre en vigueur sans un passage par la Commission, puis éventuellement le législateur.

Entre le 30 septembre et un éventuel rapport, le secteur a une fenêtre pour documenter les coûts d’une extension mal conçue, mais aussi pour admettre ce qui ne tient plus. Continuer à vendre l’accès à des protocoles de prêt comme un simple bouton, tout en réclamant le bénéfice d’un cadre européen pour le reste de l’activité, devient politiquement instable.

Le prêt DeFi n’est pas mort en Europe. Il est en train d’être nommé, mesuré, classé. Dans le langage des institutions, c’est souvent le premier geste avant d’être encadré. Ceux qui veulent encore un marché ouvert auraient intérêt à parler le langage des risques, des données et des responsabilités, plutôt que celui d’une décentralisation proclamée et rarement démontrée. Ceux qui veulent seulement un produit propre pour clientèle de détail devraient, eux, se préparer à ressembler davantage à un métier de crédit qu’à une start-up de protocole. La suite dépendra moins d’un tweet que d’une phrase, encore à écrire, dans un futur considérant de la Commission.

Partager

Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

Laisser une réponse

Exit mobile version