Imaginez un pays où, jusqu’à hier encore, acheter du Bitcoin sans passer par un organisme agréé pouvait vous valoir la prison… et qui, demain, va autoriser les stablecoins comme moyen de paiement officiel dans tout le territoire. Ce n’est pas un scénario de science-fiction : c’est l’Ouzbékistan, dès le 1er janvier 2026.
Le président Shavkat Mirziyoyev vient de signer un décret qui fait trembler toute l’Asie centrale. Alors que certains voisins choisissent encore l’interdiction pure et simple, Tachkent opte pour une voie radicalement différente : encadrer, contrôler, mais ouvrir grand la porte aux technologies blockchain.
Un virage à 180° qui n’est pas arrivé par hasard
L’histoire crypto de l’Ouzbékistan ressemble à un véritable rollercoaster réglementaire. Il y a encore cinq ans, le pays interdisait presque toute activité liée aux cryptomonnaies. Puis, petit à petit, les vannes se sont ouvertes.
Janvier 2023 : obligation pour tous les résidents de passer par des plateformes locales agréées. 2024 : plus de 7,5 % de la population utilise activement les cryptos. Aujourd’hui : les stablecoins deviennent monnaie légale. Cette progression fulgurante n’est pas le fruit du hasard.
Nous voulons explorer toutes les possibilités que nous offrent les stablecoins, mais sous un contrôle strict, car elles auront un impact important sur la politique monétaire.
Timur Ishmetov, président de la Banque centrale d’Ouzbékistan
Ce que dit exactement le décret présidentiel
Le texte, intitulé « Mesures pour le développement des technologies financières », est d’une précision chirurgicale. Voici les points clés qui vont changer la donne :
- Reconnaissance officielle des stablecoins comme moyen de paiement à partir du 1er janvier 2026
- lancement immédiat d’un projet pilote supervisé par l’Agence nationale pour les projets d’avenir et la Banque centrale
- autorisation pour les entreprises locales d’émettre des actions et obligations tokenisées
- création d’une plateforme dédiée sur les bourses agréées pour négocier ces actifs numériques
- renforcement des sanctions pour toute activité crypto hors circuit agréé (amendes lourdes et prison possibles)
En clair : oui aux stablecoins, mais uniquement dans le cadre fixé par l’État. Pas question de laisser se développer un Far West numérique.
Pourquoi les stablecoins et pas le Bitcoin ou l’Ethereum ?
La réponse est simple : la stabilité. Un USDT ou un USDC vaut toujours environ 1 dollar. Pour un pays qui veut moderniser son système de paiement sans prendre le risque d’une volatilité folle, c’est l’outil parfait.
De plus, les stablecoins permettent des transferts transfrontaliers ultra-rapides et peu coûteux, un atout majeur pour l’Ouzbékistan qui entretient des liens économiques forts avec la Russie, la Chine et la Turquie.
Les chiffres qui expliquent cette décision
- Volume annuel des transactions crypto via les plateformes locales : > 1 milliard de dollars
- Classement mondial adoption crypto : 33e place (1er en Asie centrale)
- Objectif 2026-2030 : attirer 2 à 3 milliards USD d’investissements étrangers
- Fonds de capital-risque créé par la Banque centrale : 100 millions de dollars
- Objectif nombre de fintech : passer de quelques dizaines à 200 entreprises
Un projet pilote sous haute surveillance
Avant le grand saut de 2026, tout va se jouer dans un sandbox réglementaire. L’idée : tester en conditions réelles l’utilisation des stablecoins pour les paiements du quotidien, les salaires, les transferts internationaux.
Seules certaines entreprises et certains secteurs seront autorisés à participer. Chaque transaction sera tracée, analysée, disséquée. L’objectif : s’assurer qu’il n’y a aucun risque pour la stabilité financière du pays.
La tokenisation des actifs : la vraie révolution à venir
Le décret ne s’arrête pas aux paiements. À partir de 2026, les sociétés ouzbèkes pourront émettre des actions tokenisées et des obligations tokenisées. Imaginez : une PME qui lève des fonds en quelques heures auprès d’investisseurs du monde entier, sans passer par les circuits bancaires traditionnels.
Les bourses locales vont lancer des plateformes dédiées. On parle déjà d’un futur « Nasdaq ouzbek version blockchain ».
Un modèle qui inspire déjà les voisins
Le Turkménistan vient de légaliser le minage. Le Kazakhstan et le Kirghizistan développent leurs propres cadres. L’Ouzbékistan, avec cette décision courageuse, se positionne clairement comme le leader régional de la crypto « contrôlée ».
L’Ouzbékistan ne copie personne. Il invente son propre modèle : ouverture maximale dans un cadre ultra-sécurisé.
Les zones d’ombre qui restent
Parce qu’il y en a. À partir de janvier 2026, toute transaction crypto hors plateforme agréée sera considérée comme illégale. Les peines pourront aller jusqu’à plusieurs années de prison.
Le minage est autorisé… mais uniquement avec de l’énergie renouvelable, et sous licence. Autant dire que le petit mineur dans son garage n’a plus sa place.
Enfin, la Banque centrale l’a répété : pas de CBDC pour les particuliers dans l’immédiat. La future monnaie numérique ouzbèke sera réservée aux règlements interbancaires.
Ce que ça change pour vous, investisseur ou curieux
Si vous pensiez que les seuls pays crypto-friendly étaient El Salvador ou les Émirats, détrompez-vous. L’Ouzbékistan pourrait devenir une porte d’entrée inattendue vers l’Asie centrale pour les projets blockchain.
Les stablecoins émis sous licence ouzbèke pourraient même, à terme, devenir des concurrents crédibles dans la région. Et avec 2 à 3 milliards d’investissements attendus, certains parlent déjà d’un futur « hub crypto » au cœur de la Route de la Soie numérique.
Une chose est sûre : 2026 s’annonce comme l’année où l’Ouzbékistan passera du statut de pays « crypto-hostile » à celui de laboratoire grandeur nature de la finance tokenisée.
Et nous, on sera aux premières loges pour voir si ce pari audacieux transforme vraiment ce pays de 36 millions d’habitants en nouvelle terre promise de la blockchain.

