Imaginez un instant : votre argent dort sur un compte bancaire rémunéré à 0,05 % par an, pendant qu’à quelques clics sur votre téléphone, le même montant placé en stablecoin vous rapporte 4 à 5 % sans que vous ayez bougé le petit doigt. Cette réalité, déjà bien installée en 2026, commence sérieusement à faire grincer des dents les responsables politiques et bancaires américains. Et pour cause : ce qui ressemble à une simple innovation financière pourrait, selon eux, menacer tout un pan de l’économie locale.
Depuis plusieurs mois, une guerre discrète mais intense se joue dans les couloirs du Congrès et du Sénat américain. Au centre des débats ? Les rendements offerts sur les stablecoins, ces actifs numériques censés rester stables et qui, grâce à certaines plateformes, se transforment en véritables comptes d’épargne dopés. Une menace pour les banques régionales ou juste une nouvelle occasion de freiner l’essor de la crypto ? Plongeons dans ce dossier brûlant.
Une audition qui a fait trembler le secteur
Le 20 février 2026, la sénatrice Angela Alsobrooks a prononcé des mots qui résonnent encore dans l’écosystème crypto. Lors d’une audition tendue au Sénat, elle a qualifié les programmes de rendement sur stablecoins de « produits quasi-bancaires » qui opèrent sans aucune des garanties imposées aux véritables institutions financières. Derrière cette formule choc se cache une peur ancienne : celle de voir les dépôts fuir massivement les comptes bancaires classiques vers des alternatives numériques plus rémunératrices.
Travis Hill, président par intérim de la FDIC (l’organisme qui assure les dépôts bancaires aux États-Unis), n’a pas mâché ses mots non plus. Selon lui, autoriser ces rendements reviendrait à créer une concurrence déloyale qui pourrait fragiliser les petites banques locales, piliers du financement des PME et des projets immobiliers dans les régions américaines.
« Nous ne pouvons pas permettre que des entités non régulées comme des banques viennent concurrencer directement nos institutions communautaires en offrant des rendements attractifs sans filet de sécurité. »
Travis Hill – Président par intérim de la FDIC
Cette position n’est pas isolée. Le lobby bancaire, emmené par l’Independent Community Bankers of America (ICBA), a publié une étude choc estimant à 1 300 milliards de dollars les dépôts qui pourraient quitter le système bancaire traditionnel si les rendements sur stablecoins étaient pleinement autorisés.
Comment fonctionnent réellement ces rendements ?
Pour bien comprendre pourquoi cela inquiète autant, il faut plonger dans la mécanique. La plupart des grands stablecoins (USDC, USDT, DAI…) sont adossés à des réserves composées principalement d’obligations d’État américaines à court terme et de liquidités. Ces réserves génèrent naturellement un rendement grâce aux taux d’intérêt élevés pratiqués par la Fed depuis plusieurs années.
Historiquement, les émetteurs directs (Circle pour USDC, Tether pour USDT) ne reversaient rien ou presque aux détenteurs. Mais l’arrivée de la concurrence et la pression des utilisateurs ont changé la donne. Certaines plateformes centralisées (notamment Coinbase, Binance.US, Kraken) ont commencé à partager une partie de ces revenus avec leurs clients sous forme de programmes « Earn » ou de récompenses automatiques.
Exemples concrets de rendements observés début 2026 :
- Coinbase : jusqu’à 4,7 % sur USDC (selon volume et durée)
- Kraken : 4–5 % sur plusieurs stablecoins
- Binance.US : offres variables entre 3,5 % et 5 %
- Protocoles DeFi (Aave, Compound) : 3–8 % selon l’utilisation des liquidités
Ces chiffres, bien supérieurs aux comptes d’épargne classiques, expliquent pourquoi de plus en plus d’Américains se tournent vers ces solutions. Mais pour les régulateurs, ce transfert de liquidité pose un problème systémique.
La loi GENIUS de 2025 : déjà une première barrière
En juillet 2025, le président américain a promulgué la loi GENIUS (Global Economic Nexus for Innovative U.S. Stablecoins), première tentative sérieuse de cadrer l’émission de stablecoins aux États-Unis. Parmi ses dispositions phares : l’interdiction stricte pour les émetteurs régulés de verser des intérêts directement aux détenteurs.
Cette mesure visait à éviter que les stablecoins ne deviennent de facto des comptes bancaires non assurés par la FDIC. Mais très vite, une faille est apparue : la loi ne s’appliquait qu’aux émetteurs directs. Les plateformes d’échange et les protocoles tiers pouvaient toujours redistribuer les revenus générés par les réserves.
C’est précisément cette zone grise que les législateurs cherchent aujourd’hui à refermer. Plusieurs amendements en discussion visent à étendre l’interdiction aux « entités facilitant ou promouvant » des rendements sur stablecoins, ce qui inclurait de fait les grandes plateformes centralisées.
Les arguments des défenseurs de l’innovation
Face à cette vague réglementaire, les acteurs de l’industrie ne restent pas les bras croisés. Faryar Shirzad, Chief Strategy Officer de Coinbase, a publié une longue tribune dans laquelle il démonte méthodiquement l’idée d’une « fuite massive des dépôts ».
« Les données montrent que l’adoption croissante des stablecoins n’a pas entraîné de réduction mesurable des dépôts bancaires aux États-Unis. Les deux systèmes coexistent et se complètent. »
Faryar Shirzad – Coinbase
Selon Coinbase, la majorité des détenteurs de stablecoins les utilisent pour trader, payer ou transférer de la valeur rapidement, et non comme substitut permanent à un compte d’épargne classique. De plus, une grande partie des USDC et USDT circulent hors des États-Unis, ce qui limite mécaniquement l’impact sur le système bancaire domestique.
Brian Armstrong, PDG de Coinbase, est encore plus direct : il considère ces tentatives de restriction comme une forme de protectionnisme déguisé qui risque de faire perdre aux États-Unis leur leadership dans la finance numérique.
Et si la régulation favorisait… l’opacité ?
Paradoxalement, en durcissant les règles sur les plateformes régulées américaines, Washington pourrait involontairement renforcer la position d’acteurs non régulés ou offshore. Tether (USDT), qui opère depuis les Îles Vierges britanniques et n’a jamais vraiment craint les régulateurs américains, pourrait voir sa domination s’accentuer encore.
De la même manière, les protocoles DeFi complètement décentralisés (Aave, Compound, Morpho…) deviendraient la seule option viable pour ceux qui recherchent du rendement. Ironie du sort : en voulant protéger les citoyens, les législateurs pourraient les pousser vers des solutions bien plus risquées et opaques.
Scénarios possibles d’ici fin 2026 :
- Interdiction totale des rendements sur stablecoins aux USA → forte migration vers DeFi ou vers USDT
- Autorisation limitée aux investisseurs qualifiés → dualisation du marché (grand public vs accrédités)
- Statu quo avec surveillance renforcée → poursuite de la croissance modérée
- Grande banque lance son propre stablecoin avec rendement → intégration partielle de la technologie
Le reste du monde avance pendant que Washington débat
Pendant que les États-Unis s’enlisent dans un débat protectionniste, d’autres juridictions accélèrent. Hong Kong a déjà délivré plusieurs licences à des émetteurs de stablecoins et travaille activement à devenir un hub mondial. Dubaï propose un cadre clair et attractif. Même l’Union européenne, avec MiCA, offre une prévisibilité que les entreprises apprécient malgré sa sévérité.
Cette fracture réglementaire crée un risque réel : celui de voir l’innovation et les flux financiers les plus importants quitter progressivement le sol américain pour des destinations plus accueillantes.
Bitcoin Hyper : une réponse décentralisée au verrouillage ?
Dans ce climat de durcissement réglementaire, certains projets cherchent à s’affranchir complètement des intermédiaires traditionnels. Bitcoin Hyper (HYPER), construit sur Ethereum mais avec des mécanismes d’hyper-liquidité et de staking natif, attire de plus en plus l’attention des investisseurs qui refusent de voir leur rendement dépendre des décisions du Congrès américain.
Loin de chercher à imiter le dollar, Bitcoin Hyper mise sur une réserve de valeur dynamique, décentralisée et résistante à la censure. Pour beaucoup, il représente une forme d’assurance contre un durcissement réglementaire qui pourrait rendre les stablecoins centralisés beaucoup moins attractifs dans les mois à venir.
Que doivent surveiller les investisseurs dans les prochaines semaines ?
- L’évolution des cotes sur Polymarket concernant le CLARITY Act
- Les déclarations des grandes banques traditionnelles sur leurs propres projets de tokens
- Le volume d’USDC vs USDT sur les exchanges américains
- Les annonces de nouvelles licences stablecoins à Hong Kong et Dubaï
- Les flux entrants/sortants sur les protocoles DeFi majeurs
Une chose est sûre : la bataille autour des rendements sur stablecoins ne fait que commencer. Entre protection des banques locales et préservation de l’innovation financière, le choix que fera Washington dans les prochains mois pourrait redessiner durablement le paysage de la finance numérique mondiale.
Et vous, que pensez-vous de cette tentative de limiter les rendements sur stablecoins ? Protection nécessaire ou frein dangereux à l’innovation ?
Les crypto-actifs représentent un investissement risqué. Ne placez jamais plus que ce que vous êtes prêt à perdre définitivement.
